Abîmer (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
XIII e siècle. Dérivé d' abîme.
I. V. tr.
1. Class. Engloutir. La tempête abîma le vaisseau.
2. Endommager, détériorer. Ces longues pluies ont abîmé les blés. N'abîme pas ce livre. Mettre au rebut les marchandises abîmées. Fig. et fam. Abîmer quelqu'un, dire du mal de lui.
II. V. pron.
1. S'engloutir, être englouti. Ils virent l'équipage s'
2. Fig. et litt. S'enfoncer profondément, se plonger. S'
3. Subir des dommages. Ne laissez pas les meubles s'
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Précipiter dans un abîme. "Les cinq villes que Dieu abîma. Un tremblement de terre vient d'
Il signifie au figuré Ruiner entièrement. "Cette affaire l'a abîmé. Des dépenses excessives l'ont abîmé." Il a vieilli dans cet emploi.
Il signifie aussi, figurément et familièrement, Endommager beaucoup. "La pluie a abîmé mon chapeau. La rouille abîme le fer. L'ouragan abîma les blés. Ces longues pluies ont abîmé les chemins. Cette robe s'abîme à la poussière. Laisser des meubles s'
S'ABÎMER signifie au figuré S'abandonner complètement à une pensée, à un sentiment, à un genre de vie, s'y plonger. "S'
Dictionnaire d'Emile Littré
| Verbe |
1 Précipiter dans un abîme. Jehova abîma Sodome. Un tremblement de terre abîme parfois une maison.
FÉN.: « Nous ne pouvons abîmer Télémaque dans les flots de la mer »
BOILEAU: « Dieu résolut enfin.... D'abîmer sous les eaux tous ces audacieux »
2 Fig. Abîmer dans la douleur, dans les dettes. Cette nouvelle l'abîma en de graves réflexions.
CORN.: « En l'esclavage un autre hymen l'abîme »
CORN.: « Faites qu'elle aime ailleurs et punisse son crime Par ce désespoir même où son change m'abîme »
CORN.: « L'inceste où malgré vous tous deux je vous abîme, Recevra de ma main sa première victime »
3 Ruiner, endommager, gâter, tacher. Les procès ont abîmé sa fortune. L'ouragan abîme les blés. Les pluies abîment les chemins. Son chapeau est tombé dans la boue ; il est tout abîmé. Le soleil abîme certaines étoffes.
BOSSUET: « Maux qui sont capables d'abîmer l'État »
BOILEAU: « Pour soutenir tes droits.... Abîme tout plutôt, c'est l'esprit de l'Église »
MASS.: « Un procès, une saison cruelle, une taxe qui vous abîme »
4 Dans une discussion. Abîmer son adversaire, ne lui laisser rien de bon à répondre.
BOSSUET: « On voit en tous ces endroits comme il les abîme [ces théologiens] »
S'ABÎMER, v. réfl.
5 Tomber dans un abîme. Le vaisseau s'abîma dans la mer. Une grande partie s'abîma dans le fleuve. L'infanterie s'abîma dans un marais. Troie s'abîma dans les flammes.
ROTROU: « Au fond de l'eau bouillante elle s'est abîmée »
C. DELAVIGNE: « Mourez ; tout doit mourir, et nos saints monuments S'abîment avec nous sans laisser plus de trace »
LEMERC.: « Terre où je n'ai plus rien que mon coeur puisse aimer, Ouvre-toi ! Dans tes flancs puissé-je m'abîmer ! »
6 Fig. Tout s'abîme dans l'oubli. S'abîmer dans l'étude. Il s'abîme dans de tristes pensées. S'abîmer dans le désespoir.
BOILEAU: « Toi donc qui vois les maux où ma muse s'abîme »
CORN.: « Et dans les doux torrents d'une allégresse entière Tu verras s'abîmer tes maux les plus amers »
MAIR.: « Que les tristes pensers où votre âme s'abîme, Ne vous empêchent pas de prévenir son crime »
BOURD.: « Ces tristesses profondes où vous vous abîmez »
BOURD.: « Occupé de tout cela, rempli d'admiration à la vue de tout cela, on voudrait de quelque manière s'abîmer et s'anéantir »
SAINT-SIMON: « Boufflers s'abîma en respects, et répondit [au roi] que de si grandes marques de satisfaction le récompensaient au-dessus de ce qu'il pouvait mériter »
SÉV.: « Je m'abîme dans ces pensées »
P. L. COUR.: « Château, chapelle, donjon, tout s'en va, tout s'abîme »
7 Être gâté ou endommagé. Certaines étoffes s'abîment au soleil.
ABÎMER, v. n. Tomber dans un gouffre, se perdre. Sodome abîma en une nuit. Toute sa fortune abîmera quelque jour. Sa maison a abîmé dans le tremblement de terre.
PERROT D'ABLANCOURT: « Il semblait que le monde dût abîmer »
SCAR.: « Jurant à faire abîmer la ville de Valence »
Peu usité en cet emploi.
REMARQUE
Ce mot offre une idée de profondeur. Pourquoi, dit Voltaire dans ses remarques sur Corneille, dit-on abîmé dans la douleur, dans la tristesse ? C'est que l'on peut y ajouter l'épithète de profonde. Des grammairiens ont reproché à l'Académie d'avoir admis abîmer avec le sens de gâter : un habit abîmé. L'Académie n'a fait en cela que constater un usage, peu élégant sans doute, mais qui est très réel. En tout cas, cet usage n'a point amoindri le mot abîmer, qui garde dans sa plénitude sa grande signification.
HISTORIQUE
XVIème siècle
AMYOT: « Il estoit homme désordonné, dissolu et desbordé en despense et abysmé de dettes »
AMYOT: « En toute autre sumptuosité de faire jouer jeux et donner festes publiques, il abysma, par manière de dire, la magnificence de tous ceulx qui s'estoient efforcés d'en faire auparavant »
MAROT: « Si que les nefs sans crainte d'abismer Nageoient en mer à voiles avallées »
MAROT: « Dont plus n'auront crainte ne doute, Et deust trembler la terre toute, Et les montagnes abismer Au milieu de la haute mer »
RONSARD: « Sers-moi de phare et garde d'abismer [que ne s'abîme] Ma nef qui flotte en si profonde mer »
CALV.: « Dont il est necessaire que les uns soient par desespoir jettés en un gouffre qui les abysme »
CARL.: « Tous ensemble forment une indissoluble amitié pour abysmer les Lutheriens »
DU BELLAY: « Oh ! quantes fois de ton grave sourcy Tu abysmas ce faulx peuple endurcy ! »
ÉTYMOLOGIE
Abîme ; Berry, abisser ; provenç. abissar ; anc. catal. abisar ; espagn. abismar ; ital. abissare. Le patois du Berry, ainsi que d'autres, ont suivi abyssus et non abyssimus.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
ABÎMER. Ajoutez :
4 En général, maltraiter.
BAYLE: « Saint Augustin et les deux lettres auxquelles on nous renvoie y sont abîmés »
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Renverser, précipiter dans un abîme. "Les cinq villes que Dieu abîma. Un tremblement de terre vient d'
Il signifie figurément, Perdre, ruiner entièrement. "Cet homme est puissant et vindicatif, il vous
Il signifie aussi figurément, et par exagération, Gâter, endommager beaucoup. "La pluie a abîmé mon chapeau. Prenez garde à cette porte qu'on vient de peindre, elle
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
est quelquefois neutre; et alors il signifie, Tomber soudainement en état de destruction, en ruine totale. "Cette maison abîma tout à coup."
Il signifie figurément, Périr. "C'est un méchant homme, il
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
s'emploie aussi avec le pronom personnel, et signifie, Tomber dans un abîme, s'engloutir. "Cette montagne s'est abîmée tout à coup. La barque s'entr'ouvrit et s'abîma."
Il signifie au figuré, S'abandonner tellement à quelque chose, qu'on ne songe à aucun autre objet. "S'
Il signifie encore, Se ruiner, se perdre. "Il s'est abîmé par son luxe, par ses débauches."
Il signifie, par exagération et familièrement, Se gâter, s'endommager. "Cette robe s'abîme à la poussière. Vous avez un habit propre, n'allez pas vous
1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)
| Verbe |
Renverser, précipiter dans un abîme, "Les cinq Villes que Dieu abîma".
Il signifie figurément, Perdre, ruiner entièrement. "Cet homme est puissant et vindicatif, il vous
2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)
| Verbe |
Tomber dans un abîme. "Cette Ville abîma en une nuit".
Il signifie figurément, Périr. "C'est un méchant homme, il
3ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)
Abîmer, se dit aussi au figuré avec le pronom personnel; et alors il signifie, S'abandonner tellement à quelque chose, qu'on ne songe à aucune autre. "S'
Il signifie aussi, Se ruiner, se perdre. "Il s'est abîmé par son luxe, par sesdébauches".
Emplacement dans le dictionnaire :
| abêtir abétir abêtissement abhorrer abigéat abîme abîmé | abimé abimer abîmer abiotique abject abjectement abjection | abjuration abjurer ablactation ablais ablaquéation ablatif ablation |
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