Connaître (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
( je connais, il connaît, nous connaissons ; je connaissais, nous connaissions ; je connus ; je connaîtrai ; je connaîtrais ; connais, connaissons ; que je connaisse ; que je connusse ; connaissant ; connu ). XI e siècle, conoistre, « fréquenter ». Du latin cognoscere, « apprendre à
I. Avoir l'idée, la notion d'une personne ou d'une chose.
1. Être informé de l'existence de quelqu'un ou de quelque chose, directement ou indirectement, par soi-même ou par ouï-dire. Je le connais de réputation. Je le connais de nom, de vue. Je ne connais pas cet artiste, cet acteur, je n'en ai pas entendu parler. Je le connais par ses livres, ses articles. Il est connu comme le loup blanc, de tout le monde. Son nom m'est connu. Connaissez-vous la nouvelle ? D'où connaissez-vous cette histoire ? Je connais un excellent restaurant dans ce quartier. Un opéra peu connu du grand public. On ne lui connaît pas de famille, on ne sait pas s'il en a une. Faire
2. Avoir une idée claire de la personnalité, du caractère de quelqu'un. Connaître les hommes. Je le connais pour ce qu'il est. Le connaissant bien, je sais que je peux compter sur lui. Vous me connaissez mal si vous m'attribuez de telles intentions. On voit bien que vous ne le connaissez pas. Il gagne à être connu. Fam. Connaître son monde, savoir à qui l'on a affaire. Expr. Se faire
3. Avoir ou se faire une idée précise, approfondie de quelque chose. C'est une ville que je connais bien. Le monde connu des anciens. Je ne connais ce pays que par les livres, les reportages. Se trouver en pays connu. Connaître une région à fond, en long et en large et, fam., comme sa poche. Fam. Il connaît sa mythologie sur le bout du doigt. Discerner ; avoir une claire perception de quelque chose, prendre la juste mesure de. Connaissant les aléas de l'entreprise, il aurait dû y renoncer. Connaître ses intérêts. Connaître les possibilités, les limites de quelqu'un. Si seulement vous connaissiez votre bonheur, votre chance. Je connais mon devoir, mes responsabilités. Litt. Par là, vous pouvez
4. Savoir ; avoir des connaissances innées ou qui paraissent telles. Connaître le bien et le mal. La plupart des animaux connaissent les plantes qui peuvent leur être nuisibles. Avoir des connaissances acquises par l'étude, par la pratique et l'usage. Il connaît le grec et le latin, les mathématiques et la physique. Connaître une langue, une science, un art. Cet enfant ne connaît pas encore ses lettres. Un grand désir de tout
5. Intranst. . Connaître de, avoir autorité et compétence pour juger de certaines matières. Ce juge connaît des matières civiles ou pénales. Le tribunal peut avoir à en
II. Éprouver, subir ; faire ou avoir fait l'expérience de quelque chose ; considérer, pratiquer, fréquenter.
1. Sentir, ressentir, éprouver ; expérimenter. Vous êtes heureux de n'avoir jamais connu la faim. Il connaît l'adversité, la gêne, la misère. Il a connu la captivité. Elle connaît de grandes joies dans sa vie familiale, elle connaît le bonheur. Ils ont connu des revers. Il n'a jamais connu l'envie. Connaître la peur, la honte, le doute. Il connut de précoces triomphes. En parlant de choses. Son œuvre a connu un juste succès. Cette industrie connaît des hauts et des bas. L'entreprise connaît de graves difficultés, un regain d'activité, un nouvel essor.
2. Reconnaître, accepter, admettre. Cet usage est connu dans bien des pays. L'Angleterre ne connaît pas la loi salique. Il vous connaît pour son maître. Je ne connais ici d'autre maître que moi-même. Expr. Ne
3. Fréquenter une personne ; être en relation avec elle. Je le connais bien, très bien, intimement. Je la connais très peu. Je n'ai guère envie de le
4. Spécialt. Dans la langue biblique. Connaître une personne, avoir avec elle un commerce charnel. Adam connut Ève, qui conçut et enfanta Caïn. Par périphrase. Connaître une femme au sens biblique du terme, bibliquement.
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
("Je connais ; nous connaissons. Je connaissais. Je connus. Que je connaisse. Que je connusse. Connu.") Avoir l'idée, la notion d'une personne ou d'une chose. "Je ne connais cette personne que de nom, de réputation, de vue. Je connais bien un tel. Je le connais parfaitement. Je connais ce pays-là. Le monde connu des Anciens. Je ne connais rien de plus vil qu'une telle conduite. Faire
Fig. et fam., "Je ne le connais ni d'Ève, ni d'Adam," se dit en parlant de Quelqu'un que l'on ne connaît pas du tout.
Fig., "Ne point
"Ne plus
"Se faire
Il signifie aussi Faire ou Dire quelque chose qui décèle les dispositions, les qualités bonnes ou mauvaises que l'on a. "Caton se fit
Il signifie encore Acquérir une notoriété, une réputation. "Il s'est fait
Fam., "Je ne connais que cela," se dit en parlant d'une Chose qui ne peut être éludée, ou qu'on ne doit pas balancer à faire. "Il faut que vous obéissiez, je ne connais que cela. Il résiste, châtiez-le, je ne connais que cela." On dit à peu près de même "Je ne connais qu'une chose, c'est d'agir franchement, c'est d'être sévère, etc."
"Ne
Il se dit aussi en parlant des Choses qu'on a étudiées, dont on a une grande pratique, un grand usage, auxquelles on s'entend bien. "Il voudrait tout
Il se dit, dans un sens analogue, en parlant des Personnes. "Je connais bien cet homme, et je peux compter sur lui. Je le connais pour ce"
Dans le même sens, mais avec une légère nuance, il se dit pour Apprécier, juger. "Le siècle qui posséda ce grand homme ne le connut pas. On perdit cet écrivain lorsqu'on commençait enfin à le
Fig. et prov., "À l'oeuvre on connaît l'artisan."
Il signifie en outre Avoir des liaisons, des relations avec quelqu'un. "Connaissez-vous quelqu'un de mes juges? Je n'en connais pas un. Il connaît tout le monde. Je vous le ferai connaître. Je ne connais point cet homme-là, ni ne veux le
En termes d'Écriture sainte, "Connaître une femme, la
Fig. et fam., "Il ne connaît pas sa main droite de sa main gauche," Il est incapable d'aucun discernement.
Il signifie encore Sentir, éprouver ; et il se dit tant au sens physique qu'au sens moral. "On ne connaît point l'hiver à la Martinique. Vous êtes heureux de n'avoir jamais connu le mal de dents, le mal de tête. Il ne connaissait plus le sommeil. Connaître le plaisir. Il n'a jamais connu la haine, la jalousie, etc. Son coeur allait bientôt
Il signifie aussi Pratiquer une chose, l'admettre, s'y conformer, s'y soumettre ; et, dans ce sens, il se joint ordinairement avec la négation. "En Angleterre, on ne connaît point la loi salique. Cet usage n'est point connu dans tel pays. Ce peuple ne connaît point les raffinements du luxe. Il ne connaît point ces vains ménagements. Sa rage ne connut plus de frein. Sa charité ne connaît point de bornes." On dit dans un sens analogue "Ce cheval connaît la bride, les éperons, etc."
"Ne point
"Il ne connaît plus rien," Sa passion le domine tellement qu'aucune considération n'est capable de l'arrêter. "Sa fureur ne connaît plus rien."
Il signifie aussi Avoir autorité et compétence pour juger de certaines matières. En ce sens, il se construit toujours avec "de" ou un équivalent. "Ce juge connaît des matières civiles et criminelles. Il en connaît en première instance. Il en connaît par appel. Il ne peut pas
SE CONNAÎTRE signifie Prendre une juste idée de soi-même, de ses forces, de sa dignité, etc. " "Connais-toi toi-même" " "est une des plus belles maximes de la philosophie antique. Je me connais, à sa vue il me serait impossible de me contenir. Apprenez à mieux vous
"Ne point se
"Se
SE CONNAÎTRE se dit aussi des Choses et signifie Être connu, être perçu d'une façon nette. Prov. et fig., "L'arbre se connaît à ses fruits," Une doctrine se juge par ses conséquences.
Le CONNU, UE, se dit comme nom des Choses que l'on connaît par opposition à celles qu'on ignore. "Pour procéder méthodiquement, il faut aller du connu à l'inconnu."
Dictionnaire d'Emile Littré
1 Savoir ce qu'est une personne ou une chose.
RÉGNIER: « Le loup qui la connaît, malin et défiant »
CORN.: « Si vous m'aviez connu, vous l'auriez su prévoir »
LA FONT.: « Après qu'on eut bien contesté, Répliqué, crié, tempêté, Le juge, instruit de leur malice, Leur dit : Je vous connais de longtemps, mes amis »
BOSSUET: « Elle confesse humblement que, de ce jour seulement, elle commence à connaître Dieu, n'appelant pas le connaître que de regarder encore tant soit peu le monde »
BOSSUET: « Heureuse de connaître et d'aimer celui qui se connaît et s'aime éternellement [Dieu], l'âme a voulu, comme lui, faire elle-même sa félicité »
RAC.: « .... Pour un enfant qu'ils ne connaissent pas »
RAC.: « Nourri dans le sérail, j'en connais les détours »
RAC.: « Ne connaissez-vous pas la voix de votre époux ? »
BOILEAU: « Si, dès mes premiers ans, heurtant tous les mortels, L'encre a toujours pour moi coulé sur tes autels [de la chicane], Daigne encor me connaître en ma saison dernière »
BOILEAU: « Je lui dirais bientôt : je connais tous vos pères, Je sais qu'ils ont brillé dans ce fameux combat Où sous l'un des Valois Enghien sauva l'État »
RAC.: « Je ne le connais plus que pour votre assassin »
VOLT.: « Il devait me connaître, Il devait respecter un coeur tel que le mien »
VOLT.: « Un vieux conteur de voyage, Qui vous dit d'un air ingénu Ce qu'on n'a ni vu ni connu »
Se faire connaître, dire son nom, dire qui on est.
LA FONT.: « Si le mari ne s'était fait connaître, Elle en allait enfiler encor plus »
PASC.: « La première fois que je vis M. Rebours, je me fis connaître à lui.... je lui demandai permission de le revoir de temps en temps »
Se faire connaître, appeler sur soi l'attention, montrer de quoi l'on est capable.
CORN.: « Mes pareils à deux fois ne se font point connaître Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître »
Se faire connaître, venir à la connaissance, en parlant des choses.
VOLT.: « Mais si la vérité par toi se fait connaître »
Ne vouloir pas être connu, garder l'incognito.
Familièrement. Ne connaître ni Dieu, ni diable, n'avoir point de religion.
Absolument.
BOSSUET: « Ô âme, vous connaissez et vous aimez, c'est là ce que vous avez de plus essentiel, et c'est par là que vous ressemblez à votre auteur, qui n'est que connaissance et qu'amour »
2 Avoir des relations d'affaires ou de société avec quelqu'un. Connaissez-vous beaucoup de monde en cette ville ?
Familièrement. Je ne le connais ni d'Ève ni d'Adam, je ne le connais aucunement.
Je ne connais autre, c'est l'homme que je connais le plus.
Ne plus connaître quelqu'un, ne plus vouloir l'aborder ou en être abordé. Il ne me connaît plus depuis que je suis dans l'adversité.
CORN.: « Albe vous a nommé, je ne vous connais plus. - Je vous connais encore, et c'est ce qui me tue »
3 Terme de l'Écriture. Connaître une femme, avoir avec elle un commerce charnel.
Nouveau Test. St Matthieu, ch. I: Joseph n'avait point connu Marie quand elle enfanta son fils premier-né
ROLLIN: « Nicoclès faisait gloire de n'avoir jamais connu d'autre femme que la sienne pendant tout le temps de son règne »
VOLT.: « Adam connut sa femme ève, qui conçut et enfanta Caïn »
On dit aussi connaître charnellement.
4 Savoir, avoir appris, s'apercevoir. Je n'ai pas connu cet accident. Vous connaissez mon malheur, mes peines.
PASC.: « Surpris de cette réponse, je connus bien que.... »
PASC.: « J'ai connu que notre nature.... »
BOSSUET: « Ils connaissent que la gloire ne peut s'accorder qu'avec le mérite »
FÉN.: « Les pilotes connaissaient que l'île était inaccessible »
VOLT.: « Je connais que ces mages sont très utiles »
5 Être devenu habile en. Il connaît les mathématiques, le grec, le latin. Il connaît toutes les ruses du métier. C'est un homme qui connaît bien la guerre. Je ne parle point de ce que je ne connais pas.
VOLT.: « Racine, c'est-à-dire l'homme qui après Virgile, a le mieux connu l'art des vers »
Familièrement. C'est un homme qui ne connaît rien, c'est un ignorant, il est étranger à tout.
Absolument. S'instruire, s'éclairer. Le désir de connaître.
Terme de manége. Connaître les éperons, les jambes, la bride, etc. se dit d'un cheval qui comprend les divers mouvements de son cavalier.
6 Discerner. Connaître le bien et le mal. Il ne connaît pas sa main droite de sa main gauche.
MOL.: « À connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse »
Fig.
RAC.: « Le fer ne connaîtra ni le sexe ni l'âge »
7 Distinguer, reconnaître. Il me connut à la voix. Je ne l'ai vu qu'une fois, mais je le connaîtrais entre mille. Le chien connaît bien son maître.
CORN.: « Si c'était lui-même, il pourrait me connaître »
Absolument.
SÉV.: « Votre enfant embellit ; elle rit, elle connaît »
Fig. Je ne le connais plus, ce n'est plus le même homme.
FÉN.: « Vous avez fait d'Idoménée le plus sage des rois, je ne le connais plus ni lui ni son peuple »
RAC.: « Ami, depuis deux jours je ne la connais plus »
8 Apprécier, juger.
CORN.: « Je vous connaissais mal »
CORN.: « J'ai mal connu César.... »
VOLT.: « Mon bras.... Ingrat, va me punir de t'avoir mal connu »
VOLT.: « J'ai mal connu les dieux ; j'ai mal connu les hommes, J'en attendais justice, ils la refusent tous »
Connaître son monde, bien juger les gens à qui l'on a affaire.
9 Admettre. Ils ne connaissent de bonheur que dans la vertu.
RAC.: « Mais ici mon pouvoir ne connaît pas le sien »
10 Ressentir, être sujet à. On ne connaît point l'hiver à la Martinique.
VOLT.: « Au sortir du berceau, j'ai connu les revers »
VOLT.: « Antoine, tu le sais, ne connaît point l'envie »
VOLT.: « Les dieux qui vengent le parjure, Sont témoins si ma bouche a connu l'imposture »
11 Se soumettre. L'Angleterre ne connaît point la loi salique. Une armée romaine ne connaissait que la discipline. Il connaîtra des supérieurs. Je ne connais de maître que vous.
BOSSUET: « Une liberté qui ne connaît aucune règle »
Il ne connaît plus rien, sa passion l'emporte. Quand il s'agit de ses intérêts, il ne connaît ni parents ni amis, il n'a pas plus de considération pour eux que s'ils lui étaient étrangers.
12 Ne connaître que, ne considérer que, tenir exclusivement à. Ne connaître que son devoir, que la règle. Ne connaître que ses intérêts. Je ne connais qu'une chose, c'est d'agir franchement.
Familièrement. Je ne connais que cela, c'est la seule chose à faire. Il faut que vous obéissiez, je ne connais que cela.
13 V. n. Terme de procédure. Connaître de, avoir caractère pour juger ou faire des actes d'instruction en certaines causes. Ce tribunal, ce juge connaît des matières civiles, criminelles.
VAUGEL.: « Le roi voulut connaître de l'affaire »
PASC.: « Quelque bruit que fît le nonce d'abord, de ce qu'on ne prenait pas des ecclésiastiques pour connaître d'une matière ecclésiastique »
PASC.: « Ils obtinrent un arrêt du conseil, qui défendit au parlement de connaître de cette affaire »
PERROT: « Le préteur qui connaissait des crimes dont on l'accusait [Pison] »
Par extension.
PASC.: « S'il s'agit enfin d'un point de fait, nous en croirons les sens, auxquels il appartient naturellement d'en connaître »
PASC.: « L'autorité y est inutile ; la raison seule a lieu d'en connaître »
14 Se connaître, v. réfl. Savoir qui on est.
CORN.: « De tous trois ce désordre en un jour me fait naître Pour me faire mourir enfin sans me connaître »
CORN.: « De grâce, dites-moi, vous connaissez-vous bien ? »
VOLT.: « Vos destins sont comblés, vous allez vous connaître »
Fig.
RAC.: « .... Si jeune encor se connaît-il lui-même ? D'un regard enchanteur connaît-il le poison ? »
15 Se connaître, avoir la connaissance de ce qu'on est, de ses penchants, de ses forces. Connais-toi toi-même.
BOSSUET: « Sous lui [Louis XIV] la France apprit à se connaître ; elle se trouve des forces que les siècles précédents ne savaient pas »
RAC.: « Je crains de me connaître en l'état où je suis ; De tout ce que tu vois, tâche de ne rien croire ; Crois que je n'aime plus ; vante-moi ma victoire »
VOLT.: « Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière »
Ce malade ne se connaît plus, il n'a plus sa connaissance.
Ne plus se connaître, être hors de soi, s'abandonner sans frein à son emportement.
VOLT.: « Guide-moi, Dieu puissant, je ne me connais pas »
DIDER.: « Alors cette femme ne se connaît plus ; elle se répand en invectives, en menaces »
Ne pas se connaître, méconnaître sa condition, élever trop haut ses visées.
CORN.: « Martian se connaîtrait si peu Que d'oser... »
16 Se connaître, être de connaissance, être lié. Ils se connaissent l'un l'autre depuis longtemps.
Fig.
LAMART.: « Adieu, monde fuyant, nature, humanité, Vaine forme de l'être, ombre d'un météore, Nous nous connaissons trop pour nous tromper encore »
17 Se connaître à ou en, pouvoir bien juger d'une matière. Il se connaît en livres, en tableaux.
PASC.: « Je vois bien que je ne me connais guère en péché »
SÉV.: « Je ne me connais pas trop mal en amitié »
MOL.: « ... Je suis quelque peu du métier, à me devoir connaître en un pareil gibier »
SÉV.: « Jupiter qui sans doute en plaisirs se connaît »
FÉN.: « Ceux qui se connaissent en hommes »
LE CHEVALIER DE MÉRÉ: « Les femmes se connaissent plus finement à bien faire les choses, parce que l'avantage de plaire leur est naturel »
BOSSUET: « La suite des paroles de M. Jurieu fera bien voir qu'il ne se connaît pas mieux en morale qu'en christianisme »
FONTEN.: « Le héros [de la satire de Boileau sur la noblesse] était bien choisi et par sa naissance et par sa réputation de se connaître en vers, et par son inclination à favoriser le mérite »
BÉRANG.: « Moi, j'en crois ceux qui s'y connaissent, Les anciens préjugés renaissent »
18 En parlant des choses, être jugé, apprécié. L'arbre se connaît à ses fruits.
Impersonnellement, il se connaît, on connaît, on voit.
MALH.: « Que sa façon est brave et sa mine assurée ! Qu'elle a fait richement son armure étoffer ! Et qu'il se connaît bien, à la voir si parée, Que tu vas triompher ! »
REMARQUE
Se connaître à, pour dire être habile dans, ne peut s'expliquer par connaître soi-même. C'est une locution qui a une autre explication ; connaître est ici verbe neutre, signifiant être habile, entendu, et le pronom réfléchi y est joint comme dans plusieurs verbes neutres. Voy. au mot APERCEVOIR, Remarque 1, où cela est expliqué. On trouve des exemples de se connaître à dès le XIIIe siècle.
HISTORIQUE
XIème siècle
Lois de Guill. 8: Si home occit altre et il seit conusaunt....
Ch. de Rol. XXXIX: N'est hom qui l'veit et conuistre le sait, Qui ce ne die
ib. CXXIII: Au fier visage [il] le connut veirement
ib. CCXLVIII: [Je] bien le conuis, gueredon [je] vous en dei
ib. CCLX: L'un conuist l'autre as hautes voiz et claires
ib. CCLXXXVI: De vasselage te conoissent ti pair
XIIème siècle
Ronc. p. 35: Bien conoisez quels est ses fier talens
ib. p. 47: Bien le conuit Rolant li niés [neveu] Charlon As garniments qu'il ot et au dragon
ib. p. 75: En tant estor as esté coneüz
ib. p. 81: De pitié plore li vassaus coneüz [renommé]
ib. p. 84: Et dit au roi : cist cors [ce cor] est conoissanz [se fait connaître]
ib. p. 91: Ne coneit il negun home charnel
ib. p. 180: S'il ce conoit [avoue] que ci [je] vous oi [ouïs] conter
Couci, III: Connissiez [connaissez] donc la folie
ib. V: Ele voit bien et conoist et entent Qu'il n'en est plus qui si aimt [aime] leaument
ib. VIII: Et bien [je] connoiz que [je] n'i puis avenir [arriver]
ib. XIV: Dont li torz est conneüs et prouvés
QUESNES: « Tel blasme amors qui en toute sa vie Leal amor ne bonne ne connut »
Sax. XVIII: Du servir est drois ; Maintenir le devons ; ce [je] tesmoign et connois
Th. le mart. 65: ... Habraam à qui Deus comanda Que de sa terre eissist ; e li bers s'en ala, Guerpi ses conissanz, sa feme od sei mena
XIIIème siècle
AUB. DE SEZANNE: « Mais, espoir [sans doute], ce m'a grevé Qu'on ne connoit boin servise Tant qu'on ait autre esprouvé »
Berte, VI: N'est nus [nul] qui la connoisse, qui forment ne la prise
ib. LXIX: Et peut on clairement connoistre leur afaire
ib. LXXVII: [Je] bien sai que par mes piés conneües [nous] serons
ib. XC: À ce qu'il a oy (oy avec un y bref), [il] connoist la tricherie
ib. XCV: La traïson [elle] connoist [avoue], tout ainsi faitement Comme elle l'arréa
ib. CXV: Ele m'a conneü [avoué] qu'ele est Berte apelée
ib. CXX: Vous ne me cognoissiez ? je sui le roi Pepin
ib. CXXVI: Tantost [elle] connut [reconnut] sa mere, as piés lui est alée
Chr. de Rains, p. 55: Li rois regarde et vit Blondiel et pensa coment il se feroit à lui conoistre
Liv. des mét. p. 13: Ceus qui connoissent [avouent] aussi bien come ceus qui nient
ib. 193: L'en ne doit pas metre fil ne coton avecques soie, pour ce que c'est decevance à ceus qui ne s'i connoissent
la Rose, 2563: À ce sunt cil bien cognoissant Qui vont les dames traïssant
ib. 6331: Et se tu es bien congnoissans, Et vois que Diex est tous poissans
ib. 583: Je me fais apeler oiseuse, Dist-ele, à tous mes congnoissans ; Si sui riche fame et poissans
ib. 7178: Acoustumance est trop poissans ; Et se bien la sui congnoissans, Mainte chose desplet novele Qui par acoustumance est bele
BEAUMANOIR: « Je vos connois bien [je reconnais] qu'il a cinq ans que je voz convenenchai à asseïr dix livrées de terre sor mon heritage »
BEAUMANOIR: « L'uitisme vertu [du bailli] si est que il soit très bien connissans »
JOINV.: « Vous gardez que vous ne faites ne ne dites rien à vostre escient nulle riens, que se tout le monde le savoit, que vous ne peussiez congnoistre »
Merlin, f° 71, recto: Il [Dieu] conoist miauz [mieux] les gens que il ne se connoissent
Théâtre français, p. 62: Maistres, qu'est che chi qui me lieve ? Vous connissiez vous en cest mal ?
Fabliaux mss. p. 365, dans LACURNE: Sires, fait ele, or m'esbahis De ce qu'ainçois ne vos connui, Je vos en ai fait grant ennui ; Je me tieng ore molt por fole ; Or vous connois à la parole
XIVème siècle
ORESME: « Et pour ce quierent ilz et desirent ilz estre honerez des saiges et entre ceulx de qui il sont congneuz et en bien et en vertu »
Ménagier, II, 3: Et vous devez faire semblant devant vos gens que vous y congnoissiez et que vous l'avez à cuer
XVème siècle
FROISS.: « Et ne trouvoit on medecin qui se connust en sa maladie »
FROISS.: « Lesquels ils ne vouloient mie connoistre [faire connaître] à ceux qui leur en demandoient »
FROISS.: « Je ne me connois mais à l'estat de France »
FROISS.: « Le roi d'Angleterre, qui ouït et entendit messire Godefroy parler, connut assez qu'il disoit verité »
COMM.: « Et s'ils [les princes] le [un sage homme] connoissent, si ne leur en chaut-il, et departent leur auctorité à ceulx qui plus leur sont agreables »
COMM.: « Un legat du pape envoyé pour pacifier et pour congnoistre du different de l'evesque et du peuple »
ID.: « ... Et print suspection, le regarda au visage et le congneut [reconnut] »
COMM.: « Comment le roy estoit allé en Bourbonnoys, congnoissant que tous les seigneurs du royaulme se declairoient contre luy.... »
Jehan de Saintré, ch. 15: Il faut que ayez homme qui se congnoisse bien en chevaulx
XVIème siècle
MONT.: « Compte de tes cognoissants [connaissances] combien il en est mort »
MONT.: « Il avoit cogneu longtemps un marchand à Toulouse »
MONT.: « Je me cognois assez aux ouvrages d'aultruy »
AMYOT: « Ceste prophetie luy defendoit de toucher et cognoistre femme, qu'il ne fust de retour à Athenes »
AMYOT: « Il les mesla parmy les autres filles, sans que personne y cogneust rien »
AMYOT: « Il donna aux nobles la charge de cognoistre des choses appartenantes au faict de la religion »
AMYOT: « Ilz l'avoient envoyé querir pour cognoistre, composer et pacifier leurs differents »
ÉTYMOLOGIE
Wallon, kinohe ; namurois, conoche, conèche ; rouchi, conoitre ; Berry, conneûtre, couneûtre ; bourguig. cônay, connaître, queneussu, connu ; provenç. conoscer, conoiscer, conoisser ; catal. conexer ; espagn. conocer ; portug. conhecer ; ital. conoscere ; du latin cognoscere, de cum, et gnoscere, connaître (voy. GNOSE). Le participe coneü dans l'ancien français suppose un suffixe bas-latin utus ( 1er u long), cogne-utus, italien conosci-uto, attendu que dans coneü (dont connu est une contraction), eü représente deux syllabes. Palsgrave, p. 61, qui écrit je cognois, dit qu'on prononce conoi. L'orthographe de Voltaire appliquée à ce verbe ne permet plus de reconnaître pourquoi il y a un u dans je connus (cognovi), et elle brise les relations avec les mots de même origine : notion, notoire, etc.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
CONNAÎTRE. - REM. Ajoutez :
2. Au XVIème siècle cognoistre se prononçait conoistre, le g ne se faisant pas sentir (voy. LIVET, la Gramm. franç. p. 168).
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Avoir l'idée, la notion d'une personne ou d'une chose. "Je ne connais cette personne que de nom, de réputation, de vue. Je connais bien un tel. Je le connais parfaitement. D'où le connaissez-vous? Je le connais pour l'avoir vu en tel endroit. Je connais ce pays-là. Connaissez-vous ma maison? Connaissez-vous le roman intitulé... Voilà un chemin que je ne connaissais pas. Je ne connais pas le nom de cette rue. Je ne connais que ce moyen. Je ne connais rien de plus vil qu'une telle conduite. Tout le monde connaîtra vos indignes procédés. Votre père vous fera
Fam., "Ne
Fam., "Je ne connais autre," se dit en parlant D'une personne que l'on connaît beaucoup.
Prov. et fig., "Je ne le connais ni d'Adam ni d'Ève," se dit en parlant D'un homme que l'on ne connaît pas du tout.
Fig., "Ne point
"Ne plus
Avec le pronom personnel, "Ne point se
"Se faire
"Se faire
Fam., "Je ne connais que cela," se dit en parlant D'une chose qui ne peut être éludée, ou qu'on ne doit pas balancer à faire. "Il faut que vous obéissiez, je ne connais que cela. Il résiste, châtiez-le, je ne connais que cela." On dit à peu près de même, "Je ne connais qu'une chose, c'est d'agir franchement, c'est d'être sévère, etc."
"Ne
"Ne
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit aussi en parlant Des choses qu'on a étudiées, dont on a une grande pratique, un grand usage, auxquelles on s'entend bien. "Il voudrait tout
Il se dit, dans un sens analogue, en parlant Des personnes. "Je connais bien cet homme, et je peux compter sur lui. Je le connais pour ce qu'il est. Il a trompé bien du monde, on ne le connaissait pas. Je saurai bien le faire
Il se dit quelquefois absolument, dans le sens de S'instruire, s'éclairer. "Le désir de
Il s'emploie aussi avec le pronom personnel, et signifie, Prendre une juste idée de soi-même, de ses forces, de sa dignité, etc. "«Connais-toi toi-même,» est une des plus belles maximes de la philosophie ancienne. Je me connais, à sa vue il me serait impossible de me contenir. Apprenez à mieux vous
"Il ne se connaît point," L'orgueil lui fait oublier ce qu'il est.
"Se
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie en outre, Avoir des liaisons, des relations avec quelqu'un. "Connaissez-vous quelqu'un de mes juges? Je n'en connais pas un. Il connaît tout le monde. Je vous le ferai
Il s'emploie dans le même sens comme verbe réciproque. "Nous nous connaissons depuis longtemps."
En termes de l'Écriture sainte, "Connaître une femme, la
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie quelquefois, Discerner les objets, les distinguer, les reconnaître. "Je ne l'ai vu qu'une fois, mais je le connaîtrais entre mille. Il me connut à la voix, à la démarche. La nuit était si noire, qu'on ne pouvait
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie encore, Sentir, éprouver; et il se dit tant au sens physique qu'au sens moral. "On ne connaît point l'hiver à la Martinique. Vous êtes heureux de n'avoir jamais connu le mal de dents, le mal de tête. Les anciens n'ont point connu, ne connaissaient point la petite vérole. Il ne connaissait plus le sommeil. Connaître le plaisir, les plaisirs. Il n'a jamais connu la haine, la jalousie, etc. Son coeur allait bientôt
Il signifie aussi, Pratiquer une chose, l'admettre, s'y conformer, s'y soumettre; et, dans ce sens, il se joint ordinairement avec la négation. "En Angleterre, on ne connaît point la loi salique. Cet usage n'est point connu dans tel pays. Ce peuple ne connaît point les raffinements du luxe. Sa bouche n'a jamais connu l'imposture. Il ne connaît point ces vains ménagements. Sa rage ne connut plus de frein. Sa charité ne connaît point de bornes." On dit dans un sens analogue, "Ce cheval connaît la bride, les éperons, etc."
"Ne point
"Il ne connaît plus rien," Sa passion le domine tellement, qu'aucune considération n'est capable de l'arrêter. "Sa fureur ne connaît plus rien."
6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Avoir autorité pour juger de certaines matières. En ce sens, il se construit toujours avec "de" ou un équivalent. "Ce juge connaît des matières civiles et criminelles. Il en connaît en première instance. Il en connaît par appel. Il ne peut pas
Emplacement dans le dictionnaire :
| conjuration conjuré conjure conjurer connaissable connaissance connaissant | connaissement connaisseur connaître connard conné connecter connectif | connerie connexe connexion connexité connivence connivent connoissement |
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