étendre (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Attendre ). XII e siècle, estendre . Issu du latin extendere, de même sens.

I. V. tr.
1. Déployer dans toute sa longueur ou sa largeur. Étendre le bras, les bras. Étendre la jambe. L'oiseau étendit ses ailes. Par anal. L'arbre étendait ses branches au-dessus d'un parterre de fleurs.
2. Déplier pour mettre à plat. Étendre une nappe sur une table, un tapis sur le sol. Spécialt. Étendre du linge, le suspendre à un fil, à une perche, pour le faire sécher.
3. Coucher quelqu'un de tout son long. Étendre un malade sur un lit, sur une table d'opération. Étendre un blessé sur un brancard. Étendre un homme sur le carreau, le blesser gravement, l'assommer ou le tuer. Il l'étendit mort sur la place. Fam. Étendre quelqu'un d'un coup de poing, le jeter à terre. Fig. et pop. Étendre un candidat à un examen, à un concours, le refuser. Il s'est fait à l'épreuve de biologie animale.
4. Augmenter la surface d'une chose en la rendant plus mince, ou en l'étirant. Étendre de l'or, une feuille d'or en la martelant. Étendre une peau. Étendre de la pâte à modeler. Par anal. Étendre une solution, augmenter la proportion du dissolvant. Étendre un acide, de l'alcool, en y ajoutant de l'eau. Étendre de la peinture avec de l'essence.
5. Épandre, étaler en couche sur une surface. Étendre de la paille dans une étable. Étendre du fumier dans les champs. Étendre du foin pour le faire sécher. Étendre un enduit sur un mur. Étendre une couleur, de la peinture sur une toile.
6. Élargir, agrandir, accroître. Étendre son empire. Alexandre le Grand étendit ses possessions jusqu'aux rives de l'Indus. Fig. Étendre sa domination, son pouvoir. Étendre sa juridiction. Étendre son influence. Étendre sa réputation. Il cherche à ses relations. Le fléau étend ses ravages. Étendre son vocabulaire, ses connaissances. Étendre l'application d'un règlement à un ensemble de pays. Étendre les clauses d'un contrat, les termes d'un arrêt, d'une loi, porter le sens d'un contrat, d'un arrêt, d'une loi au-delà de ce que les termes signifient littéralement. Étendre le sens, la signification d'un mot, appliquer un mot à une chose, à une idée qu'il n'était pas originairement destiné à signifier, à exprimer.

II. V. pron.
1. Occuper un certain espace, se prolonger jusqu'à un certain endroit. Ces marais s'étendent sur une centaine d'hectares. La plaine s'étend à perte de vue. Par ext. De cette terrasse, on voit aussi loin que la vue peut s'étendre. Par anal. Durer. L'ère quaternaire s'est étendue sur quelque deux millions d'années. Il étudie la période qui s'étend des grandes invasions barbares à l'avènement des Capétiens. Fig. Ses connaissances ne s'étendent pas jusque-là. Son crédit ne s'étend pas si avant. Sa réputation, son nom, sa gloire s'étendent par toute l'Europe. Cette règle s'étend à un grand nombre de cas.
2. S'allonger, se coucher. S' sur son lit. S' sur le dos. Ils s'étendirent à l'ombre d'un tilleul. Il avait l'habitude d'aller s' un moment après le repas.
3. Occuper une surface plus grande ; s'agrandir, se répandre. L'or s'étend beaucoup lorsqu'on le bat. La moisissure s'étendait rapidement sur le mur. L'armée s'étendit sur toute la plaine. Par méton. Ce propriétaire s'est largement étendu du côté du fleuve. Fig. L'épidémie s'étendait de façon inquiétante. La grève s'est étendue au secteur privé. Son pouvoir s'étend de jour en jour.
4. Développer un propos, s'arrêter longuement sur un sujet. Vous me permettrez de m' un peu sur ce point, car il est important. S' sur les bonnes ou mauvaises qualités de quelqu'un.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Faire qu'une chose acquière ou plus de surface ou plus de volume, soit en la rendant plus mince, soit en la tirant ou en la dilatant. "On étend l'or sous le marteau. Étendre du beurre sur du pain. Étendre de la cire. Étendre du drap, du parchemin. C'est un métal qui s'étend beaucoup quand on le bat."
"Étendre ses troupes, son armée," Leur faire occuper plus de terrain, leur donner plus de front. "L'armée s'étendit dans la plaine."
Fig., "Étendre la clause d'un contrat, les termes d'un arrêt, d'une loi, etc.," Porter le sens d'un contrat, d'un arrêt, d'une loi au- delà de ce que les termes signifient précisément. On dit aussi "Étendre le sens, la signification d'un mot," Appliquer un mot à une chose, à une idée qu'il n'était pas originairement destiné à signifier, à exprimer.
Il signifie aussi Déployer en long et en large. "Étendre du linge pour le sécher. Étendre de la toile sur l'herbe pour la blanchir. Étendre un tapis. Étendre quelqu'un sur une table, sur un lit, pour lui faire subir quelque opération. Il s'étendit tout de son long sur l'herbe pour dormir." JÉSUS-CHRIST "fut étendu sur la croix, sur l'arbre de la croix. Ces martyrs furent étendus sur le chevalet."
"Étendre le bras, les bras, la jambe," Les déployer de leur long. On dit de même "Étendre les ailes," en parlant d'un Oiseau qui déploie ses ailes pour voler.
Fig., "Étendre un homme par terre," Le renverser.
Fig., "Étendre un homme sur le carreau," Le tuer, le renverser mort par terre. On dit de même "Il l'étendit mort sur la place."
Il signifie encore, tant au propre qu'au figuré, Élargir, agrandir, augmenter. "Étendre son empire. Étendre les limites de son royaume. Il a étendu son parc, étendu sa terre jusqu'à cet endroit. Une tache d'huile s'étend peu à peu. Étendre sa domination, son pouvoir. Étendre" "sa juridiction. Étendre sa réputation. Étendre ses affaires." En termes de Chimie, "Étendre une" solution, Augmenter la proportion du dissolvant. "Étendre un acide, de l'alcool, des couleurs," Y ajouter de l'eau. "Un acide étendu," Un acide affaibli par un dissolvant. On dit de même "Étendre du vin avec de l'eau."
S'ÉTENDRE signifie quelquefois Tenir un certain espace, se prolonger jusqu'à un certain endroit. "Leur empire s'étendait jusqu'à tel fleuve. Ma propriété ne s'étend pas plus loin."
Il se dit figurément des Personnes, en parlant de leur Propriété. "Ce propriétaire s'est fort étendu de ce côté. Il ne peut s' de ce côté-là, parce qu'il est borné par d'autres propriétés." Il se dit, dans cette acception, de Certaines choses. "Son pouvoir ne s'étend pas si avant. Son crédit s'étend jusque-là. Sa réputation, son nom, sa gloire s'étendent par toute l'Europe. Cette règle s'étend à un grand nombre de cas."
Il se dit particulièrement de la Vue. "De cette terrasse on voit aussi loin que la vue peut s'étendre."
Fig., "S' sur quelque sujet," En parler au long. "S'il m'était permis de m' sur cette matière." On dit aussi dans ce sens "S' sur les louanges, sur les bonnes ou mauvaises qualités de quelqu'un."
S'ÉTENDRE signifie encore Durer. "La vie de l'homme ne s'étend guère au-delà de cent ans."
Le ÉTENDU, UE, s'emploie adjectivement et se dit, tant au propre qu'au figuré, de Certaines choses qui, dans leur genre, sont grandes, larges, vastes, etc. "Un empire fort étendu. La vue est ici fort étendue. Un pouvoir fort étendu. Responsabilité peu étendue. Des connaissances étendues."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Donner à une chose plus de surface. On étend l'or sous le marteau. Étendre du beurre sur du pain.
    Étendre des troupes, leur faire occuper plus de terrain, leur donner plus de front.
FLÉCH.: « Arbogaste étendit dans la plaine cette armée de barbares qu'il avait emmenés en Gaule »
    Terme de trictrac. Étendre son jeu, distribuer les dames sur autant de flèches qu'il se peut afin de faire facilement des cases.
    Fig. et familièrement. Étendre le parchemin, faire de longues écritures dans une affaire, pour en tirer plus de profit, prolonger un procès par des chicanes ; ainsi dit parce qu'autrefois les écritures de justice se faisaient surtout sur parchemin.
    Étendre la courroie, étendre les profits ou les attributions d'un emploi, au delà de ce qui est permis. Sa place ne lui vaudrait pas tant, s'il n'étendait un peu la courroie.
    Terme de peinture. Grouper ensemble plusieurs parties qui reçoivent la lumière, et où les objets ne sont séparés que par des demi-teintes adoucies.

 2   Déployer en long et en large. Étendre son manteau par terre pour se coucher.
    Étendre du linge, le placer sur des cordes pour qu'il y sèche.
VOLT.: « Les premiers objets qui se présentèrent furent Cunégonde et la vieille qui étendaient des serviettes sur des ficelles pour les faire sécher »
    Étendre les bras, les jambes, les allonger.
SACI: « Le Seigneur a étendu sa main sur la mer, il a ébranlé les royaumes »
BOILEAU: « [La Mollesse] Soupire, étend les bras, ferme l'oeil et s'endort »
    Terme de physiologie. Étendre la jambe sur la cuisse, l'avant-bras sur le bras, faire que la jambe et la cuisse, le bras et l'avant-bras soient en ligne droite.
    Étendre les ailes, se dit d'un oiseau qui les déploie pour s'envoler.

 3   Coucher de son long. Étendre un blessé sur un lit.
FÉN.: « Télémaque fit laver la plaie sanglante de Pisistrate, il le fit étendre sur un lit de pourpre »
    Il se dit aussi pour renverser à terre.
LA FONT.: « Et si tu veux m'en croire, Tu l'étendras tout plat »
FÉN.: « À peine fut-il étendu par terre que je lui tendis la main pour le relever »
    Étendre un homme sur le carreau, le tuer, le renverser mort par terre

 4   Développer, amplifier. Étendre un sujet.
BALZAC: « Pour peu que j'eusse voulu étendre quelques-unes de mes lettres, elles se fussent appelées des livres »
    Étendre la clause d'un contrat, les termes d'un arrêt, etc. porter le sens d'un contrat, d'un arrêt au delà de ce que les termes signifient précisément.
BALZ.: « En cela il a étendu sa commission et a fait plus qu'il ne devait faire »
MOL.: « Selon divers besoins il est une science D'étendre les liens de notre obéissance »
    Étendre le sens, la signification d'un mot, lui attribuer un sens plus ample qu'il n'avait.
    On dit de même étendre un mot. Ce mot ne désignait d'abord que telle chose, on l'a étendu depuis à telle autre.

 5   Augmenter, agrandir. Étendre son empire. Étendre sa domination. La découverte de l'Amérique a beaucoup étendu le commerce européen.
J. J. ROUSS.: « Plus on étend sa puissance, plus on est dévoré du désir de tout pouvoir »
RAYNAL: « Il n'est point d'État aussi heureusement situé que la Russie pour étendre son commerce »
RAYNAL: « La population étendit l'industrie »
    Par extension.
J. J. ROUSS.: « J'ai trouvé l'art d'étendre ma vie sans la prolonger ; j'existe, j'aime, je suis aimée, je vis jusqu'à mon dernier soupir »
    Fig.
MALEBR.: « On n'étend l'esprit qu'en abrégeant ses idées »

 6   Porter jusqu'à, faire aller jusqu'à.
BOSSUET: « Que servirait à Louis d'avoir étendu sa gloire partout où s'étend le genre humain ? »
FONTEN.: « Toutes les espèces sur lesquelles il put étendre ses expériences »
ROLLIN: « Tel était le génie de Carthage : toujours sévère et excessive dans ses punitions, elle les portait aux dernières rigueurs et les étendait jusque sur les innocents »
J. J. ROUSS.: « Étends la loi de la nécessité aux choses morales, apprends à perdre ce qui peut t'être enlevé »
BARTHÉL.: « Antipater est, après Philippe, le plus habile politique de la Grèce ; actif, infatigable, il étend ses soins sur presque toutes les parties de l'administration »
VOLT.: « Quand la mort sur le trône étend ses rudes coups »
VOLT.: « Je vais, sur les vaincus étendant mes secours, Consoler leur misère et veiller sur leurs jours »
BERN. DE ST-PIERRE: « Que si cette inscription est de quelque nation ancienne qui ne subsiste plus, elle étend notre âme dans les champs de l'infini »
    Étendre la vue, la porter sur un point éloigné.
     Dict. de l'Acad.: C'est un plaisir d'étendre la vue sur cette belle campagne

 7   Terme de chimie. Étendre un acide, de l'alcool, y ajouter de l'eau et l'affaiblir de la sorte.
    On dit de même étendre du vin avec de l'eau.

 8   S'étendre, v. réfl. Prendre plus de surface. L'or s'étend sous le marteau.
    Se déployer. L'armée s'étend dans la plaine. L'ombre de cet arbre s'étend sur nos têtes.
DELILLE: « Sur la face des eaux s'étend la nuit profonde »
DELILLE: « ....En vain sous de beaux cieux S'étendaient à tes pieds des champs délicieux »
    Fig.
LAMART.: « Un silence pieux s'étend sur la nature [pendant la nuit] »

 9   Se coucher tout de son long. Ils se sont étendus sur le gazon.
MOL.: « Étendez-vous là seulement ; il y aura plaisir à confondre votre frère ; voici madame ; tenez-vous bien »

 10   Être allongé. Ses jambes s'étendaient sous la table. Et vers l'amant qu'elle adore, Ses bras s'étendent encore En se changeant en rameaux, MARMONTEL, Daphné. Le liquide azur Du fleuve qui s'étend comme lui [le ciel] calme et pur, A. CHÉN. Élég. XIV

 11   Aller jusqu'à.
RAC.: « Et sa bonté [de Dieu] s'étend sur toute la nature »
VOLT.: « L'horreur de mon destin s'étendrait jusqu'à vous »
VOLT.: « La flamme dont brûla Sion désespérée S'étendit en fureur aux murs de Césarée »
MARMONTEL: « Je suis l'ami et le disciple de Socrate ; et je crains bien que la haine qu'on a pour lui ne s'étende jusqu'à moi »

 12   Occuper une certaine étendue.
CORN.: « L'État dont mon coeur est content Sur quelques bords du Nil à grand'peine s'étend »
ROLLIN: « Cette histoire s'étend depuis l'an du monde 3483 jusqu'à l'an 3600 »
VOLT.: « La plaine Qui s'étend de Pisaure aux remparts de Césène »
MONTESQ.: « L'empire des Perses s'étendait jusqu'à l'Indus »
    Par extension. Sa réputation s'étend par toute l'Europe.
BARTHÉL.: « Son culte [de Diane], connu depuis longtemps dans quelques pays éloignés, s'étendit dans l'Asie Mineure, dans la Syrie et dans la Grèce proprement dite ; il était dans le plus grand éclat sous les premiers empereurs romains »

 13   Fig. Prendre plus de portée, en parlant de l'esprit. Son esprit s'est étendu.
GENLIS: « Les idées se sont étendues »

 14   Il se dit des personnes, en parlant de leurs propriétés. Ce propriétaire s'est fort étendu de ce côté.
BOURD.: « Pourquoi, dit un riche, ne me sera-t-il pas permis d'accroître mon fonds, et pourquoi, payant bien ce que j'acquiers, n'aurai-je pas droit de m'étendre ? »

 15   Il se dit de la vue, de la voix. La vue s'étend très loin de ce côté. Autant que la voix peut s'étendre.
VOLT.: « Autant que mes regards au loin peuvent s'étendre »
    Tant qu'elle peut s'étendre, se dit d'une somme d'argent, et signifie pas davantage, avec un sens d'ironie.
DIDEROT: « Saint-Albin : J'ai quinze cents livres de rente ? - Le commandeur : Tant qu'elles peuvent s'étendre »

 16   Embrasser, être applicable à.
BOSSUET: « La règle que je vous ai donnée s'étend à toutes les autres »
DIDEROT: « Cette maxime s'étend, quoique avec moins de sévérité, à tous les autres objets »

 17   S'étendre sur quelque sujet, le traiter avec développement.
LA FONT.: « Le prince s'étendit sur le malheur des grands »
SÉV.: « Il s'étendit fort au long sur les justifications qui étaient dans la lettre »
SÉV.: « Je me suis un peu étendue sur cette mort »

 18   Il se dit aussi d'une armée qui pousse au loin ses corps, ses partis.
SÉGUR: « Depuis deux mois les deux armées ne s'étaient fait qu'une guerre de partisans ; son but, pour les Français, était de s'étendre dans le pays, pour y chercher des vivres.... »

 19   Durer. D'après David, la vie ordinaire ne s'étend pas au delà de soixante-dix ans.

PROVERBE Le cuir sera à bon marché, les veaux s'étendent, se dit pour reprocher à quelqu'un de s'étendre d'une façon peu convenable.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Liber psalm. p. 121: Tu estendras la tue ire [ta colère] de generaciun en generaciun
BENOÎT: « Merveilles fait de sei Gerin Od [avec] le suen cler brant acerin ; N'en ateint home qu'il ne fende, Que mort à terre ne l'estende »
     Ronc. p. 60: Donc [il] laisse courre à plein frein estendu
     Th. le mart. 70: Deus est chiés [chef] des prelaz : pur sa lei maintenir, Il devreient estendre les cols, prez de murir
    XIIIème siècle
     Berte, XXIV: Dame Diex qui en croi fu pour nous estendus
     ib. XXXVIII: Ne tapis estendus pour son cors aaisier
     ib. XLVII: En sa chambre [elle] l'enmaine, delez le feu l'estent
     ib. CXXXIII: Par trestout le royaume la nouvele s'estent
     la Rose, 6450: Cis grans empereres meïsmes, Qui fu de tout le monde sires, Tant s'estendoit loin ses empires
BEAUMANOIR: « Et s'il [les arbitres] s'estendent en plus, li arbitrages est de nule valeur »
JOINV.: « Auquel il firent si grant honneur en Acre que il li estendoient les dras d'or et de soie par où il devoit aler »
    XIVème siècle
ORESME: « Car qui se vouldroit estendre à ses parens et as proceins [prochains] et amis, et as amis de ses amis, ce seroit une chose sans fin »
    XVème siècle
     Perceforest, t. I, f° 92: Si je me sentoye aorné de telle valeur, je oseroye hardiement et à chere estendue [à visage ouvert] tel honneur et plus grant recevoir
    XVIème siècle
MONT.: « Platon s'estend à mille preceptes pour ses gymnazes »
MONT.: « Les fourmis estendent hors de l'aire leurs grains pour.... »
LA BOËTIE: « La couardise ne va point jusques là, non plus que la vaillance ne s'estend pas qu'un seul eschelle une forteresse »
LA BOËTIE: « Ils ne voient autre moyen, pour asseurer la nouvelle tyrannie, que d'estendre fort la servitude »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, siteind ; provenç. estendre, extendre ; espagn. extender ; portug. estender ; ital. stendere ; du latin extendere, de ex, et tendere, tendre.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Allonger, faire qu'une chose acquière ou plus de surface, ou plus de volume, soit en la rendant plus mince, soit en la tirant ou en la dilatant. "On étend l'or sous le marteau. Étendre du beurre sur du pain. Étendre de la cire. Étendre du drap, du parchemin. La raréfaction étend le volume d'air."
"Étendre ses troupes, son armée," Leur faire occuper plus de terrain, leur donner plus de front.
Fig. et fam., "Étendre le parchemin," Faire de longues écritures dans une affaire, pour en tirer plus de profit; Tirer un procès en longueur par des formalités et des chicanes.
Fig. et fam., "Étendre la courroie," Étendre les profits, les droits d'un emploi au delà de ce qui est permis. "Sa place ne lui vaudrait pas tant, s'il n'étendait un peu la courroie."
Fig., "Étendre la clause d'un contrat, les termes d'un arrêt, d'une loi, etc.," Porter le sens d'un contrat, d'un arrêt, d'une loi au delà de ce que les termes signifient précisément. On dit aussi, "Étendre le sens, la signification d'un mot," Appliquer un mot à une chose, à une idée qu'il n'était pas originairement destiné à signifier, à exprimer. On dit de même quelquefois, "Ce mot ne désignait d'abord que telle chose, on l'a étendu depuis à telle autre."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Déployer en long et en large. "Étendre du linge pour le sécher. Étendre de la toile sur l'herbe pour la blanchir. Étendre son manteau par terre pour se coucher dessus. Étendez ce tapis. Étendre quelqu'un sur une table, sur un lit, pour lui faire subir quelque opération." JESUS-CHRIST "fut étendu sur la croix, sur l'arbre de la croix. Ces martyrs furent étendus sur le chevalet."
"Étendre le bras, les bras, la jambe," Les déployer de leur long. On dit de même, "Étendre les ailes," en parlant D'un oiseau qui déploie ses ailes pour voler.
Fig., "Étendre la vue," La porter sur un point éloigné. "C'est un plaisir d' la vue sur cette belle campagne."
Fig., "Étendre un homme sur le carreau," Le tuer, le renverser mort par terre. On dit de même, "Il l'étendit mort sur la place."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, tant au propre qu'au figuré, Augmenter, agrandir. "Étendre son empire. Étendre les limites de son royaume. Il a étendu son parc, étendu sa terre jusqu'à cet endroit. Étendre son commerce. Étendre sa domination, son pouvoir. Étendre sa réputation."
En termes de Peinture, "Étendre la lumière," Grouper ensemble plusieurs parties qui naturellement reçoivent la lumière, et où les objets ne sont séparés que par des demi-teintes adoucies.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi avec le pronom personnel. "C'est un métal qui s'étend beaucoup lorsqu'on le bat. L'armée s'étendit dans la plaine. Il s'étendit tout de son long sur l'herbe pour dormir. Une tache d'huile s'étend peu à peu."
Il signifie quelquefois simplement, Tenir un certain espace, se prolonger jusqu'à un certain endroit. "Leur empire s'étendait jusqu'à tel fleuve. Ma propriété ne s'étend pas plus loin. Cette mer s'étend jusqu'à telle autre."
Il se dit figurément Des personnes, en parlant De leur propriété. "Ce propriétaire s'est fort étendu de ce côté. Il ne peut s' de ce côté-là, parce qu'il est borné par d'autres propriétés."
Il se dit aussi figurément De plusieurs choses. "Son pouvoir ne s'étend pas si avant. Son crédit s'étend jusque-là. Sa réputation, son nom, sa gloire, s'étendent par toute l'Europe."
Il se dit particulièrement De la vue. "Sa vue s'étend jusqu'à... De cette terrasse on voit aussi loin que la vue peut s'étendre."
Il se dit également De la voix. "Il a une voix forte qui s'étend très-loin. Tant que la voix se peut ."
Fig., "S' sur quelque sujet," En parler au long. "S'il m'était permis de m' sur cette matière." On dit aussi dans ce sens, "S' sur les louanges, sur les bonnes ou mauvaises qualités de quelqu'un."
Fam., "Tant que la somme peut s'étendre, pourra s'étendre," se dit Pour exprimer qu'on ne dépasse pas, qu'on ne dépassera pas une certaine somme déterminée. "Il me donne cent francs par an, tant que cela peut s'étendre."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie encore, Durer. "La vie de l'homme ne s'étend guère au delà de cent ans. Il travaille tant que la journée peut s'étendre."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Étandre"; 1re "é" fer. 2e lon. 3e "e" muet.] 1°. Déployer~. '"Etendre du" linge, "un" tapis. '"Etendre les" brâs, ou "le brâs". 'Oiseau qui "étend" ses ailes. '"S'étendre", ou "être étendu" tout de son long.
- "Etendre un homme sur le carreau"; le renverser mort par terre.
- 2°. Alonger, " du" beurre, "de la" cire, "du" drap, "du" parchemin.
- 3°. Augmenter. '"Etendre son" Empire, "son" parc, "sa" terre.
- "S' sur" un sujet, en parler fort au long.
- 4°. "S'étendre", durer. 'La vie de l'homme ne "s'étend" guère au-delà de cent ans, etc.
   REM. "Boileau" fait régir à "s'étendre" la prép. "à" et l'infinitif. 'Je ne "m'étendrai" pas davantage "à" lui "faire conoître" une faûte qu'il n'est pas possible que lui-même ne sente.
- Ce régime est tout au moins douteux. Je ne l'ai trouvé que dans cet illustre Auteur, et je ne me souviens pas de l'avoir ouï-dire.




Emplacement dans le dictionnaire :

éteignarie
éteignoir
éteindre
eteint
ételle
étendage
étendard
étendeur
étendoir
étendre
etendu
étendue
étendûe
étentier
éternel
éternelle
eternellement
éternellement
éternisation
éterniser
éternité


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