Avoir (verbe, nom masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

I.
( j'ai, tu as, il a, nous avons, vous avez, ils ont ; j'avais, nous avions ; j'eus ; j'aurai ; j'aurais ; j'ai eu ; j'aurai eu ; aie ; ayons ; ayez ; que j'aie, que tu aies, qu'il ait, que nous ayons, que vous ayez, qu'ils aient ; que j'eusse ; ayant ; eu ). IX e siècle. Du latin habere. Avoir entre dans la formation de nombreuses locutions qui seront définies au mot principal.

I. Exprime diverses formes de possession, diverses relations du sujet avec ce qui lui appartient.
1. Tenir en sa possession, posséder. Avoir du bien, de gros revenus. Vous avez là une jolie fortune. Avoir de beaux livres, une vaste bibliothèque. Ils ont plusieurs immeubles dans Paris. Il a pour demeure un ancien relais de poste. Il a un seul costume. Elle a trois paires de gants. L'un a tout, l'autre n'a rien. Souvent par euphémisme. Il a de quoi vivre et, fam., il a de quoi, il est dans l'aisance. Fam. Il n'a plus le sou. Absolt. Le plaisir d'avoir. Par ext. Avoir un diplôme, en être titulaire. Par méton. Il a la Légion d'honneur.
2. Disposer de, jouir de. Elle a un emploi. Il a le vivre et le couvert. Vous aurez une voiture de fonction. Nous avons des avantages en nature. Je n'ai pas où ranger mes livres. Nous avons de belles promenades, dans notre ville. Vous avez un train pour Lyon dans une demi-heure. Vous avez le temps de réfléchir à cette proposition. Avoir du temps pour s'occuper de ses enfants, pour ses amis, pour soi. Vous avez une minute pour répondre. Vous avez maintenant la parole, la permission de prendre ou de garder la parole, dans une assemblée délibérante. Avoir le droit d'ester en justice. Avoir droit à une pension. Vous avez la liberté de refuser. Avoir du crédit. Avoir l'estime, la confiance d'autrui. Cet appartement a beaucoup de soleil. Ici, votre plante aura plus de lumière. Je n'ai plus grand-chose à boire. Je n'ai rien à répondre. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ? Par ext. Vous avez ma parole, vous pouvez compter sur ma promesse. Spécialt. Pouvoir vendre, louer, prêter, etc. L'agence a encore quelque chose à louer, elle a un joli petit studio. Aujourd'hui, le marchand a de belles fraises. Avez-vous un crayon ? pouvez-vous me prêter un crayon ? Auriez-vous de quoi écrire ? Par méton. Avez-vous l'heure ?
3. Entrer en possession de, acquérir, recevoir, obtenir. À Noël, j'ai eu un beau cadeau. J'ai eu ce cheval à bon compte, pour presque rien. Puis-je avoir une pomme, du feu, une chambre ? On n'a pas ce livre facilement. Il a beaucoup de mauvaises notes, depuis quelques semaines. Elle aura le prix d'excellence. Cette comédie a beaucoup de succès. Vous avez la communication avec Londres. Il a eu tout ce qu'il demandait. Il n'a eu que ce qu'il méritait. Spécialt. Engendrer, donner naissance à. Il vient d'avoir un enfant. Pourra-t-elle encore avoir des enfants ? Cette chatte a-t-elle déjà eu des petits ? Par ext. Avoir son avion, avoir son train, arriver à temps pour le prendre. Fam. Avec cette carabine, il n'est pas facile d'avoir la cible, de l'atteindre. Il rentre bredouille, il n'a pas eu son lièvre, il ne l'a pas attrapé. Fig. et fam. Attraper, dominer par force ou par ruse. Il a eu son adversaire. Vous n'aurez pas cet homme facilement : il est très malin. Pop. Avoir une femme, faire d'elle sa maîtresse. Avoir un homme, faire de lui son amant.
4. Posséder en matière de caractères concrets, constants ou occasionnels ; comprendre en soi. Elle a de grands yeux. Elle a les yeux noirs. Il a l'œil vif. Ils ont les yeux fermés. Il a le cheveu dru. Il a les cheveux courts. Il a de belles mains. Il a les mains écorchées. Il a le cœur fragile. Elle a la bouche de sa mère, sa bouche ressemble à celle de sa mère. Il a tout d'un ours, d'un sauvage. Cet enfant aura bientôt l'âge de raison. Le loup a de grandes dents. Cet oiseau a un plumage très coloré. La rose a des épines. Cette plante a des fleurs d'un rouge éclatant. Cet arbre a un ombrage épais. Cette région a des paysages grandioses. Cette ville a de beaux édifices, de vastes promenades. Le château a de hautes tours. Cette armoire a un pied vermoulu. Certains plaisirs ont leurs dangers. Cet emploi n'a pas que des avantages. Par anal. Mon intervention a pour objet de préciser un point. Son article a comme sujet l'orfèvrerie byzantine. Spécialt. Comporter en fait de caractères dénombrables ou mesurables ; contenir, compter, mesurer. Cet enfant a six ans. Chez l'homme, l'adulte a trente-deux dents. Cette voiture a quatre portes, quatre roues motrices, cinq places, seize soupapes, trois litres de cylindrée. Ma maison a cinq étages. L'immeuble a quarante appartements. La commune a trente mille habitants. Ce couloir a dix mètres de long. Par ext. Présenter en fait de caractères extérieurs à soi. Ce rosier a des pucerons. Le château a un beau parc. Il a de la boue, une tache sur ses vêtements. Ce théorème a deux corollaires. Spécialt. Porter, tenir. Il avait ce jour-là son costume bleu. Avait-elle des gants ? Elle avait encore ses bottes aux pieds. Il a la rosette de la Légion d'honneur à la boutonnière. Il a une fleur à la main. Se dit aussi de certains documents. Avez-vous vos papiers ? Non, je ne les ai pas sur moi. Fig. Il a l'oreille fine, les dents longues, la langue bien pendue.
5. Posséder en matière de qualités abstraites. Il a du talent. Elle a une patience d'ange. Cet enfant a une intelligence éveillée. Il a de l'esprit. Elle a de l'énergie. Il a les défauts de ses qualités. Il n'a pas le sens commun. Il a le don d'énerver tout le monde. Aura-t-il la force de refuser ? Avoir le cœur à rire, du cœur à l'ouvrage. Avoir bon goût, bon cœur. Il a cela de bon qu'il est sans rancune. Il n'a rien de commun avec cet individu. Avoir mauvais caractère. Il a de qui tenir, il a les mêmes qualités ou défauts que ses ascendants. Ses yeux ont beaucoup de vivacité. Ce rêve a quelque chose d'effrayant. Cette poésie a de la douceur et de la grâce. Cette ville a quelque chose de triste. Ce paysage a une grandeur sauvage. L'architecture de cet édifice a un caractère imposant.

II. Exprime des rapports autres que la possession.
1. Être lié avec une ou plusieurs personnes par une relation plus ou moins durable, plus ou moins habituelle. Avoir un mari, une femme. Avoir un amant, une maîtresse et, par méton., avoir une liaison. Avoir une nombreuse parenté, des oncles, des neveux. Elle a pour père une sorte de tyran. Elle a comme mère une brave femme. Il a un enfant de sa seconde femme. Combien d'enfants avez-vous ? Il n'a plus ses parents. Il n'a pas d'égal. Vous avez en lui un protecteur zélé. Il n'a pas de supérieur. Il a des subordonnés, des collègues. Nous avons beaucoup d'amis. Il a beaucoup d'ennemis. Avoir de nombreux correspondants et, par méton., avoir une correspondance suivie avec un confrère. Avoir quelqu'un comme interlocuteur privilégié et, par méton., avoir de fréquents entretiens avec quelqu'un. Avoir à qui parler. Elle a trop d'élèves. Avoir un notaire, un avocat. Ils n'ont plus de médecin au village. Le village n'a plus d'épicier. Cet ouvrage a pour auteur un jeune universitaire. Cette doctrine a ses partisans. Ce chien a un maître bien négligent. Cette ville eut des enfants célèbres. Avoir quelqu'un avec soi, en être accompagné ou disposer de son soutien. Avoir quelqu'un pour soi, de son côté et, par ext., avoir sa conscience pour soi, avoir le bon droit de son côté. Avoir affaire à quelqu'un, voir . Fam. Nous avons, vous avez des gens qui..., il y a, il existe, on trouve des gens qui... N'avons-nous pas des gens qui croient à de telles absurdités ? Vous avez des personnes qui sont prêtes à tout pour parvenir. Pop. J'ai mon frère qui est malade.
2. Recevoir chez soi. En ce moment, nous avons des hôtes. Ils ont des invités. Aurez-vous beaucoup de convives ? Le dimanche nous avons souvent des amis ou de la famille. Ils ont du monde à dîner.
3. Se trouver dans telle ou telle situation par rapport à quelqu'un ou à quelque chose. J'avais ma nièce à ma droite et sa fille à ma gauche. Il avait un camion devant sa porte. Avoir une chose à portée de la main, sous les yeux, à côté de soi.

III. Exprime l'état ou le comportement du sujet.
1. Être exposé à tel évènement ou facteur extérieur. Quel temps avez-vous ? Nous avons beau temps. Nous avons de la neige. Nous aurons de fortes chaleurs. Ils auront du froid. Nous avons eu de la pluie pour rentrer. Nous avons bon vent, vent contraire. Par anal. Avoir de la chance, de la malchance, des ennuis, des difficultés. Nous avons eu trois fois la guerre en un siècle. Avoir un procès. J'ai eu un différend avec mon propriétaire. Par ext. Avoir une existence agitée.
2. Éprouver physiquement. Avoir chaud, avoir froid. Avoir faim, une faim de loup. Avoir soif, grand-soif. Avoir de la fièvre. Avoir mal. Avoir des douleurs, des rhumatismes. Avoir le vertige, des nausées. J'ai eu des insomnies. Il a une forte grippe. Les médecins n'ont pu dire encore ce qu'il a. Il pâlit, qu'a-t-il ?
3. Éprouver moralement. Avoir de la joie au cœur. Avoir quelque chose sur le cœur. Il a du vague à l'âme, du chagrin. Avoir des remords, des scrupules. Avoir peur, grand-peur. Avoir honte. Avoir pitié. Avoir foi en son destin. J'ai peine à le croire. Avoir de l'amour, de la haine, de l'affection, de l'aversion. Ce chien a beaucoup d'attachement pour son maître. Il a de l'amitié pour vous. J'ai horreur de cette ville, j'ai cette ville en horreur. Il vous a en grande estime. Je ne sais ce qu'il a, mais depuis quelques jours, il ne parle plus à personne. Vous paraissez bien triste, qu'avez-vous ? Loc. Avoir pour agréable (vieilli), être satisfait de, approuver. Il ne fera cela qu'autant que vous l'aurez pour agréable. Par anal. Concevoir en son esprit. Avoir une idée, un projet en tête.
4. Faire sienne une manière d'être ou d'agir ; adopter une certaine attitude. Avoir un air d'enterrement. Avoir l'air, voir . Je n'aurai garde de l'oublier. Je n'ai pas le cœur à le contredire ou de le contredire. Elle avait à cœur de donner toute satisfaction. Avez-vous l'intention de vous y rendre ? Avoir pour but, comme dessein, se proposer comme but, pour dessein. Il a la volonté de réussir. Elle a eu l'audace de me répondre. Il a eu le bon esprit de partir. Il a l'habitude de s'attarder au téléphone. Avoir soin de ses enfants. Avoir le tort de s'obstiner. Loc. Avoir tort, avoir raison, être dans le faux, dans le vrai. Malgré qu'il en ait, en dépit qu'il en ait (vieilli), quoi qu'il en ait, malgré ses objections. Spécialt. S'exprimer par. Avoir un geste, un cri, un soupir. Avoir un mot malheureux. Avoir un mouvement de sympathie. Avoir une parole aimable pour chacun.

IV. Emplois idiomatiques.
1. Avoir à suivi de l'infinitif. Devoir, être plus ou moins impérativement contraint de, obligé de. J'ai à vous remercier. Tu as une visite à faire. On avait à craindre une erreur. Vous avez à prendre vos précautions. J'ai à parler dans cette réunion. J'ai à écrire une lettre, j'ai une lettre à écrire. Elle avait à prendre un médicament. Nous n'avons rien de particulier à signaler. Je n'ai rien à faire. Expr. Avoir maille à partir, voir .
2. N'avoir qu'à suivi de l'infinitif. Cet acteur n'a qu'à paraître et tout le monde rit, il suffit qu'il paraisse pour que tout le monde rie. Avec une nuance de reproche. Tu n'avais qu'à manger moins. Vous n'aviez qu'à tenir votre droite. Avec une nuance de menace. Il n'a qu'à venir et je lui dirai deux mots. N'avoir plus qu'à, il ne reste plus qu'à. Je n'ai plus qu'à démissionner. Après ça, je n'ai plus qu'à me taire. Vous n'avez plus qu'à plier bagages.
3. Avoir beau suivi de l'infinitif. Avoir toute facilité pour (vieilli). Prov. À beau mentir qui vient de loin, voir . Avec une valeur concessive, marque la vanité, l'inutilité de l'action indiquée par l'infinitif. Il a beau travailler, il ne réussit guère, bien qu'il travaille, il ne réussit guère. Il aura beau parler, il ne nous persuadera pas, quoi qu'il puisse dire, il ne nous persuadera pas.
4. En avoir. Locution figée où en renvoie à une réalité plus ou moins précisément déterminée par le contexte. J'en ai assez de ce désordre. Restez, j'en ai pour cinq minutes, mon occupation actuelle ne durera pas plus de cinq minutes. Vous en aurez pour cinq cents francs. Il en a au moins pour trois ans. Il en avait contre tout l'univers, il en voulait à tout le monde.

V. Il y a. Gallicisme.
1. Il est, il existe, il se trouve. Il y a un café au coin de la rue. Il y a lieu de le croire. Il y a sujet de craindre. Y aurait-il du bon sens à se conduire ainsi ? N'y eût-il que cette seule raison, elle doit vous déterminer. Il ne peut y avoir d'obstacle. Y a-t-il quelqu'un ici ? Il n'y a personne. Il y avait plus de mille personnes. Il n'y avait personne pour le croire. Il y aura des gens pour croire à ces sornettes ! Il y en a qui seront étonnés. Il y a une dame qui vous demande, une dame est là qui veut vous voir. Il y a le courage et il y a la témérité. Il y a voiture et voiture, il faut distinguer entre des modèles aux qualités très différentes. Il y a tout à espérer. Il y a à parier, tout à parier ou, fam., gros à parier qu'il réussira. Il n'y a rien que je ne fasse pour vous. C'est un emploi où il n'y a rien à faire. Il n'y a rien à faire, tout effort est superflu. Il n'y a rien à faire pour le guérir de son vice. Il y a de quoi se mettre en colère, il est justifié de se mettre en colère. Il n'y a pas de quoi, réponse familière à des remerciements. Expr. fam. Il n'y en a que pour lui, il accapare l'attention générale. Il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Loc. fam. Tant il y a que (vieilli) ou tant y a que (très vieilli), toujours est-il que. J'ignore le motif de leur querelle ; tant il y a qu'ils se battirent. Pop. Tout ce qu'il y a de suivi d'un adjectif, extrêmement. Une petite robe tout ce qu'il y a de chic.
2. Il y a, pour indiquer une durée. Joue le rôle d'une préposition. Il y a deux jours, je l'ai rencontré. Suivi de que. Il y a deux mois que je vous en ai parlé, voilà deux mois que je vous en ai parlé. Il y a plusieurs années que je ne l'ai vu. Il y avait huit jours qu'il était parti, il était parti depuis huit jours. Il y aura bientôt trois ans qu'il habite ici.
3. Il n'y a qu'à suivi d'un infinitif. Il suffit de. Il n'y avait qu'à le mettre dehors. Il n'y avait qu'à y songer plus tôt.

VI. Auxiliaire. Le verbe Avoir sert à former les temps composés et surcomposés.
1. Les temps composés de tous les verbes transitifs, y compris avoir lui-même. Tu auras chanté. La lettre que j'ai écrite. Elle a lu beaucoup de romans. J'ai eu. Nous en aurions eu.
2. Les temps composés des verbes essentiellement impersonnels et de la plupart des verbes intransitifs, y compris le verbe être. Il a neigé. Il avait plu ce soir-là. Ils ont tremblé. Ils ont vécu longtemps. Elle avait plongé. Il aura dîné. Elle a été. Vous auriez été. Expr. On ne peut pas être et avoir été. Certains verbes intransitifs admettent aux temps composés tantôt être, tantôt avoir, selon le sens. Ces plantes avaient dégénéré, étaient complètement dégénérées. Nous avons convenu de notre erreur, nous étions convenus d'un rendez-vous. J'ai descendu quatre à quatre, je suis descendu depuis une heure.
3. Les temps surcomposés de tous les verbes, en première position pour les verbes transitifs et intransitifs, en deuxième position (rare) pour les verbes pronominaux. Dès que j'ai eu fini de déjeuner, j'ai repris la route. Si tu n'avais pas été parti, qu'aurais-tu fait ? Il aura sans doute été fait abstraction de ces considérations. Rare. Quand il s'est eu réveillé, il s'est remis au travail.


1ère signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("J'ai, tu as, il a; nous avons, vous avez, ils ont. J'avais. J'eus. J'aurai. J'ai eu. J'aurai eu. Aie, ayez. Que j'aie, que tu aies, qu'il ait; que nous ayons, que vous ayez, qu'ils aient. Que j'eusse. Ayant.") Posséder de quelque manière que ce soit; être en possession, en jouissance de quelque chose. "Avoir du bien. Avoir un emploi. Avoir de bons appointements. Avoir le logement et la nourriture. Avoir de l'argent. Avoir un revenu. Avoir tant de revenu. Avoir de quoi vivre. Avoir une maison. Avoir des livres. Avoir un cheval d'emprunt. Avoir le bien d'autrui. Arcadius eut l'Orient et Honorius l'Occident. Cette déesse avait plusieurs temples dans la Grèce. Nous avons de belles promenades dans notre ville."
Fig., "Avoir de quoi," Être riche ou dans l'aisance. "C'est un homme qui a de quoi."
Il se dit, dans une signification beaucoup plus étendue, en parlant de Toute chose qui est, avec quelqu'un ou quelque chose, dans un rapport quelconque d'appartenance ou de dépendance. "Avoir une chose à portée, sous la main, à côté de soi. Il avait ce jour-là un costume bleu. Avoir de la boue, une tache sur ses habits. Avoir de beaux yeux. Avoir le bras cassé. Avoir vingt ans. Avoir l'âge de raison. Avoir de la force, de l'agilité, de l'intelligence. Avoir de l'esprit. Avoir des pensées, des opinions. Avoir des vertus, des vices. Il a cela de bon que... Avoir de l'amour, de la haine. Avoir pour quelqu'un les sentiments d'un fils, d'un frère, etc. J'ai mes peines comme vous. Je ne sais ce qu'il a, mais depuis quelques jours il ne parle plus. Vous paraissez bien triste, qu'avez-vous? Avoir la crainte de Dieu. Avoir peur, honte, pitié, soin, etc. Avoir foi en quelque chose. Avoir peine. Avoir tort. Avoir raison. Avoir droit. Avoir quelque chose sur le coeur. Avoir à coeur de réussir. Avoir une affaire, un procès. Avoir affaire à quelqu'un. Avoir des liaisons, des relations. Avoir une correspondance, un entretien. Avoir la liberté de faire une chose. Avoir du temps devant soi. Avoir de l'autorité, du crédit, de l'ascendant. Avoir l'estime, la confiance de quelqu'un. Avoir de la pluie, du beau temps. Nous aurons bientôt du froid, de la chaleur. Avoir chaud, froid, faim, soif. Avoir des douleurs. Avoir mal à la tête. Avoir la fièvre. Il pâlit : qu'a-t-il? Les médecins n'ont pu dire encore ce qu'il a, etc." On l'applique souvent aux Animaux. "Cet oiseau a un chant très agréable. Le chien a beaucoup d'attachement pour son maître."
"Avoir quelque chose pour soi," se dit en parlant de Tout ce qui peut être à l'avantage d'une personne. "Ils ont pour eux la justice. Elle a pour elle sa beauté."
"Avoir pour agréable," Être satisfait d'une chose, l'approuver. "Il ne fera cela qu'autant que vous l'aurez pour agréable."
"Avoir pour but, pour objet," Se proposer pour but, pour objet.
"Avoir en horreur, en aversion, etc.," Éprouver de l'horreur, de l'aversion, etc., pour quelqu'un ou pour quelque chose.
"En avoir contre, en avoir à," Être irrité contre quelqu'un, en vouloir à quelqu'un. "Contre qui en avez-vous? À qui en a-t-il?"
Par menace, "Vous en aurez," Vous serez châtié, maltraité.
Fig. et fam., "Il en a dans l'aile," ou simplement "Il en a," se dit, par raillerie, d'un Homme qui a reçu quelque coup, qui a éprouvé quelque disgrâce, etc. "Il en a dans l'aile" se dit aussi d'un Homme qui est devenu amoureux.
Fig., "Avoir beau, L'avoir beau, L'avoir belle," Voyez BEAU.
Il se dit pour exprimer diverses relations entre les personnes. "Avoir un père, une mère, une femme, des enfants, etc. Avoir une nombreuse parenté. Avoir un médecin, un notaire, un avocat, etc. Avoir un maître. Avoir des domestiques. Avoir un chef. Avoir des élèves, des auditeurs. Avoir des convives, des hôtes. Avoir des amis, des ennemis, etc. Homère n'a point eu d'égal. Avoir des correspondants, des associés, des complices. Avoir quelqu'un pour chef, pour ennemi, pour complice, etc. Vous avez en lui un protecteur zélé."
"Avoir quelqu'un avec soi," En être accompagné; ou seulement Être avec quelqu'un. "Je n'avais avec moi que deux témoins. Cet homme voudrait toujours m'avoir avec lui." On dit en des sens analogues "Avoir des gens à sa suite. Avoir quelqu'un chez soi. Avoir une personne à dîner, à déjeuner. J'aurai du monde ce soir. J'ai eu telle personne à mon bal, à ma fête," Elle y est venue. "Etc."
Fam., "Nous avons, vous avez des gens qui..." Il y a, il existe, on trouve des gens qui... "N'avons-nous pas des gens qui croient à de pareilles absurdités? Vous avez des personnes qui sont convaincues de cela."
Il s'emploie souvent avec un nom de chose pour sujet et se dit de Ce qui appartient ou est propre à cette chose, de ce qui la caractérise ou la modifie, etc. "Cette ville a de beaux édifices, des rues larges, de vastes promenades. Votre château a un parc magnifique. Ma maison a cinq étages, a une belle vue. Cette table a deux tiroirs. Cette plante a de très belles fleurs. Cette planche a six pieds de long. Ce fruit a une forme allongée, une belle couleur. L'architecture de cet édifice a un caractère imposant. Cette poésie a de la douceur et de la grâce. Ce rêve a quelque chose d'effrayant. Cette pièce a beaucoup de succès. Un tel accident peut avoir des suites. Les plaisirs ont leurs dangers."
Il sert de même à exprimer Certaines relations d'appartenance ou de dépendance qui unissent les personnes aux choses. "Cette maison a vingt locataires. Cette ville a dix mille habitants. Cet ouvrage a pour auteur un écrivain distingué. Cette doctrine a des partisans. La patrie a d'héroïques défenseurs."
Il signifie quelquefois Se procurer, obtenir. "On n'a pas ce livre facilement. J'ai eu ce cheval à très bon marché. C'est un homme que vous n'aurez pas facilement," Que vous ne gagnerez pas. "Il a eu tout ce qu'il demandait. C'est un tel qui aura le prix. J'aurai raison de cet outrage."
"Avoir la parole," Avoir, obtenir la permission de parler dans une assemblée délibérante.
AVOIR se met souvent avec la préposition "À" devant un infinitif et alors il sert à marquer la Nécessité, l'obligation, la disposition la volonté où l'on est de faire ce que l'infinitif du verbe signifie. "J'ai à faire une visite. Je n'ai rien à faire. Vous auriez à travailler beaucoup dans cette maison. J'ai à vous remercier. J'ai à parler à un tel. Il a à choisir. Il a à vendre, à louer une maison. Il a à donner plusieurs places. Il a bien des choses à vous apprendre. Je n'ai pas à répliquer. J'ai à répondre à ceci." On dit à peu près de même "Vous n'avez qu'à vouloir, qu'à ordonner, etc.," Il vous suffira de vouloir, d'ordonner, etc. "N'avoir rien à répliquer," Ne trouver rien que l'on puisse répliquer, etc.
AVOIR s'emploie impersonnellement dans le sens du verbe "Être," et alors il se joint toujours avec la particule "Y." "Il y a un an. Il y a deux ans que je l'ai vu" ou "Il y a deux ans que je ne l'ai vu. Il y aura demain huit jours qu'il est parti. Il y a beaucoup de gens. Il y a lieu de croire. Il y a sujet de craindre. Il y a de la barbarie à maltraiter ainsi cet enfant. Y aurait-il du bon sens à se conduire ainsi? N'y eût-il que cette seule raison, elle doit vous déterminer. Il ne peut y avoir d'obstacle. Y a-t-il quelqu'un ici? Il n'y a personne. Il y avait plus de mille personnes. Il y a peu de moments qu'il était ici. Il n'y a rien que je ne fasse pour vous. Il n'y a rien à faire. Il y a tout à espérer. Il y a à parier, tout à parier qu'il réussira."
"Il y en a," Il y a des gens. "Il y en a qui vont jusqu'à prétendre que..."
Fam., "Tant y a," Quoi qu'il en soit. "J'ignore quel fut le motif de leur querelle; tant y a qu'ils se battirent."
AVOIR est aussi verbe auxiliaire. Voyez AUXILIAIRE.
Le EU, EUE, s'emploie en le joignant à quelque autre temps du verbe "Avoir. Les choses qu'il a eues. Le bien qu'il a eu."
"Eu égard à," En considération de. "Eu égard à sa grande jeunesse, on lui a pardonné."



2ème signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Ce qu'on possède de bien. "Voilà tout mon avoir. C'est tout son avoir. On lui enleva son petit avoir."
Il se dit aussi d'une Possession, d'un bien. "Cette maison se loue bien; c'est un bel avoir." Il est familier dans les deux sens.
Il s'emploie dans les livres de comptes par opposition à "Doit" et désigne la Partie d'un compte où l'on porte les sommes dues. On appelle aussi, dans un autre sens, "Doit et avoir," Le passif et l'actif.



1ère définition d'Emile Littré




 1   Posséder un objet physique, posséder quelqu'un ou quelque chose dans un certain état. Il a une propriété patrimoniale sur notre commune. Il faut user de ce qu'on a. Avoir de la fortune. Avoir des alliés. N'avoir pas d'enfants. Il n'a pas d'argent. N'avoir rien. Il eut un père très illustre.
MALH.: « Et de quelques bons yeux qu'on ait vanté Lyncée, Il en a de meilleurs »
MOL.: « Il a l'oreille rouge et le teint bien fleuri »
RACINE: « J'ai pour aïeul le père et le maître des Dieux »
VOIT.: « J'aurais à cette heure de quoi vous écrire un beau poulet »
    Familièrement. Avoir de quoi, être dans l'aisance.

 2   Porter, tenir. Avoir à la main une coupe, une boîte. Ayant un casque sur la tête. Il n'avait pas de canne en venant.
    En termes de jeux, avoir la boule, le dé, etc. Être en tour de jouer ou être le premier à jouer.

 3   Fig. Posséder une chose immatérielle, une qualité ; éprouver une sensation ou un sentiment ; être dans un état ; être âgé de ; être d'une dimension de. Qu'avez-vous ? c'est-à-dire quelle est votre émotion ? Avoir droit sur quelque chose. Avoir la paix. Avoir dans l'esprit. J'ai l'intention de. J'ai une opinion tout à fait opposée. Les hommes qui ont de la prudence. Ces gens ont coutume de. J'ai eu de la peine à me contenir. Avoir mal à la tête. Il avait vingt ans. Rue qui a 10 m. de large.
MALH.: « Ces enfants.... Ayant Dieu dans leur coeur ne le purent louer »
MALH.: « Et, pourvu qu'il soit cru, nous n'avons maladie Qu'il ne sache guérir »
MALH.: « Mais serait-ce raison qu'une même folie N'eût pas même loyer »
MOL.: « Tu as donc familiarité avec le prince d'Ithaque »
BOSSUET: « Le désir se fait mieux sentir parce qu'il a de l'agitation et du mouvement »
BOILEAU: « Qu'avez-vous donc, dit-il, que vous ne mangez point ? »
VOIT.: « J'ai beaucoup de plaisir à voir les choses que j'avais imaginées »
BOILEAU: « Ayant un empire absolu sur les esprits »
MOL.: « Ah ! n'aie point pour moi si grande indifférence »
VOIT.: « Je vous écris à la vue de la terre de Barbarie, et il n'y a entre elle et moi qu'un canal qui n'a pas plus que trois lieues de largeur, bien que ce soit l'Océan et la mer Méditerranée tout ensemble »
MALH.: « Le fer qui les tua [des enfants] leur donna cette grâce Que, si de faire bien ils n'eurent pas l'espace, Ils n'eurent pas le temps de faire mal aussi »
MALH.: « Quand j'avais de ma foi l'innocence première, Si la nuit de la mort m'eût privé de lumière, Je n'aurais pas la peur d'une éternelle nuit »
LA FONT.: « Eh bien ! ne mangeons plus de chose ayant eu vie »
LABRUY.: « Ce qu'il y a eu en lui de plus éminent, c'est l'esprit qu'il avait sublime »
J. J. ROUSS.: « Trouvant que j'avais peu de latin, il entreprit de m'en enseigner davantage »
MOL.: « Oui, monsieur, seulement pour vous faire peur, et vous ôter l'envie de nous faire courir toutes les nuits, comme vous aviez de coutume »
BOSSUET: « Que, depuis quarante-deux ans qu'il servait le roi, il avait la consolation de ne lui avoir jamais donné de conseil que selon sa conscience »
    Par analogie il se dit des choses. Cette ville a de beaux édifices. Cette maison a beaucoup de locataires.
CORN.: « Ah ! sire, un tel honneur a trop d'excès pour moi »
CORN.: « Si tu l'aimes encor, ce sera ton supplice. - Je n'en murmure point, il a trop de justice »
CORN.: « Lorsque l'obéissance a tant d'impiété, La révolte devient une nécessité »
CORN.: « Seigneur, quand ce dessein aurait quelque justice »
CORN.: « Ce projet qui pour vous est tout brillant de gloire, N'aurait-il rien pour moi d'une action trop noire ? »
CORN.: « Un moment de sa perte a pour moi des supplices »
MALH.: « Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque ; Celle-ci porte seule un éclat radieux »
MALH.: « Les sceptres devant eux n'ont point de priviléges »
MALH.: « À ce coup nos frayeurs n'auront plus de raison, Puisque par vos conseils la France est gouvernée »

 4   Trouver, rencontrer. Nous avons des gens capables d'exécuter votre projet.
CORN.: « En te perdant j'ai sur qui me venger »
MOL.: « J'avais pour de tels coups certaine vieille en main »
MOL.: « Et quand on a quelqu'un qu'on hait ou qui déplaît, Lui doit-on déclarer la chose comme elle est ? »

 5   Se procurer, acquérir, obtenir, gagner, acheter. Ce qu'on a pour de l'argent. On a quatre pommes pour dix sous. On ne peut rien avoir de cet ouvrier.
MOL.: « La cabale s'est réveillée aux simples conjectures qu'ils ont pu avoir de la chose »
PASC.: « Et que j'avais de quoi le connaître »
PASC.: « Il a trouvé le moyen de faire avoir des bénéfices sans argent »

 6   Avoir à, suivi d'un infinitif, être chargé du soin de, être dans le cas de. Avoir une terre à cultiver. Il a de grands travaux à exécuter. Je n'ai absolument rien à vous écrire. Je n'ai rien à craindre. J'ai eu à choisir.
VOIT.: « Comme il y a toujours une grande différence entre les choses qui ont à être et celles qui sont en effet.... »
RAC.: « Vous avez à combattre et les dieux et les hommes »
RAC.: « J'ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre »
RAC.: « Que je serais heureux si j'avais à le faire »
ROTR.: « Son pouvoir n'ayant plus à s'étendre plus loin, Il brise l'instrument dont il n'a plus besoin »
VERTOT: « Il fut ensuite au sénat, et il demanda qu'on eût, par un sénatus-consulte, à dégager sa parole et à abolir toutes les dettes »
VERTOT: « Le sénat lui ayant fait dire [à Mithridate] qu'il eût à retirer ses troupes de toutes ces provinces »
VERTOT: « On publia le décret du sénat qui ordonnait qu'on eût à les poursuivre aux dépens du public »
MASS.: « Il nous fait remarquer que nous ayons à lui préparer les voies »
    N'avoir qu'à, n'avoir rien autre chose à faire que de. Vous n'avez qu'à lever les yeux. Vous n'avez qu'à dire un mot, et la chose sera faite.

 7   Avoir de, tenir de, avoir reçu de. J'ai cette terre du chef de mon père. De qui avez-vous la nouvelle ?

 8   Engendrer, créer. Il avait des enfants de ses deux femmes.
SÉV.: « Elle a un fils du roi »

 9   Imiter, reproduire. Avoir les traits de quelqu'un. Elle n'avait d'une femme que le corps. Il a tout votre air. Avoir la couleur du minium.

 10   Avoir pour, regarder comme.
LA BRUY.: « Avoir pour suspecte la vertu même »
MOL.: « Et je vous supplierai d'avoir pour agréable Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt »
MAIRET: « Eh bien, mes souverains, aurez-vous agréable Que, n'ayant pu la voir en sa fin lamentable, Nous la fassions au moins apporter devant nous ? »
    Avoir quelqu'un, quelque chose pour soi, l'avoir en sa faveur. Ils ont pour eux la justice. Elle a pour elle sa beauté.
MALH.: « Il suffit que ta cause est la cause de Dieu, Et qu'avecque ton bras elle a, pour la défendre, Les soins de Richelieu »

 11   Avoir la parole dans une assemblée, avoir la permission de parler.

 12   Avoir quelqu'un à dîner, lui donner à dîner. Il a eu beaucoup de monde à son bal.
    Avoir quelqu'un avec soi, être avec quelqu'un, en être accompagné. Il avait un ami avec lui.

 13   Avoir une femme, obtenir ses faveurs. C'est une expression libre et de mauvaise compagnie.

 14   En avoir, gallicisme qui signifie être irrité contre, songer à.
SÉV.: « Je ne sais à qui il en avait »
SÉV.: « Je ne sais à qui en ont vos femmes avec leurs voeux »
SÉV.: « Je lui demandai à qui elle en avait de se vouloir ruiner »
HAMILT.: « À qui en as-tu donc, ou si c'est aux anges que tu ris ? »
    Vous en aurez, expression de menace, vous serez puni, maltraité.
    En avoir dans l'aile, être atteint de quelque perte, de quelque accident grave.

 15   Avoir, verbe auxiliaire dans la conjugaison. J'ai dit. Il avait ordonné. Je crois avoir entendu dire. Ce qui a été dit par vous. L'événement ne m'a pas trompé.

 16   Avoir se prend impersonnellement avec le pronom y dans beaucoup de locutions. Il y a, il existe. Il y aura des vices tant qu'il y aura des hommes. Il y en a qui pensent.... Il y eut beaucoup de sang versé. Il y a de la honte à.... Il y a longtemps que.... Y a-t-il rien de plus indigne ? Pourvu qu'il y ait assez d'argent.
BOILEAU: « Peut-il y avoir des doutes en une question si claire ? Il y aurait de la folie à douter d'une vérité si universellement reconnue »
DIDER.: « Il faut convenir que ces Juifs sont des hommes comme il n'y en a point »
    Il n'y a qu'à parler, c'est-à-dire il suffit de parler.
    Il n'y a qu'à pleuvoir, c'est-à-dire la pluie peut survenir.
    Familièrement.
LA FONT.: « Ô vent donc, puisque vent y a, Viens dans les bras de notre belle »
MOL.: « Madame, puisque madame y a »
    Tant y a, quoi qu'il en soit. Vous me vantez cet homme ; tant y a que je ne veux pas le voir.
RAC.: « Tant y a qu'il n'est rien que votre chien ne prenne Y ayant, puisqu'il y a, comme il y a. »
DESC.: « N'y ayant qu'une vérité de chaque chose »
BOILEAU: « Rapsodie veut dire un amas de vers qu'on chantait, y ayant des gens qui gagnaient leur vie à les chanter »
BOILEAU: « C'est ainsi que tous les interprètes ont expliqué ces mots.... y en ayant même qui ont mis à la marge du texte grec.... »
PASC.: « N'y ayant rien de si inconcevable »

 17   S. m. terme de commerce. Avoir du poids, nom que les Anglais donnent à la livre de seize onces.

PROVERBE Il n'est rien de tel que d'en avoir, c'est-à-dire si l'on n'a pas de bien, on n'est pas considéré.

REMARQUE
    1. Faut-il dire : il y eut cent hommes tués, ou bien, il y eut cent hommes de tués ? L'usage aujourd'hui est d'employer de quand le substantif est sous-entendu ou qu'il est remplacé par le pronom en, et de supprimer de quand le substantif précède l'adjectif ou le participe ; ainsi on dira : il y eut cent hommes tués, et deux cents de blessés.
    2. Les ennemis que j'ai eus à combattre, et les ennemis que j'ai eu à combattre. Il y a entre les deux locutions une distinction qui, quelquefois à peine sensible, l'est d'autres fois assez pour qu'on veuille choisir. Dans le premier cas, j'ai eu des ennemis, et je les ai combattus ; dans le second, il m'a fallu combattre des ennemis.
    3. C'est une faute très grosse de dire, à la troisième personne du subjonctif présent, au singulier : qu'il aie, au lieu de : qu'il ait. Vaugelas la signale ; et il n'est pas rare de l'entendre encore aujourd'hui.
    4. Dans les prétérits surcomposés, lorsque le complément direct du verbe est placé devant lui, doit-on prendre la forme variable eu, eue, ou la forme invariable eu ? J'avais beaucoup d'affaires ; je suis parti quand je les ai eu terminées, ou eues terminées. Les deux manières peuvent certainement se défendre ; et le poëte pour éviter un hiatus ne devrait se faire aucun scrupule d'accorder eu. Mais il est plus naturel de ne le pas accorder, JULLIEN.
    5. Je vous aurais parlé, si je vous eusse trouvé ou si je vous avais trouvé. Si ne prend la construction du subjonctif qu'avec les auxiliaires.
    6. En poésie, aie est monosyllabe, et pour l'employer, il faut qu'il soit suivi d'une voyelle.
MOL.: « Mais dans le XVIIe siècle, on s'en servait devant une consonne, et on le faisait de deux syllabes : Que j'aie peine aussi d'en sortir par après On observera que, bien que avoir soit un verbe actif, il n'a pas de passif ; on ne dit pas : ces choses ont été eues. »

SYNONYME
    AVOIR, POSSÉDER. Avoir est beaucoup plus général que posséder. On a de toutes les façons possibles, au lieu que posséder, c'est avoir, en exprimant précisément que l'on tient en sa main, en son pouvoir, la chose dont il s'agit.

HISTORIQUE
    Xème siècle
     Eulal.: Bel [elle] avret [avait] corps, bellezour anima
     ib.: Qued avuisset de nos christus mercit
     Fragm. de Valenc. p. 468: Si cum il semper solt haveir
     ib. p. 469: E cum cil lo fisient, dunt ore aveist odit [ouï]
     ib. p. 469: Ne aiet niuls male voluntatem contra sem peer
     ib. p. 469: Aiest [ayez] charté inter vos
    XIème siècle
     Lois de Guill. 6: Ce que il avereit pris
     Ch. de Rol. I: N'i ad castel qui devant lui remaigne
     ib. II: Ne n'ai tel gent qui la sue desrompe
     ib. III: Prudhom i out [il y eut en lui la qualité de prudhomme] pour son seignur aider
     ib. IV: Ne nous aiuns les mals et les soufraites
     ib. V: Li reis Marsile out son conseil finet
     ib. VI: S'il veut ostages, il en aura, par veir [pour vrai]
     ib. IX: Tant i aurat de besans esmerez
     ib. XIX: Mout [ils] ont oüd et peines et ahans
     ib. CIV: Car de ferir oi je si grant besoin
     ib. CXLIV: Il dist après : Paien, mal aies tu !
     ib. CCLII: Se je vif auques, mout grant prod [vous] i aurez
     ib. CCLVI: Vostre conseil ai-je evud touz temps
     ib.: Averum nous la victoire du champ ?
    XIIème siècle
     Ronc. p. 1: Cité [il] n'i a qui
     ib. p. 6: Qui France a à bailler
     ib. p. 10: Bien a set ans
     ib. p. 25: Illoc avoit [il y avait] un noble pugnaor
     ib. p. 28: Et vous, aiez vostre grant ost banie
     ib. p. 43: Et ses compeins qui oit [eut] nom Estramant
     ib. p. 56: [Tu] Qui en la croiz eüs ton cors pené
     ib. p. 63: En Margaric ot [il y eut] mout bon chevalier
     ib. p. 73: Nous n'avienz nul meillor chevalier
     ib. p. 96: Sonent li grailles [trompettes], quant que par l'ost en a
     ib. p. 108: Tant que Dex voille, du champ aienz [ayons] l'onor
     ib. p. 156: Quant l'emperere ot sa gent enterrée
     ib. p. 185: Que n'oi [je n'eus], talent de fuïr ne d'aler
     ib. p. 188: Hui vous aurai vaincu et recreant
     ib. p. 192: Si vous ait Jesus Christ, qui en croix se peina !
     Couci, I: Car joie a courte durée, Qui avient par tel folor
     ib. II: Se je vous aim, j'i assez ai raison
     ib. II: Mais quant j'aurai de vous haïr envie
     ib. v: Toute beautez qui sur autre resplent, Est mise en lui [elle], qu'il n'i a que mesprendre
     ib. VIII: Dame, nul mal que j'aie, [je] Ne tieng fors à legier ; Car sans vous [je] ne pourroie [pourrai] Vivre, ne je nel quier [demande]
     ib. X: S'onques amis ot joie pour aimer [en raison de son amour]
     ib. XII: Mais or en aiez merci [merci vous soit faite], Et si vous soit pardonné
     ib. XVI: Mort m'auriez à loi de traïtor
     ib. XIX: Onques vers lui [elle] [je] n'oi faus cuer ne volage
     ib. XXII: Tous les soulas qu'ai eüs en ma vie
     ib. XXIV: S'onques nuls homs pour dure departie Ot cuer dolent, je l'aurai par raison
QUESNES: « Fausse estes, voir plus que pie ; Ne mais pour vous [Je] N'averai Ja ieux plorous »
     Sax. IV: Mais [que] cil en ait l'onor, cui Dex voudra aidier
     ib. v: Guiteclins de Sassoigne, quand ce vint à son tans, De sa premiere fame ot deus vaslez enfans
     ib. VI: Jamais [nous] n'aurons tel aise de nos hontes vengier
     Th. le mart. 147: Seignur, fait il as moines, car me laissez ester ; Vus n'avez ci que faire ; Deu en laissiez penser
     Rois, 155: E quant li reis out enquis des nuveles de Urie, cumandad lui qu'il returnast à sa maisun, qu'il i out ses aises
    XIIIème siècle
VILLEH.: « À celui tans, avoit un empereour en Constantinoble qui avoit nom Sursac »
     Berte, III: À Pepin [ils] orent guerre qu'avez oï conter
     ib.: Car il ne plut à Dieu qui tout a à garder
     ib. XII: Fille, ce dist la vieille, mout forment vous [j'] ai chere
     ib. XIII: De ceste chose arez un petit à soufrir
     ib. XXXV: Dont doi je prendre en gré, se j'ai froit et pouverte [pauvreté]
     ib. XV: Qui Rainfroy ot à nom
     ib. XLIII: Car je ai si grant faim que ne sai que penser
     ib. LXXXIX: [Vous] Voulez tuer vo [votre] fille ; trois jours a, ne dormi
     ib. XCV: Ne fust Morans [n'était Morant], de cui j'en oi [eus] defendement [empêchement]
     ib. CXXII: C'est bien drois que mains cuers grant joie en avera
     ib. CXXXI: Pour l'amour qu'[il] ot à eus, ces armes [ce blason] [le roi] leur chargea [donna]
     Chr. de Rains, 225: Et saciés de voir que il n'avoit que targier
     Ren. 20501: Li enfes ploroit de grant fain, Por ce que n'avoit que mengier
     ib. 6690: Se porpensa que il feroit, Et comment à boivre averoit
     ib. 8348: Avez-vos, fet-il, plus que dire ?
     la Rose, 2225: Sire, fis je, grant talent é [j'ai grand désir] De faire vostre volenté
     ib. 14056: Car cil a moult poi de savoir
     ib. 5846: Car j'ai de mon pere congié De faire ami et d'estre amie
     ib. 5621: Appius ne pooit donter La pucele qui n'avoit cure Ne de li, ne de sa luxure
     ib. 5536: Pourquoi nel'faites-vous entendre, Savoir s'il i a que reprendre ?
     ib. 4521: Comment encore eschaper porent De tel peril, sans pis avoir, Ou d'ame, ou de cors ou d'avoir
     ib. 7174: Car le propre non lor pleüst, Qui accoustumé lor eüst
BEAUMANOIR: « Il convenroit qu'il sivist les pleges, se pleges y avoit »
BEAUMANOIR: « Et soi ofrir contre cex à qui il a à fere »
BEAUMANOIR: « Noz ne lor avons pas soufert, el tans de nostre baillie, quant partie l'a volu debatre ; mais, quant partie ne l'a pas debatu, noz l'avons eu beau soufrir »
JOINV.: « Ceulx envoient sus les Sarrazins quant il veulent guerroier à eulz ; et les Sarrazins envoient sus les crestiens, quant il ont à faire à eulz »
    XIVème siècle
ORESME: « Et ceulx qui en telles choses se ont et se contiennent comme il convient et appartient »
DU CANGE: « Nous, sur ce heut [eu] certaine information, avons retenu et retenons... »
     Guesclin. 13526: Sire, ce dit Bertran, vous parlez pour noient ; S'autre chose n'i a, ce me dittes : Va-t'-en
     ib. 1214: Mais li bons cappitains lor dit : Laissiez ester ; J'arai de lor pourceaux, sans nous de riens grever
    XVème siècle
FROISS.: « Et si [les Escots] n'ont que faire de chau dieres ne de chaudrons, car ils cuisent bien leurs chairs au cuir des bestes mesmes »
FROISS.: « [Le roi voulait épargner ses gens et son artillerie] car il pensoit bien qu'il en auroit à faire »
FROISS.: « Et s'il euist justement pensé.... »
FROISS.: « Quand ceux de la ville virent le peril et le dommage si apparent, ils eurent conseil qu'ils se rendroient, sauves leurs vies »
FROISS.: « Et aussi il avoit bien cause qu'ils le festassent ; car ils ne l'avoient vu puis la bataille dessus dite »
FROISS.: « Il ne nous vaut rien ici demourer ni tenir ; nous n'y ariemes jamais nulle bonne aventure »
CH. D'ORL.: « Vous savez que je vous feis foy Pieça de tout ce que j'avoye, Et vous laissay en lieu de moy Le gaige que plus chier j'amoye »
CH. D'ORL.: « Je ferai, maugré qu'il en ait, Encontre luy une aliance »
JUVÉN.: « Et là ha continué à escripre, selon ce qu'on ha rapporté »
Bouciq.: « .... luy vint messaige de par le roy, qui lui mandoit qu'il avoit en propos de faire certain voyage| »
     ib. I, ch. 31: L'empereur avoit ja fait tout son apprest, afin que n'y eust que à partir
COMM.: « Et alors le roy eut conseil avec ledit conte du Mayne »
COMM.: « Il avoit congnoissance en la cité, à cause qu'il y avoit eu administration par les années qu'ils avoient esté en paix »
COMM.: « Que s'il n'avoit debat par le dehors contre les grans, qu'il falloit qu'il l'eust avec ses serviteurs.... »
COMM.: « Et eut lettres de la duchesse sa femme, que le roy Edouard n'estoit pas content »
COMM.: « Dieu avoit et a ce royaulme en especialle recommandation »
COMM.: « Laquelle estoit veufve, long temps avoit »
COMM.: « Et ne les avoit en nulle hayne pour les choses passées »
COMM.: « Ilz commencerent à avoir division ensemble, quant ce fut à departir le butin »
COMM.: « C'est peu de chose que de peuple, se il n'est conduyt par quelques chiefs qu'ilz ayent en reverence et en crainte »
COMM.: « Après le sejour que eust le roy en ce village »
COMM.: « Le plus grand edifice que commença, cent ans a, roy tant au chasteau qu'en la ville »
COMM.: « Auquel lieu eut nouvelles ledit Ludovic, que son neveu le duc de Milan se mouroit »
COMM.: « Il me fit appeller, et eut en conseil, s'il bailleroit ce sauf conduit ou non »
COMM.: « Et vindrent la pluspart malgré qu'on en eut »
    XVIème siècle
J. MAROT: « Que nul vivant, sur peine de la hart, N'aye à piller la valleur d'un liard »
RAB.: « Une isciatique, à laquelle j'estoys subject, plus de sept ans avoyt »
MAROT: « Je crois qu'en vous n'a [il n'y a] point tant de rudesse »
MAROT: « Long temps y ha que je vis en espoir, Et que rigueur ha dessus moi pouvoir »
MAROT: « Mais il peut tout, et veut, et lui agrée, Qu'un fils sacré aye mere sacrée »
MAROT: « Espece n'est de tribulation, Qui n'ait icy sa consolation »
DU BELLAY: « Si tu n'as point pitié de moy, Ayes au moins pitié de toy »
MONT.: « Avoir le dessus »
MONT.: « Avoir où s'escrimer »
MONT.: « Pour la peur qu'il avait eue »
MONT.: « Ils feirent deffense que nul n'eust plus à aller là »
LA BOETIE: « Et tout ainsi que Dieu les a associez en la lignée, aussi a la loy »
AMYOT: « Et luy fut enjoinct expressement de la part du peuple, qu'il eust à s'embarquer »
LA BOETIE: « Il se monstroit rebours à ceulx qui le cuidoient flatter, encore se roidissoit-il d'avantage contre ceulx qui le pensoient avoir par menaces »
RONS.: « Razant nos champs, dites, a'vous [avez-vous] point veu Cette beauté qui tant me fait la guerre ? »
RONS.: « Et sans sçavoir combien la muse apporte D'honneur aux siens, je l'avois à mespris »

ÉTYMOLOGIE
    Bourguign. aivoy ; provenç. aver ; espagn. haber ; portug. haver ; ital. avere ; du lat. habere. Comparez l'allemand haben, le gothique haban. Dans l'ancienne langue, on disait non pas il y a, mais simplement il a (illud habet), ce qui voulait le cas régime du substantif : il avoit un chastel, il y avait un château ; chastel est le cas régime : chastels ou chastaus serait le nominatif. Pourtant, l'adverbe y se montre dans cette locution dès le XIIIe siècle. La forme archaïque, sans y, s'est conservée dans le style marotique, au moins avec la négation : Entre Leclerc et son ami Coras, N'a pas longtemps, s'émurent grands débats, RAC., Épigr. Il y a lieu de remarquer avret dans un texte du Xe siècle ; c'est, étymologiquement, l'équivalent de habuerat, où l'u, comme dans ces formations, devint un v, habverat, avec l'accent par conséquent sur há. On s'était étonné que le plus-que-parfait latin n'eût laissé aucune trace dans les langues romanes, où en effet on ne le trouve pas ; mais ces textes du Xe siècle montrent qu'il a existé, bien que transitoirement.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE 1. AVOIR. Ajoutez :

 18   Terme de turf. Avoir un cheval, parier pour un cheval. Quand un pouleur demande : quel cheval avez-vous ? cela veut dire pour quel cheval pariez-vous ?

REMARQUE Ajoutez :
    7. Auxiliaire, placé autrement dans le XVIIe siècle que nous ne faisons d'ordinaire aujourd'hui.
LA FONT.: « Je devais par la royauté Avoir commencé cet ouvrage [j'aurais dû.... commencer] »
BOSSUET: « Et quand ce même prélat [Fénelon] veut qu'on croie sur sa parole... la bonne foi lui devait avoir imposé silence Au reste cette construction est parfaitement correcte. »
    8. Des grammairiens ont dit que dans la locution : il y a longtemps, dix ans, etc. que, et il y a longtemps, dix ans, etc., sans que, une différence devait être établie ; que la première convenait quand l'action dont il s'agissait durait encore : il y a longtemps que je demeure dans cet appartement, et : il y a longtemps telle chose arriva. La distinction serait valable, si, dans la locution, le que était un relatif signifiant pendant lequel temps ; mais c'est une simple conjonction qui unit les deux membres. La seule remarque à faire, c'est que, quand il y a longtemps, dix ans, etc. commence la phrase, il est plus usuel de mettre le que : il y a longtemps que je suis malade, que j'ai quitté cet appartement.
    9. Molière a donné à il y a pour complément un relatif.
MOL.: « Pensez-vous qu'on soit capable d'aimer de certains maris qu'il y a ? Rien ne s'oppose à cette construction. »


2ème définition d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Tout ce qu'on possède, bien, fortune. Tout son avoir était chez ce banquier. Cette maison, cette terre est un bel avoir.
BÉRANG.: « Aurions-nous mieux employé la jeunesse, Vécu moins vite avec un riche avoir ? »

 2   Terme de commerce. La partie d'un compte où l'on porte les sommes dues. Doit et avoir, l'actif et le passif. Établir un compte par doit et avoir.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XXXIV: Pour tout l'aveir qui soit en cest païs
     ib. CCLXXIII: Les douze pairs [il] a traït pour aveir
    XIIème siècle
     Rois, 89: Cumbatid s'en vers les Philistiens, si enchaçad lur avers [bêtes] ki durent porter la vitaille
     Ronc. p. 32: Mout grant avoir [je] vous en faz aporter
     Couci, XII: [Je] N'en donroie le desir Pour tout l'avoir dessouz ciel
     Sax. XII: Qui mestier a d'avoir, à son talent en prent
     Th. le mart. 43: Seignur, fait-il à els, tut senz en plait entrer, Ne me deit pas mis sires acuinte demander : Car tut cest grant aveir que ci vus oi numer, En ses busoignes l'ai fait metre et aluer
     ib. 64: Tut saisi en sa main et terres, et mustiers, Et vif aveir et mort, blé, rentes et deniers
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Et li Franc commencierent à ocire les Grieus, et gaaignierent les avoirs de la vile, et pristrent tout »
VILLEH.: « Après commença à paier l'avoir que il devoit à ceus de l'ost »
VILLEH.: « Si come d'or et d'argent et de tous les fiers avoirs qui onques furent en terre trovés »
VILLEH.: « Se vos estes povres ne besoigneus, il vous donra volentiers de son avoir »
     Berte, LXI: Avoir et grans richesses [ils] orent tout à leur chois
     la Rose, 172: Après fu painte coveitise : C'est cele qui les gens atise De prendre et de noient donner, Et les grans avoirs aüner
BEAUMANOIR: « Il tolent et ravissent les avoirs dont li communs pueples se doit vivre »
    XVème siècle
FROISS.: « Et y fut trouvé [à Audenarde] grand avoir qui estoit à François Acreman ; et me fut dit que il y avoit bien quinze mille francs »
FROISS.: « Et disoient outre [les serfs Anglais révoltés] que ils vouloient savoir que les grands avoirs que on avoit levés parmi le royaume d'Angleterre, puis cinq ans, estoient devenus »
FROISS.: « Ils se rendirent, sauf leurs corps, leurs membres et leur avoir »
     Mir. de Ste Genev: Et par Dieu, il n'est nul avoir Qui vaille bon ami avoir
     Bouciq. IV, ch. 7: Et ainsi ensuit les vaillans preux qui onques nul compte ne tindrent d'amasser avoirs
    XVIème siècle
AMYOT: « Ilz n'avoient rien de plus cher en ce monde que la richesse et l'avoir »

ÉTYMOLOGIE
    Avoir 1 ; norm. avers, les animaux domestiques ; provenç. et espagn. aver ; ital. avere. D'après Ménage, avoir, en la signification de biens, était un mot inusité. Depuis, ce mot est revenu tout à fait en usage.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("J'ai, tu as, il a; nous avons, vous avez, ils ont. J'avais. J'eus. J'aurai. J'aurais. J'ai eu. J'avais eu. J'aurai eu. J'aurais eu. Aye" ou "aie, ayez. Que j'aye" ou "que j'aie, que tu ayes" ou "que tu aies, qu'il ait; que nous ayons, que vous ayez, qu'ils ayent" ou "qu'ils aient. Que j'eusse. Que j'aye eu," ou "que j'aie eu. Que j'eusse eu. Ayant. Ayant eu." L'orthographe "Aye, que j'aye, etc.," de l'impératif et du subjonctif, n'est plus guère usitée: on écrit généralement, "Aie, que j'aie, etc.") Posséder de quelque manière que ce soit; être en possession, en jouissance de quelque chose. "Avoir du bien. Avoir un emploi. Avoir de bons appointements. Avoir le logement et la nourriture. Avoir de l'argent. Avoir un revenu. Avoir tant de revenu. Avoir de quoi vivre. Avoir une maison. Avoir des livres. Avoir un cheval d'emprunt. Avoir le bien d'autrui. Arcadius eut l'Orient, et Honorius l'Occident. Cette déesse avait plusieurs temples dans la Grèce. Nous avons de belles promenades dans notre ville."
Prov., "Il n'est rien tel que d'en avoir," Si on n'a du bien, on n'est point considéré dans le monde. "Il en veut avoir à quelque prix que ce soit," Il est avide et âpre à l'argent.
Pop., "Avoir de quoi," Être riche ou dans l'aisance. "C'est un homme qui a de quoi."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit dans une signification beaucoup plus étendue, en parlant De toute chose physique ou morale, utile ou nuisible, agréable ou fâcheuse, etc., qui est, avec une personne, dans un rapport quelconque d'appartenance ou de dépendance. "Avoir une chose à portée, sous la main, à côté de soi. Il avait ce jour-là un habit bleu. Avoir une bague au doigt. J'avais un sabre à la main. Avoir de la boue, une tache sur ses habits. L'homme a une tête, des bras, des jambes, etc. Avoir de beaux yeux. Avoir le bras cassé. Avoir la jambe emportée par un boulet de canon. Avoir quinze ans, vingt ans, etc. Avoir de l'âge. Avoir l'âge de raison. Avoir une bonne tête. Avoir de la force, de l'agilité, de l'intelligence. Avoir des pensées, des opinions. Avoir des vertus, des vices. Il a cela de bon que... Avoir des passions. Avoir de l'amour, de la haine. Avoir pour quelqu'un les sentiments d'un fils, d'un frère, etc. J'ai mes peines comme vous. Je ne sais ce qu'il a, mais depuis quelques jours il ne me parle plus. Vous paraissez bien triste, qu'avez-vous? Avoir de la joie, de la douleur, de la honte, des soupçons, des inquiétudes. Avoir la crainte de Dieu. Avoir peur. Avoir honte. Avoir pitié. Avoir soin. Avoir envie. Avoir besoin. Avoir connaissance. Avoir foi en quelque chose. Avoir peine. Avoir tort. Avoir raison. Avoir droit. Avoir quelque chose sur le coeur. Avoir une affaire, un procès, une querelle. Avoir affaire à quelqu'un. Avoir des liaisons, des relations. Avoir une correspondance, un entretien. Avoir la liberté de faire une chose. Avoir du temps devant soi. Avoir de l'autorité, du crédit, du pouvoir, de l'ascendant. Avoir l'estime, la confiance de quelqu'un. Avoir de la pluie, du beau temps. Nous aurons bientôt du froid, de la chaleur. Avoir chaud. Avoir froid. Avoir faim. Avoir soif. Avoir des douleurs. Avoir mal à la tête. Avoir la fièvre. Il pâlit: qu'a-t-il? Les médecins n'ont pu dire encore ce qu'il a. Avoir un coup d'épée. Etc." On l'applique souvent Aux animaux. "Ce cheval a une belle écurie, une selle très-riche. Cet oiseau a un chant très-agréable. Les tigres ont de la cruauté. Le chien a beaucoup d'attachement pour son maître. Cet animal a soif, a faim. Cette vache a mal à la jambe. Votre cheval a la gourme, la pousse, etc."
"Avoir quelque chose pour soi," se dit en parlant De tout ce qui peut être à l'avantage d'une personne. "Ils ont pour eux la justice. Elle a pour elle sa beauté."
"Avoir pour agréable," Être satisfait d'une chose, l'approuver. "Il ne fera cela qu'autant que vous l'aurez pour agréable."
"Avoir pour but, pour objet," Se proposer pour but, pour objet.
"Avoir en horreur, en aversion, etc.," Éprouver de l'horreur, de l'aversion, etc., pour quelqu'un ou pour quelque chose.
Par menace, "Vous en aurez," Vous serez châtié, maltraité.
Fig. et fam., "Il en a dans l'aile," ou simplement, "Il en a," se dit, par raillerie, D'un homme qui a reçu quelque coup, qui a éprouvé quelque disgrâce, etc. "Il en a dans l'aile," se dit aussi D'un homme qui est devenu amoureux.
Fam., "Contre qui en a-t-il, en avez-vous?" Contre qui est il, êtes vous fâché, en colère? On dit aussi, "À qui en a-t-il?"
Fig. et fam., "L'avoir beau, l'avoir belle," Avoir une occasion favorable de faire quelque chose.
Fam., "Il a beau dire, il a beau faire, il a beau crier, etc.," Quoi qu'il puisse dire, quoi qu'il puisse faire, malgré ses cris, etc.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit particulièrement, dans un sens analogue, pour exprimer diverses relations entre les personnes. "Avoir un père, une mère, une femme, des enfants, une soeur, etc. Avoir une nombreuse parenté. Avoir un amant. Avoir une maîtresse. Avoir un médecin, un notaire, un avocat, etc. Avoir un maître. Avoir des domestiques. Avoir un chef. Avoir des soldats. Avoir des élèves, des auditeurs. Avoir des convives, des hôtes. Avoir des amis, des connaissances, des ennemis, des envieux, etc. Homère n'a point eu d'égal. Avoir des correspondants, des associés, des complices. Avoir quelqu'un pour maître, pour chef, pour ennemi, pour complice, etc. Vous avez en lui un protecteur zélé." On l'applique de même Aux animaux. "Cette poule a douze poussins. Cet oiseau a une femelle depuis deux jours. Ce lion a un gardien qui le surveille attentivement. Le hibou a presque tous les autres oiseaux pour ennemis. Ce cheval n'a pas son pareil. Etc."
"Avoir quelqu'un avec soi," En être accompagné; ou seulement, Être avec quelqu'un. "Je n'avais avec moi que deux témoins. Cet homme voudrait toujours m'avoir avec lui." On dit en des sens analogues: "Avoir des gens à sa suite. Avoir quelqu'un chez soi. Avoir une personne à dîner, à déjeuner. J'ai eu telle personne à mon bal, à ma fête," Elle y est venue. "Etc."
Fam., "Nous avons, vous avez des gens qui"... Il y a, il existe, on trouve des gens qui... "N'avons-nous pas des gens qui croient à de pareilles absurdités? Vous avez des personnes qui sont convaincues de cela."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie souvent avec un nom de chose pour sujet, et se dit De ce qui appartient ou est propre à cette chose, de ce qui la caractérise, ou la modifie, etc. "Cette ville a de beaux édifices, des rues larges, de vastes promenades. Votre château a un parc magnifique. Ma maison a cinq étages, a une belle vue. Cette table a deux tiroirs. Cette plante a de très-belles fleurs. Cette planche a six pieds de long. Ce fruit a une forme allongée, une belle couleur. L'architecture de cet édifice a un caractère imposant. Cette poésie a de la douceur et de la grâce. Ce rêve a quelque chose d'effrayant. Cette pièce a beaucoup de succès. Un tel accident peut avoir des suites. Les plaisirs ont leurs dangers."
Il sert de même à exprimer certaines relations d'appartenance ou de dépendance qui unissent les personnes aux choses. "Cette maison a vingt locataires. Cette ville a dix mille habitants. Cet ouvrage a pour auteur un écrivain distingué. Cette doctrine a des partisans. La patrie a de nombreux défenseurs."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois, Se procurer, obtenir. "On n'a pas ce livre facilement. J'ai eu ce cheval à très-bon marché. C'est un homme que vous n'aurez pas" (que vous ne gagnerez pas) "facilement. Il a eu tout ce qu'il demandait. C'est un tel qui aura le prix. J'aurai raison de cet outrage."
"Avoir la parole," dans une assemblée délibérante, Avoir, obtenir la permission de parler. "Vous avez la parole."
"Avoir une femme," Obtenir ses faveurs.
Fam., "Je l'aurai, je saurai bien l'avoir," se dit en parlant D'une personne dont on espère se venger. Cette manière de parler vieillit.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se met souvent avec la préposition "à," devant un infinitif; et alors il sert à marquer La nécessité, l'obligation, la disposition, la volonté où l'on est de faire ce que l'infinitif du verbe signifie. "Vous auriez fort à faire pour cela. J'ai à faire une visite. J'ai à vous remercier. J'ai à parler à un tel. Il a à choisir. Il a une maison à vendre, à louer. Il a plusieurs places à donner. Il a bien des choses à vous apprendre." On dit à peu près de même: "Vous n'avez qu'à vouloir, qu'à ordonner, etc.," Il vous suffira de vouloir, d'ordonner, etc. "N'avoir rien à répliquer," Ne trouver rien que l'on puisse répliquer. "Etc."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie impersonnellement dans le sens du verbe "Être;" et alors il se joint toujours avec la particule "y. Il y a un an. Il y a deux ans. Il y aura demain huit jours qu'il est parti. Il y a beaucoup de gens. Il y a lieu de croire. Il y a sujet de craindre. Il y a de la barbarie à maltraiter ainsi cet enfant. Y aurait-il du bon sens à se conduire ainsi? N'y eût-il que cette seule raison, elle doit vous déterminer. Il ne peut y avoir d'obstacle. Y a-t-il quelqu'un ici? Il n'y a personne. Il y avait plus de mille personnes. Il y a peu de moments qu'il était ici. Il n'y a rien que je ne fasse pour vous. Il n'y a rien à faire. Il y a tout à espérer Il y a à parier, tout à parier qu'il réussira."
"Il y en a," Il y a des gens. "Il y en a qui vont jusqu'à prétendre que"...
Fam., "Tant y a," Quoi qu'il en soit. "J'ignore quel fut le motif de leur querelle; tant y a, qu'ils se battirent."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi verbe auxiliaire, et sert à former la plupart des prétérits des autres verbes. "Avoir lu. Avoir écrit. J'ai donné. Il a plu toute la nuit. Nous en avons parlé ensemble. Vous avez été sages. Ils ont vécu. Il en aurait donné mille francs." On dit de même: "Dès que j'ai eu fini. Sans lui, j'aurais eu dîné de meilleure heure;" mais ces phrases et leurs analogues sont beaucoup moins usitées.
Il est également auxiliaire de lui-même, ainsi qu'on a pu le voir dans plusieurs des exemples qui précèdent. "J'ai eu raison. Il avait eu peur. Il aurait eu tort de faire telle chose."



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Ce qu'on possède de bien. "Voilà tout mon avoir. C'est tout son avoir. On lui enleva son petit avoir."
Il se dit aussi d'Une possession, d'un bien. "Cette maison se loue bien; c'est un bel avoir." Il est familier dans les deux sens.



10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie dans les livres de compte par opposition à "Doit," et désigne La partie d'un compte où l'on porte les sommes dues à une personne. On appelle aussi, dans un autre sens, "Doit et avoir," Le passif et l'actif.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["A-voar", 2e douteûse: elle est brève, si le mot est dans le cours de la phrâse; elle est longue, quand il la termine.] C'est le seul verbe de son espèce, qui ne prend point une "s" à la premiere persone du présent de l'indicatif. On écrit j'"ai", quoiqu'on écrive, je "suis", je "fais", je "dis", je "lis", je "vois". Voy. S.
   "Conjugaison". J'"ai", tu "as", il "a:" nous "avons", vous "avez", ils "ont". J'"avois". J' "eus", j'"ai eu". J'"aurai". "Aye" (ou "aie"), que tu "ayes" (ou "aies"), qu'il "ait". Que nous "ayions", vous "ayiez", ils "aient". Que j'"eusse", j'"aurois". Que j'"aye eu". Que j'"eusse eu". "Ayant", "ayant eu".
   "Rem." Les sentimens sont partagés pour l' impératif et le présent du subjonctif: faut-il dire "aye", ("éïe") ou "aie" ("è") soin; qu'ils "ayent" ou qu'ils "aient" soin de, etc. Les Auteurs de la Gramaire de "Port Royal", et la plupart des Gramairiens qui sont venus après eux, se sont décidés pour la seconde manière: ils écrivent, que j'"aie", que tu "aies", qu'ils "aient".
- "Vaugelas", "Chiflet", "Bouhours", "Regnier", M. de "Wailly", M. "Beauzée", écrivent j'"aye", tu "ayes", ils "ayent;" et leur pratique est justifiée par celle de l'"Acad. Franç." dans son Dictionaire. M. "Harduin", qui se range de ce côté, fortifie ce sentiment par cette observation, que ceux qui ont la réputation de bien parler, prononcent ces subjonctifs avec le double "i", représenté par l'"y", sur-tout à la 1re persone quand elle est suivie d'une voyelle, que j'"aye eu", que j'"aye été".
- Et pourquoi ajoute-t-il, se prononcerait-il autrement, que je "paye", j'"essaye"?
- La vérification de ces deux faits n'est pas aisée. Car, comment compter les sufrages de ceux qui ont la réputation de bien parler. Est-ce à la Cour, est-ce dans la Capitale, est-ce parmi les Gens de Lettres qu'il faudra les choisir? Et puis, après les avoir comptés, il faudra les apprécier: nouvel embarras! que faire donc? Choisir de ces deux pratiques celle qui plaira le plus, en attendant que la question soit mieux examinée, et qu'elle soit décidée s'il est possible; car, où est le Tribunal qui ait ce droit?
- Dans le "Dict. Gram." on a suivi la pratique de MM. de "Port Royal" et du grand nombre de Gramairiens qui les ont suivis. Ici, nous nous contenterons de dire, qu'"aye" nous paraît mieux devant une voyelle pour éviter l'hiatus, et que "aie" nous paraît plus doux devant une consone.
   Loin que des cris de joie ou des accens d'amour
   "Ayent" dans cet Hémisphère annoncé mon retour.
       Le "Chev." de "Langeac".
L'Imprimeur n'aurait pas dû écrire "ayent:" avec cette ortographe, il y aurait une syllabe de trop.
- Il faut "aient".
   AVOIR, c'est posséder de quelque manière que ce soit: '"Avoir du" bien, "une" charge, "un" bénéfice, "de l'"argent, "des" terres, "des" maisons, etc., etc.
- "Avoir", "posséder", (synon.) Il n'est pas nécessaire de pouvoir disposer d'une chôse, ou qu'elle soit actuellement entre nos mains pour l'"avoir:" il sufit qu'elle nous apartiène. Mais, pour la "posséder", il faut qu'elle soit en nos mains et que nous ayions la liberté actuelle d'en disposer, ou d'en jouïr. Ainsi, nous "avons" des revenus, quoique non payés, et nous "possédons" des trésors. On n'est pas toujours le maître de ce qu'on "a": on l'est de ce qu'on "possède".
   AVOIR, s'unit avec un grand nombre de noms employés sans article ou avec l'article. "Avoir" faim, soif, froid, chaud. "Avoir" raison, tort, envie, peur, etc. "Avoir de la" joie, "de l'"honeur, etc. "Avoir la" gloire, "la" honte "de", etc., etc. suivant comme il est combiné avec ces divers noms, il a, ou il leur comunique divers régimes. Aussi, "Avoir" parait-il le plus souvent dans les Dictionaires, et sur-tout dans celui-ci.
   "Rem." 1°. Quoique plusieurs noms régis par "avoir" ne prènent point d'article, comme "avoir coutume, compassion, pitié, dessein, honte", et aûtres que nous avons raportés, il ne faut pas croire que cela s'étende à tous les substantifs. Les Poètes en abusaient autrefois. On trouve plusieurs exemples de cet abus dans "Corneille" et "Molière".
   J'"aurai" pour vous "respect" jusques au monument.
'J'"ai joie" à vous voir; j'"ai soupçon" que; j'"ai dépit" de. 'Son exemple "auroît force". 'Ils "ont aversion" pour, etc. Il faut, "du" respect, "de la" joie, "du" soupçon, "du" dépit, "de la" force, "de l'"aversion, etc. M. "Moreau", qui aime à retrancher l'article après plusieurs verbes, le suprime sur-tout après le v. "avoir". 'La Commune, qui souvent avoit la force en main, s' acoutuma à croire qu'elle "avoit autorité". 'Ils n' "eurent" d'abord que "surveillance". '"Il y eut" et "variété" dans les stipulations, et "progrès" dans les entreprises.
   2°. Suivant que ces noms, que régit "avoir", ont l'article indéfini ou défini, ce verbe demande "de" ou "à" devant l'infinitif. On dit: "avoir du" plaisir, "de la" satisfaction, "de la" peine "à faire", etc. et "avoir le" plaisir, "la" satisfaction, "la" peine "de faire", etc. La phrâse suivante pèche contre cette règle, ou elle est mal apliquée. 'Celui qui vous aime, ne doit pas "avoir de plus grande satisfaction" qu'"à" se soumettre à votre volonté. "Saci", Imitat. de J. C. Il falait, "que de se soumettre;" parce que, quoique le "de" devant "satisfaction" paraisse indéfini, il est réellement défini et déterminé par le superlatif "plus grande;" c'est comme si l'on disait: "la plus grande satisfaction" que puisse "avoir" celui qui vous aime, est "de faire" votre volonté.
- Quand "avoir" est impersonel, il régit toujours "à:" '"Il y a du plaisir à faire", etc.
   * 3°. On disait autrefois "avoir" avec des adjectifs. 'Je vous "ai contraire", favorable, etc. c. à. d. vous "m' êtes contraire", favorable. "Voiture" le dit souvent.
   4°. AVOIR, régit souvent la prép. "à" devant l'infinitif, pour signifier la disposition, l'obligation ou la volonté où l'on est. J' "ai à" vous "remercier;" j'"ai à parler" à un tel, etc. Ce qu'il y a de particulier dans cette manière de parler, c'est que les noms précèdent les verbes, qui les régissent, et semblent régis par "avoir": J'"ai" plusieurs "lettres à faire", plusieurs "visites à rendre". On pourrait dire aussi: j'"ai à faire" plusieurs "lettres, à rendre" plusieurs "visites;" mais cela ne serait pas si bien. = "N'avoir que", avoir seulement.
   "Je n'ai qu'à dire" un mot, & vous êtes perdu.
   'S'il "n'a qu'à jurer", il a gagné son procès.
- "Corneille" employant ce tour de phrâse, construit singulièrement l'adjectif et le substantif.
   Leur plus haute valeur "n'a d'effets que sinistres".
       Attila.
Cette construction est barbare, même en vers. Il falait dire, "n'a que des effets sinistres", ou "de sinistres effets;" le "que" doit toujours précéder le régime. = "Avoir pour", regarder comme: 'Quoiqu'ils ne se fussent pas encôre déclarés, on ne laissoit pas d'"avoir" leur fidélité "pour" suspecte. "Vertot". = "En avoir:" '"À~" qui "en avez-vous"? à qui voulez-vous parler ou, plus souvent, contre qui êtes-vous en colere? '"À~" qui "en ont-"elles donc? ....Il semble qu'elles s'égorgent. "Mariv." Il régit quelquefois la prép. "de" devant les verbes. '"À~" qui "en avez" vous, "de parler" si mal de votre esprit, qui est si beau et si bon? SEV. Pourquoi, à quel propos "parlez-vous si mal?" etc.
   5°. "Avoir une femme;" être arrangé avec elle, est une expression nouvelle, qui a un mauvais sens. 'Si l'on est persuadé que "vous m'avez", il n'y a plus aucun remède: le public n'en revient pas. "Marm."
- Dans "le Méchant", Cléon dit à Valère:
   Et Cidalise! "Val." Mais... "Cl." C'est une affaire faite:
   Sans doute vous l'"avez"........
   "Val." Mais, cela fût-il vrai, le dirois-je?
   "Cl." "Ayez-la"; c'est d'abord ce que vous lui devez;
   Et vous l'estimerez après, si vous pouvez.
   6°. "Avoir à être", devoir être: 'puisque j'"ai à souffrir", sans pouvoir l'empêcher, ou l'éviter, soufrons avec patience. 'Puisque j'"ai à être tourmenté" d'une façon ou de l'autre, j' aimerois mieux encôre l'être auprès de vous. "Voit."
   7°. AVOIR, s'emploie impersonellement avec l'adv. "y;" dans le sens du verbe "être;" "il y a des" persones qui; "il est des" persones qui, etc.
- Dès le temps de "Vaugelas", on a agité la question s'il faut dire: "il y eut cent" hommes "tués", ou "de tués". Les sentimens étaient partagés. Les uns disaient qu'il falait toujours mettre le "de;" les autres, qu'il était mieux de le suprimer: l'usage était aussi peu uniforme que les opinions. "Th. Corneille" done là-dessus une règle, c'est que, quand le substantif précède~ l'adjectif ou le participe, on ne doit pas se servir de la prép. "de;" et qu'aûtrement il faut le mettre, sur-tout quand le pronom "en" tient la place du substantif. '"Il y eut" cent hommes "tués; il y en eut" cent "de" blessés. Dans le sens négatif, le "de" fait fort bien; mais il faut que l'adjectif ou le participe précède le substantif, et soit aussi près de "il n'y a", qu'il est possible. '"Il n'y a d'intéressant" dans cette Pièce "que" la 3e Scène du 2d Acte. Au contraire, le "de" fait assez mal, quand l'adjectif ou le participe suit le substantif. '"Il n'y a que" les "âmes" vertueûses "de sensibles". Volt.
- Dans le sens afirmatif, le "de" fait un mauvais éfet. '"Il y eut" dix Parlemens "de" convoqués sous Henri VIII, et vingt-trois séances "de" tenuës. "Hist. d'Angl." Retranchez "de".
- La plupart des Auteurs n'ont pas de règle là-dessus. Le P. d'Avrigni, par exemple, tantôt met le "de", tantôt il le suprime, lors même qu'il est nécessaire: '"Il y en eut" six mille "tués" ou "pris". Mettez, "de tués" ou "de pris", à cause du pronom "en", qui tient la place du mot "hommes" ou "soldats".
   8°. "Il y a", avec les noms de "jour", "mois", "année", "siècle", etc. signifie "depuis". '"Il y a six semaines qu'"on me "souhaite;" "il y a" beaucoup de "jours que" j'atends, etc. Mais quand le "que" n'y est pas, cette expression ne vaut rien. 'Je m'en vais "à" Brevanes.... M. de Coulanges m'y souhaite "il y a six semaines". SÉV. 'J' atends avec impatience, "il y a beaucoup de jours", que vous me fassiez l'honneur de faire réponse à la lettre que je vous ai écrite. "Voit." Il faut dire: "il y a six semaines que; il y a plusieurs jours que", etc.
- "Remarquez" encôre que, quand cette manière de parler est à la tête du membre de la phrâse, la conjonction "que" est encôre plus nécessaire. '"Il y a six semaines", l'Allemagne étoit en paix. "Linguet". Ajoutez "que:" l'Imprimeur l'a sans doute oublié. = "Il y en a", régit l'article indéfini "de", et non pas "du", ou "de la". '"Borax.... Il y en a de" noir, "de" jaune et "de" blanc; et non pas "du" noir, etc.
   9°. "Il y a", se joint à des noms au nominatif, et régit "à" et l'infinitif. '"Il y a de la cruauté à" lui "refuser" les secours qu'il demande. '"Il y auroit à méconnoître" nos avantages, ou "une" fausse "modestie", ou "une" grande "ingratitude" (envers Dieu.) "Pluche".
   "N'y eut-il que...." Quand il n'y aurait que, etc. '"N'y eût-il que" cette "raison;" c'en est assez pour vous convaincre.
   AVOIR, est aussi verbe auxiliaire. Il sert, 1°. à se conjuguer lui-même: 'J'"ai eu", "j'avois eu", etc. 2°. à conjuguer le verbe "être", Il "a été", il "avoit été", etc. 3°. à conjuguer tous les verbes actifs, et presque tous les verbes neutres. 'J'"ai fait", j'"avois trouvé;" j'"aurois dormi", etc.
   AVOIR, s. m. Il est peu usité, et il ne l'est que dans le style familier. 'Ces Comerçans mal-avisés, qui mettent tout "leur avoir" sur un seul vaisseau, "Ann. Litt." 'Voilà tout "mon avoir:" c'est tout "son avoir". "Acad." 'Il vendit tous ses biens, ramassa tout "son avoir", et vint à Paris avec toute sa fortune. "Les Numeros".
   Il n'avoit pas des outils à revendre.
   Sur celui-ci rouloit tout "son avoir".       La Font.




Emplacement dans le dictionnaire :

avivé
aviver
avives
avocasser
avocasserie
avocat
avocate
avocatier
avoine
avoir
avoir droit de marque
avoir du poids
avoisiné
avoisiner
avorté
avortement
avorter
avorton
avouable
avoue
avoué




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...le vent qui l'effeuille sur l'herbe ! Qu'importe à l'aigle étincelant le plomb qui l'abat tout sanglant ! Qu'importe aux accents de ma lyre le plus injurieu délire, et qu'importe à ma vie encor d'avoir si mal pris son essor ! 3e LIVRE (VIII) Ah, fuyez à présent, malheureuses pensées, ô colère, ô remords, souvenirs qui m'avez les deux tempes pressées de l'étreinte des morts ; sentiers de mousse...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...E. églogue à elle encore j'eusse pu me nourrir de miel nouveau, pendant des mois, et bien que l'on prétende que sa saveur trouble les sens, je n'eusse été, certes, tant dépourvu de sagesse que pour avoir, de ma lèvre, ah si peu ! Effleuré ta bouche, semblable au feu. Bouche plus suave que le miel au creux des ruches amassé, bouche plus vive que les hauts pavots parmi la prée, accole, ô sa bouche,...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...entre mille : moana, abîmes de la mer ou du ciel. tohureva, présage de mort. natuaea, vision confuse et trompeuse. nupa nupa, obscurité, agitation morale. ruma-ruma, ténèbres, tristesses. tarehua, avoir les sens obscurcis, être visionnaire. tataraio, être ensorcelé. tunoo, maléfice. ohiohio, regard sinistre. puhiairoto, ennemi secret. totoro ai po, repas mystérieux dans les ténèbres. tetea,...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...les feux qui à terre éclairaient la upa-upa ; des chants rauques et lubriques arrivaient en murmure confus, accompagnés à contre temps par des coups de tamtam. J'éprouvais un remords profond de l'avoir abandonnée au milieu de cette saturnale ; une tristesse inquiète me retenait là, les yeux fixés sur ces feux de la plage ; ces bruits qui venaient de terre me serraient le coeur. L'une après...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...c'était tout ce que j'avais désiré apprendre. -j'avais conservé au moins sur son imagination une sorte de prestige que la séparation ne m'avait pas enlevé, et qu'aucun autre que moi n'avait pu avoir ; à mon retour, tout l'amour que peut donner une petite fille passionnée de seize ans, elle me l'avait prodigué sans mesure, -et pourtant, je le voyais bien, -en même temps que nos derniers jours...


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