Connoître (verbe)
1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
| Verbe |
Avoir dans l'esprit, l'idée, la notion d'une chose, ou d'une personne. "Connoître parfaitement, imparfaitement. Connoître à fond. Je ne le connois que de nom, de vue. Je le connois bien. D'où le connoissez-vous? Je le connois pour l'avoir vu en tel endroit. Il me connut à la voix, à la démarche. Je connois sa manière. Son style est aisé à
2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
signifie aussi Avoir une grande pratique, un grand usage de certaines choses, s'y entendre fort bien. "C'est un homme qui connoît bien la guerre. Il est bon Officier de Marine, il connoît fort bien la mer. Un homme qui connoît bien le monde & la Cour. Il connoît bien les bons livres, les pierreries, les tableaux. C'est un grand Physicien, il connoît bien les plantes, les métaux, les minéraux."
Il signifie aussi Avoir quelques habitudes avec quelqu'un. "Connoissez-vous quelqu'un de mes Juges? Je n'en connois pas un. Il connoît tout le monde. Je vous le ferai
On dit en style de l'Écriture Sainte, "Connoître une femme," ou "la
3ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
signifie aussi Discerner les objets, les distinguer. "Je ne l'ai vu qu'une fois, mais je le connoîtrois entre mille. La nuit étoit si noire, qu'on ne pouvoit
4ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
signifie aussi Avoir pouvoir, autorité de juger de quelques matières; en ce sens il se construit toujours avec "de," ou un équivalent. "Ce Juge connoît des matières civiles & criminelles. Il en connoît en première instance. Il en connoît par appel. Il ne peut pas
On dit, qu'"Un homme ne connoît personne," pour dire, qu'Il n'a nul égard, nulle considération pour personne. "Quand il est question d'intérêt, il ne connoît plus personne. Depuis qu'il est devenu grand Seigneur, il ne connoît plus ses amis."
On dit, "Ne
En parlant de certaines Loix, de certaines Coutumes qui ne sont point admises, qui ne sont point reçues en certains pays, on dit, qu'"On ne les y connoît point. En ce pays-là on ne connoît point la Loi Salique, on n'y connoît point le Droit Romain."
On dit, "Se
On dit, qu'"Un homme ne se connoît point," pour dire, que l'Orgueil lui fait oublier ce qu'il est. Et on dit aussi, qu'"Il ne se connoît point," Lorsque quelque passion le met hors de lui.
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
ou CONAîTRE, v. act. ["Konêtre"; 2e "ê" ouv. et long.] Je "connois", ou, je "conais"; nous "connoissons", ou, "conaissons": ils "connoissent", ou, "conaissent". Je "connoissois", je "connus", j'"ai conu", je "connoitrai", "connoitrois": "connois", que je "connoisse", je "connusse", "connoissant", "connu".
- 1°. Avoir une notion d'une chôse, ou d'une persone. "Conaitre le" bien et "le" mal. Je "conais" bien "cet" homme, je "le conais parfaitement"; Je ne "conais" l'aûtre que de nom et de vûe.
- 2°. En parlant des "chôses", s'y entendre, en avoir une grande pratique. '"Conaitre le" monde, "la" cour; "les" tableaux, "les" pierreries, "les" bons livres, etc.; et avec le pronom personel, "s'y conaitre", "se conaitre en" tableaux, etc.
- 3°. En parlant des "persones", avoir quelque liaison, quelque habitude avec.... Je ne "conais" aucun de vos Juges. Il "conait" tout le monde; je vous le ferai "conaitre".
- 4°. Discerner les objets: 'La nuit étoit si noire que l'on ne pouvoit "conaitre" persone: 'Je le "conaitrais" entre mille.
- 5°. Sentir, éprouver. Je "ne conais point la" migraine. 'Les Sauvages "ne conaissent point la" gravelle. Les anciens ne "conaissaient point la" petite vérole. En ce sens, il ne se dit qu'avec la négative.
- 6°. "Neutre", régissant l'ablatif: Avoir autorité de juger en certaines matières: 'Ce Juge "conait des" matières civiles et des criminelles: 'il "en conait" en première instance.
- 7°. Il s'emploie aussi "neutralement", dans son sens ordinaire. 'L'art de "conaitre" contribûe plus qu'on ne pense à l'art de jouir. "Cerutti".
- On sous-entend de "conaitre les" chôses, de "jouir des" chôses, etc.
"Rem." I. "Conaître" ne régit pas l'infinitif sans prép. excepté peut être avec les verbes "être" et "avoir", précédés de la conjonction "que": * 'Je n'"ai" pas "conu" peu de persones "m'avoir avoué" apréhender plus la disette de tabac que de pain. "Du Plaisir". Cette phrâse a un air sauvage.
- L'infinitif fait mieux dans la suivante. 'Ne recevoir jamais aucune chôse pour vraie, qu'on ne "la conoisse être" telle. "Descartes". 'Je "ne conois persone avoir" plus d'esprit que lui. "Anon."
II. Ce verbe a quelquefois pour 2d régime le datif de la persone. 'Je "lui conais" deux campagnes et trois maisons. Elle "lui conaissait" une humeur sévère. 'Toutes les fois qu'on "conait à" l'État "des" besoins extraordinaires, on est tenté "de" raporter à cette idée toutes les opérations de Finance du Gouvernement. "Necker".
III. "Conaitre", se dit des chôses du temps présent, relativement à celui qui parle, et non d'un temps éloigné sous ce raport. On ne dit pas: nous "conaissons", nous "avons conu" César et Pompée, à moins qu' on n'ajoutât "par l'histoire". On ne doit donc pas dire, comme Raynal ("Hist. du Parl. d'Angl.") 'Quand "on conoit l'humeur de Guillaume" (le Conquérant) "et le caractère des Anglois", on n'est pas étonné que cette confiance réciproque qui faisoit la tranquillité comune, ait cessé. Il falait dire: "quand on réfléchit sur", etc. ou, "quand on considère ce que l'Histoire nous aprend du caractère", etc.
IV. "Doner à conaitre", régit l'indicatif, quand le sens est afirmatif: 'Il "donait à conaitre" qu'il "étoit" lâs des grandeurs et fatigué des plaisirs. "Miss. du Lev."
- Mais quand la phrâse est négative, ou interrogative, on emploie le subjonctif. 'Je "ne donai pas à conaitre que je voulusse" soutenir cette prétention. '"A-t-il doné à conaitre qu'"il "prétendît" à cette place"?"'
- "Faire conaitre", est dans le même câs. '* La Société "ne m'a pas fait conaitre qu' "elle "vouloit" examiner l'afaire. "Leibnitz". Il falait, "qu'elle voulût".
V. Pour les noms, "faire conaitre", régit "à", et "être conu", gouverne "de". 'Je "le ferai conaitre au" Prélat: Il "est conu du" Ministre. *Plusieurs Auteurs ont employé un régime pour l'aûtre. 'M. du Terron "le fit conaitre de" ("à") M. de Seignelai. "Font." 'Cette égalité si judicieûse "est" peu "conue aux" Historiens. P. "Rapin". 'Ils verront des chôses qui "n'étoient conues" qu'"aux" Dieux Immortels. "Bouh." Pens. Ing. 'On lui fait dire à ses soldats que bientôt ils verroient des chôses, qui "n'étoient conûes" qu' "aux" Dieux Immortels. "Linguet". C'est la même phrâse que celle de "Bouh."
- Je crois que "des", dans ces phrâses, aurait mieux valu que "aux". L'usage fait dire, "inconu à" et "conu de".
- Cependant, avec les pronoms personels, ce datif fait fort bien. 'Cela "m'est conu", ce nom "ne m'est pas conu". 'D'où savez-vous, Monsieur, que ce mot "leur ait été conu" du temps de Saül, et comment une idée si bisârre vous est-elle venûe à l'esprit? L'Ab. "Guénée" à M. de "Voltaire".
VI. "Se conaitre", est tantôt "réciproque actif": Il faut savoir "se conaitre" (soi-même.) Cet homme "ne se conait pas"; l'orgueil lui fait oublier ce qu'il est; "ou bien", il ne se possède pas, la passion le met hors de lui.
- Tantôt il est "réciproque neutre": 'Il "s' y conait", il "se conait" en tableaux, etc. 'Nous "nous conaissons" tous si bien "en orgueil", que persone ne saurait nous faire un secret du sien.
Autant que je puis voir, et que je "m' y conais",
Mon Maître est honnête homme, à quelque chôse près. Gress.
VII. "Conu", employé adjectivement: Homme "conu", femme "conûe". Il est "conu" comme le loup blanc, etc. * Aûtrefois on disait, "rendre conu", ou "reconu". Le 1er plaisait à "Malherbe", l'un et l'aûtre déplaisait à "Balsac". 'Quelle sorte de langage est-ce, disait-il: je veux "vous rendre" ce Cavalier "conu", cette Dame "conûe", pour dire, je veux vous les faire conoitre., je veux vous en doner la conoissance? Est-ce une façon de parler poétique? ou plutôt n'est-ce pas une nécessité de la rime? n'est ce point quelque reste de collège"?" On peut dire, "se rendre célèbre"; "se rendre illustre", mais on ne dit point "se rendre conu". Cela sent le pays Latin: "notum reddere", que "Ménage" croyait avoir lu dans quelque Auteur Latin.
VIII On dit d'un homme, qu'il "ne conait persone", pour dire qu'il n'a point d'égards, ni de considération pour qui que ce soit. 'Dès qu'il est question d'intérêt, il "ne conait plus persone". 'Depuis qu'il est devenu Grand Seigneur, il "ne conait plus" ses amis.
- "Ne conaitre point de" supérieur, "de" maître: n'en avoir point, ou n'en point reconaitre.
- On dit, proverbialement, dans le même sens, d'un libertin, qu'il "ne conait ni Dieu", "ni diable".
Emplacement dans le dictionnaire :
| connecter connectif connerie connexe connexion connexité connivence | connivent connoissement connoître connotation connu conoïde conque | conquerant conquérant conquerir conquérir conques anatiferes conquest conqueste |
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