étonner (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XI e siècle, estoner. Issu, par l'intermédiaire du latin populaire *extonare, du latin classique adtonare, « frapper du tonnerre ».

I. V. tr.
1. Class. Frapper de stupeur, de saisissement comme sous l'effet d'un coup de tonnerre. Le feu de l'ennemi n'étonne pas le brave.
2. Surprendre vivement. Cette nouvelle inattendue l'a beaucoup étonné. Je crois que cela l'étonnera. Vous l'étonnerez bien quand vous lui direz cela. Cet enfant étonne tout le monde par ses reparties. Cela m'étonne de votre part. Ce n'est pas fait pour m'étonner. Absolt. Ce spectacle étonne par son réalisme. Expr. Cela m'étonnerait ! ou Vous m'étonnez ! je tiens cela pour peu vraisemblable. Les impôts vont baisser ? Vous m'étonnez ! Par antiphrase. Fam. Tu m'étonnes ! Vous m'étonnez ! ce que vous dites est évident. Il a encore oublié ? Tu m'étonnes !
3. Ébranler, lézarder, fendre par un choc. Les coups de canon étonnèrent la muraille (vieilli). Une trop forte explosion de mine a étonné ce bloc de marbre, elle l'a fissuré. Étonner un diamant, le fêler accidentellement au cours de la taille.

Étonner un caillou, une roche, les faire éclater en petits fragments, sous l'action du feu, de la chaleur
Étonner du sable en vue de la fabrication du cristal.

II. V. pron. Être vivement surpris. Il s'étonne de tout. Elle ne s'étonne de rien. Je m'étonne qu'il ne voie pas le danger. Je m'étonne de ce qu'il soit venu. Je m'étonne de ne pas la voir arriver. Ne vous étonnez pas s'il est absent ou qu'il soit absent. Faut-il s' s'il est fâché ?


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Surprendre par quelque chose d'extraordinaire, d'inattendu. "Cet accident imprévu, cette nouvelle inattendue l'a fort étonné, l'a extrêmement étonné. Je crois que cela l'étonnera. Cela est fait pour . Vous l'étonnerez bien quand vous lui direz cela. Cet enfant étonne, étonne tout le monde par son esprit, par la vivacité de ses reparties. Je suis étonné qu'il ne m'en ait rien dit. Il aime à les gens. Paraître étonné de quelque chose. Air étonné. Je m'étonne qu'il ne voie pas le danger où il est. J'en sais la raison, je ne m'en étonne plus. Ne vous étonnez pas s'il en use de la sorte. Je m'étonne que vous n'ayez pas prévu cet accident. Je suis étonné de votre procédé à mon égard."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Causer un ébranlement. Le coup lui a étonné la tête.
    Terme de vétérinaire. Se dit du sabot d'un cheval qui se heurte violemment à quelque obstacle. Ce cheval s'est étonné le pied.
    Terme de mineur. Étonner la roche, allumer un bûcher auprès, afin d'en rendre l'abattage plus facile.
    Terme de métier. Faire fendiller, en le chauffant, le sable destiné à la fabrication du cristal.
    Étonner un diamant, y faire une fêlure.
    Il se dit aussi du drap qu'on tire trop.
     Dict. des arts et m. Drapier: Si on étonne la pièce entière à force de la tirer, et si on en dissout tout l'assemblage en la contraignant par une extension violente à donner 24 aunes au lieu de 18 ou 20

 2   Fig. Causer un ébranlement moral.
CORN.: « Va la voir de ma part, et tâche à l'étonner ; Dis-lui qu'à tout le peuple on va l'abandonner »
PASC.: « Trop de vérité nous étonne »
PASC.: « Ma faiblesse n'a point étonné mon ambition »
BOSSUET: « On le vit étonner de ses regards étincelants ceux qui échappaient à ses coups »
BOSSUET: « Au conseil comme au sceau, la multitude, la variété, la difficulté des affaires n'étonnaient jamais ce grand magistrat »
BOSSUET: « Mon Dieu, pourquoi vois-je devant moi ce visage dont vous étonnez les réprouvés ? »
BOILEAU: « Pour moi qu'en santé même un autre monde étonne »
BOILEAU: « Ah ! qu'un si rude coup étonna mes esprits ! »
RAC.: « Observons Bajazet, étonnons Atalide »
VOLT.: « Le sang d'Alcide est beau, mais n'a rien qui m'étonne »
VOLT.: « L'aspect du souverain n'étonna point ce traître »
MONTESQ.: « La Grèce avait été bien étonnée par le premier Philippe, Alexandre et Antipater, mais non pas subjuguée »
    Absolument.
LA BRUY.: « Les grandes choses étonnent et les petites rebutent »

 3   Causer, en qualité d'extraordinaire, de singulier, d'inattendu, une certaine sensation. Les exploits de ce héros étonnent l'univers.
PASC.: « Ils [les philosophes] étonnent le commun des hommes ; ils [les chrétiens] étonnent les philosophes »
PASC.: « L'éternité des choses en elles-mêmes ou en Dieu doit encore étonner notre petite durée »
PIRON: « .... La nouvelle en ce cas M'étonne bien un peu, mais ne me change pas »
    Absolument.
J. J. ROUSS.: « Ces oeuvres marquaient le pouvoir de bien faire plutôt que la volonté d'étonner ; c'étaient des vertus plus que des miracles »

 4   S'étonner, v. réfl. Se dit d'une voûte, lorsque étant surchargée, elle paraît s'affaiblir par le poids.

 5   Ressentir un ébranlement moral, hésiter, s'effrayer.
BALZ.: « Encore voyons-nous des gens qui attendent pour s'étonner que la mauvaise fortune soit venue »
RICHELIEU: « Ne vous étonnez point de ce qui est arrivé ; mais au nom de Dieu, que cela vous serve pour prévoir et prévenir à l'avenir semblables inconvénients »
CORN.: « Quoique le mien [courage] s'étonne à ces rudes alarmes »
RAC.: « Quoi ! déjà votre foi s'affaiblit et s'étonne ! »
VOLT.: « Le monstre [Jacques Clément] au même instant tire son coutelas, L'en frappe, et dans le flanc l'enfonce avec furie ; Le sang coule, on s'étonne, on s'avance, on s'écrie »

 6   Trouver étrange, singulier. Je m'étonne de vos manières.
VOIT.: « Je m'étonne comment je la puis souffrir [une maladie] »
LAROCHEF.: « On ne devrait s'étonner que de pouvoir encore s'étonner »
CORN.: « Vous faut-il étonner de ce que je l'ignore ? »
CORN.: « C'est de quoi s'étonner »
RAC.: « J'ai cédé mon amant, tu t'étonnes du reste »
RAC.: « Je me suis étonné de son peu d'allégresse »
    Ne pas s'étonner si, ne pas s'étonner de ce que. Je ne m'étonne pas s'il n'a pu venir.
MOL.: « Faut-il s'étonner s'il n'a pu venir ? Je ne m'étonne pas si je romps tes attentes »
MOL.: « Ne vous étonnez pas si je m'informe des nouvelles de toute la famille, car j'y prends beaucoup d'intérêt »
RAC.: « Ne vous étonnez pas si je m'adresse à vous »
FÉN.: « Faut-il s'étonner s'ils ne sont point aimés, puisqu'ils n'aiment rien que leurs grandeurs et leurs plaisirs ? »
    S'étonner que, avec le verbe suivant au subjonctif. Faut-il s'étonner qu'il ne soit pas aimé ? Je m'étonne que vous n'ayez pas prévu cet accident.
MOL.: « Il fallait qu'elle [cette feinte] cessât bientôt sans doute, et je m'étonne seulement qu'elle ait pu durer la moitié d'un jour »
LA BRUY.: « Je ne m'étonne pas que des hommes qui s'appuient sur un atome chancellent dans les moindres efforts qu'ils font pour sonder la vérité »
RAC.: « Mais je m'étonne enfin que pour reconnaissance, Pour prix de tant d'amour, de tant de confiance, Vous ayez si longtemps par des détours si bas.... »
RAC.: « Ne faut-il pas s'étonner au contraire Qu'il en en ait si longtemps différé le salaire ? »
    Il peut se dire aussi avec l'indicatif.
BALZ.: « Il s'est étonné que je n'ai rien vu de tout cela »
    S'étonner de, avec le verbe à l'infinitif.
LA FONT.: « [Les gens] S'étonnaient de voir que Martin Chassât les lions au moulin »

PROVERBE Cet homme est bon cheval de trompette, il ne s'étonne pas du bruit, se dit d'un homme qui ne se trouble pas pour peu de chose, que les cris, les reproches n'émeuvent pas.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. CCL: Granz fu li cops, li duz [le duc] en estonad [en fut étonné]
    XIIème siècle
     Ronc. p. 123: Par nous vous mande n'en soiez estoné
     Grégoire le Grand, p. 113: [Elle] Nel conut [son fils], ne s'estone mie Cum faitement il est en vie
    XIIIème siècle
G. DE COINSI: « Dou fau [fou] moine qui de la noise Est abaubis et estonés.... »
     Ren. 14902: Tel cop lez l'oreille li done, Tote la teste li estone
     ib. 15898: Le chief [la tête] ai vuit et estoné Du duel, et de l'ire, et del pens [pensée] Dont tot est desvoiez mon sens
     Ren. 612: Sire Renart tel li redone, Que toute la fosse en estone [retentit]
     Édouard le conf. v. 3640: Nepurquant li reis sus se leve, Pur la grant este d'icel jur Se feint e cuvre sa dolur ; Mais la feblesce tut l'estune
    XIVème siècle
     Guesclin. 22159: Nous avons de bon vin le cervel estonné, Si en seront plus fort dedens l'estour morté [mortel]
    XVème siècle
G. CHASTEL: « Si en doibs parcourir la terre, faire retentir les cieulx, estonner bois, roches et montaignes par force de cris »
G. CHASTEL: « Si prirent à lancer si grosses pierres d'engins et de canons contre les murs que tous les estonnerent, et si druement que l'un coup n'attendoit pas l'autre »
     Perceforest, t. III, f° 117: Plus estonné que le premier coup de matines
    XVIème siècle
DU BELLAY: « Ô bien heureux qui de rien ne s'estonne, Et ne pallist, quand le ciel iré tonne »
MONT.: « L'yvrongnerie renverse l'entendement, et estonne le corps »
D'AUB.: « Toutesfois il fut plus surpris qu'estonné : car ayant retranché et rempli les passages.... »
M. DU BELLAY: « Ledit navire toucha en terre, et de ce heurt la quille et gaborts s'estonnerent, de sorte que les joints des planches s'ouvrirent tant que.... »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, estener, estoner, du lat. ex-tonare, ébranler comme par un coup de tonnerre, d'après Diez ; étymologie qui est confirmée par l'historique où l'on trouve estoner au sens de retentir, et qui rejette la dérivation germanique : angl. to stun, étourdir ; anglo-sax. stunian. Extonare est une forme romane au lieu de la forme latine attonare, frapper de la foudre, étonner.
     Ronc. p. 139: Il y a une autre forme, estorner : Estornez fu [du coup] Nemes li combatant Diez y voit encore ex-tonare, à cause qu'en italien tonare et tronare (in-tronare, étourdir) sont identiques ; mais il est probable que dans estorner nous avons le représentant de l'ancien haut allemand stornên, étonner.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    ÉTONNER. Ajoutez : - REM. Étonner a été employé impersonnellement.
     Revue des Deux-Mondes, 1er avril 1872, p. 679: Ah ! voilà.... il vous étonne que j'aie pu découvrir cela ? c'est toute une histoire... Il vous étonne, c'est-à-dire vous vous étonnez. Cet emploi est peu usité ; mais il n'a rien d'incorrect ; il est même élégant ; comparez : il vous ennuie que....


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Surprendre par quelque chose d'inopiné, d'extraordinaire. "Cet accident imprévu, cette nouvelle, cette marche des ennemis l'a fort étonné, l'a extrêmement étonné. Je crois que cela l'étonnera. Cela est fait pour . Les exploits de ce héros ont l'univers. Vous l'étonnerez bien quand vous lui direz cela. Cet enfant étonne, étonne tout le monde par son esprit, par la vivacité de ses reparties. Je suis étonné qu'il ne m'en ait rien dit."
Il signifie figurément, Ébranler, faire trembler par quelque grande, quelque violente commotion. "Ce coup lui a étonné la tête."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi avec le pronom personnel, et signifie, Être étonné, troublé, effrayé. "Il ne s'étonne de rien, il ne s'étonne pas du bruit, pour le bruit." Dans ce sens, on dit proverbialement, "Cet homme est bon cheval de trompette, il ne s'étonne pas du bruit."
Il signifie plus ordinairement, Trouver étrange, singulier, extraordinaire. "Je m'étonne qu'il ne voie pas le danger où il est. J'en sais la raison, je ne m'en étonne plus. Ne vous étonnez pas s'il en use de la sorte. Je m'étonne de votre ami qui vous abandonne. Je m'étonne que vous n'ayez pas prévu cet accident. Je m'étonne de vos manières, de vos procédés."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Surprendre par quelque chose d'inopiné. "Cet accident imprévu, cette nouvelle, cette marche des ennemis l'a fort étonné, l'a furieusement étonné, extrêmement étonné. Je crois que cela l'étonnera. Cela ne m'a pas beaucoup étonné. Les exploits de ce Héros ont l'univers".
Il signifie figurément, Ebranler, faire trembler par quelque grande, quelque violente commotion. "Le branle des cloches a étonné cette tour. Le bruit du canon, la force de la mine a si fort étonné ces maisons, qu'il est à craindre qu'elles ne tombent. Ce coup ne lui a point fait de plaie, mais il lui a étonné le cerveau".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Surprendre par quelque chose d'inopiné. "Cet accident imprévu, cette nouvelle, cette marche des ennemis l'a fort étonné, l'a furieusement étonné, extrêmement étonné. Je crois que cela l'étonnera. Cela ne m'a pas beaucoup étonné."
Il signifie figurément, Ébranler, faire trembler par quelque grande, quelque violente commotion. "Le branle des cloches a étonné cette tour. Le bruit du canon, la force de la mine a si fort étonné ces maisons-là, qu'il est à craindre qu'elles ne tombent. Ce coup ne lui a point fait de plaie, mais il lui a étonné le cerveau."




Emplacement dans le dictionnaire :

étoile
etoile
étoilé
étoiler
étole
étonnamment
étonnant
étonné
étonnement
étonner
étouffant
étouffé
étouffée
étouffement
étouffer
etouffer
étouffoir
étoupé
étoupe
étouper
étoupille


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