éblouir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XII e siècle, esbleuir, puis esbloïr. Du bas latin * exblaudire, tiré d'un radical francique * blaudi, « faible (de vue ou d'esprit) ».
1. Aveugler par excès de lumière. Le soleil éblouit les yeux, nous éblouit. L'éclat de la neige éblouit.
2. Fig. Jeter dans la plus vive admiration. L'orateur a ébloui l'assemblée. Le public a été ébloui par le jeu de cet acteur. Une beauté qui éblouit, une femme d'une extrême beauté.
3. Fig. et péj. Séduire par un éclat trompeur, fasciner. Se laisser de vaines promesses. Il est ébloui par l'argent. Il est tout ébloui de ses succès. Sa démonstration nous éblouit plus qu'elle ne nous éclaire.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Frapper la vue par un éclat très vif que les yeux ne peuvent soutenir. "Le soleil éblouit les yeux, nous éblouit." Absolument, "L'éclat des diamants éblouit. La neige, la blancheur de la neige éblouit."
Fig., "Une beauté qui éblouit," Une femme d'une éclatante beauté.
Il signifie au figuré Surprendre par quelque chose de vif, de brillant, de spécieux. "On se laisse souvent par l'éclat des paroles. Son éloquence éblouit plus qu'elle n'éclaire. Ne pas se laisser par les apparences."
Il signifie aussi Fasciner, séduire. "Les grandeurs l'ont ébloui. Être ébloui de l'éclat des richesses, par les richesses. Les promesses qu'on lui a faites l'ont ébloui. Il est tout ébloui de sa fortune."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Frapper les yeux par un éclat qu'ils ne peuvent soutenir. Le soleil m'éblouissait.
RAC.: « Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi »

 2   Fig. Produire sur les yeux de l'esprit le même effet qu'une lumière trop vive sur les yeux du corps.
CORN.: « Mais n'espère non plus m'éblouir de parjures »
SÉV.: « Ils ont été éblouis de cette somme »
BOSSUET: « De quelque côté que je suive les traces de sa glorieuse origine, je ne découvre que des rois, et partout je suis ébloui de l'éclat des plus augustes couronnes »
BOSSUET: « Tout éclairée qu'elle était, elle n'a point présumé de ses connaissances, et jamais ses lumières ne l'ont éblouie »
BOSSUET: « Cette nouveauté éblouit les yeux du peuple »
BOSSUET: « Sans se laisser éblouir par le bonheur des événements »
FLÉCH.: « L'admirable Julie ne se laissa point éblouir à l'éclat des dignités du siècle »
RAC.: « Ce jour, ce triste jour frappe encor ma mémoire, Où Néron fut lui-même ébloui de sa gloire »
RAC.: « Mes promesses aux uns éblouirent les yeux »
RAC.: « Inventez des raisons qui puissent l'éblouir »
RAC.: « Veulent-ils m'éblouir par une feinte vaine ? »
RAC.: « Tantôt m'éblouissant de tes riches trésors »
FÉN.: « Il croyait m'éblouir par ses promesses »
J. B. ROUSS.: « Fortune dont la main couronne Les forfaits les plus inouïs, Du faux éclat qui t'environne, Serons-nous toujours éblouis ? »
    Absolument.
FÉN.: « Le monde n'éblouit jamais tant que quand on le voit de loin sans l'avoir jamais vu de près et sans être prévenu contre sa séduction »
VOLT.: « Promets, donne, conjure, intimide, éblouis »

 3   S'éblouir, v. réfl. Se laisser fasciner, étourdir, enorgueillir.
CORN.: « Je n'ose m'éblouir d'un peu de nom fameux »
CORN.: « Je ne m'éblouis point de cette illusion »
CORN.: « Moi, je m'éblouis moins de la splendeur du rang »
HAMILT.: « Il se possède assez pour ne pas s'éblouir de son bonheur »
VOLT.: « Je l'ai vu s'éblouir, je l'ai vu s'ébranler »

REMARQUE
    1. Bossuet a dit se laisser éblouir par des sons :
BOSSUET: « Ne nous laissons pas éblouir par un son confus de paroles Voy. à l'historique un emploi semblable dans les phrases d'Amyot. »
    2. Éblouir, mot si ancien dans la langue et si usité dans tous les temps, manque, chose singulière, dans la 1re édition du Dictionnaire de l'Académie.

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
MÄTZNER: « Nient plus qu'on puet el solel esgarder, Pour che que trop en esbloïst li rais »
RUTEB.: « Il sont tot esbloï aussi comme li ors [l'ours] »
    XIVème siècle
     Baud. de Seb. II, 910: Tant fu surprise, au cuer, d'amour qui la maistrie ; La veüe lui trouble, si fu toute esbleuie ; Quant descendre cuida, à terre chiet [tombe] flastrie
    XVème siècle
CH. D'ORL.: « Car quant vostre beauté luira Sur moi, si fort esbloira Mes yeux, que je ne verrai goutte »
E. DESCH.: « Je voy faucon quant il gette sa croe, Et lanneret, que pluseurs sont si mos [mous], Qu'il faillent bien ; car le temps les esbloe »
    XVIème siècle
YVER: « Qui a vu un clair soleil tout à coup estre esbloui et obscurci d'une espaisse nuée »
AMYOT: « Laquelle tempeste donnoit aux barbares par devant, leur battant les visages, et leur esblouissant les yeux »
AMYOT: « Il lui vint une taie sur les yeux qui lui esblouit la veue »
AMYOT: « Il trouva Antonius preschant les soudars, et eulx tous esblouis et attendris par la douceur de son eloquence »
AMYOT: « Le peuple se prit à crier si fort, qu'un corbeau, volant à l'instant par dessus, s'en esblouit et tomba emmy la presse du peuple »
AMYOT: « Un langage elegant et brave esblouit les oreilles de l'escoutant, qu'il ne puisse sainement juger de ce qu'il signifie »

ÉTYMOLOGIE
    Es- préfixe, et un radical qui est aussi dans le provençal, em-blauzir, étonner, d'origine incertaine. On a proposé bleu : faire bleu devant les yeux ; il est certain qu'au quatorzième siècle on a dit esbleuir. Mais Diez objecte que bleu, de l'allemand blau, n'aurait pas pris un z en provençal pour éviter un hiatus (et, en effet, blavenc, blaveza, etc. dérivés de blau, et non pas blauzenc, blauzeza, etc.). Il se range donc de l'avis de Grandgagnage, qui indique l'ancien haut allemand blôdi, interdit, incertain. Il faut noter esbloer, qui indique plutôt bleu que l'allemand blôdi. Y aurait-il deux thèmes qui se seraient confondus dans le français esbloir, l'un français, l'autre provençal ; l'un esbleuir, esbloer, l'autre emblauzir ?

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    ÉBLOUIR. - HIST. Ajoutez : XIIème siècle
     Roman d'Alix. p. 446: Puis le font [un chalumeau] par dehors tout de fin or brunir ; Quant li solaus reluist, tous le fait esclarcir, Que tos cex qui l'esgardent fait les ex [yeux] esbleuir
     Perceval le Gallois, V. 5549: Mais, ains que il venist as tantes, Voloit une route de gantes [oies sauvages] Que la nois [neige] avoit esbleuies


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Frapper les yeux par un éclat très-vif qu'ils ne peuvent soutenir. "Le soleil éblouit la vue, éblouit les yeux, nous éblouit. L'éclat des diamants éblouit. La neige, la blancheur de la neige éblouit."
Fig., "Une beauté qui éblouit," Une femme d'une éclatante beauté.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie figurément, Surprendre l'esprit par quelque chose de vif, de brillant, de spécieux. "On se laisse souvent par l'éclat du style. Son éloquence éblouit plus qu'elle n'éclaire. Ne pas se laisser par les apparences."
Il signifie aussi, Tenter, séduire. "Les grandeurs l'ont ébloui. Il s'est laissé . Être ébloui de l'éclat des richesses, par les richesses. Les promesses qu'on lui a faites l'ont ébloui."
"Être ébloui de quelque chose," signifie quelquefois, En être ridiculement fier, orgueilleux. "Il est ébloui de sa fortune."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Empêcher l'usage de la vue par une trop grande lumière. "Le soleil éblouit la vue, éblouit les yeux, nous éblouit. La grande chaleur, la neige éblouit".
On dit figurément, "C'est une beauté qui éblouit".
Il signifie figurément, Surprendre l'esprit par quelque chose de vif, de brillant, de spécieux. "Il m'a allégué tant de raisons, qu'il m'a ébloui. On se laisse souvent par l'éclat du style. Son éloquence éblouit plus qu'elle n'éclaire".
Il signifie aussi, Tenter, séduire. "Les grandeurs l'ont ébloui. Il s'est laissé à l'or. Il a été ébloui de l'éclat des richesses, par les richesses. Les promesses qu'on lui a faites l'ont ébloui".



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

ÉBLOUISSANT, ANTE, adj. ÉBLOUISSEMENT, s. m. ["Éblou-i", "i-san", "sante", "seman:" 1re "é" fer., 4e lon. au 2d et 3e, "e" muet au der.] "Éblouir", c'est empêcher l'usage de la vûe par une trop grande lumière. Il se dit au propre et au figuré: 'Le soleil, la grande blancheur, "éblouit la" vue, ou, les yeux; nous "éblouit".
- C'est une beauté qui "éblouit" (le régime est sous-entendu.)
- Plus figurément, c'est 1°. Surprendre l'esprit par quelque chôse de brillant, de spécieux. 'Il m'a allégué tant de raisons, qu' il "m'a ébloui". 'On "se laisse" souvent " par" une éloquence artificieuse. 'Les hypocrites "ont" souvent "ébloui les" simples "par" leurs spécieux dehors. "Fénélon".
- 2°. Tenter, séduire. 'On "se laisse" aisément " par" les richesses, "par" de séduisantes promesses. = Il régit ordinairement la prép. "par", sur-tout au passif. 'Il "fut ébloui par" l'éclat de tant de flambeaux. Il régit quelquefois la prép. "de". '"Ebloui des" charmes trompeurs de la gloire, "de" l'éclat des richesses, etc.
   ÉBLOUISSANT, se dit dans tous les sens de son verbe, au propre et au figuré. 'Éclat "éblouissant", couleur "éblouissante". Beauté "éblouissante". Raisonemens "éblouissans". Promesses "éblouissantes", etc. etc.
- M. "Marmontel" lui fait régir la prép. "de": '"Éblouissante de" vivacité et "de" fraicheur. On le dit ordinairement sans régime.
   ÉBLOUISSEMENT, ne se dit qu' au propre: 1°. Dificulté de voir, causée par une trop grande lumière. 'On ne peut regarder le soleil sans "éblouissement". 'La neige cause de l'"éblouissement aux" yeux, "à" ceux qui la regardent trop long temps.
- Il ne serait pas bon de dire au figuré: 'L'"éblouissement" que causent les richesses. "Balzac" a dit, et le "Dict. de Trév." l'aproûve: 'La grande estime que nous avons pour les Prédicateurs, peut venir de "notre éblouissement" et de notre illusion. On ne le dirait pas aujourd'hui, ou l'on dirait mal.
- 2°. Dificulté de voir, ocasionée par quelque vapeur, ou aûtre caûse intérieûre. 'Il m'a pris un tel "éblouissement", que je ne voyois goutte. 'Les vapeurs sont souvent accompagnées de vertiges et d'"éblouissemens".




Emplacement dans le dictionnaire :

ébénier
ébéniste
ébeniste
ebeniste
ébénisterie
ébeylières
ébisèlement
ébiselure
éblosses
éblouir
éblouîr
éblouissant
éblouissement
ébonite
éborgner
ébouage
ébouillanter
ebouilli
ébouilli
ébouillir
ebouillir


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