Cognée (nom féminin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom féminin 

XII e siècle. Du latin médiéval cuneata, « dont la section est en forme de coin ». Lourde hache à long manche et à fer étroit, utilisée autrefois pour abattre des arbres et couper du gros bois. La du bûcheron. Une bien tranchante, émoussée, ébréchée. Sa s'est démanchée. Expr. fig. Jeter le manche après la , renoncer à une entreprise, se décourager dès le premier insuccès. Mettre la à l'arbre (vieilli), par référence à la parole de Jean Baptiste, commencer une entreprise et, plus souvent, s'apprêter à détruire quelque chose, faire œuvre de démolisseur.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

Instrument tranchant fait en forme de hache et qui sert à couper du gros bois. "La d'un bûcheron. Emmancher une . Sa est démanchée, est bien emmanchée, est ébréchée, est émoussée."
Prov. et fig., "Jeter le manche après la ." Voyez MANCHE.
Prov. et fig., "Mettre la à l'arbre," Commencer une entreprise, et spécialement Entreprendre la destruction de quelque chose.



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. féminin 


Sorte de hache pour couper le gros bois.
LA FONT.: « Un bûcheron perdit son gagne-pain, C'est sa cognée.... »
BOILEAU: « Sur son épaule il charge une lourde cognée »
MASSON: « Et c'est en attaquant le chêne après le chêne Que la cognée abat les plus vastes forêts »
    Fig. Mettre la cognée à l'arbre, au pied de l'arbre, commencer une entreprise.
CORN.: « L'âme, de ses défauts saintement indignée, Doit jusqu'à la racine enfoncer la cognée »
    Jeter le manche après la cognée, se rebuter par découragement, par dégoût.
    Aller au bois sans cognée, entreprendre quelque chose sans avoir ce qui est indispensable pour réussir.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. CCLXVIII: À mailz de fer, à cuignées qu'il tinrent
    XIIème siècle
     Th. le mart. 144: Les ustils as ovriers qui firent les degrez, Besague e cuignies en unt od els portez, Pur depecier les uis, ses [s'ils les] trovassent fermez
     Raoul de C. 58: Le paliz [ils] tranchent à coignies d'acier ; De sous lor piés le font jus trebuchier
    XIIIème siècle
     Ren. 11925: Deus coingnies fist aporter, Le chesne prenent à coper
BEAUMANOIR: « En tel cas ne doit on pas faire l'execussion de la justice par fu [feu], mais abatre à cuignies et à martiax la partie du malfeteur tant solement »
JOINV.: « Et je regardai une coignée qui gisoit illec ; si la levai et dis que je feroie la clef le roy »
    XVème siècle
     Mir. de Ste Genev: Et aussi une cogniete Abat bien souvent un grant arbre
FROISS.: « Entre ces archers avoit autres assaillans qui portoient cognies grands et bien tranchans »
FROISS.: « Lors commencerent-ils à ferir et à frapper contre l'huis de grandes guignies pour derompre et briser la porte »
FROISS.: « La deuxieme porte rompue et brisée par force quingnies »
    XVIème siècle
LEROUX DE LINCY: « Il ne faut pas ruer le manche après la coignée »
RAB.: « Advint qu'il perdit sa coingnée ; qui feut bien fasché et marry, ce feut il ; car de sa coingnée dependoit son bien et sa vie ; par sa coingnée vivoit en honneur et reputation entre tous riches buscheteurs ; sans coingnée mouroit de faim »
MONT.: « Le capitaine Martin du Bellay recite, au voyage de Luxembourg, avoir veu les gelées si aspres que le vin de la munition se coupoit à coups de hache et de congnée, se debitoit aux soldats par poids, et qu'ils l'emportoient dans des panniers »

ÉTYMOLOGIE
    Berry, cognie, cougnée, cougnie ; génev. coignée ; Saintonge, cougnée ; picard, quignie ; bas-lat. cuniada, dans un texte du VIIIe siècle (capitulaire de villis, 42) ; du latin cuneus, coin (voy. ce mot). La cognée, employée à enfoncer les portes, se disait aussi la clef le roi, parce que la justice avait le droit d'enfoncer une porte fermée ou qu'on refusait d'ouvrir.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


Instrument tranchant fait en forme de hache, et qui sert à couper du gros bois. "La d'un bûcheron. Bonne . Emmancher une . Sa est démanchée, est bien emmanchée, est ébréchée, est émoussée."
Prov. et fig., "Jeter le manche après la ," Se rebuter, abandonner totalement une affaire, une entreprise, par chagrin, par dégoût, par découragement.
Prov. et fig., "Aller au bois sans ," Entreprendre quelque chose sans se munir de ce qui est nécessaire pour réussir.
Prov. et fig., "Mettre la à l'arbre," Commencer une entreprise.



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Subst. féminin 


Outil de fer acéré, plat et tranchant, en forme de hache. "Bonne . Emmancher une . Sa est démanchée, est bien emmanchée, est ébréchée, est émoussée".
On dit proverbialement et figurém. "Jeter le manche après la ," pour dire, Abandonner tout dans un malheur, au lieu de songer à y apporter du remède.
On dit proverbialement, "Il est allé au bois sans ," pour dire, Il a entrepris quelque chose sams se munir de ce qui lui étoit nécessaire pour réussir.
On dit aussi proverbialement, "Mettre la à l'arbre," pour dire, Commencer une entreprise.



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Subst. féminin 


Outil de fer aceré, plat & tranchant en forme de hache. "Bonne . Emmancher une . Sa est démanchée, est bien emmanchée, est ébréchée, est émoussée."
On dit proverbialement & figurément, "Jeter le manche après la ," pour dire, Abandonner tout dans un malheur, au lieu de songer à y apporter du remède.
On dit proverbialement, "Il est allé au bois sans ," pour dire, Il a entrepris quelque chose sans se munir de ce qui lui étoit nécessaire pour réussir.
On dit aussi proverbialement, "Mettre la à l'arbre," pour dire, Commencer une entreprise.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. féminin 

[Mouillez le "g"; 2e"é" fer. et long.] Quelques-uns écrivent "coignée". Richelet et Trévoux mettent l'un et l'aûtre: mais "coignée" est contre la prononciation et l'usage le plus comun, et le plus autorisé. = Outil de fer acéré, plat et tranchant, en forme de hache. On dit figurément, (st. fam.) "mettre la à l'arbre", comencer une entreprise.
- "Aler au bois sans ", entreprendre quelque chôse sans les secours nécessaires pour l'achever.
- "Jeter le manche après la ", se dépiter, abandoner une afaire, quand on a peu d'espoir de réussir. 'Vous afectez de prendre de l'humeur; vous "jetez le manche après la "; vous nous déclarez indignes de voir votre manuscrit. "Anon."



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Subst. féminin 


Plusieurs escrivent . Hache pour abbattre & fendre du bois. "Bonne coignée. emmancher une coignée. sa est demanchée, est bien emmanchée, est esbrechée, est esmoussée".
On dit prov. & figur. "Jetter le manche aprés la ," Lors que dans un malheur au lieu de songer au remede on abandonne tout entierement.




Emplacement dans le dictionnaire :

cogérant
cogitation
cogiter
cognac
cognasse
cognassier
cognat
cognation
cognatique
cognée
cogner
cognitif
cohabitation
cohabiter
coher
coherence
cohérence
cohérent
cohéreur
coheritier
cohéritier




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...m'apporte comme ceux du printemps ont perdu leur attrait. Adieu, le tendre automne ! A présent, qu'à ma porte vienne heurter l'hiver, j'ouvrirai sans regret. Dans l'antique forêt, le vent et la cognée sèment de l'arbre fort les rameaux à ses pieds, et parmi les humains la juste destinée abat à chaque coup gloire, amour, amitiés. Moins doucement la feuille à la brise soupire, que la branche...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...las ! Trêve et soulas a ma grand'peine ? PÈL. PAS., BOCAGE, UN TROUPEAU Un troupeau gracieux de jeunes courtisanes s'ébat et rit dans la forêt de mon âme. Un bûcheron taciturne et fou frappe de sa cognée dans la forêt de mon âme. Mais n'ai-je pas fait chanter sous mes doigts (bûcheron, frappe !) la lyre torse trois fois ? (bûcheron, frappe !) n'est-elle pas, mon âme, comme un qui presse de rapides...


Citation n°3 de Henri MURGER (Les Nuits d'hiver)

...larmes s'est mirée, la mouche trouve un butin ; et quand l'amour appareille la biche au cerf langoureux, aux fleurs des genets l'abeille dans la futaie éclaircie, sur le sol retentissant, quand la cognée ou la scie abat le chêne puissant ; quand octobre a sur la treille jeté ses mourants adieux, aux pampres jaunis l'abeille sur les roches calcinées, lorsque la pente des eaux entraîne les graminées...


Citation n°4 de Armand SULLY PRUDHOMME (La Justice)

...fer aidé des bras qui tirent sur la corde. à l'oeuvre ! Il est passé, le temps de l'examen ; il faut que la forêt s'assainisse et s'éclaire, ou par le bûcheron ou par l'incendiaire ; aujourd'hui, la cognée ! Ou la torche, demain ! Malheur à qui se berce au murmure des branches, et s'endort sur la foi des gardiens du passé, ou, par la flamme active et proche menacé, renonce à l'abatis pour cueillir les...


Citation n°5 de Victor HUGO (La Légende des siècles : 1ère série : t. 1 et 2)

...rencontre, ô choc hideux ! les deux armées Se heurtent, de la même épouvante enflammées, Car la rage guerrière est un gouffre d'effroi. Ô vaste effarement ! chaque bande a son roi. Perce, épée ! ô cognée, abats ! massue, assomme ! Cheval, foule aux pieds l'homme, et l'homme, et l'homme et l'homme ! Hommes, tuez, traînez les chars, roulez les tours ; Maintenant, pourrissez, et voici les vautours !...


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