Dévorer (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
XII e siècle, devurer, puis devourer. Emprunté du latin devorare, « avaler, engloutir,
1. Manger en déchirant avec les dents. Les bêtes sauvages l'ont dévoré. La gazelle a été dévorée par des lions. Saturne dévorait ses enfants.
2. Manger avidement, avaler goulûment. En quelques minutes, ils eurent dévoré le rôti. Absolt. Manger avec voracité ou à l'excès. Cet homme ne mange pas, il dévore. Expr. fig. et fam. Dévorer des yeux une personne, une chose, la contempler avec insistance, avec convoitise. Par anal. Dévorer les paroles de quelqu'un, les écouter avec un intérêt passionné. Dévorer un livre, le lire avec avidité et promptitude. J'ai dévoré ce roman.
3. Spécialt. En parlant d'animaux nuisibles. Manger entièrement, sans rien laisser subsister. Les pucerons ont dévoré toutes les feuilles de ce rosier. Les criquets pèlerins dévorent en quelques heures toute la végétation. Par exag. Expr. fig. et fam. Être dévoré par les insectes, les moustiques, être abondamment piqué. En parlant de plantes. Envahir de manière à cacher, à faire disparaître (surtout au participe passé). Un champ en friche dévoré par les mauvaises herbes. Des allées dévorées de mousse. Par anal. Un visage dévoré par la barbe. Ses yeux, sa bouche lui dévorent le visage, paraissent démesurés dans son visage.
4. Consumer, épuiser entièrement. Les flammes ont dévoré la maison. La fièvre, le mal qui le dévore. Par anal. Il ne peut plus maîtriser l'ardeur, la jalousie qui le dévore. Être dévoré d'ambition. Un chagrin secret le dévore. Être dévoré d'inquiétude, de remords. Fig. Une journée dévorée par les tâches matérielles.
5. Class. En parlant de ce que l'on veut cacher ou que l'on est contraint de cacher. Dévorer ses chagrins, ne pas les laisser paraître. Dévorer ses larmes, retenir ses larmes quand elles sont près de s'échapper. Dévorer un affront, une injure, cacher le ressentiment qu'on en éprouve (en ce sens, on dit plutôt aujourd'hui Ravaler ).
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Manger une proie en la déchirant avec les dents. "Les bêtes l'ont dévoré." "Il a été dévoré par les lions, par les tigres. La Fable dit que Saturne dévorait ses enfants."
Il signifie aussi Avaler goulûment, manger avidement. "Les requins dévorent les autres poissons. Les brochets se dévorent entre eux. Il eut dévoré le tout en un moment." Absolument, dans le langage familier, "Cet homme ne mange pas, il dévore."
Il se dit quelquefois dans le sens de Manger entièrement sans rien laisser, surtout en parlant des Animaux destructeurs. "Les chenilles ont dévoré toutes les feuilles de ce rosier."
Fig., "Dévorer un livre, des livres," Les lire avec avidité, avec une extrême promptitude. "Il ne lit pas les livres, il les dévore. J'ai dévoré ce roman."
Fig., "Dévorer l'espace," Le parcourir avec une extrême rapidité.
Fig., "Dévorer des yeux," Tenir les yeux fixement attachés sur une personne ou sur une chose, avec l'expression du désir. "Il la dévorait des yeux."
Fig., "Dévorer ses larmes," Retenir ses larmes quand elles sont près de s'échapper. "Dévorer ses chagrins, etc.," Ne pas les laisser paraître. "Dévorer un affront, une injure," Cacher le ressentiment d'un affront.
Il signifie au figuré Consumer, détruire. "Les flammes ont dévoré ces chefs-d'oeuvre. Le temps dévore tout."
Il se dit, dans un sens analogue, de l'Effet violent que produisent en nous la faim et la soif, quand elles sont devenues pressantes, les affections morbides, les longues peines d'esprit, les passions très ardentes. "La faim, la soif le dévore. La fièvre qui le dévore. Un feu secret la dévore. Il ne peut plus maîtriser l'ardeur qui le dévore. L'ennui, le chagrin, le dévore. Être dévoré d'inquiétude. Être dévoré d'ambition. Il se dévore d'ambition, de chagrin," ou, elliptiquement, "Il se dévore."
Dictionnaire d'Emile Littré
| Verbe |
1 Saisir à belles dents et manger une proie. Les bêtes l'ont dévoré.
RAC.: « Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer ? - Parmi des loups cruels prêts à me dévorer »
CHATEAUB.: « Tu es ici dans un antre où les hommes te dévoreront »
CHATEAUB.: « Et je lui porte enfin mon coeur à dévorer »
VOLT.: « Quand voulez-vous donc, disait-elle quelquefois au sultan son fils, aider mon lion [Charles XII] à dévorer ce czar ? »
LAMART.: « Sous notre heureuse demeure, Avec celui qui les pleure, Hélas ! ils dormaient hier ! Et notre coeur doute encore, Que le ver déjà dévore Cette chair de notre chair ! »
Par extension. Les chenilles ont tout dévoré.
Très familièrement. Se dévorer le bras, la jambe, se gratter le bras, la jambe, avec une sorte de rage.
2 Manger avidement. Cet homme dévorait son repas.
Absolument. Cet enfant dévore.
MAINTENON: « Je ne sais pas s'il digère bien, mais je sais qu'il dévore »
Fig. Être rapace.
BEAUMARCH.: « N'est-ce pas Double-Main le greffier ? - Oui, c'est qu'il mange à deux râteliers. - Manger ! je suis garant qu'il dévore »
3 Fig. Dissiper, se hâter d'user en prodigue d'un bien.
CORN.: « Et tous trois à l'envi s'empresser ardemment à qui dévorerait ce règne d'un moment »
LA BRUY.: « L'héritier prodigue paye de superbes funérailles et dévore lo reste »
VOLT.: « César jouit de tout et dévore le fruit Que six siècles de gloire à peine avaient produit »
4 Consumer, détruire. Le temps dévore tout.
FÉN.: « La flamme vole et dévore le vaisseau »
RAC.: « La gloire des méchants en un moment s'éteint ; L'affreux tombeau pour jamais les dévore »
RAC.: « ... que le feu dévore Le seul lieu sur la terre où Dieu veut qu'on l'adore »
RAC.: « Ah ! plutôt que du ciel la flamme me dévore ! »
RAC.: « Je vois déjà l'hymen, pour mieux me déchirer, Mettre en vos mains le feu qui la [Troie] doit dévorer »
SACI: « Si vous m'irritez contre vous, l'épée vous dévorera »
SACI: « Élie lui répondit : Si je suis homme de Dieu, que le feu descende du ciel, et vous dévore avec vos cinquante hommes »
VOLT.: « Mes soins l'ont enfermé [un orphelin] dans ces asiles sombres Où des rois ses aïeux on révère les ombres ; La mort, si nous tardons, l'y dévore avec eux »
CHATEAUB.: « [La Naissance et la Mort, deux fantômes voilés] L'un produit l'inconcevable moment de notre vie que l'autre s'empresse de dévorer »
SÉGUR: « Les flammes qui dévoraient avec un bruissement impétueux les édifices entre lesquels il [Napoléon à Moscou] marchait, dépassant leur faîte, fléchissaient alors sous le vent et se recourbaient sur nos têtes »
C'est une terre qui dévore ses habitants, se dit d'un pays malsain qui cause une grande mortalité. Les pays équatoriaux dévorent les Européens.
Par extension, faire maigrir, altérer le teint, l'apparence.
SÉV.: « Mandez-moi comme vous vous portez de l'air de Grignan, s'il vous a déjà bien dévorée, et comme je me dois représenter votre jolie personne »
5 Piller, épuiser. L'armée dévorait le pays.
SACI: « Sous prétexte de vos longues prières, vous dévorez les maisons des veuves »
VOLT.: « Grecs, Arabes, Français, Sarrasins nous dévorent »
D'ALEMB.: « Il [Voltaire] a profité de la circonstance d'un contrôleur général vertueux et zélé pour le bien, pour demander que le pays de Gex où il habite ne soit plus dévoré par les financiers »
Fig.
TRISTAN: « L'excès de sa douleur dévore sa parole [l'intercepte] »
6 Fig. Faire éprouver une sensation pénible, en parlant de la soif, de la fièvre, de la chaleur. La soif, la fièvre le dévore.
FÉN.: « Un lion que la cruelle faim dévore »
MASS.: « Pour apaiser la faim qui le dévore »
DUCIS: « Déjà l'ardente soif le sèche et le dévore »
DELAV.: « Courbés par le midi dont l'ardeur les dévore »
Dans le même sens, en parlant des passions.
RAC.: « Rien ne peut-il charmer l'ennui qui me dévore ? »
RAC.: « Qu'un soin bien différent me trouble et me dévore ! »
RAC.: « Du zèle qui pour toi l'enflamme et le dévore »
RAC.: « Le chagrin me dévore »
MASS.: « Célèbre par le zèle saint qui le dévorait »
VOLT.: « Le souvenir affreux dont l'horreur me dévore »
BÉRANG.: « Gens que l'avarice dévore, Pour votre or soudain j'ai frémi »
VOLT.: « Dans les villes qui paraissent jouir de la paix et où les arts fleurissent, les hommes sont dévorés de plus d'envie, de soins et d'inquiétudes qu'une ville assiégée n'éprouve de fléaux »
LAMART.: « Assez de malheureux ici-bas vous implorent, Coulez, coulez pour eux ; Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent, Oubliez les heureux »
7 Dévorer un livre, le lire avec avidité.
MOL.: « Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons, Et vous devez du coeur dévorer ces leçons »
SÉV.: « Je m'arrêtais pour ne pas dévorer votre lettre si promptement »
D'OLIVET: « Tant qu'on a cru voir dans ce livre [les Caractères de la Bruyère] les portraits de gens vivants, on l'a dévoré pour se nourrir du triste plaisir que donne la satire personnelle »
LÉGOUVÉ: « Dévorant les poëtes fameux Je n'aspirai jamais qu'à m'illustrer comme eux »
8 Dévorer en espérance, convoiter avidement quelque chose.
VAUGEL.: « Il dévore en espérance tous mes trésors »
CORN.: « Au reste soyez sûrs que vous posséderez Tout ce qu'en votre coeur déjà vous dévorez »
RAC.: « Dans son avide orgueil je sais qu'il nous dévore »
VOLT.: « D'un oeil d'impatience il dévorait sa proie »
Dévorer des yeux, jeter des regards pleins d'ardeur et de convoitise.
LA FONT.: « Il dévore des yeux et du coeur cent beautés »
VOLT.: « Il dévore des yeux le fruit de tous ses crimes »
MONTESQ.: « Ici une amante affligée exprime sa langueur, une autre dévore des yeux son amant »
J. J. ROUSS.: « Mes yeux dévorent des charmes dont ma bouche n'ose approcher »
9 Dévorer le temps, anticiper avec impatience sur le temps.
LEMERC.: « L'impatient Thierry dévore les instants »
DUCIS: « Et semble d'un regard dévorer l'avenir »
ANCELOT: « Son fier regard semblait, dévorant l'avenir, Poursuivre avidement une gloire lointaine »
10 Ne pas laisser paraître, renfoncer en soi-même. Dévorer ses larmes, ses chagrins.
MAINTENON: « Rongée de soucis, je suis obligée de paraître gaie et contente ; il faut que je dévore mes larmes »
FÉN.: « Je me suis tu, j'ai dévoré ma peine »
RAC.: « Toujours verser des pleurs qu'il faut que je dévore ! »
VOLT.: « Sous un maître odieux dévorant ma tristesse »
VOLT.: « Comment avez-vous pu dévorer si longtemps Une douleur plus tendre et des maux plus touchants ? »
VOLT.: « Dévorant mon dépit et mes soupirs honteux »
DUCIS: « Eh bien ! je dévorais une haine funeste »
Dévorer un affront, l'endurer sans en faire paraître aucun ressentiment.
RAC.: « Quiconque ne sait pas dévorer un affront,... Loin de l'aspect des rois qu'il s'écarte, qu'il fuie »
MASS.: « On dévore les rebuts les plus outrageants »
MASS.: « Vous dévorerez leurs inégalités et leurs caprices »
MILLEV.: « Le roi présent dévore la menace ; Son âme altière est contrainte à fléchir »
11 Dévorer les difficultés, venir courageusement à bout de ce qui est difficile.
MASS.: « Les affaires n'eurent jamais rien d'obscur qu'il n'éclaircît, rien de douteux qu'il ne décidât.... rien de pénible qu'il ne dévorât »
12 Se dévorer, v. réfl. Se dévorer l'un l'autre. Les brochets se dévorent les uns les autres.
Se dévorer soi-même.
VOLT.: « Il est juste qu'une espèce si perverse se dévore elle-même »
Très familièrement. Se dévorer, se gratter avec une sorte de rage. Empêchez donc cet enfant de se dévorer.
Fig. Se livrer à l'impatience, au chagrin.
SÉV.: « Je me dévore de cette envie »
MASS.: « Et là-dessus on s'abat, on se dévore soi-même, on renonce presque à l'espérance de son salut »
HISTORIQUE
XIIème siècle
Liber psal. p. 24: Li sire en la sue ire les conturberat, et sis [si les] devurerat fus [le feu]
ib. p. 165: Turbé sunt e moüd [ému] si cume ivre, e tute la sapience d'els devorede est
ib. p. 70: Tuit chi ovrent felunie, chi devorent le mien pople sicume viande de pain
Ronc. p. 200: Devorer le verrez par mil divisions [morceaux]
Th. le mart. 65: De Joseph li sovint cui si altre noef frere Vendirent pur deniers e distrent à lur pere Que devorez esteit d'icele beste fere
Rois, p. 346: Si jo sui hume Deu, dunc descendet li feus del ciel e devurt tei e tes cinquante cumpaignuns
XIIIème siècle
Berte, XXXI: Ne de beste sauvage [que je ne sois] devourée ne prise
ib. CIV: Je croi bien que les bestes l'ont morte et devorée
Bl. et Jeh. 1947: Qui dont les de üst devourer, [ils] Ne se tenissent de plourer ; Leur cuer furent de pitié tendre, Quant vint au point de congié prendre
Ren. 11635: Por dant Renart que l'en devoure, Ploure Grinbert et prie et oure
ib. 21892: .... Li vilain s'en atant, Et Tybert s'en vait devorant [maudissant] Les vilains et la pute au prestre
Guersai: Et li cors qui les biens devore, Si sera converti en cendre
XIVème siècle
ORESME: « Il fendoit et ouvroit les femmes grosses et trahoit les enfans de leurs corps et les devoroit »
Baud. de Seb. VI, 246: Nulz homs n'ozoit passer, environ ni entour, S'il ne creoit en Dieu, le pere creatour, Qu'il ne fuist devourez à honte et à doulour
J. DE CONDET: « Li lions en a teil despit Qu'il li ceurt [court] sus sans nul respit, Et si l'estranle et le deveure »
ÉTYMOLOGIE
Provenç. et espagn. devorar ; ital. divorare ; du latin devorare, de la préposition de, et vorare (voy. VORACE).
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Manger une proie en la déchirant avec les dents. "Les bêtes l'ont dévoré. Il a été dévoré par les lions, par les tigres, etc. La Fable dit que Saturne dévorait ses enfants."
Il signifie aussi, Avaler goulûment, manger avidement. "Les crocodiles dévorent quelquefois des hommes. Les requins dévorent les autres poissons. Il eut dévoré le tout en un moment." On l'emploie souvent sans régime, surtout dans le langage familier. "Cet homme ne mange pas, il dévore."
Il se dit quelquefois dans le sens de Manger entièrement, sans rien laisser, surtout en parlant Des animaux destructeurs. "Les chenilles ont dévoré toutes les feuilles de ce rosier. Les oiseaux dévorent tous nos raisins."
Fig., "Dévorer un livre, des livres," Les lire avec avidité, avec une extrême promptitude. "Il ne lit pas les livres, il les dévore. J'ai dévoré ce roman."
Fig., "Dévorer des yeux," Tenir les yeux fixement attachés sur une personne ou sur une chose, avec l'expression du désir. "Il la dévorait des yeux."
Fig., "Dévorer une chose en espérance," La convoiter avec ardeur et avec l'espérance de la posséder bientôt.
Fig., "C'est une terre qui dévore ses habitants," se dit D'un pays où ceux qui y demeurent ne vivent pas d'ordinaire long-temps.
Fig., "Dévorer les difficultés," Venir à bout courageusement des difficultés que l'on rencontre dans ses études.
Fig., "Dévorer ses larmes," Retenir ses larmes quand elles sont près de s'échapper. "Dévorer ses chagrins, etc.," Ne pas les laisser paraître. "Dévorer un affront, une injure, etc.," Cacher le ressentiment d'un affront, etc.
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie figurément, Consumer, détruire. "Les flammes ont dévoré ces chefs-d'oeuvre. Le temps dévore tout."
Il se dit, dans un sens analogue, De l'effet que produisent en nous la faim et la soif, quand elles sont devenues pressantes, les longues peines d'esprit, les passions très-ardentes, etc. "La faim, la soif le dévore. La fièvre qui le dévore. Un feu secret la dévore. Il ne peut plus maîtriser l'ardeur qui le dévore. L'ennui, le chagrin le dévore. Être dévoré d'inquiétude. Être dévoré d'ambition."
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
s'emploie aussi avec le pronom personnel, comme verbe réciproque, et se dit surtout au propre. "Les brochets se dévorent les uns les autres."
Emplacement dans le dictionnaire :
| dévoler devolu dévolu dévolution devolution devons dévorant | devorant devorer dévorer devot dévot dévotement devotement | dévotieusement devotieusement dévotion devotion devoué dévoué dévouement |
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