Coi (adjectif)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Adjectif |
XII e siècle, quei. Du latin populaire * quetum, altération du latin classique quietus, « qui est au repos ». Qui se tient immobile et silencieux. Seulement dans quelques locutions figées. Se tenir coi, coite. Rester, demeurer coi, se taire. Cette réplique la laissa coite, elle ne sut que répondre.
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Adjectif |
Qui se tient immobile et silencieux. Il n'est guère usité que dans ces phrases familières : "Se tenir coi, coite. Demeurer, rester coi."
Dictionnaire d'Emile Littré
| Adjectif |
1 Qui se tient là sans se remuer, sans rien dire. Il était coi près du feu.
LA FONT.: « Le bon sire le souffre et se tient toujours coi »
LA FONT.: « Dans les visites qui sont faites, Le renard se dispense, et se tient clos et coi »
LA FONT.: « Tenez-vous coi »
J. J. ROUSS.: « Il souffre en silence et se tient coi »
Chambre coite, chambre bien fermée et bien chaude. Cette locution a vieilli.
Adv.
LA FONT.: « Lors le manant les arrêtant tout coi [tout à coup] »
LA FONT.: « Sur ce propos l'autre l'arrête coi »
2 Où règne le repos.
LA FONT.: « Ces fertiles vallons, ces ombrages si cois »
LA FONT.: « Qui préférait à la pompe des villes Vos antres cois, vos chants simples et doux »
VOLT.: « Sous les ombrages toujours cois De Sully, ce séjour tranquille »
Substantivement.
LA FONT.: « Sur le coi de la nuit »
HISTORIQUE
XIème siècle
Ch. de Rol. CCLXXVII: Por Pinabel [ils] se contienent plus quei
XIIème siècle
Ronc. p. 27: L'empereor ferez ster à son coi
Couci, p. 125: Je trop redout [redoute] celle qu'amer [je] souloie, La grant, la gente, et la simple et la coie
QUESNES: « Mout me semont amors que je m'envoise [m'égaye], Quant je plus doi de chanter estre cois »
ib. p. 53: Bele Yolans en chambre coie Sur ses genouz pailes desploie, Coust un fil d'or, l'autre de soie
ib. p. 68: Courtois ameor, Qui à sejor [en repos] Gisez en chambre coie
Rois, 432: Lireis de Egypte se tint tut coi en sa terre
XIIIème siècle
VILLEH.: « Et quant Grieu les virent venir, si ordenerent leur batailles, et les atendirent tuit coi devant leur paveillons »
Berte, CXVII.: Mout [elle] fu taisant et quoie
JOINV.: « Et il me dit : tenez-vous tout quoy ; car je vous weil demander.... »
JOINV.: « La mer, qui estoit moult quoye »
XVème siècle
FROISS.: « Et conviendroit qu'ils [les Escots] se combatissent à leur meschef, ou ils demeureroient tous coys en Angleterre pris à la trappe »
FROISS.: « Adonc fit-on arrester l'ost tout coi pour avoir autre conseil »
FROISS.: « Le roi Charles de France fut durement sage et subtil, et bien le montra tant comme il vesqui ; car tout quoi estoit en ses chambres et en ses deduits »
XVIème siècle
MAROT: « Quand marys gardent leurs femelles, Ils ont droit, je m'en tais tout coy »
MONT.: « Si les ennemis vous courent sus, attendez les de pied coy »
AMYOT: « Nature [caractère] lente, coye et reposée »
AMYOT: « Le peuple se teut et luy donna coye audience pour ouïr ses raisons »
RONS.: « Le plus desert d'un separé rivage, Et la frayeur des antres les plus cois »
ÉTYMOLOGIE
Wallon, keût, keûte fém. ; picard, à l'coyette, à l'aise ; Berry, coué, se mettre à la coi, se mettre à l'abri ; provenç. quetz ; catal. quiet ; espagn. et ital. quieto ; du latin quietus, de quies, repos.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE COI. Ajoutez :
3 De pied coi, sans bouger, en silence.
CORN.: « Attends là de pied coi que je t'en avertisse Corneille, dans les éditions suivantes, a supprimé de pied coi, et a mis : Attends, sans faire bruit, que je t'en avertisse. »
Signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Adjectif |
Tranquille, calme, paisible. Il n'est guère usité que dans ces phrases familières: "Se tenir coi. Demeurer coi."
"Chambre coite," Chambre bien fermée et bien chaude. Cette locution a vieilli.
Ancienne définition de 1798 (Académie Française)
| Adjectif |
Tranquille, calme, paisible. Il n'est guère d'usage qu'en ces phrases: "Se tenir coi. Demeurer coi. Chambre coite," pour dire, Une chambre bien fermée et bien chaude.
1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
| Adverbe |
Tranquille, calme, paisible. Il n'a guère d'usage qu'en ces phrases. "Se tenir coi. Demeurer coi."
2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
Pag. 327. Col. I. COI, IE. adv. "lis." adj.
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
COIE, adj. ["Koa", "koâ"; dout. au 1er, long au 2d.
- "Coite", au fém., est un gasconisme.] Il n'a d'usage qu'en ces phrâses: "se tenir coi", demeurer "coi", tranquille, paisible.
Le Charton dit au Porc: Qu'as-tu tant à te plaindre?
Tu nous étourdis tous: que ne "te tiens-"tu "coi"?
La Font.
Emplacement dans le dictionnaire :
| coheritier cohéritier cohésion cohobation cohober cohorte cohûe | cohue coï coi coiffe coiffé coiffer coiffeur | coiffeuse coiffure coigne coignet coiment coin coinçage |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Georges RODENBACH (Le Règne du silence)...qui se cambre, se réfléchit en un hymen silencieux. Car l'amour n'est-ce pas n'être plus seul et n'est-ce pas se doubler par un autre meilleur que soi ? Or la chambre se double au fond du miroir coi avec un renouveau de songe et de jeunesse ; mais les choses pourtant entre le cadre d'or ont un air de souffrir de leur vie inactive ; le miroir qui les aime a borné leur essor en un recul de vie...
Citation n°2 de Georges RODENBACH (Le Règne du silence)
...le mal mystérieux d'une puberté s'élabore : troubles, frissons, pâleurs, émoi d'on ne sait quoi, quand chaque nénuphar comme un sein vient d'éclore, sein nouveau-né, doux gonflement qui se tient coi ! Ah ! Ce coeur de l'eau vaste en qui tout s'amalgame, ce coeur de l'eau plus compliqué qu'un coeur de femme, il faudrait pourtant bien un peu l'analyser. Oui ! Mais l'eau ne veut pas que quelqu'un...
Citation n°3 de Georges RODENBACH (Le Règne du silence)
...coeur de l'eau, scruté par l'angoisse des yeux. Là, vraiment net et sûr, le coeur de l'eau s'avère ! Or, dans ce trouble glauque, on trouve un peu de soi, un peu du coeur humain qui se tient clos et coi, impénétrable coeur plein de choses confuses qui dans des murs de verre aussi semblent recluses, ô coeur mystérieux comme un aquarium ! Rêves en léthargie, embryons de pensées trempant dans une eau...
Citation n°4 de Théodore de BANVILLE (Odes funambulesques)
...disputez les rayons avec des haines enfantines, et jamais plus nous ne voyons que les talons de vos bottines. Songez-y ! Vous cherchez pourquoi ma muse, qui n'est pas méchante, m'ordonne de me tenir coi et ne veut plus que je vous chante ? C'est que vos regards inhumains ont partout des intelligences, et tout le long des grands chemins vont arrêter les diligences. février 1858 : éVOHé, NéMéSIS...
Citation n°5 de Auguste BARBIER (Iambes et poèmes)
...fronts ; le dilemme fatal aux plus sages des hommes, le rendez-vous commun de tous tant que nous sommes, où l'un vient pour avoir trop vécu hors de soi, et n'être en son logis resté tranquille et coi, l'autre, parce qu'il a regardé sans mesure dans l'abîme sans fond de sa propre nature ; celui-ci par le mal, celui-là par vertu ; tous, hélas ! Quel que soit le mobile inconnu, par l'éternel défaut...
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