Décevoir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Apercevoir ). XII e siècle, « tromper » ; XV e siècle, « tromper quelqu'un dans ses espérances ». Emprunté du latin decipere, terme de chasse, « prendre en faisant tomber dans un piège, surprendre », d'où « tromper, duper ».
1. Class. Abuser, tromper, notamment par des apparences faussement engageantes. Les sens peuvent . Ces propositions ne tendent qu'à vous .
2. Rendre vaine l'attente, l'espérance de quelqu'un. Il m'a déçu par sa manière d'agir. Par ext. Votre échec le décevrait. Tous ses espoirs ont été déçus. Un amour déçu.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(Il se conjugue comme APERCEVOIR.) Abuser, tromper par quelque chose de spécieux et d'engageant. "Ces propositions ne tendent qu'à vous ."
Il signifie surtout Tromper quelqu'un dans son attente, son espérance ou Rendre vaine une attente, une espérance. "Il m'a déçu par sa manière d'agir. Tous ses espoirs ont été déçus."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Abuser par quelque chose d'apparent, de spécieux ou d'engageant.
CORN.: « Sire, un peu trop d'ardeur malgré moi l'a déçue »
CORN.: « Il n'a point déçu Le généreux espoir que j'en avais conçu »
CORN.: « .... Je ne puis concevoir Qu'un esprit jusque-là se laisse décevoir »
PASC.: « Notre raison est toujours déçue par l'inconstance des apparences »
ROTR.: « .... Que vois-je, justes dieux ! Cette bague en son doigt déçoit-elle mes yeux ? »
TRISTAN: « Madame, c'est Araspe, ou mon oeil me déçoit »
LA FONT.: « Mais l'ouvrier vous a déçus ; Il avait liberté de feindre ; Avec plus de raison nous aurions le dessus, Si mes confrères [les lions] savaient peindre »
RAC.: « Par quelle trahison le cruel m'a déçue ! »
RAC.: « Cruelle, quand ma foi vous a-t-elle déçue ? »

 2   Se décevoir, v. réfl. S'abuser soi-même.
RÉGNIER: « Si je ne me déçois, ce mal te vient d'aimer »
CORN.: « Plusieurs de sorte se déçoivent En l'examen de ce qu'ils sont, Qu'ils se cherchent en ce qu'ils font, Sans même qu'ils s'en aperçoivent »
CORN.: « Oui, mon esprit s'était déçu »

REMARQUE
    Dans décevoir et les autres mots de cette famille, la prononciation met plutôt un accent grave qu'un aigu.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Couci, XVIII: N'est pas amours dont on se peut mouvoir, Ne cil amis qui en nule maniere La [l'amour] bée à decevoir
     ib. XX: Ou cil qui prie adès pour decevoir
     Th. le mart. 57: Dedenz quart jur après vint à Senz saint Thomas ; à l'ostel s'en ala : car de l'errer ert las ; à ses clers prist conseil, qui nel deçurent pas
     ib. 104: Willames de Pavie e Jocelins i fu De Naples, qui al rei se sunt del tut tenu, E l'arcevesque eüssent volentiers deçeü
     ib. 30: Mais Deus ne li a pas duné si grant poveir, Que ses pechiez nel pusse cum humme deceveir
     ib. 39: Ire e malveis conseil unt le rei deceü, Qui l'unt vers le saint humme issi fort commeü
     Rois, 409: Guardez que Ezechias ne vus deceive, kar il ne vus purrad pas defendre vers mei
     ib. 171: Dun ne sez que pur ço i vint, qu'il te deceust et seust tes privetez e quanques tu fais
    XIIIème siècle
     Berte, CII: Comment Berte as grans piés a esté deceüe
     Lai d'Ignaur: Ignaurès, nous as bien dechutes, Tant com en sommes aperchutes
     ib.: Par le trop aller [il] fut dechus, Et engigniés et percheüs [aperçu]
     la Rose, 1568: Tretout ausinc vous dis pour voir [vrai], Que li cristal, sans decevoir, Tout l'estre du vergier accusent à ceus qui dedens l'iaue musent
     ib. 1617: Cis mireors m'a deceü ; Se j'eüsse avant cogneü Quex sa force ert et sa vertu, Ne m'i fusse jà embatu [précipité]
     ib. 7554: Cist portier, c'est chose seüre, Sunt de si piteuse nature Que se vos dons daignent reçoivre, Il ne vous vodront pas deçoivre
     ib. 5220: Li tiers est dolor du lessier, Si cum ge t'ai dit ci-devant, Malement se vont decevant
     ib. 7381: Si sachiés que cis font bone uevre, Qui les deceveors deçoivent
JOINV.: « Et il me dit que il me decevoient »
    XIVème siècle
ORESME: « En ces icy pourroient estre plusieurs deceus et es autres nul ou pou »
ORESME: « Les malvès, qui sont plusieurs, sont deceus en jugeant quelle chose est bien à faire ou malvaise et à lessier »
    XVème siècle
FROISS.: « Adonc se tint pour deçu messire Hue de Cavrelée »
FROISS.: « Et quand on avoit ainsi couru demie lieue ou plus et on venoit au lieu dont ce hutin ou cri naissoit, on se trouvoit deçu ; car ce avoient esté cerfs ou biches qui s'esmouvoient et fuyoient.... »
FROISS.: « Et quand les Anglois entendirent ce, ils eurent conseil, et virent bien qu'ils estoient deçus en leurs cuiders »
FROISS.: « Plusieurs seigneurs.... sont enclins à leur profit et ne regardent mie loyaument.... fors à avoir la mise, et ce les deçoit »
E. DESCH.: « Je periray ; c'est ce pour quoi je crie, Quant nulz ne veut fors l'autre decevoir »
COMM.: « Lors se tint à deçeu du mariage de sa fille, qu'il faisoit appeller madame la daulphine »
    XVIème siècle
MAROT: « Brief ce monde est une deception, Qui nous deçoit sous un très plaisant masque »
CALV.: « Il s'ensuit qu'ils ont esté deceus en erreur »
LANOUE: « Celui qui considere tels faits legerement, et les applique sans jugement, se deçoit »
RONS.: « Mais ce n'est mie à l'homme grand trofée, De decevoir un coeur desjà deceu »
MONT.: « Ainsin, estant toutes choses subjectes à passer d'un changement en aultre, la raison, y cherchant une reelle subsistance, se trouve deceue »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. decebre ; anc. espagn. decebir ; du latin decipere, de de, et capere, prendre (voy. CAPTIF). L'ancien français a deux formes pour ce verbe, deçoivre et decevoir ; la première, ainsi que le provençal decebre, est régulièrement tirée du latin decipere, qui a l'accent sur ci ; la seconde est irrégulière, supposant un verbe decipere ( le 2nd e étant un e long), ou, comme l'espagnol decebir, decipire ( le 2nd i étant un i long).


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Séduire, abuser, tromper par quelque chose de spécieux et d'engageant. "Ces propositions ne tendent qu'à vous . Ses espérances ont été déçues. Il a été déçu de ses espérances. Il a été bien déçu."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


"Je déçois, tu déçois, il déçoit; nous décevons, vous décevez, ils déçoivent. Je décovois. Je déçus. Je décevrai. Déçois. Qu'il déçoive. Que je déçusse. Je décevrois. Décevant". Séduire, tromper par quelque chose de spécieux et d'engageant. "Ces propositions ne tendent qu'à vous . Ses espérances ont été déçues".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


"Je déçois, tu déçois, il déçoit. Nous décevons, vous décevez, ils déçoivent. Je décevois. Je déçus. Je décevrai. Déçoi. Qu'il déçoive. Que je déçusse. Je décevrois." Séduire, tromper par quelque chose de spécieux & d'engageant. "Ces propositions ne tendent qu'à vous . Ses espérances ont été déçues."




Emplacement dans le dictionnaire :

decerner
décerner
décès
deces
decés
décevable
decevable
décevant
decevant
décevoir
decevoir
déchaîné
déchaînement
déchaîner
déchanger
déchant
déchanter
dechanter
dechaperonner
déchaperonner
déchargé


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