éprouver (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XI e siècle, esprover . Dérivé de prouver .

I. Mettre à l'épreuve, faire subir une épreuve à.
1. Reconnaître par expérience si un matériau, un objet, un instrument possède les qualités qu'on exige de lui. Éprouver un métal au feu. Éprouver l'or au creuset. C'est un remède que j'ai éprouvé. Éprouver le fil d'un rasoir. Par méton. Éprouver la dureté d'un alliage. Éprouver la robustesse d'un outil, l'efficacité d'un appareil.
2. Mettre à l'épreuve un être vivant afin de juger de sa valeur. Éprouver quelqu'un avant de lui confier une mission importante. Éprouver un ami. Vous voulez m' ! Dieu l'a éprouvé, l'a soumis à la tentation. Éprouver un cheval. Par méton. Éprouver le zèle d'un parent, l'amour d'une femme. Éprouver la valeur d'une troupe. Éprouver les connaissances d'un candidat.
3. Faire souffrir, tourmenter, affliger ; frapper, endommager. Les fortes chaleurs m'ont éprouvé. La vie l'a cruellement éprouvé. La guerre a éprouvé cette génération. La région a été durement éprouvée par la sècheresse. Le gel a éprouvé les récoltes.

II. Faire l'épreuve de, subir.
1. Ressentir, concevoir, connaître par expérience. Éprouver une sensation, une émotion, une douleur. Éprouver des vertiges. Éprouver un désir. J'ai éprouvé une grande joie en apprenant votre succès. J'en éprouve beaucoup de satisfaction. Éprouver de la honte, du regret, des remords. Éprouver de la compassion pour les déshérités. Éprouver une déception. Il éprouva le besoin de justifier son attitude. Par méton. Litt. Éprouver la douceur de l'été, les charmes de l'automne, l'agrément d'un pays.
2. Constater. Tu as à tes dépens qu'on ne peut se fier à lui. Vous ez la justesse de cette maxime.
3. Subir une modification, un changement. Certaines substances éprouvent d'importantes altérations sous l'action de la chaleur. Spécialt. Subir un dommage, un préjudice, un malheur. Éprouver des difficultés, des revers. Ce financier a éprouvé de lourdes pertes. L'immeuble éprouva d'importants dégâts. Le bateau a éprouvé quelques avaries. Ces entreprises ont éprouvé les effets de la crise.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Mettre à l'épreuve un objet pour se rendre compte s'il a toutes les qualités voulues. "Éprouver une arme à feu. Éprouver un canon. Éprouver une cuirasse. C'est un remède que j'ai éprouvé. Éprouvez si cela vous fera du bien."
Il se dit souvent en parlant des Personnes ou de leurs qualités, de leurs sentiments, etc. "Éprouver quelqu'un avant de se fier à lui. Éprouver la fidélité, la probité de quelqu'un. C'est un homme d'une vertu, d'une valeur éprouvée. Il voulut leur constance, leur résignation. Éprouver le savoir de quelqu'un. Le malheur nous éprouve. Dieu nous éprouve."
Il signifie aussi, tant au sens physique qu'au sens moral, Ressentir, connaître par expérience. "Éprouver des sensations. Éprouver de la douleur, du plaisir, des peines, de l'ennui. Il a éprouvé l'une et l'autre fortune. Il éprouva, à ses dépens, qu'il ne faut jamais trop compter sur ses amis." Au participe passé employé adjectivement, "C'est un homme fort éprouvé," Qui a beaucoup souffert.
Il se dit, par analogie, des Changements, des variations, des altérations, qui surviennent aux choses. "Les altérations qu'une substance éprouve quand elle est soumise à l'action du feu. Sa conduite, son caractère en éprouva un changement notable."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Reconnaître par une opération si une chose a la qualité requise. Éprouver une arme à feu, une cuirasse. C'est un remède que j'ai éprouvé.
SACI: « Je les épurerai comme on épure l'argent, et je les éprouverai comme on éprouve l'or »

 2   Mettre à l'épreuve, en parlant des personnes. Éprouver son ami.
BOSSUET: « Celui qui n'a point été éprouvé, que sait-il ? »
LA BRUY.: « Il [Théophraste] avait coutume de dire qu'il ne faut pas aimer ses amis pour les éprouver, mais les éprouver pour les aimer »
    Il se dit aussi des choses.
RAC.: « Sans doute qu'il voulait éprouver votre zèle »
GRESSET: « Tranquillisez mon coeur, vous l'éprouvez sans doute »

 3   Hasarder, risquer.
CORN.: « Va contre un arrogant éprouver ton courage »
TH. CORN.: « Quand tu vins du monstre éprouver l'aventure »
RAC.: « Et qu'en me réduisant à la nécessité D'éprouver contre lui ma faible autorité »

 4   Faire subir des épreuves, mettre en des difficultés ou des souffrances qui donnent occasion au mérite.
BOSSUET: « Dieu nous éprouve en toutes manières »
FÉN.: « Jupiter vous éprouve, mais il ne veut pas votre perte ; au contraire, il ne vous éprouve que pour vous ouvrir le chemin de la gloire »

 5   Apprendre par sa propre expérience. J'éprouvai, mais trop tard, que....

 6   Ressentir. On éprouve sur cette montagne un froid très rigoureux. Éprouver du plaisir.
RAC.: « Pensez-vous avoir seul éprouvé des alarmes ? »
HAMILT.: « La Middleton allait éprouver comme il s'y prenait pour tourmenter, après avoir éprouvé ce qu'il savait pour plaire »
VOLT.: « Mon coeur Éprouve à son nom même une secrète horreur »
DIDER.: « J'éprouvais ses plaisirs, ses peines, ses goûts, ses aversions »
    Éprouver, suivi d'un qualificatif.
CORN.: « Quoi qu'il en soit, depuis que je vous vois chez elle, Toujours de plus en plus je l'éprouve cruelle »
CRÉBILLON: « Je lui dois d'un ami le secours et la foi ; Il ne l'éprouvera légère ni perfide »

 7   Subir. La forme du gouvernement éprouva de grandes altérations.
VOLT.: « Dieux ! que le crime seul éprouve enfin vos coups ! »

 8   S'éprouver, v. réfl. Être éprouvé.
SACI: « L'or et l'argent s'épurent par le feu ; mais les hommes que Dieu veut recevoir au nombre des siens s'éprouvent dans le fourneau de l'humiliation »
    Se mettre soi-même à l'épreuve.
RAC.: « Portant partout le trait dont je suis déchiré, Contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve »
MASS.: « Saint Paul ordonnait aux fidèles de s'éprouver avant que de venir manger le pain de vie »
D'HOLBACH: « Tout homme qui est l'esclave d'un tempérament fâcheux, aigri par la malignité, poussé par des motifs déshonnêtes, n'est capable ni de s'éprouver lui-même ni de découvrir la vérité, ni de la faire entendre aux autres »
    Se mettre l'un l'autre à l'épreuve. Ils ne voulaient pas se battre, mais seulement s'éprouver.
    Tenter aventure.
RAC.: « Contre un si grand courage il voulut s'éprouver »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. CCXVII: De vasselage [vaillance] [il] est souvent esprovet
    XIIème siècle
     Couci, VIII: [Elle le fait] Por esprover se por mal [je] recreroie [renoncerais]
     ib. XIV: Tant [j']ai d'amor mon fin cuer esprové, Que jà sans li n'aurai joie certaine
     ib. XVII: N'esprovez plus sur moi vostre vengeance
     Bat. d'Aleschans, v. 2635: Car au besoin est amis esprovez
    XIIIème siècle
AUBOINS DE SEZANNE: « Je di que c'est grant folie D'essaier ne d'esprover Ne sa fame ne s'amie »
     ib. p. 127: Mais, espoir [sans doute], ce m'a grevé, Qu'on ne connoit boin servise, Tant qu'on ait autre esprové
     Berte, XVI: Bien est vos traïsons veüe et esprovée
MARIE: « Le punt vus estuet [il vous faut] espruver, Cum vus porrez outre passer »
     Ren. 4999: Entor le jardin va et vient Por veoir et por Sesprover e jà peüst partuis trover, Par où il se peüst enz metre
     la Rose, 8030: Par Diex, compains, gardés-vous en, Et vous efforciez bien de croire Ma parole esprovée et voire
    XIVème siècle
ORESME: « Et tel jugement font ceulx qui espreuvent les vins et qui assaveurent et confisent les salses [sauces] et les potages »
     Guesclin. 12326: Se vous avez perdu, n'aiez le cuer marri ; Dieux vous veult esprouver se vous estes à lui
     ib. 10758: C'estoient toute gent d'estoffe souffisant, Qui esprouvé avoient esté en combattant
    XVème siècle
FROISS.: « Ils s'esprouverent si bien et si vassalement qu'ils obtinrent la place et l'eau [dans un combat naval] »
FROISS.: « Et s'avisa qu'il se viendroit eprouver à celui qui estoit plus prochain de sa baniere »
FROISS.: « Ce Croquart chevauchoit une fois un jeune coursier fort embridé, que il avoit acheté trois cents escus, et l'esprouvoit au courir »
     Bouciq. I, 16: Le vaillant et gentil chevalier Bouciquaut et ses bons et esprouvés compaignons, Dieu merci, n'eurent mal ne blessure
    XVIème siècle
AMYOT: « Et si dit d'avantage qu'il ne falloit pas que les bestes sauvages mesmes de l'Afrique demourassent sans esprouver la force et la fortune des Romains »
AMYOT: « ....Comme s'il eust eu à s'esprouver à l'encontre d'un Isocrates ou d'un Anaximenes, et non pas à manier et redresser un peuple »
AMYOT: « Elle luy monstra sa bleceure, et luy compta comment elle se l'avoit faitte pour s'esprouver elle mesme »
AMYOT: « Ce qui plus espreuve et qui plus descouvre la nature de l'homme, c'est la licence et l'authorité d'un magistrat [le pouvoir] »
DU BELLAY: « Ou voir Meduze, ou au cours [à la course] s'esprouver Avecques Atalante.... »

ÉTYMOLOGIE
    É- pour es- préfixe, et prouver ; Berry, épreuver ; bourguig. eprovai ; provenç. esproar.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Essayer; faire l'épreuve, l'essai de. "Éprouver une arme à feu. Éprouver un canon. Éprouver une cuirasse. C'est un remède que j'ai éprouvé. Éprouvez si cela vous fera du bien."
Il se dit souvent en parlant Des personnes, ou de leurs qualités, de leurs sentiments, etc. "Éprouver quelqu'un avant de se fier à lui. Éprouver la fidélité, la probité de quelqu'un. Il voulut leur constance, leur résignation. Éprouver le savoir de quelqu'un."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, tant au sens physique qu'au sens moral, Ressentir, connaître par expérience. "On éprouve sur cette montagne un froid très-rigoureux. Éprouver des sensations. Éprouver de la douleur, du plaisir, des peines, de l'ennui. Il a éprouvé l'une et l'autre fortune."
Il se dit, par analogie, Des changements, des variations, des altérations, etc., qui arrivent aux choses. "Les altérations qu'une substance éprouve quand elle est soumise à l'action du feu. Le prix de ces denrées éprouve de fréquentes variations. Sa conduite, son caractère en éprouva un changement notable."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Éprouver, signifie encore, Faire expérience, connoître par expérience. "Il a éprouvé l'une et l'autre fortune. Éprouver la fidélité de quelqu'un".



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Essayer. "Éprouver une arme à feu. Éprouver un canon. Éprouver une cuirasse. Éprouvez si cela vous fera du bien. C'est un remède que j'ai éprouvé."



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



signifie encore, Faire expérience, connoître par expérience. "Il a éprouvé l'une & l'autre fortune. Éprouver la fidélité de quelqu'un."




Emplacement dans le dictionnaire :

époux
éprault
épreindre
eprendre
éprendre (s')
éprendre (s')
épreuve
epris
éprouvé
éprouver
eprouvette
éprouvette
éprouveur
epsilon
épucer
épuche
épuisable
épuisant
épuisé
épuise-volante
épuisement


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