Défendre (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
(se conjugue comme Attendre ). X e siècle, comme pronominal, « se protéger contre » ; XII e siècle, comme transitif, « interdire l'approche d'une ville ». Du latin defendere, « repousser, écarter ;
I. V. tr.
1. Protéger contre une attaque réelle ou prévisible, prêter assistance à, venir au secours de, en usant au besoin de la force. Défendre quelqu'un au péril de sa vie. Défendre ses concitoyens. Défendre son pays, sa patrie. Défendre les faibles, les opprimés. Défendre sa vie et, pop., sa peau. Défendre ses privilèges, ses droits, ses intérêts. Défendre son honneur. Loc. fig. À son corps défendant, à regret, avec répugnance. J'y ai consenti à mon corps défendant. Par anal. En parlant d'un animal. La lionne défendait ses petits. Défendre son territoire.
2. Protéger, garantir un lieu contre une attaque ennemie, contre un envahisseur, en établissant un dispositif de défense, en employant les armes. Défendre une frontière. Défendre une ville, un pont, une route. La garnison a bien défendu la place. Le commandement a renoncé à
3. . Assister quelqu'un en justice. Défendre un criminel devant la cour d'assises. Cet avocat a fort bien défendu son client. Par ext. Défendre la mémoire de quelqu'un. Défendre une cause. Défendre une idée, une théorie, une doctrine. Défendre un projet, un parti. Défendre la morale, la religion. Pron. à sens passif. C'est une opinion qui se défend.
4. Interdire quelque chose à quelqu'un, l'en empêcher par un ordre, une injonction. On nous a défendu de partir. Il est formellement défendu de traverser les voies. Je vous le défends. On lui défendit l'alcool. Il défend qu'on le dérange. L'équité nous défend de lui opposer un refus. Fig. Le fruit défendu. Expr. Défendre sa porte aux visiteurs, refuser les visites.
II. V. pron.
1. Résister à une attaque. Se
2. . Se disculper d'une accusation en justice. L'accusé a voulu se
3. S'interdire, s'empêcher de. Se
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Protéger une personne contre une attaque. "Défendre quelqu'un au péril de sa vie. Défendre ses concitoyens, sa patrie." Par extension, "Défendre sa vie, son honneur, les intérêts de son ami."
Prov. et fig., "Bien attaqué, bien défendu." Voyez
"À son corps défendant." Voyez
"Défendre une place, un poste, etc.," Résister à ceux qui veulent s'en rendre maîtres, s'opposer aux ennemis qui l'attaquent. "Il défendit ce passage à lui seul contre une vingtaine d'assaillants."
Il signifie particulièrement, en termes de Guerre, Empêcher que l'ennemi ne puisse, sans risquer beaucoup, entrer dans un lieu ou en approcher. "Une batterie défend l'entrée du port, en défend les approches. La frontière est défendue de ce côté par plusieurs places fortes."
SE DÉFENDRE signifie Repousser une attaque, une agression quelconque, y résister. "Il se défendit vaillamment. Se
Il signifie aussi Garantir, tant au propre qu'au figuré. "La montagne défend cette maison du froid, des vents du nord. Qui le défendra des séductions du monde, contre les séductions du monde? Porter un manteau pour se
"Cette place se défend d'elle-même," Elle est facile à
"Défendre quelqu'un" signifie spécialement Soutenir son innocence contre ceux qui l'accusent. "Cet avocat a très habilement défendu son client. Cet accusé a voulu se
En termes de Procédure, il s'emploie absolument dans le sens de Fournir des défenses aux demandes de la partie adverse. "Il a été condamné faute de
SE DÉFENDRE signifie encore Se disculper, nier quelque chose qu'on vous reproche. "On l'accuse de telle chose, mais il s'en défend."
Il signifie encore S'excuser de faire quelque chose à quoi on voudrait vous obliger. "On voulait le forcer d'aller dans cette maison, il s'en est défendu. On voulait lui donner cette mission, il s'est toujours défendu de l'accepter."
DÉFENDRE signifie aussi Prohiber, interdire quelque chose. "Défendre les duels. Défendre quelque chose sous peine de la vie. Défendre sa maison, sa porte à quelqu'un. La viande est défendue en carême deux jours par semaine. Il est défendu de passer en tel endroit. La raison nous défend de faire une injustice. On lui défendit le vin. J'ai défendu que vous fissiez telle chose. Livres défendus. Des marchandises défendues. Armes défendues. Adam mangea du fruit défendu."
Dictionnaire d'Emile Littré
1 Venir au secours, en aide de ce qui est attaqué, personnes ou choses.
MALH.: « Je défendrai ta mémoire Du trépas injurieux »
MOL.: « Enfin, chevalier, tu crois défendre ta comédie, en faisant la satire de ceux qui la condamnent »
PASC.: « Il n'y a qu'à détourner son intention du désir de vengeance qui est criminel, pour la porter au désir de défendre son honneur qui est permis selon nos pères »
LA FONT.: « Je vous défendrais de l'orage »
RAC.: « Défendez-moi des fureurs de Pharnace »
RAC.: « Et songeons bien plutôt, quelque amour qui nous flatte, à défendre du joug et nous et nos États »
RAC.: « Et subisse des lois Dont il a quarante ans défendu tous les rois »
RAC.: « Prince aimable, dis-nous si quelque ange au berceau, Contre tes assassins prit soin de te défendre »
RAC.: « Pour défendre vos jours de leurs mains meurtrières »
RAC.: « Je défendrai mes droits fondés sur vos serments »
RAC.: « Ciel ! qui nous défendra si tu ne nous défends ? »
BOSSUET: « La gloire les défend [les grands du monde] de quelques faiblesses ; mais la gloire les défend-elle de la gloire même ? »
BOSSUET: « À quoi la force doit-elle servir qu'à défendre la raison ? »
VOLT.: « Aussi nul chevalier ne cherche à la défendre »
VOLT.: « Le fameux Arnauld défendait le jansénisme avec l'impétuosité de son éloquence »
Il se dit aussi des animaux. La poule défend ses poussins.
Absolument.
CORN.: « Et qu'au lieu d'attaquer il a peine à défendre »
LEGOUVÉ: « La peur régnait partout : plus de coeurs, plus d'ami ; Le Français du Français paraissait l'ennemi, Chacun savait mourir, nul ne savait défendre Peu usité de cette façon. »
À son corps défendant, loc. adv. En se défendant contre une attaque. Il a tué l'agresseur à son corps défendant.
Fig. et familièrement, à contre-coeur, avec répugnance. J'ai fait cela à mon corps défendant.
RÉGNIER: « Je vous jure, encor est-ce à mon corps défendant »
MOL.: « Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant »
2 En parlant d'un accusé, exposer ses moyens de défense. Qui défend le prévenu ? Cet avocat nous a très bien défendus.
Défendre son pain, soutenir un procès dans lequel tous les moyens d'existence sont engagés.
Dans un sens assez analogue, intercéder pour quelqu'un.
3 Empêcher que l'ennemi ne puisse entrer dans un lieu ou en approcher. Horatius Coclès défendit un pont contre les Étrusques, pendant qu'on le coupait derrière lui. L'officier qui défendit cette place à toute extrémité.
MASS.: « L'ennemi retranché dans son camp comme dans un fort, mille foudres, qui portent la mort partout, en défendent l'approche »
SÉGUR: « Que si Barclay l'a prévenu dans cette capitale [Vitepsk], sans doute il voudra la défendre ; là peut-être l'attendait cette victoire tant désirée, qui vient de lui échapper sur la Vilia »
4 Protéger, garantir. La montagne défend cette maison des vents du nord.
Terme de marine. Défendre un canot, éviter de la faire choquer contre un bâtiment ou un quai.
5 Interdire, prohiber. Défendre le vin à un malade.
MOL.: « Ah ! monsieur, qu'est ceci ? je défends la surprise ! »
PASC.: « Vos règles vous défendent de rien imprimer sans l'aveu de vos supérieurs qui sont rendus responsables des erreurs de tous les particuliers »
RAC.: « C'est des ministres saints la demeure sacrée ; Les lois à tout profane en défendent l'entrée »
RAC.: « .... Puisqu'un sort jaloux Lui défend de jouir d'un spectacle si doux »
RAC.: « Le ciel protége Troie ; et par trop de présages Son courroux nous défend d'en chercher les passages »
Défendre avec un régime direct, puis avec de et un verbe à l'infinitif.
BOSSUET: « Je vous défends tout retour et toute inquiétude sur cela, et de vous en confesser de nouveau Li à moi ni à d'autres »
Défendre sa porte à quelqu'un, faire défendre sa porte à quelqu'un, dire au portier, aux domestiques de ne pas le laisser entrer s'il se présente.
VOLT.: « J'étais si affligée de cette perte, de la mort de mon mari, du départ précipité de mon fils, que j'avais fait défendre ma porte »
Se défendre, défendre à soi-même, s'interdire, s'empêcher de.
MASS.: « Ils se sont défendu les excès »
Enjoindre de ne pas faire.
MOL.: « Mais il me semble, Agnès, si ma mémoire est bonne, Que j'avais défendu que vous vissiez personne »
BOILEAU: « Le désolé vieillard, qui hait la raillerie, Lui défend de parler, sort du lit en furie »
RAC.: « Mais mon père défend que le roi se hasarde »
VOLT.: « Pour plus de sûreté, il fit mettre des gardes aux portes de tous les prélats, et défendit qu'aucun étranger entrât dans la ville »
6 V. n. Terme de procédure. Fournir des défenses aux demandes de la partie adverse. Condamné faute de défendre.
Avoir le rôle de défendeur dans un procès. Défendre à une action en payement.
7 Se défendre, v. réfl. Repousser la force par la force.
VOIT.: « J'eus beau crier et me défendre : la couverture fut apportée [où l'on me berna] »
RAC.: « .... Gardez-vous de prétendre Que de tant d'ennemis vous puissiez vous défendre »
LA BRUY.: « Les nations s'appellent les unes les autres, se liguent ensemble pour se défendre et pour l'arrêter »
C. DELAV.: « .... Avec ce fer tu m'as fait chevalier, Tiens, prends, prends, défends-toi ; meurs du moins en guerrier »
SÉGUR: « On s'y défendit comme des vainqueurs se défendent, en attaquant »
Terme de manége. Un cheval se défend quand il refuse d'obéir, soit en sautant, soit en reculant ; il se défend des lèvres, quand il résiste au mors. On dit encore qu'il se défend, quand il se sert de ses pieds et de ses dents contre les personnes qui l'entourent et veulent le contenir.
Cette place se défend d'elle-même, elle est facile à défendre ; elle n'est pas en état de se défendre, elle ne peut résister à une attaque sérieuse.
Terme de marine. Se défendre bien à la mer, recevoir peu d'eau à bord par un gros temps.
8 Se justifier, repousser les accusations, les reproches, les critiques.
CORN.: « J'ai voulu me défendre avec civilité »
RAC.: « Qu'on rappelle mon fils, qu'il vienne se défendre »
RAC.: « Défendez-vous, madame, et ne l'accusez pas »
MASS.: « Ils ne se défendent pas contre cette accusation »
BONNET: « Si mes livres ne savent pas se défendre, je ne les défendrais pas mieux »
9 Se garantir, se préserver.
PATRU: « Leur nombre était assez grand pour se défendre d'une surprise »
CORN.: « Je cherche à te rejoindre et non à m'en défendre [de la mort] »
CORN.: « De cette opinion j'aime mieux me défendre, Pour mettre en votre choix celle que je dois prendre, La régler par votre ordre, et croire avec respect Tout ce qu'il vous plaira d'un entretien suspect »
LA FONT.: « Défendez-vous [de la mort] par la grandeur, Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse »
SÉV.: « Vous n'aurez plus qu'à vous défendre de la vanité »
RAC.: « Contre tant de soupirs peut-on bien se défendre ? »
RAC.: « Contre tous les poisons soigneux de me défendre »
FÉN.: « Quel philosophe pourrait se défendre de la flatterie ? »
MASS.: « On a besoin de force pour se défendre des exemples qu'on a devant les yeux »
MASS.: « Vous dites que, rompre tout d'un coup, ce serait un éclat.... qui donnerait lieu à des soupçons dont jusqu'ici vous avez su vous défendre »
MASS.: « La vertu même des saints ne suffit pas pour se défendre des occasions qui nous cherchent »
ROLLIN: « Les Scythes ne connaissent point l'usage de la laine et des étoffes, et, pour se défendre des froids violents et continuels de leur climat, ils n'emploient que des peaux de bêtes »
VOLT.: « D'un noir pressentiment je ne puis me défendre »
J. J. ROUSS.: « On meurt ainsi par degrés, jusqu'à ce que, n'aimant enfin que soi-même, on ait cessé de sentir et de vivre avant de cesser d'exister ; mais un coeur sensible se défend de toute sa force contre cette mort anticipée »
Cette étoffe est bonne, il n'y a qu'à se défendre du prix, c'est-à-dire on peut l'acheter, il ne s'agit plus que de ne pas la payer trop cher.
10 Repousser, refuser, se dispenser de.
CORN.: « S'il n'en eût aimé l'offre, il eût su s'en défendre »
CORN.: « Il s'est de mes bontés jusqu'au bout défendu »
MOL.: « Elle se défend du nom, mais non pas de la chose »
MOL.: « Jusques ici je me suis défendu de m'expliquer »
BOSSUET: « Il se défend fort de se mêler de l'affaire »
BOSSUET: « Il s'en défendit comme d'un crime »
RAC.: « Prince, de ce devoir je ne puis me défendre »
FÉN.: « Il s'en défendit [d'être élu roi] sans s'émouvoir »
MASS.: « Et nous, mes frères, nous nous défendons de la réputation d'homme juste et craignant Dieu, comme d'un titre de honte et d'infamie »
VERTOT: « Les deux consuls.... se défendirent d'abord de prendre connaissance d'une affaire qui s'était passée longtemps avant leur consulat »
MASS.: « Elle est femme samaritaine, et par là elle se défend d'accorder au Sauveur ce que sa bonté demande d'elle »
11 Se cacher d'une chose, la nier.
MOL.: « Vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'être médecin »
SÉV.: « Elle se défend fort d'apprendre la philosophie »
LA BRUY.: « Quelques-uns se défendent de faire des vers »
RAC.: « Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile, Ne tiendraient pas longtemps contre les soins d'Achille »
P. L. COUR.: « Un homme, se trouvant là sans fonctions apparentes, m'aborda familièrement, me demanda confidemment si je n'étais point auteur de certaines brochures, je m'en défendis fort »
12 S'excuser.
HAMILT.: « Je m'en suis défendu le moins brutalement qu'il m'a été possible »
13 S'empêcher de.
CORN.: « J'ai cru honteux d'aimer quand on n'est plus aimable ; J'ai voulu m'en défendre, à voir mes cheveux gris »
FÉN.: « Il ne peut se défendre d'aimer cette vertu douce »
REMARQUE
1. Défendre, au sens de prohiber, veut de devant un infinitif ou que et le subjonctif : Il défend d'aller, il défend qu'on aille.
2. Défendre, dans le sens de prohiber, suivi d'un verbe, ne veut pas que ce verbe prenne la particule ne : Je défends que vous fassiez cela, et non je défends que vous ne fassiez cela ; cette dernière tournure, c'est-à-dire l'emploi de ne explétif avec défendre, était très usuelle au XVIe siècle et auparavant.
3. Si le verbe est à l'infinitif, la particule ne ne se met jamais : Je vous défends d'y aller (au contraire, le XVIe siècle mettait volontiers la négation : Je vous défends de n'y pas aller).
SÉV.: « Pourtant, si le verbe est à l'infinitif et construit avec plus, jamais, quelques écrivains ont employé le ne : Il leur déclara qu'il leur défendait de ne plus songer à ce mariage »
VERTOT.: « Il lui défendit avec dureté de ne jamais se présenter devant lui On sait combien, avec les verbes exprimant doute, crainte, empêchement, etc. le ne explétif est fréquent. On ne peut donc dire que ici ce soit une vraie faute ; seulement on doit savoir que l'usage s'est prononcé contre cet emploi, et l'on dira : Il leur défendait de songer davantage à ce mariage ; il lui défendit de se présenter jamais devant lui. »
SYNONYME
DÉFENDRE, SOUTENIR, PROTÉGER. Mettre quelqu'un ou quelque chose à couvert du mal qui lui arrive ou qui peut lui arriver. On défend ce qui est attaqué ; on soutient ce qui ne se tient pas debout par soi-même ; on protége ce qui a besoin d'être couvert et garanti. On défend une cause ; on soutient une entreprise ; on protége les sciences. Défendre les sciences, ce serait prendre en main leur cause, si on leur attribuait, comme Rousseau par exemple, des influences funestes ; protéger les sciences, c'est en favoriser la culture et le progrès. On défend un homme contre ses ennemis, on le soutient dans les démarches qu'il fait, et, si on occupe une position supérieure à la sienne, on le protége, c'est-à-dire on le sert auprès des personnes de qui son succès dépend : la principale différence entre protéger et les deux autres verbes étant que protéger entraîne en général l'idée de la supériorité de celui qui protége, ce que ne font pas défendre et soutenir.
HISTORIQUE
XIème siècle
L. de Guillaume, 16: Et si aveir nés pot [s'il ne peut les avoir], si se defende par juise [jugement]
ib. 41: Et nous defendun que l'om christien fors de la terre ne vende
Ch. de Rol. CVII: Fierent li un, li autre se defendent
ib. CLXXIV: Je vous defend que n'i adeist [approche] nus hom
ib. CXCIII: Puis [qu'il] la defende [l'Espagne] encontre li Franceis
XIIème siècle
Ronc. p. 2: Deffendez moi de honte
ib. p. 22: Se li ert [était] defendus
ib. p. 65: Bien se defendent à cest estroit passage
Couci, V: Par tantes fois [j']ai esté assailliz Que je n'ai mais pooir de moi deffendre
ib. XIV: Douce dame, d'orgueil vous deffendez
ib. XXI: Mais je ne puis moi ne mon cuer deffendre De plus aimer....
ib. XXIV: Fins cuers qui bée à haute honor Ne se porroit de tel chose desfendre
Sax. IV: François se deffandirent com nobile guerrier
Th. le mart. 39: Fous, fait-il, tuz dis fustes, e estes e serez ; Quant vus l'espée traite de sur le rei venez ; S'il trait sur vus la sue, coment vus defendrez ?
XIIIème siècle
HUES DE LA FERTÉ: « Tel chose [le comte Thibaut] a faite en sa vie Dont [il] deüst estre apelés [en champ clos] ; Il ne se deffendist mie ; Car il se sent encoupés [inculpé, criminel] »
TAILLIAR: « Quel cose que le hom fache sur sen corps deffendant, nul fourfait il ne fait »
Berte, CXIII: [Je] vous defens qu'envers moi n'aiez pensée amere
la Rose, 6645: Vez cum fortune le servi, Qu'il ne se pot onques deffendre Qu'el nel feïst au gibet pendre
ib. 1789: Por ce se ge deffens ivrece, Ne voil ge pas deffendre à boivre
Ass. de J. 140: Sire, tel née [nie] et desfent le murtre que tel li met sus
BEAUMANOIR: « Comment il se deffendront de cix [ceux], qui, à tort et par malvese cause, les assaudront de plet »
ID.: « Ou se je me deffent par longue tenure et paisible »
JOINV.: « Or disons donc que grant grace nous fist Dieu le tout puissant, quant il nous deffendi de mort et de peril »
JOINV.: « Et toute la puissance du soudan se logerent sur le fleuve de Rexi d'autre part devant nostre ost, pour nous deffendre [interdire] le passage »
JUBINAL: « Et un vieus baüs Ocist quatre dus [ducs], Son cors defendant »
XIVème siècle
Girart de Ross. V. 3425: Sur ton corps defendant, met lui jour de bataille Par droite defiance
XVème siècle
FROISS.: « Par lequel trait il y en eut moult de blessés des assaillans et des defendans »
FROISS.: « .... Devoient demeurer au pont et garder le passage, pour le defendre aux aventures des survenans »
CH. D'ORL.: « Comment se peut ung povre cueur deffendre Quand deux beaulx yeux le viennent assaillir ? »
COMM.: « Et à luy fut deffendu ne partir de son hostellerie »
XVIème siècle
CALV.: « Dieu a defendu en la Loy qu'on n'adorast point autre que lui »
CALV.: « Jesus Christ se defend de ne vouloir point destruire ne dissiper la Loy »
CALV.: « Je vous defen de ne jurer du tout »
CALV.: « Les canons defendent estroitement aux chanoines de n'abuser point de leur puissance au detriment de l'Eglise »
CALV.: « Jesus Christ en defendant de jurer du tout »
CALV.: « Il ne defend point qu'il [le péché] n'y soit, mais qu'il n'y regne point »
MAROT: « Pour autant il [le vin] m'est defendu, Dont tous les jours m'en croist envie »
MARG.: « Et pour cette raison, defendoient les Hebreux, que, l'année que l'homme seroit marié, n'allast point à la guerre »
MARG.: « Elle lui defendit de ne s'y trouver plus »
MONT.: « Lepidus deffendit à ses heritiers de.... »
MONT.: « Deffendre une place contre l'ennemi »
MONT.: « La prouesse des habitans à se bien deffendre »
MONT.: « Je me suis deffendu d'oser alterer jusques aux plus legieres et inutiles circonstances »
MONT.: « Ils deffendoient, sur peine de la hart, que nul eust à dire que.... »
LANOUE: « Ces dernieres villes se sont mieux defendues, encores qu'elles ayent esté assaillies avecques plus d'art »
D'AUB.: « Deffendus de leur simplicité et à l'ombre de leur pauvreté, ils vesquirent sans persecution »
D'AUB.: « Le comte Ludovic avoit deffendu à Janlis qu'il ne vint point droit à Monts, et qu'il allast cercher les troupes du prince d'Oranges »
AMYOT: « Numa leur defendit entierement le vin »
AMYOT: « Les devins leur promettoient la victoire, pourveu qu'ilz ne feissent que se defendre seulement »
AMYOT: « Il alloit souvent plaider des causes, et defendre en jugement ceulx qui l'en requeroient »
AMYOT: « Il defendit que l'on n'allast plus devers Lucullus, et que l'on n'obeïst point à chose qu'il manderoit »
AMYOT: « Nicias alloit blasmant la temerité de Demosthenes ; et luy s'en defendant comme il pouvoit.... »
ÉTYMOLOGIE
Provenç. defendre ; espagn. defender ; ital. difendere ; du latin defendere, de de, et fendere, exciter, pousser.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE DÉFENDRE. - REM. Ajoutez :
4. On a dû. dire d'abord : en son corps défendant. Cette forme se trouve dans le Portrait de Mme Cornuel par Mme de Vineuil, ancienne édit. des Oeuv. de Mlle de Montpensier, t. VIII, p. 257.
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Protéger, soutenir une personne ou une chose attaquée. Il se dit en parlant De toute espèce d'attaque ou d'agression. "Défendre quelqu'un au péril de sa vie. Il le défendit contre plusieurs assassins qui s'étaient jetés sur lui. Défendre son ami, ses concitoyens, son prince, sa patrie. Défendre sa vie, son honneur, sa cause, les intérêts de son ami. Il m'a défendu contre leurs calomnies. C'est lui qui est chargé de
Fig. et fam., "Défendre son pain," se dit D'une personne qui a peu de bien, et qui soutient un procès où il s'agit de tout ce qu'elle a.
"Défendre une place, un poste, etc.," Résister à ceux qui veulent s'en rendre maîtres, s'opposer aux ennemis qui l'attaquent. "Il défendit ce passage à lui seul contre une vingtaine d'assaillants."
"À son corps défendant," En repoussant une attaque, en opposant de la résistance. "Il a tué l'agresseur à son corps défendant." On l'emploie plus communément au figuré, dans le langage familier; et alors il signifie, Malgré soi, à regret, avec répugnance. "Je n'y allai, je ne signai qu'à mon corps défendant."
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie particulièrement, en termes de Guerre, Empêcher que l'ennemi ne puisse, sans risquer beaucoup, entrer dans un lieu ou en approcher. "Une batterie défend l'entrée du port, en défend les approches. La frontière est défendue de ce côté par trois places fortes."
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Garantir, tant au propre qu'au figuré. "La montagne défend cette maison du froid, des vents du nord. Qui le défendra des séductions du monde, contre les séductions du monde?"
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
avec le pronom personnel, signifie, Repousser une attaque, une agression quelconque, y résister. "Il tira son épée en lui criant, Défendez-vous. Il se défendit vaillamment. Se
"Cette place se défend d'elle-même," Elle est facile à
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
avec le pronom personnel, signifie aussi, Se préserver, tant au propre qu'au figuré. "Porter un manteau pour se
"Cette étoffe est bonne, il n'y a qu'à se
6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
avec le pronom personnel, signifie en outre, S'excuser de faire quelque chose à quoi on voudrait nous obliger. "On voulait le forcer d'aller dans cette maison, mais il s'en est défendu. On lui voulait donner cette commission, il s'est toujours défendu de l'accepter. On l'a prié de si bonne grâce, qu'il n'a pu se
Il signifie encore, Se disculper, nier quelque chose qu'on nous reproche. "On l'accuse de telle chose, mais il s'en défend. On dit qu'il est marié, il s'en défend très-fort."
7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Prohiber, interdire quelque chose. "Défendre les duels. Défendre quelque chose sous peine de la vie. Défendre sa maison, sa porte à quelqu'un. La viande est défendue en carême. Il est défendu de passer en tel endroit. La raison nous défend de faire une injustice. On lui défendit le vin. J'ai défendu que vous fissiez telle chose."
8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
neutralement et en termes de Procédure, Fournir des défenses aux demandes de la partie adverse. "Il a été condamné faute de
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Verbe |
DÉFENSE, s. f. ["Dé-fandre", "fance"; 1re "é" fer. 2e lon. 3e "e" muet] Ces deux mots ont deux sens principaux, d'où découlent tous les aûtres; 1°. "Protéger", "Protection". '"Défendre ses" amis, "ses" concitoyens, "son" Prince. 'Prendre "la défense de" l'innocent. S'armer pour "la défense de" la patrie.
- "Se
- "Se
- Se garantir. '"Se
- En termes de Palais, "défendre", neutre, c'est "fournir des défenses" contre les demandes de la partie adverse: 'Il a été condamné faûte de "défendre".
2°. "Prohiber", "prohibition". 'On "a défendu le" port des armes. "Défendre" quelque chôse sur peine de la vie. Les duels "sont défendus". 'Faire "des défenses", faire "défense de"... Publier "des défenses", etc.
REM. "Défendre" (prohiber) régit la prép. "de" et l'infinitif. * Quelques-uns y ajoutent, mal à-propôs, la négative "ne": 'Le Roi "défendit de ne~ pas songer" à ce mariage. "Mém. de Berwick": 'Il "lui défendit", avec dureté, "de ne se présenter" jamais devant lui. "Vertot". 'L'on vérifia quatre déclarations... la 3e pour "
- Dites, il "étoit ordonné de ne poursuivre qu'autant", etc. ou "il étoit défendu de poursuivre", etc. "au-delà de" ce qu'il falloit, etc.
- C'est encôre pis, quand on ajoûte "pas" ou "point" à "ne"; car, "
2°. * Quelques Auteurs ont aussi employé la conjonct. "que" avec la négative "ne" et le subjonctif. 'Romulus "défendit qu'"on "ne fît" aucune élection... "qu'"on n'eût pris auparavant les auspices. "Vertot". Là, cette négative paraît être comandée par le "que" qui suit, "qu'on n'eût pris", etc. mais, en pareil câs, il faut prendre un aûtre tour et dire: 'Il "défendit qu'on fît" aucune élection "avant que" d'avoir pris les auspices. 'Schah Hussein "défendit qu'"on "n'éteignît" le feu. "Hist. de Pers." 'On dit que ce grand Homme ("Scipion") "défendit" en mourant, "que" ses cendres "ne fussent" raportées dans son ingrate Patrie. "Le Gendre". Retranchez "ne" dans ces phrâses.
3°. Ces deux régimes de la prép. "de" et de la conjonction "que", ne doivent pas s'employer indiféremment. Le premier doit avoir lieu quand "défendre" régit quelque nom au datif: il "lui défendit de jouer"; le second, quand il ne régit aucun nom. 'Il "défendit qu'"on "jouât", dans les endroits publics, les jours de Dimanches et de Fêtes, dans le temps des Ofices. "Molière" dit:
Je "vous défends que" cela continue.
Il devait dire: "je vous défends de continuer".
4°. "Défendre" (protéger) régit la prép. "contre". '"Défendez-moi contre" la rage de mes ennemis.
- Sans changer beaucoup le sens, et en lui donant celui de "garantir", on peut employer la prép. "de": '"Défendez-moi de" la rage, etc. 'Cette compagnie, "défendue de" la pudeur, par sa propriété de n'opérer qu'en troupe. "Linguet".
"Défendre", "justifier" (synon.) Voy. JUSTIFIER et PROTÉGER.
Emplacement dans le dictionnaire :
| défectueusement defectueux défectueux défectuosité defectuosité défendable defendeur | défendeur defendre défendre défends défends ou défens défendu defendu | défendures défens defense défense defenses défenses defenseur |
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