Défaire (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Faire ). XI e siècle, au sens de « abattre, tuer » ; XV e siècle, comme pronominal, « se séparer de quelqu'un ». Dérivé de faire.
1. Annuler par une action le résultat d'une action précédente. Pénélope défaisait, la nuit, l'ouvrage qu'elle avait fait le jour. Dieu qui fait et défait les empires. Prov. Ce que l'un fait, l'autre le défait.
2. Modifier l'état d'une chose de manière qu'elle ne soit plus ce qu'elle était. Défaire le nœud d'une cravate et, fam., sa cravate, la dénouer. Défaire un paquet, l'ouvrir. Défaire une valise, en vider le contenu. Défaire un lit, en enlever les draps, les couvertures. Cette couture est défaite, s'est défaite, est décousue, s'est décousue. Défaire son gilet, son paletot, le déboutonner, l'ôter. Fig. Défaire un contrat, un mariage, le rompre.
3. Litt. Vaincre, mettre en déroute. Défaire l'ennemi. Son armée fut complètement défaite.
4. Délivrer, débarrasser quelqu'un d'une personne, d'une chose. Défaites-moi de cet importun ! Permettez-moi de vous de votre bagage. On a eu bien de la peine à le de cette mauvaise prononciation. Surtout à la forme pronominale. Se d'un sentiment, d'une opinion, d'un préjugé, s'en libérer. Se d'une habitude, d'un vice, d'une passion. Se d'une charge, d'une fonction, s'en démettre. Spécialt. Se d'un employé, le congédier, le licencier. Se d'un objet, cesser d'en avoir la charge ; s'en débarrasser en le vendant, en le donnant. Se de sa voiture. Il cherche à se de cette maison. Il ne veut pas s'en .
5. Découper pour la curée. Défaire un cerf. Expr. Défaire la voie, en parlant d'un chien, déjouer les feintes de l'animal de chasse.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(Il se conjugue comme FAIRE.) Modifier l'état d'une chose de manière qu'elle ne soit plus ce qu'elle était. "Pénélope défaisait, la nuit, l'ouvrage qu'elle avait fait le jour. Ce que l'un fait, l'autre le défait. Alexandre, ne pouvant le noeud gordien, le coupa. Une couture qui se défait. Défaire une malle, un paquet," En ôter les effets qu'on y avait enfermés. Fig., "Défaire un mariage, un marché."
Par extension, "Défaire son gilet, son paletot," Les ôter.
En termes de Guerre, il signifie Mettre en déroute. "Défaire l'ennemi. Son armée fut complètement défaite."
Le DÉFAIT, AITE, s'emploie comme adjectif avec le sens de Qui est abattu, amaigri. "Je l'ai vu avec un visage défait. Depuis sa maladie il a l'air défait. Cette femme est pâle et défaite."
SE DÉFAIRE signifie encore Se délivrer, se débarrasser d'une personne ou d'une chose. "Défaites-moi de cet importun. On a eu bien de la peine à s'en . Se d'une mauvaise habitude, d'un vice, d'une passion. Défaites- vous de ces manières-là."
"Se d'un mauvais employé," Le mettre dehors, le congédier.
"Se d'un assaillant, d'un témoin gênant, etc.," Le faire mourir.
"Se d'une chose" peut signifier aussi L'aliéner, en transporter le droit et la possession à un autre. "Un marchand qui se défait avantageusement de sa marchandise. Se d'un cheval, d'une propriété. Il cherche, sans y réussir, à se de son domaine."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Changer l'état d'une chose, de manière qu'elle ne soit plus ce qu'elle était. Défaire un portemanteau. Cette couture est mal faite, il faut la défaire. Défaire un lit, en déranger les couvertures, les draps.
VAUGEL.: « Ayant fait plusieurs efforts pour défaire les noeuds, il les coupa »
CORN.: « Il a droit de régner sur les âmes communes, Non sur celles qui font et défont les fortunes »
MARIVAUX: « Lubin : Mais, monsieur, j'ai fait mon paquet. - Le chevalier : Eh bien ! tu n'as qu'à le défaire »
FAVART: « Moi, te voyant en peine, je défais ton lacet »
    Par extension. Défaire un mariage, un marché, le rompre.
M. J. CHÉN.: « Un prêtre audacieux fait et défait les rois »
    Absolument.
P. L. COUR.: « Ils ne songent pas, les bonnes gens qui veulent maintenir toutes choses intactes, qu'à Dieu seul appartient de créer ; qu'on ne fait point sans défaire ; que ne jamais détruire, c'est ne jamais renouveler »

 2   Abattre, affaiblir, amaigrir. La maladie a bien défait cet homme.

 3   Mettre en déroute, tailler en pièces, vaincre. César défit Pompée à Pharsale.
CORN.: « Il défit trois préteurs, il gagna dix batailles »
CORN.: « Il n'a défait Tryphon que pour prendre sa place »

 4   Effacer par plus d'éclat : en ce sens il vieillit. Quand elle arrive au bal, elle défait toutes les autres femmes.
QUINAULT: « Une fille à seize ans défait bien une mère, J'ai beau par mille soins tâcher de rétablir Ce que de mes appas l'âge peut affaiblir »
LA BRUY.: « Le rebut de la cour est reçu à la ville, où il défait le magistrat »

 5   Faire mourir. Cette malheureuse a défait son fruit, son enfant.

 6   Débarrasser de personnes qui gênent. Défaites-moi de cet importun. On le défit de son adversaire qui fut mis à la Bastille.
MOL.: « Ne voulez-vous pas me défaire de votre marquis extravagant ? »
MARIVAUX: « J'attends M. Remy, que j'ai envoyé chercher, et, s'il ne nous défait pas de cet homme-là, ma fille saura qu'il ose l'aimer »
    Plus particulièrement, débarrasser par la mort ou le meurtre.
CORN.: « Je t'ai défait d'un père, et d'un frère et de moi »
CORN.: « Et le premier arrêt qu'ils lui feront donner Les défera d'Othon qui les peut détrôner »
BOSSUET: « Le lendemain Constantin gagna cette célèbre bataille qui défit Rome d'un tyran, et l'Église d'un persécuteur »
BOSSUET: « Il ne faut pas s'étonner que, parmi tant de gens d'exécution dont le parti était plein, il se soit trouvé des hommes qui crussent rendre service à Dieu, en défaisant la Réforme d'un tel ennemi »
REGNARD: « La guerre m'a défait d'un frère heureusement »
VOLT.: « Ce jeune inconnu.... Me répondez-vous bien qu'il m'ait défait d'Égisthe ? »
    Débarrasser de choses qui gênent.
CORN.: « Si vous en consultiez des personnes sensées, Elles vous déferaient de ces belles pensées »
SÉV.: « Elle est ravie que je la défasse d'un tel embarras »
D'ALEMBERT: « Le dévot politique P.... a condamné au carcan et aux galères un pauvre diable, qui est mort de désespoir le lendemain de l'exécution, pour avoir prié un libraire de le défaire de quelques volumes qu'il ne connaissait pas et qu'on lui avait donnés en payement »

 7   Se défaire, v. réfl. Être défait, en parlant de ce qui était fait, arrangé. Ma coiffure s'est défaite. Ce noeud s'est défait. Sa cravate s'est défaite. Le mariage s'est défait.

 8   Se décomposer, s'affaiblir. Ce vin se défait aisément.

 9   Se déconcerter, perdre contenance.
MOL.: « Courage, seigneur.... ne vous défaites pas »
    0° Se défaire de, se tirer de ce qui serre, enlace. Il s'est défait de ses liens.
SCARR.: « Ragotin se défit de ceux qui le tenaient, et s'alla jeter, regardant derrière lui d'un oeil égaré, dans une grosse touffe de rosiers »

 10   Se désaccoutumer, se corriger d'une chose.
MOL.: « De ces chimères-là vous devez vous défaire »
PASC.: « Ceux-là se défont des fausses religions et même de la vraie s'ils ne trouvent pas de discours solides »
BOSSUET: « Qu'ils se défassent de cette pitoyable maxime »
BOURD.: « Il n'est pas possible que j'entre jamais dans la voie de Dieu ou que je m'y établisse, si je ne me défais de cette honte mondaine »
BOURD.: « Voilà de tous les vices le dernier dont nous travaillons à nous défaire et dont nous croyons devoir nous défaire »
VOLT.: « J'ai été théologien, et on ne se défait pas tout d'un coup de ses habitudes »
    Se défaire de, avec un infinitif.
SÉV.: « Défaisons-nous de croire que.... »

 11   Se défaire d'une chose, s'er débarrasser.
BOSSUET: « Ne demandez point à vous défaire des charges que vous avez »
VOLT.: « Ceux qui n'avaient pas voulu se défaire de leur argent comptant en faveur des frères Hiéronymites »
MAINTENON: « J'ai brûlé depuis quelques jours la lettre des Carmélites de Rome ; je ne prévoyais pas qu'elle pût me servir ; et j'aime à me défaire des papiers »
MAINTENON: « On se défait des idées tristes le plus tôt qu'on peut »
BONNET: « Le germe de l'insecte qui se métamorphose contient actuellement toutes les enveloppes dont cet insecte doit se défaire et tous les organes qui l'accompagnent »
    Se défaire d'une personne, faire qu'elle nous quitte, et aussi rompre les rapports habituels qu'on avait avec elle.
CORN.: « Je me défais de toi, j'y cours, je le rejoins »
LA BRUY.: « Il y a deux manières de congédier son monde et de se défaire des gens : se fâcher contre eux ou faire si bien qu'ils se fâchent contre vous »
FÉN.: « Aussitôt qu'on est parvenu à rendre les favoris suspects, les princes ne cherchent plus qu'à s'en défaire »
VOLT.: « Le divan résolut de le renvoyer, non plus comme un roi qu'on voulait secourir, mais comme un hôte dont on voulait se défaire »
    Se défaire d'un domestique, le mettre dehors, le congédier.
BOILEAU: « Un seul valet restait.... il fallut s'en défaire »
LESAGE: « Je n'avais que trop d'envie de m'en défaire [d'une femme de chambre], mais je suis femme d'habitude et je n'aime point les nouveaux visages »

 12   Renoncer à la possession d'une chose par vente, échange ou autrement.
MOL.: « Vous êtes orfévre, monsieur Josse, et votre conseil sent son homme qui a envie de se défaire de sa marchandise »
LA FONT.: « Le berger s'en défait [du bon chien], il prend trois chiens de taille à lui dépenser moins, mais à fuir la bataille »
SÉV.: « L'envie qu'il avait de se défaire de sa charge »
SÉV.: « Ma fille, je vais bien vous surprendre et vous fâcher : M. de Pompone est disgracié ; il eut ordre samedi au soir, comme il revenait de Pompone, de se défaire de sa charge »
SAINT-SIMON: « Mon père eut les capitaineries de St-Germain et de Versailles, dont il se défit au président de Maisons »
DIDEROT: « Il eut peine à se défaire de son tableau à un prix modique »

 13   Abandonner, renoncer à.
VERTOT: « Croyez-vous que ces hommes ambitieux, qui ont usurpé un pouvoir tyrannique, et qui, au préjudice de nos lois, refusent si opiniâtrément de se défaire des faisceaux, mettent facilement les armes bas ? »
CORN.: « Il le [l'empire] peut à son choix garder ou s'en défaire »
CORN.: « Vous vous défaites bien de quelques droits d'aînesse ; Mais vous défaites-vous du coeur de la princesse ? »

 14   Écarter, faire disparaître. Il l'a marié à une riche veuve et s'est ainsi défait de son rival. On se défit de lui en le mettant à la Bastille.
    Plus particulièrement, faire mourir. Depuis on fit courir le bruit qu'il avait fait mourir les deux consuls, afin qu'ayant défait Antoine et s'étant défait d'eux, il eût seul les armes victorieuses en sa puissance, COEFFETEAU, dans VAUGELAS, Allusion de mots.
CORN.: « Si tu prétends régner, défais-toi de nous deux »
FÉN.: « Ceux-ci voulurent se défaire de moi »
FÉN.: « Vous vous étiez défait des deux Guises à Blois, mais vous ne pouviez jamais vous défaire de tous ceux qui avaient horreur de vos fourberies »
ROLLIN: « On l'accusait [Persée, roi de Macédoine] d'avoir tué sa femme de sa propre main depuis la mort de son père, de s'être défait secrètement d'Apelle, du ministère duquel il s'était servi pour faire périr son frère »

 15   Se donner la mort.
VOLT.: « Mon père dans l'excès de sa douleur me dit : ne va pas répandre le bruit que ton frère s'est défait lui-même ; sauve au moins l'honneur de ta misérable famille »
VOLT.: « Dire qu'il était mort d'apoplexie, lorsqu'il était évident qu'il s'était défait lui-même »
RAYNAL: « Pourquoi le désespoir les porte-t-il [les nègres esclaves] à se défaire ou à vous empoisonner ? »
DIDER.: « Tandis qu'il fait courir le bruit que sa mère, convaincue d'un attentat sur sa personne sacrée, s'est défaite elle-même, il voit son image, il en est poursuivi »
DIDER.: « Plusieurs de ses disciples se défirent au sortir de son école »
P. L. COUR.: « Jean Choinart trouve sa récolte trop belle [il avait spéculé sur la hausse des grains], rentre chez lui et se défait »
REGNARD: « On sait de son esprit se servir à propos, Revenir, s'apaiser, se remettre en colère, Faire bien le jaloux et vouloir se défaire »
    Il est fâcheux que ce sens du verbe défaire vieillisse, et qu'on y ait substitué ou bien se tuer qui est plus vague, puisqu'on peut se tuer par accident, ou bien se suicider qui est un mot suspect et d'un alloi douteux.

REMARQUE
    J. J. Rousseau a dit : Épée que j'ai portée jusqu'à Turin, où le besoin m'en fit défaire, Conf. I. Il serait plus correct de dire : me fit m'en défaire. Cependant on peut considérer que défaire est pris, par ellipse, pour me défaire, comme cela arrive bien souvent avec les verbes réfléchis.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. IV: L'ost des Franceis verrez sempres deffere
     ib. XXXIII: Dient paien : desfaimes [nous défaisons, empêchons] la meslée
     ib. LXXIII: En Roncevaus irai l'orguel desfaire
    XIIème siècle
     Couci, II: Ainz me convient otroier et greer Les volontés de mon cuer sans desfaire
     ib. p. 126: Car [elle] ce me fait que nuls ne peut deffaire, Fors ses fins cuers dont vers moi [elle] est trop dure
     Machabées, I, 2: E saillanz sur l'autier [l'autel], si defist l'autier
     Th. le mart. 43: Pur ço s'est mult li reis de s'ire refrenez, E desfaiz li malices qui dunc ert aprestez
     ib. 27: Al tens à son aioel esteient il desfait, Li clerc qui erent pris à si vilain mesfait
     Rois, 177: Si tu l'fais, dunc desfras bien le cunseil Architopel
    XIIIème siècle
     Berte, LX: Que, s'on l'avoit juré, nel [ne le] [l'impôt] desferoit-on mie
     Lai de Melion: Li rois a sa fille amenée, Al roi Artus l'a presentée, à tote sa volenté faire, Voille l'ardoir, voille desfaire [tuer]
     Fl. et Bl. 2442: Et en plorant merci li crient, Que par li descouvert ne soient ; Car mort ou deffait en seroient
     Psautier, f° 35: Dieux est poesteïs de fere et desfere
     Ren. 18086: Lors ot Ysengrin moult grant honte, Qant Tybert ot deffet son conte
     Ass. de Jérus. 78: Et die [qu'il dise] totes les raisons à une vois qu'il cuidera qui bones li semblent à desfaire le dit de son aversaire
JOINV.: « Ceste honeur et ceste offre que vous me faites ne prenré je pas, se Dieu plet ; car je desferoie les bones coustumes de la sainte terre »
JOINV.: « Tandis que je parloie à eulz, je vi que nos serjans à pié defesoient les murs »
JOINV.: « Les bons executeurs desfont [réparent] premierement les torz faiz au mort [faits par le défunt] »
JOINV.: « Or venez avant ; se je vous ai de riens mesfait, je le vous defferai l'un par l'autre »
     Saint-Graal, V. 1426: Je leur ei dist que morz estoit, Que vous deffeire le feïstes
    XIVème siècle
     Modus, f° XXII: L'aprentis demande comme on deffaict [taille par quartiers] le cerf
    XVème siècle
     Resurrect. de N. S.: Eve m'amie, ce m'as-tu fait ; Or ne puis aler au deffait ; Ainssy peine nous fault avoir
FROISS.: « Si se defit cette chevauchée »
FROISS.: « Et faisoit les femmes, dames, damoiselles et autres, defaire les chaussées et porter les pierres aux crenaux pour jeter aux ennemis »
FROISS.: « Puisqu'il est fait, il ne se peut defaire »
COMM.: « Tous les quelz seigneurs le roy avoit desappoinctez et deffaitz de leurs estatz »
FROISS.: « Et vouloit laisser reposer son armée qui estoit fort deffaicte »
     Ordonn. sept. 1484: Se aucun apprentif du dit mestier se deffait de son maistre sans cause durant le temps de son apprentissaige....
    XVIème siècle
RAB.: « Lors le moyne se deffeit de tout son harnoys »
RAB.: « Ils conclurent que sa puissance estoyt telle que il pourroyt deffaire tous les dyables d'enfer, s'ilz y venoyent »
RAB.: « On mettoyt en religion les femmes borgnes, bossues, deffaictes, folles, tarées »
RAB.: « Il se defeit, des liens qui le tenoyent on berceau, ung des bras »
ST GEL.: « La neige au soir voyant apertement Vostre beau teint sa grand blancheur deffaire, Se fist glissante, et vous sceut tant meffaire Qu'onques depuis ne peustes apparoistre »
ST GEL.: « Parquoy voyant l'estat de ton affaire, Que veux-tu plus ? te pendre ou te deffaire ? »
ST GEL.: « Beauté aussi qui si tost se deffait »
MONT.: « Comment est-il possible qu'on se puisse desfaire du pensement de la mort ? »
MONT.: « Il y feut veu des peres et meres se desfaisants eulx mesmes »
MONT.: « Que lui [Socrate], par le tiltre de sage homme que les dieux luy ont deferé, s'est desfaict, en son amour virile et mentale, de la faculté d'enfanter et se contente d'ayder et favoriser de son secours les engendrants »
MONT.: « Quand il voulut desfaire l'emplastre »
AMYOT: « Quant à Pirithous, il le feit incontinent desfaire [tuer] par son chien, et feit serrer Theseus en estroite prison »
AMYOT: « La nuict, d'autres defaisoient tout ce qu'elles avoient faict et tissu le jour »
AMYOT: « Romulus leur alla incontinent au devant avec son armée, et les desfeit en bataille »
AMYOT: « Il luy manda, que lors il trouveroit assez moyen de se desfaire de l'enfant qui seroit né »
AMYOT: « Encore que par edict il n'eust point chassé les mestiers superflus, si s'en fussent-ilz tous allez d'eulx mesmes, quand ilz n'eussent plus trouvé à qui se desfaire de leurs ouvrages, pource que leur monnoye de fer n'avoit point de cours aux autres villes de la Grece »
AMYOT: « Tous ayans les visages descoulourez et desfaits »
AMYOT: « Combien qu'il eust aussi bonne grace et rencontrast aussi dextrement à se deffaire de tels importuns que feit oncques roy ny prince »

ÉTYMOLOGIE
    Dé.... préfixe, et faire ; ital. disfare.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE DÉFAIRE.

 2   Ajoutez :
    Diminuer la bonne mine, la bonne apparence du visage.
     Lettre sur Mme la duchesse de Mazarin, dans Mélange curieux des meilleures pièces attribuées à M. de St-Evremond, t. I, p. 247, Cologne, 1708: Celles [manières de se coiffer] qui défont toutes les autres femmes la parent, et celles qui ne conviennent jamais à une même tête sont également bien sur la sienne

 17   V. n. Se détacher.
CORN.: « Attache-le d'un noeud qui jamais ne défait (emploi qui n'est plus usité). »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


(Il se conjugue comme "Faire.") Détruire ce qui est fait, changer l'état d'une chose de manière qu'elle ne soit plus ce qu'elle était. "Pénélope défaisait, la nuit, l'ouvrage qu'elle avait fait le jour. Ce que l'un fait, l'autre le défait. Un noeud qu'on ne peut . Alexandre ne pouvant le noeud gordien, le coupa. Défaire une malle, un paquet, un portemanteau," En ôter les effets qu'on y avait enfermés. On l'emploie souvent avec le pronom personnel. "Un noeud qui se défait."
Il se dit quelquefois figurément. "Défaire un mariage, un marché."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie particulièrement, Faire mourir. "Cette malheureuse a défait son fruit, son enfant." On l'emploie aussi, dans cette acception, avec le pronom personnel. "Dans son désespoir, il se défit lui-même." Ce sens est familier.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Guerre, Mettre en déroute, tailler en pièces; remporter un grand avantage. "Après avoir défait les ennemis. La flotte des ennemis fut complétement défaite."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Abattre, atténuer, amaigrir. "La maladie a bien défait cet homme."
Avec le pron. person., "Ce vin se défait," Il s'affaiblit, il n'a plus la même qualité. "Ces sortes de vins ne sont pas de garde, ils se défont aisément."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie au figuré, Éclipser, effacer par plus d'éclat, par plus de beauté, par plus de mérite. "Quand elle arrive au bal, elle défait toutes les autres femmes. Le diamant défait toutes les autres pierres précieuses. Cet homme défait tous les autres par la supériorité de son esprit." Ce sens est vieux.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Délivrer, dégager, débarrasser. "Défaites-moi de cet importun." On l'emploie souvent, dans ce sens, avec le pronom personnel. "Se d'un fâcheux. On a eu bien de la peine à s'en . Il a eu bien de la peine à se de sa fièvre."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie particulièrement, Se désaccoutumer de quelque chose, y renoncer. "Se d'une mauvaise habitude, d'un vice, d'une passion. Défaites-vous de ces manières-là, de ces façons-là. Défaites-vous de cela. Défaites-vous de ce mot-là. On se défait rarement de ses vieux préjugés."
"Se d'un domestique," Le mettre dehors, le congédier.
"Se de son ennemi," Le faire mourir.
"Se d'une chose," L'aliéner, en transporter le droit et la possession à un autre. "Un marchand qui se défait avantageusement de sa marchandise. Se d'un cheval, d'un cabriolet. Il veut se de sa maison, de sa terre. Il y a longtemps qu'il s'en est défait."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Défère;" 1re "é" fer. 2e "è" moy. et long, 3e "e" muet.
- Il se conjugue comme "faire".] 1°. Détruire ce qui est fait. 'Ce que le père avait fait, le fils "le défait". 'On ne peut "défaire" ce noeud.
- 2°. Mettre en déroute, tâiller en pièces. 'On "défit les" énemis à plate coutûre. 'L' armée des Alliés "fut" entièrement "défaite". Figurément, obscurcir par plus d'éclat, plus de mérite. 'Cette Dame "défait" toutes celles qui se trouvent auprès d'elle. 'Ce diamant "défait" toutes les autres pierreries, etc.
- 3°. Délivrer, débarrasser. Il régit la prép. "de": 'Il "m'a défait" de cet importun: Je "me suis défait de" cette charge.
- Dans un sens aprochant, "se ", c'est "se corriger", "se désacoutumer". '"Défaites-vous de" cette mauvaise habitude, "de" cette timidité, qui nuit à votre gloire et à votre fortune.
- "Fontenelle" emploie l'actif en ce sens.
   Mais "de" votre rigueur je ne veux "vous ";
   Que par la pitié de mes maux.

- Mde "de Sévigné" lui fait régir "de" et l'infinitif. '"Défaisons-nous de croire" que nous puissions rien penser de juste sur l'avenir. Ce régime peut être bon pour le discours familier et le style épistolaire.
- "Se d'un" domestique, le renvoyer. "Se d'un" énemi, le faire mourir. "Se d'une" marchandise, "d'un" cheval, "d'un" carrosse, etc., les vendre. "Se d' un" Bénéfice, le résigner, ou s'en démettre.
- 4°. "Se ", se troubler. 'Tout le monde le râilla; mais lui, sans "se ", répondit fort bien à tout ce qu'on lui dit.
- 5°. "Défaire", amaigrir. 'Cette maladie "l'a" bien "défait".
- Vin qui "se défait", qui s'afaiblit.




Emplacement dans le dictionnaire :

défâcher
défâcher (se)
défaçonner
defaillance
défaillance
défaillant
defaillant
défaillir
defaillir
défaire
défait
défaite
défalcation
defalquer
défalquer
défarder
défausser
defaut
défaut
defaveur
défaveur


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