Arrêter (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XI e siècle, arester. Du latin populaire * arrestare, dérivé du latin classique restare, « demeurer ».

I. Interrompre dans son déplacement, dans son action ou dans son fonctionnement, dans son déroulement.
1. Interrompre dans son déplacement. Arrêter un passant pour lui demander un renseignement. Arrêter un cheval dans sa course. J'arrêtai ma voiture ou, pron., par méton., Je m'arrêtai. Il faut s' au signal rouge. Dites au conducteur d' ou de s' un instant. Arrêter l'ennemi, interrompre sa progression. Arrêter une lettre, la saisir, l'empêcher de parvenir à destination. Des agents arrêtaient la foule, la contenaient. Ce talus pourra-t-il l'eau ? Fig. Le temps ne s'arrête jamais. Arrêter et rendre, prendre des demi-temps d'arrêt successifs.


Arrêter une balle. Arrêter un coup. Par anal. Pron. Ne pas aller plus loin que. La route s'arrête là. Notre terrain s'arrête au gros chêne. Par ext. Un mur arrêtait le regard, le bornait, le limitait. Spécialt. Pron. En passant dans un lieu, y rester un certain temps avant d'en repartir. S' quelques jours dans une ville. Je m'arrêterai chez vous au retour. Ce train s'arrête-t-il aux Aubrais ? Expr. fig. S' en beau chemin (vieilli), en bon chemin, ne pas persévérer dans une entreprise qui paraissait bien engagée.
2. Interrompre dans son action ou dans son fonctionnement. Rien ne l'arrêtera jamais dans sa progression. Quel scrupule vous arrête ? vous retient, vous paralyse. Ne vous arrêtez donc pas à la moindre difficulté. On ne s'arrête pas ainsi au milieu d'un travail. Arrêter un mécanisme. Le moulin s'arrêta par manque d'eau. Le chauffage est arrêté. L'horloge s'est arrêtée. Arrêter de, s' de, cesser de. Il ne s'arrêtera donc jamais de pérorer ? Elle n'arrête pas, elle ne s'arrête pas de récriminer. Arrêtez de bâiller ! Les ouvriers se sont arrêtés de travailler.
3. Interrompre dans son déroulement ; faire cesser. Arrêter une activité, un processus. D'un regard, il arrêta mon geste, mon discours. Arrêter l'offensive de l'ennemi. Les ouvriers ont arrêté le travail. Les sifflets arrêtèrent la représentation. Une plate-forme rocheuse arrêta la chute de l'alpiniste. L'hémorragie fut arrêtée au moyen d'un garrot. Son cœur s'est arrêté de battre ou, absolt., s'est arrêté. Arrêter les progrès d'un mal. Sa croissance s'est arrêtée très tôt. La vie du hameau s'était arrêtée depuis longtemps. Fig. et fam. Arrêter les frais, cesser d'apporter sa contribution à une entreprise.

II. Immobiliser, retenir, fixer.
1. Immobiliser, fixer. Arrêter un volet avec une cheville. Spécialt. Prendre et retenir prisonnier. Au nom de la loi, je vous arrête ! Il fut arrêté pour vol. . Arrêter le gibier, se dit du chien d'arrêt qui, découvrant la proie, se tient immobile jusqu'à l'arrivée de son maître. Absolt. Ce chien arrête bien.

Arrêter un compte, en déterminer le solde à un jour donné ou l'approuver par un acte qui décharge le comptable


Arrêter solidement une couture, des mailles


Arrêter une pierre, la fixer en rabattant les sertissures


Arrêter une poutre, une pierre, la fixer, l'assurer

2. Retenir ; s'assurer les services ou l'usage de (vieilli). Arrêter un cuisinier, l'engager. Arrêter des porteurs pour une expédition, les recruter. Arrêter un appartement, le retenir après avoir fixé les conditions de location ou de vente. Arrêter la location d'un bateau.
3. Fig. Tenir fixé. Sur qui arrêtez-vous vos soupçons ? Arrêter son attention, son esprit sur une question, l'étudier de près. Arrêter son regard sur une personne, sur un objet. Pron. Je ne m'arrêterai qu'à l'essentiel, je m'en tiendrai à l'essentiel. Ne pas s' aux apparences, pousser plus loin son examen. Ne pas s' à des bagatelles, ne pas s'y attarder. Il ne faut pas s' aux méchants articles de ce folliculaire, il ne faut pas leur accorder d'importance. Par anal. Arrêter son regard sur une personne, sur un objet. Un spectacle qui arrête le regard, qui le retient.
4. Décider, fixer après délibération. Arrêter une heure, un lieu de rendez-vous. Arrêter des moyens d'action. Arrêter sa conduite, un plan de campagne. Il arrêtait les grandes lignes de son projet. Son choix était arrêté. On s'arrêta à la dernière proposition. J'examinai toutes les étoffes, puis j'arrêtai mon choix ou, pron., Je m'arrêtai ou, par méton., Mon choix s'arrêta sur celle-ci. . Décider par un arrêt. Le tribunal arrêta que le plaignant serait débouté, ou de débouter le plaignant.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Empêcher quelqu'un ou quelque chose de continuer sa marche en avant. "Arrêter un passant, un cheval. S' quelques jours dans une ville. S' quelques instants. S' au milieu d'un récit. Arrêter une pendule. L'horloge s'est arrêtée. Arrêter la marche des affaires. Quelle difficulté vous arrête? Aucune considération, aucun scrupule ne peut l'arrêter."
Fig., "S' en bon chemin," Arrêter la marche d'une entreprise dont la réussite était assurée.
Dans cette acception, S'ARRÊTER ou ARRÊTER, intransitif, signifie Cesser d'avancer. "Arrêtez-vous. Arrêtez, je vous prie. Dites au cocher d'arrêter."
Il signifie encore Tarder, s'amuser, rester quelque temps dans un lieu sans en sortir. "Nous nous sommes arrêtés une heure chez lui. Il s'arrête à tous les cabarets."
Il se dit particulièrement en termes de chasse. "Ce chien arrête bien les perdrix, les cailles." Absolument, "Ce chien arrête bien."
Il se dit aussi absolument en termes de Manège. "Arrêter et rendre," Prendre des demi- temps d'arrêt successifs.
Il signifie aussi Empêcher de bouger, fixer. "Arrêter un volet. Arrêter son esprit sur quelque chose."
"Arrêter un point" (en cousant), Faire un noeud pour que le fil ne s'échappe pas.
Fig., "S' aux apparences, à des bagatelles," Ne pas aller au fond des choses, des idées.
Par analogie, il signifie S'assurer le service de quelqu'un ou l'usage de quelque chose. "Arrêter un valet de chambre," L'engager. "Arrêter un appartement," Promettre qu'on le prendra à location.
Il signifie également Prendre et retenir prisonnier. "Ses créanciers le firent . Il fut arrêté pour dettes. Être arrêté pour vol. Au nom de la loi, je vous arrête."
Fig., il signifie aussi Résoudre une chose individuellement ou de concert avec d'autres. "Arrêter un projet, un plan de campagne. Il a été arrêté qu'on ne passerait plus par cette rue."
"Arrêter un compte," Le régler.
Dans cette acception, il a souvent la forme pronominale et a son complément construit avec la préposition "à. Après avoir écoulé différentes propositions, il s'arrêta à la première. Après avoir vu toutes ces étoffes, mon choix s'arrêta, j'arrêtai mon choix," ou "je m'arrêtai à celle-là."
Son ARRÊTÉ, ÉE, s'emploie souvent comme adjectif. "Cet homme n'a pas un caractère bien arrêté," Il a une volonté hésitante, flottante. "Avoir des idées arrêtées, des principes arrêtés, une opinion arrêtée sur quelque chose," Avoir sur une chose des idées, des principes fixes, une opinion bien établie. "C'est une affaire arrêtée," C'est une chose décidée, convenue.
En termes de Peinture, "Dessin arrêté, esquisse arrêtée, composition arrêtée," Dessin terminé, esquisse, composition où l'on n'a plus rien à changer, à retoucher. "Dessin arrêté," se dit aussi d'un Dessin tracé avec justesse et fermeté.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Empêcher d'avancer, de marcher, retenir. Arrêter un vaisseau. La flotte était arrêtée par le mauvais temps. La foule l'arrêta quelque temps à son entrée. Le retranchement arrêta l'ennemi. Il faut arrêter la pendule, pour la remettre à l'heure.
VOLT.: « Dans la première enceinte il arrête ses pas »
RAC.: « Ne partais-je pas, Si Titus, malgré moi, n'eût arrêté mes pas ? »
RAC.: « Depuis trois ans dans Rome elle arrête vos pas »
RAC.: « Je me suis échappée Tandis qu'à l'arrêter sa mère est occupée »
BÉRANG.: « Il sait qu'en peu de jours Ces flots que rien n'arrête.... »
BOSSUET: « L'hiver ne l'avait pas effrayée quand elle partit d'Angleterre ; l'hiver ne l'arrête pas, onze mois après, quand il faut retourner auprès du roi »
BOSSUET: « Quand ce grand Dieu a choisi quelqu'un pour être l'instrument de ses desseins, rien n'en arrête le cours »
LA FONT.: « Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais ? Oh ! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles ! »
MONTESQ.: « Vous voilà donc parti pour la belle Italie ; je suppose que la galerie de Florence vous arrêtera longtemps »

 2   Empêcher, en parlant des personnes et des choses. Chaque jour quelque chose m'arrête. On fut arrêté par la lettre du préfet. Que cela ne vous arrête pas. Aucune considération ne peut l'arrêter (l'empêcher d'agir comme il l'a résolu). Le chirurgien arrêta le sang qui coulait. Arrêter le feu ou l'incendie.
FÉN.: « La difficulté qui arrêtait le roi »
RAC.: « Ton insolent amour, qui croit m'épouvanter, Vient de hâter le coup que tu veux arrêter »
RAC.: « L'audace d'une femme, arrêtant ce concours, En des jours ténébreux a changé ces beaux jours »
RAC.: « Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots »
RAC.: « Ma fuite arrêtera vos discordes fatales »
RAC.: « J'arrêtai de sa mort la nouvelle trop prompte »
CORN.: « Deux mots de ta bouche arrêtent sa colère »
CORN.: « Ma bonté ne peut plus arrêter mon devoir »
CORN.: « Vos lâches conseils, qui seuls ont arrêté Le bonheur renaissant de notre liberté »
FLÉCH.: « Il faut que Dieu, par sa puissance, assujettisse et lie, pour ainsi dire, cette convoitise indocile, pour arrêter ses contrariétés et ses répugnances »
MASS.: « Il ne faut rien exposer aux yeux de notre bienfaiteur qui puisse arrêter ses grâces »
RAC.: « Je ne sais qui m'arrête et retient mon courroux »
RAC.: « Car enfin qui m'arrête ? et quelle autre assurance Demanderais-je encor de votre indifférence ? »
    Arrêter avec un infinitif.
VOIT.: « Je n'ai pas laissé d'en être un peu honteux, et cela m'a arrêté de vous écrire »

 3   Maintenir, attacher, fixer. Les objets légers sont arrêtés par des poids. Arrêter ses regards sur quelque chose. Arrêtez ce volet que le vent fait battre. Arrêter un point en cousant, faire un noeud au bout d'une couture, pour que le fil n'échappe pas. Rien ne peut arrêter cet esprit frivole.
VOIT.: « Arrêter les âmes les plus résolues et les moins nées à la servitude, faire naître en elles un amour qui.... »
RAC.: « Pensez-vous qu'oubliant ma fortune passée, Sur ma seule grandeur j'arrête ma pensée ? »
VOLT.: « Non, c'est trop sur Zaïre arrêter un soupçon »
CORN.: « Je cherche à l'arrêter [le marier], parce qu'il m'est unique [fils unique] »
RAC.: « Vous ne prétendiez point m'arrêter dans vos fers »
LA FONT.: « Ah ! si mon coeur osait encor se renflammer ! Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ? Ai-je passé l'âge d'aimer ? »

 4   Régler, déterminer, décider, résoudre. Arrêter le prix du blé. On arrêta le lieu du rendez-vous. Il a été arrêté qu'on se réunirait chez vous.
VOLT.: « Le ciel et Mahomet ainsi l'ont arrêté »
    Arrêter un compte, le régler d'une manière définitive. Arrêter un marché, le conclure.

 5   En termes de peinture ou de composition littéraire, fixer les contours, les masses, les parties principales. Arrêter une esquisse.

 6   Saisir quelqu'un, le faire prisonnier. Il fit arrêter le chef. La police arrêta les perturbateurs.
BOSSUET: « Quelle cause les fit arrêter [le prince de Condé et son frère] ? Si ce fut ou des soupçons ou des vérités ou de vaines terreurs, qui le pourra dire à la postérité ? »

 7   S'assurer par précaution de quelqu'un ou de quelque chose. Arrêter un cuisinier. J'avais arrêté un logement.
MOL.: « Avez-vous arrêté un logis ? »
MOL.: « Si tu veux me servir, je t'arrête avec moi »

 8   Interrompre quelqu'un. Il m'arrêta là-dessus. En cet endroit il arrêta l'orateur.
MOL.: « Léandre, arrêtez là ce discours importun »

 9   Terme de chasse. Le chien a arrêté une compagnie de perdrix : il en a indiqué la présence en s'arrêtant, et il les tient immobiles devant lui.
    Absolument. Ce chien arrête mal.
LA BRUY.: « Qu'importe qu'il ait des chiens qui arrêtent bien ? »

 10   Arrêter, exercer le vol sur les routes. Des voleurs ont arrêté la diligence. Ce voyageur a été arrêté.
    Absolument. On arrête sur cette route.

 11   En termes d'agriculture, couper la sommité d'une tige ou d'une branche, pour y suspendre la végétation.

 12   En termes judiciaires, saisir-arrêter, faire une saisie-arrêt ou opposition.
    ARRÊTER, v. n.

 13   Cesser de marcher, faire halte. Nous arrêtâmes plusieurs jours à Bordeaux.
LA FONT.: « Car pour moi j'ai certaine affaire Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin »
    En parlant d'une voiture qu'on arrête.
J. J. ROUSS.: « En arrivant je fis arrêter à la grille »

 14   Demeurer dans un lieu.
LA FONT.: « Je ne puis arrêter Qu'un temps fort court, un mois, peut-être une semaine »
MOL.: « Autant qu'il vous plaira, vous pouvez arrêter [rester], Madame, et là-dessus rien ne vous doit hâter »

 15   Insister sur.
MOL.: « Mais moi, mon jugement, sans qu'aux marques j'arrête, Fut qu'il n'était que cerf à sa seconde tête »

 16   Cesser de parler, d'agir. Il n'arrête pas, il marche sans cesse, il travaille sans cesse.
LA FONT.: « Ces paroles Firent arrêter l'autre ; il recula d'un pas »
CORN.: « Qu'on arrête, dit-il ; le premier coup m'est dû »
ROTR.: « Qu'il meure, le perfide, - Arrêtez, ou ce bras en punit l'homicide »
RAC.: « Arrêtez, J'ignore quel projet, Burrhus, vous méditez »
RAC.: « Cher Théramène, arrête, et respecte Thésée »
MOL.: « Arrêtez [attendez] un peu là »

 17   En termes de manége, arrêter et rendre, faire des demi-temps d'arrêt.

 18   En termes d'escrime, prendre un coup d'arrêt.
    S'ARRÊTER, v. réfl.

 19   Suspendre sa marche.
BOILEAU: « L'un et l'autre rival, s'arrêtant au passage, Se mesurent des yeux »
    Cesser d'aller. Ma montre s'est arrêtée.
    Demeurer, se fixer.
LA FONT.: « Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté »
    Fig. Ses regards ne s'arrêtaient en aucun endroit. Les suffrages ne s'arrêtèrent pas sur le plus digne.
CORN.: « Ma cruauté se lasse et ne peut s'arrêter »
VOIT.: « Que l'effet de vos yeux s'arrêterait à votre imagination, sans passer jusqu'à votre jugement »
    Familièrement. S'arrêter en beau chemin, renoncer à une entreprise dont le succès paraît assuré.
    Perdre le temps, s'amuser. Il s'arrête à tous les coins de rue.
    Interrompre un voyage. Nous nous sommes arrêtés quinze jours à Genève.

 20   Cesser d'agir.
CORN.: « Arrêtez-vous, seigneur, et d'une âme apaisée Souffrez que je vous livre une vengeance aisée »
    Cesser de parler. Il s'est brusquement arrêté au milieu de son récit.

 21   Se fixer, se déterminer. Après avoir écouté diverses propositions, il s'arrêta à la première.
RAC.: « Je veux l'ouïr ; mon choix s'arrête à ce témoin »
    ° Avoir égard, faire attention. Il s'arrêta à des apparences.
CORN.: « Quoi ! vous vous arrêtez aux songes d'une femme »
RAC.: « Je ne m'arrêtai point à ce bruit téméraire »
RAC.: « Ne vous arrêtez point à ses froideurs passées »
RAC.: « Je ne m'arrêtai point à cette ardeur nouvelle »
LA FONT.: « Il ne se faut point arrêter Aux deux faits ambigus que je viens de conter »
MASS.: « Pourquoi venez-vous vous arrêter à nos faibles talents ? »

 22   S'appesantir, insister. Il s'arrêta longtemps sur les services qu'il vous a rendus.
PASC.: « Circonstances que je ne m'arrête pas à rapporter »

SYNONYME
    ARRÊTER, RETENIR. Arrêter est plus définitif que retenir ; ce qui est arrêté n'avance plus ; ce qui est retenu peut avancer encore, bien que moins ou plus difficilement. Quand on retient, il reste toujours incertain si la main sera assez forte pour arrêter. Des idées arrêtées sont des opinions fixes desquelles on est décidé à ne pas s'écarter. Une imagination retenue est celle que l'on contient et que l'on empêche de s'égarer.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. CII: Au cheval est l'espée aresteüe
     ib. CXXXII: Car chevauchez ; pourqu'[pourquoi] alez arestant ?
     ib. CLXXV: Que [Dieu] pour lui face le soleil arester
    XIIème siècle
     Ronc. p. 51: Tresqu'à Turpin [il] ne se voust [voulut] arester
     ib. p. 75: Fer ne acier ne le put arester
     ib. 178: Faites ma gent en ce val arester
     Couci, XXIV: Partir m'esteut de vous, sans demeurer [retard] ; Tant en ai fait, ne puis plus arester
     Th. le mart. 44: Dreit devant l'arcevesque sunt andui [tous deux] aresté
     ib. 26: Pruveires e diacnes plusurs en i ot pris, Larruns, murdreiseürs en la rei prisun mis ; C'aresté mult suvent erent par le païs
    XIIIème siècle
     Berte, XVII: Et Tybers et la vieille n'ont cure d'arester [de s'arrêter]
     ib. XXVIII: [Elle] Regardoit mout souvent, et puis si s'arrestoit
     ib. CXXII: Quant elle pot parler, si dist [qu'elle] n'arestera, Ne mais en une ville qu'une nuit ne gisra
     Grégoire le grand, p. 63: L'espée [il] trait, sor lui s'areste Que il li volt couper la teste
     Ren. 15448: Et Chantecler [le coq] saut en travers, Renart choisi [apperçut], bien le conut ; Desor un fumier s'arestut
     Ass. de Jér. I, 189: Et se le aresté por dette fait servise à celui en cui poeir il est....
     la Rose, 363: Li tens, qui s'en va nuit et jor, Sans repos prendre et sans sejor, Et qui de nous se part et emble Si celéement qu'il nous semble Qu'il s'arreste adès en ung point, Et il ne s'i arreste point
    XIVème siècle
ORESME: « Et est asavoir que aucuns sont demourans et trop arrestés en leur opinion »
MACHAULT: « Tu qui vues avoir mon cheval, Je te di qu'amont et aval, Sans faillir, au tiers pas s'arreste »
    XVème siècle
FROISS.: « La dame s'arresta sur cet avis.... »
FROISS.: « Quand messire Guillaume de Montagu vit du chastel qu'ils estoient tous passés et qu'ils n'arrestoient point au chastel.... »
     Jehan de Saintré, ch. III: Et en celle pensée s'arresta totalement
G. CHASTEL.: « Je ne m'arreste point à tout ce que j'oys »
COMM.: « Vint de par le roy le cardinal Balue, qui peu y aresta, et fit aucunes ouvertures »
    XVIème siècle
ST-GEL.: « Oeil attrayant, oeil arresté, De qui la celeste clarté Peut les plus clairs yeux esblouir »
MONT.: « Arrestant obstinéement sa veue contre un milan »
MONT.: « Je donne ces fantasies, non comme arrestées et reglées par l'ordonnance divine »
MONT.: « P. Bunel, ayant arresté quelques jours à Montaigne »
MONT.: « Le remora areste toute sorte de vaisseaux ausquels il s'attache »
MONT.: « Je m'arreste aux comparaisons qui me sont plus favorables »
MONT.: « Nos loix non plus que nos vestements ne peuvent prendre aulcune forme arrestée »
YVER: « On dit, quand il est question de marier un jeune homme : il le faut arrester ; car, de fait, je crois que nous volerions au ciel si cet arrest ne nous retenoit »
AMYOT: « Platon veut qu'elle ait esté appelée histoire, pour ce qu'elle arreste le flux de nostre memoire »
AMYOT: « Il le feist arester prisonnier avec Theseus »
AMYOT: « Les Pelasgiens, après avoir couru la plus grande partie de la terre habitable, s'arresterent au lieu où Rome est à present fondée »
AMYOT: « Cela arresté [décidé], les conjurez.... »
AMYOT: « Les femmes arresterent entre elles qu'elles porteroient un an entier le deuil de sa mort »
AMYOT: « Lors Timoleon n'arresta gueres [ne tarda pas] à choquer, voyant le peu d'exploit que faisoient ses gens de cheval »
AMYOT: « Il estoit froit, reposé, constant et arresté »
PARÉ: « Lier une veine ou artere pour arrester un flux de sang »
PARÉ: « Puis tu arresteras le noeud seurement »
MARGUER.: « Ne vous arrestés pas à ce que vous voirés de luy, mais à son sçavoir et esperience que j'ai esprouvé bonnes »
CHARRON: « Les meridionaux sont melancholiques, et, par ainsi, arrestés, constans, contemplatifs, ingenieux »

ÉTYMOLOGIE
    Bourguig. érétai ; Berry, airter, airreter ; picard, arter ; provenç. arrestar, arestar ; ital. arrestare ; de ad, à, et restare, rester, c'est-à-dire faire rester, et non, comme le veulent quelques étymologistes, de l'allemand Rest ou Rast, repos. Une petite particularité vient en confirmation de ce qui est établi d'ailleurs : on trouve dans l'ancien français ce verbe conjugué parfois irrégulièrement, arresteü au participe, arestut, au parfait défini ; c'est qu'en effet restare se conjuguait en latin comme stare, et que, dans le vieux français, stare avait donné esteü, estut, etc.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE ARRÊTER. Ajoutez :

 13   Anciennement, arrêter un corps mort, le retenir aux fins de forcer les héritiers du défunt à payer certaine dette.
     Arrêts du grand conseil de Sa Majesté, résidant en la ville de Malines, recueillis par M. Humaÿn, Lille, 1773, p. 192. (Note communiquée par M. Du Bois, avocat à Gand): Au mois de juin 1617, le fait étant discuté en pleine assemblée du Conseil, il fut dit que, nonobstant usage contraire,... les corps morts ne peuvent être arrêtés pour dettes ; suivant ce, le corps du comte d'Egmont, qui était détenu à Bruges par son hôte pour les dépens de bouche du défunt, fut élargi avec ordonnance de le laisser suivre aux parents du défunt, nonobstant l'usage contraire de Bruges

HISTORIQUE
    XVIème siècle Ajoutez :
MANTELLIER: « Au devant de monseigneur le Daulphin qui ne artoit point en ladite ville »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Empêcher la continuation d'un mouvement, le cours, le progrès de quelque chose, l'écoulement de quelque liqueur. "Arrêter une horloge. Arrêter un homme qui s'enfuit. Arrêter les pas de quelqu'un. Arrêter quelqu'un dans sa marche, dans sa course. Arrêter un cheval; l' tout court. Arrêter l'eau par le moyen d'une digue. Arrêter le cours de l'eau. Arrêter le sang. Arrêter une hémorragie."
Il signifie aussi, Fixer, assurer une chose. "Arrêter une persienne que le vent agite. Arrêter une pierre, un diamant dans le chaton. Arrêter une planche, une poutre avec des clous, avec des crampons. Arrêter une pierre avec du mortier."
"Arrêter un point en cousant," Faire un noeud au dernier point de la couture, pour que le fil n'échappe pas.
"Arrêter ses yeux, ses regards sur quelqu'un, sur quelque chose," Le regarder fixement.
Fig., "Arrêter sa pensée sur quelque chose," Réfléchir sur quelque chose avec attention.
En termes de Chasse, "Ce chien arrête des perdrix, des cailles," ou simplement. "Il arrête," Quand il rencontre des perdrix, des cailles, il s'arrête, et indique ainsi au chasseur où elles sont.
En termes de Manége, "Arrêter et rendre," Former des demi-temps d'arrêt successifs.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Empêcher quelqu'un d'agir, de faire ce qu'il voulait faire, de continuer ce qu'il avait commencé. "Il veut faire des poursuites contre moi, mais j'ai de quoi l'arrêter. Je n'ai fait que dire une parole, et je l'ai arrêté tout court. Il l'aurait fait, si on ne l'eût arrête. En cet endroit de son discours, je l'arrêtai. Quelle est la difficulté qui vous arrête? Une seule chose m'arrête. Aucune considération ne peut l'arrêter. Continuez, qui vous arrête, qui peut vous ?"
"Arrêter un courrier," Retarder son départ, l'empêcher pour un temps de continuer sa route.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie souvent, dans un sens analogue à celui qui précède, avec un nom de chose pour régime. "Arrêter la sédition. Arrêter les plaintes et les murmures. Arrêter le désordre. Arrêter la fureur de quelqu'un. On arrêta cet élan généreux. Arrêter l'essor du génie. Arrêter la marche des affaires. Ces nombreux incidents retardent et arrêtent l'action du drame."
Il signifie quelquefois, Fixer, retenir, captiver par quelque chose d'intéressant, d'attrayant. "Rien ne peut cet esprit frivole. Les charmes de cette ville n'ont pu l'arrêter."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Saisir par voie de justice. "Ses créanciers ont fait sa voiture et ses chevaux. Arrêter les exemplaires d'un livre. Saisir-arrêter," Faire une saisie-arrêt ou opposition.
Il signifie également, Prendre et retenir prisonnier. "Ses créanciers l'ont fait . On l'a arrêté pour dettes. Être arrêté pour vol. On l'arrêta prisonnier. Au nom de la loi, je vous arrête."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie en outre, S'assurer d'avance le service de quelqu'un, l'usage de quelque chose. "Arrêter un domestique, une servante. Arrêter un valet de chambre. Arrêter un cuisinier, une cuisinière. Arrêter une maison, un logement. Arrêter une voiture. Arrêter des chevaux à la poste, une place à la diligence."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Résoudre et déterminer quelque chose, demeurer d'accord de faire quelque chose, en convenir. "Après avoir bien examiné l'affaire, on arrêta telle chose, on arrêta que l'on ferait telle chose, de faire telle chose. Qu'a-t-on arrêté dans cette conférence? Il avait arrêté dans son esprit de donner sa démission. J'ai arrêté en moi-même de... Nous avons arrêté cela ensemble. Arrêter une marche, un plan de conduite. On ne peut encore rien sur cette affaire."
"Arrêter un compte, des parties," Régler un compte, régler des parties.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie souvent avec le pronom personnel, et signifie, Cesser d'aller, d'agir, de parler, etc. "Il marchait à grands pas, mais il s'arrêta tout d'un coup. Il s'arrêta tout court. Une montre qui s'arrête. Il a travaillé, parlé deux heures sans s'arrêter. Il s'arrêta tout court au milieu de sa harangue. S' au milieu d'un récit, d'une lecture. L'orateur, le prédicateur fut obligé de s'arrêter. Pourquoi vous ? Quand une fois il est en train de jouer, il ne sait pas s'arrêter. Vos enfants jettent des pierres, dites-leur de s'arrêter."
Prov. et fig., "S' en beau chemin," Abandonner une entreprise dont la réussite paraît assurée.



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie particulièrement, Tarder, s'amuser, rester quelque temps dans un lieu sans en sortir. "Où vous êtes-vous arrêté? Nous nous sommes arrêtés une heure chez lui. Allez vite et revenez sans vous . Il s'arrête à tous les coins, à toutes les bornes. Il s'arrête à tous les cabarets."
Il signifie aussi, Interrompre un voyage pour séjourner quelque temps dans un lieu. "Nous nous arrêtâmes plusieurs jours à Bordeaux."
Il se dit figurément, et signifie, Se déterminer, se fixer. "Après avoir écouté différentes propositions, il s'arrêta à la première. Après avoir vu toutes les étoffes qui étaient à vendre, je m'arrêtai à celle-là."
Il signifie aussi, Avoir égard, faire attention. "S' aux apparences. Il ne faut pas s' à des bagatelles. Il ne faut pas s' à ce qu'il dit."



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est quelquefois neutre, et signifie, Cesser de marcher, de cheminer, pour faire une station en quelque endroit. Dans cette acception, il se dit surtout De ceux qui voyagent à cheval ou en voiture. "Nous arrêtâmes à tel endroit, dans tel village, pour faire boire nos chevaux."
Il signifie aussi, en général, Cesser d'aller, d'agir, de parler. Dans cette acception, il s'emploie surtout à l'impératif. "Dites au cocher d'arrêter. Arrête, pourquoi me fuir? Arrêtons un moment. Arrêtez, qu'allez-vous faire? Arrêtez, toutes vos paroles sont autant d'injures."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


ou ARêTER, v. a. ["Arêté", "r" forte, 2e "ê" ouv. 3e "é" fer.] 1° Empêcher la continuation d'un mouvement, etc. "Arêter une" horloge, "un" cheval, "un" homme qui s'enfuit.
- 2° En parlant des chiens, "ârêter des" perdrix, "des" cailles, etc. s'"ârêter", et marquer par là au chasseur où elles sont.
- Il se dit plus souvent au "neutre". 'Ce chien "ârête" bien. 'Qu'importe à l'État qu'Ergaste soit riche, qu'il ait des chiens qui "ârêtent" bien?
- 3° Empêcher quelqu'un d'agir: je saurai l'"ârêter"; j'ai de quoi l'"ârêter"; je n'ai qu'à dire une parole et je l'"ârêterai" tout court.
- 4° Saisir par voie de Justice. Il régit les persones et les chôses. On l'"a ârêté" pour dettes; on "a ârêté" son cârosse.
- 5° Répondre et déterminer. On "a ârêté telle" chôse, "qu'"on "dresserait" un mémoire, "d'"en "faire" plusieurs copies; "de l' envoyer" à... et à...
- 6° "Arêter un" compte, "des" parties, les régler.
- 7°. Au figuré, "ârêter ses" yeux, "ses" regards "sur;" regarder fixement; "ârêter sa" pensée "sur", réflêchir avec attention "sur"...
- 8° Interrompre. 'Un moment après, mon frère vint la prier à danser.
- Ah! Mademoiselle, permettez-moi de vous "ârêter" là. Mr. votre frère n' étoit point à Paris. "Th. d'Educ."
   9° S'"ârêter", cesser d'aller. Il est aussi "neutre" en ce sens, "ârêter", sur tout à l'impératif, "ârête!" "ârête", et non pas "ârête-toi"
  "Arrête", furie infernale,
  Le ciel veut calmer ses rigueurs.
       Rouss.
  "Arréte", insensé, me dit-elle,
  Ne va point d'une main mortelle
  Toucher un laurier immortel.      "Id."
'J'ai voulu " à" Blois. SEV. 'Nous marchâmes au claire de la Lune toute la nuit... pour arriver à Chamakon, "où" nous "arrêtames" par nécessité. "Let. Edif."
- Le Renard dit au Bouc, qui était au fond du puits.
   Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts
   Mais pour moi j'ai certaine afaire
   Qui ne me permet pas d'"arrêter" en chemin.
Tout cela est bon dans le style simple et au propre; mais dans le figuré et dans le style noble et élevé, "s'ârêter vaut mieux". "Arrêtons", dit "Bossuet", l'affaire est vidée. 'Cet astre, dit J. J. Rousseau, qui jamais~ n'"arrête". Je crois qu'"ârêtons-nous", et "qui jamais ne s'ârête" vaudraient mieux.
- Un mauvais plaisant a dit, sur la phrâse du Citoyen de Genêve, qu'il prenait le Soleil pour un postillon. La plaisanterie est fade, mais la critique est bone.
   S'ARêTER regit "à" devant les noms et les verbes: ne "vous ârêtez" pas "à" ce qu'on vous dira; il ne faut pas "s'ârêter aux" mots; il "s'ârête à" des bagatelles: 'Je ne "m'ârêterai" point "à discuter" ces différentes Traditions.
- Tarder, s'amuser: 'Ne "vous arêtez pas"! où "vous êtes-vous arêté"? Revenez vite sans "vous ârêter".
- Se contenir, cesser de faire quelque chôse. Dites-leur de s'"arêter"; de cesser.
- Se déterminer, se fixer. 'Il s'"est arêté à" telle proposition, "à" telle étoffe, parmi tant d'autres.
- Avoir égard, faire attention. S'"Arêter aux" aparences. Voy. plus haut.




Emplacement dans le dictionnaire :

arrérages
arrerages
arres
arrestation
arrester
arrêt
arrêtant
arrêté
arrête-boeuf
arrêter
arrêtoir
arrhes
arriération
arriere
arriéré
arrière
arrière-alliance
arriere-ban
arrière-ban
arrière-bec
arrière-bouche


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