Domaine (nom masculin, subst. masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom masculin 

XI e siècle. Dérivé de demaine, « qui appartient en propre au seigneur », emprunté du latin dominicus, « qui appartient au maître ».

I. Propriété foncière d'une assez vaste étendue. Ce bois fait partie du domaine familial. Voilà où finit son domaine. Chasser sur ses domaines. Par anal. L'air est le domaine des oiseaux. Le domaine des ombres, l'au-delà. Par ext. Endroit que l'on affectionne et que l'on fait sien. Le grenier était devenu le domaine des enfants. La chatte avait fait son domaine du coin de la cheminée.

II. . Le domaine de l'État, le domaine public et, ellipt., le Domaine ou les Domaines, les biens qui appartiennent à la nation et dont l'État est responsable. Les chemins, les rues, les ports, les fleuves, et en général toutes les portions du territoire qui ne sont pas susceptibles d'une possession privée, appartiennent au domaine public. Le domaine forestier de l'État. Les biens du domaine public sont inaliénables et imprescriptibles. Le domaine privé, les biens qui, n'étant pas affectés à un usage public, sont à la disposition de l'État. Le service des Domaines ou, ellipt., les Domaines, service du ministère des Finances chargé de l'administration des Domaines. Expr. En parlant des œuvres de l'esprit. Tomber dans le domaine public, se dit des œuvres, et notamment des œuvres littéraires, qui, après la mort de leur auteur et à l'expiration d'une période fixée par la loi, cessent d'être la propriété des ayants droit et peuvent être librement reproduites, diffusées ou vendues. Anciennt. Domaine de la Couronne, partie du territoire que le roi possédait en propre, ou sur laquelle il exerçait directement son autorité (on dit aussi Domaine royal ).

III. Fig.
1. L'ensemble de ce qui relève de l'autorité ou de la compétence de quelqu'un. Cette affaire n'est pas de mon domaine. Consultez-le sur l'histoire ancienne, c'est son domaine.
2. Tout ce qu'embrasse un art, une science, une faculté de l'esprit, etc. Le domaine de la peinture, de la sculpture. Cette question est du domaine de la politique. Le domaine de l'esprit, des choses de l'esprit, de l'imaginaire.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Propriété d'une assez vaste étendue et contenant des biens-fonds de diverse nature. "Cela fait partie de son domaine. Voilà où finit son domaine. Un beau domaine. De vastes domaines. La vente d'un domaine."
"Le domaine public, le domaine de l'État," et absolument "Le domaine" ou "Les domaines," Les biens qui appartiennent collectivement à la nation, à l'État, et qui sont inaliénables et imprescriptibles. "Les chemins, les rues, les ports, les fleuves, et en général toutes les choses qui ne sont pas susceptibles d'une possession privée, appartiennent au domaine public. Direction" ou "administration générale de l'enregistrement et des domaines. Receveur des domaines."
"Le Domaine" signifie aussi quelquefois l'Administration des domaines, "Plaider contre le Domaine. Les causes qui intéressent le Domaine."
Par analogie, "Être dans le domaine public, tomber dans le domaine public," se disent particulièrement des Ouvrages littéraires et des autres productions de l'esprit ou de l'art, qui, après un certain temps déterminé par les lois et par les traités internationaux, cessent d'être la propriété des auteurs ou de leurs héritiers. "Les oeuvres de cet auteur sont dans le domaine public."
"Le domaine de la couronne," Les biens qui faisaient partie de la liste civile et dont les revenus se versaient au trésor de la couronne.
"Le domaine privé," Les biens qui étaient la propriété privée du souverain, à quelque titre que ce fût.
"Le domaine privé de l'État," Les biens appartenant à la nation, mais qui, n'étant pas affectés à un usage public, sont à la disposition de l'État et peuvent, en de certains cas, être aliénés.
DOMAINE se dit aussi de Vastes territoires coloniaux faisant partie des possessions coloniales d'un pays. "Le domaine africain de la France."
Il se dit figurément de Tout ce qu'embrasse un art, une science, une faculté de l'intelligence, etc., de tout ce qui s'y rapporte ou en dépend. "Agrandir, étendre le domaine d'un art, d'une science. Cette question est du domaine de la politique. Ce sujet est du domaine de l'imagination."
Fig. et fam., "Cela n'est point de mon domaine," Cela n'est pas de ma compétence.



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Terme de jurisprudence. Possession d'un bien ; propriété. Il y a plusieurs manières d'acquérir le domaine d'une chose.
    Domaine direct ou éminent, appartenant au seigneur et donnant droit à l'hommage ou à une redevance ; domaine utile, comprenant la perception des fruits.
VOLT.: « Pepin n'avait pas eu le domaine direct de tous les États que posséda Charlemagne »

 2   Bien foncier possédé. Avoir un petit domaine.
    Domaine congéable, en Bretagne, tenure avec faculté, pour le propriétaire, de congédier à toute époque.
    Propriété foncière destinée à l'exercice de l'industrie agricole, composée de terres arables, forêts, prairies, pâturages, etc. pourvue de bâtiments d'habitation et d'exploitation. Un beau domaine. Engager son domaine. Cela fait partie de son domaine.
RACAN: « Qui n'a vu d'autre mer que la Marne ou la Seine Et croit que tout finit où finit son domaine »
    Ensemble de biens ruraux où se trouve un château ou une maison d'habitation pour le maître.
    Domaine royal, au moyen âge, territoire possédé directement par le roi, à l'exclusion des grands feudataires.
    Par extension et poétiquement, les terres que possède un souverain.
LEMERC.: « J'y souscris ; de Tournai les trop sanglantes plaines Avec les champs de Reims rentrent dans nos domaines »

 3   Le domaine public, ou domaine de l'État, ou domaine national, et, absolument, le domaine ou les domaines, l'ensemble des biens qui appartiennent à l'État.
    Terme de jurisprudence. Domaine public, objets consacrés à un service public et administrés par l'État, tels que les routes, les rivières navigables, les fortifications ; et domaine de l'État, objets possédés par l'État de la même manière que par les particuliers et dont le produit est versé au trésor. Le domaine public est inaliénable.
    Le domaine de la couronne, biens qui font partie de la liste civile du souverain.
    Le domaine privé, les biens particuliers du prince.
    Domaine extraordinaire, sous le premier empire français, ensemble des biens acquis par la conquête ou par les traités et qui étaient à la disposition de l'empereur.
    Domaines nationaux, biens qui, à l'époque de la première révolution, furent enlevés soit au clergé et aux corporations soit aux émigrés, et vendus aux particuliers.
    Domaine fixe, ancien domaine des rois de France, composé de seigneuries, terres, possessions, et droits spécialement consacrés à la couronne.
    Anciennement, domaine forain, domaine du roi, qui était une imposition, pour les nécessités de la guerre, sur les marchandises entrant dans le royaume ou en sortant.

 4   Domaine public, ce qui n'est pas susceptible d'appropriation privée, dont la jouissance est laissée à tous.
    Fig. Être, tomber dans le domaine public, se dit des productions des auteurs, des artistes, des inventeurs, dont le produit a cessé de leur appartenir.

 5   Le domaine, l'administration des domaines de l'État, ou l'administration des domaines de la couronne. Plaider contre le domaine. Directeur de l'enregistrement et des domaines.

 6   Terme d'économie politique. Domaine agricole, nom donné à la totalité des terres mises en culture dans un pays. L'étendue du domaine agricole de la France était, en 1840, de 50614973 hectares ou 25623 lieues carrées.

 7   Fig. Possession comparée métaphoriquement à celle d'un domaine.
LA FONT.: « Ce temps [de la mort], hélas ! embrasse tous les temps : Qu'on le partage en jours, en heures, en moments, Il n'en est point qu'il ne comprenne Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine »
BOSSUET: « Toutes nos pensées qui n'ont pas Dieu pour objet sont du domaine de la mort »
BOSSUET: « Tous les aînés étaient du domaine de Dieu »
LA BRUY.: « Le meilleur de tous les biens, s'il y a des biens, c'est le repos, la retraite et un endroit qui soit son domaine »
LA FONT.: « Elle [Alecton] jura par Pluton Que toute l'engeance humaine Serait bientôt du domaine Des déités de là-bas »
    Être, n'être pas du domaine de, être, n'être pas de la compétence de.
MARMONTEL: « La partie des sciences qui tombait sous les sens et qui, pour le public, pouvait être un objet de curiosité, était aussi de son domaine »

 8   Tout ce qu'embrasse un art, une science. Agrandir le domaine d'un art. Le domaine de l'éloquence.

 9   Puissance, autorité, souveraineté.
BOSSUET: « Il a voulu nous laisser un certain domaine sur nos actions »
BOURDAL.: « Dieu qui a un domaine supérieur et absolu sur nous »
FÉN.: « Dans le choix que Dieu fait pour produire le plus ou le moins parfait, il ne faut point chercher d'autre raison que sa supériorité infinie et son domaine souverain sur tout ce qu'il peut faire »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Lois de Guill. 18: E por le dener que li seignurs durrad [donnera], si erent quites ceuls [ceux] qui meinent [habitent] en soun demaine
    XIIIème siècle
     Ch. d'Ant. V, 979: Cil tint en son demaine tout jusqu'en Jersalem
DU CANGE: « Vinz livrées de terre qu'il [Thibaut de Champagne] tient en som demoyne »
BEAUMANOIR: « Fief que je tenoie en pur demainne »
J. DE MEUNG: « Vous avez en vo garde et en vostre demoine Les biens du crucefix et le saint patrimoine »
    XVème siècle
CH. D'ORL.: « Ou [au] vieil temps, grant renom couroit De Creseide, Yseud, Elaine, Et mainte autre, qu'on nommoit Parfaictes en beaulté haultaine ; Mais, au derrain, en son demaine La mort les prist piteusement »

ÉTYMOLOGIE
    Bas-lat. domanium ; provenc. domaine ; espagn. et ital. dominio ; du latin dominium, de dominus, seigneur (voy. DOM).


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Possession, propriété d'une chose réputée Bien. "Il y a plusieurs manières d'acquérir le domaine d'une chose. Cela est du domaine d'un tel. Celui qui payait le cens au seigneur de la terre avait le domaine utile, et le seigneur auquel on payait le cens avait le domaine direct."
Il se dit plus ordinairement pour Bien, fonds, héritage. "Cela fait partie de son domaine. Voilà où finit son domaine. Un beau domaine. De vastes domaines. La vente d'un domaine."
"Le domaine public, le domaine de l'État," et absolument, "Le domaine" ou "Les domaines," Les biens qui appartiennent à l'État, et dont les revenus se versent au Trésor. "Les chemins, les rues, les ports, les fleuves, et en général toutes les choses qui ne sont pas susceptibles d'une possession privée, appartiennent au domaine public. Le domaine de l'État, le domaine est inaliénable. Direction" ou "administration générale de l'enregistrement et des domaines. Receveur des domaines."
"Être dans le domaine public, tomber dans le domaine public," se disent particulièrement Des ouvrages littéraires et des autres productions de l'esprit ou de l'art, qui, après un certain temps déterminé par les lois, cessent d'être la propriété des auteurs ou de leurs héritiers. "Cette pièce de théâtre, ce livre est dans le domaine public. Les ouvrages de ce genre tombent dans le domaine public tant d'années après la mort de leur auteur, de l'inventeur."
"Le domaine de la couronne," Les biens qui font partie de la liste civile, et dont les revenus se versent au trésor de la couronne.
"Le domaine privé," Les biens qui sont la propriété privée du souverain, à quelque titre que ce soit.
"Domaine extraordinaire." On nommait ainsi, sous l'empire, Le produit des biens de conquêtes qui ne figurait pas au budget de l'État.
"Le domaine," signifie aussi quelquefois, L'administration des domaines, ou Celle du domaine de la couronne. "Plaider contre le domaine. Les causes qui intéressent le domaine."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit figurément de Tout ce qu'embrasse un art, une science, une faculté de l'intelligence, etc., de tout ce qui s'y rapporte ou en dépend. "Agrandir, étendre le domaine d'un art, d'une science. Cette question est du domaine de la politique. Ce sujet est du domaine de l'imagination."
"Cela n'est point de mon domaine," Cela n'est pas de ma compétence.



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Subst. masculin 


Bien, fonds, héritage. "Cela est du domaine d'un tel. Voilà où finit son domaine. Celui qui paye le cens au Seigneur de la terre, a le domaine utile; et le Seigneur à qui on paye le cens, a le domaine direct. Domaine du Roi. Domaine de la Couronne".
On dit absolument, "Le Domaine," pour dire, Le Domaine du Roi, le Domaine de la Couronne. "Receveur du Domaine. La Chambre du Domaine. Cela a été réuni au Domaine. Le Domaine est inaliénable. Fermier du Domaine".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



Bien, fonds, héritage. "Cela est du domaine d'un tel. Voilà où finit son domaine. Celui qui paye le cens au Seigneur de la terre, a le domaine utile; & le Seigneur à qui on paye le cens, a le domaine direct. Domaine du Roi. Domaine de la Couronne."
On dit absolument, "Le Domaine," pour dire, Le Domaine du Roi, le Domaine de la Couronne. "Receveur du Domaine. La Chambre du Domaine. Cela a été réuni au Domaine. Le Domaine est inaliénable. Fermier du Domaine."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

DOMANIAL, ALE, adj. ["Domène", "è" moy. "domani-al", "ale".] "Domaine": bien, fonds, héritage, propriété. 'Mon "domaine" finit où le votre comence. "Domaine utile", se dit de celui qui paye le cens au Seigneur, et à qui le domaine apartient et qui en recueille les fruits, pour le distinguer du "Domaine Direct" qu'a le Seigneur, à qui l'on paye le cens. On dit absolument "le Domaine", pour signifier le domaine du Roi. Fermiers, Receveurs "du Domaine". 'Cette terre a été réunie "au Domaine": cette aûtre est reversible "au Domaine", à défaut d'hoirs mâles.
   DOMANIAL, qui est du domaine. Droit "Domanial". Biens "Domaniaux". Rentes "domaniales".



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Subst. masculin 


Bien, fonds, heritage. "Le Domaine du Roy. le Domaine de la Couronne", Et absolument, "Le Domaine. Receveur du Domaine. la Chambre du Domaine. cela a esté reuni au Domaine. le Domaine du Roy est inalienable".




Emplacement dans le dictionnaire :

doliman
dollar
dolman
dolmen
doloire
dolomisation
dolomitique
dolosif
dom
domaine
domanial
domanier
domanite
dôme
dome
domestication
domesticité
domesticite
domestique
domestiqué
domestiquer




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...de pensées d'ancêtres, toutes choses que je suis incapable de dégager mieux de leur nuit et de leur poussière... d'ailleurs je ne sais plus, je ne vois plus ; me voici de nouveau entré dans le domaine du rêve qui s'efface, de la fumée qui fuit, de l'insaisissable rien... et tout ce chapitre, presque inintelligible, n'a d'autre excuse que d'avoir été écrit avec un grand effort de sincérité, d'être...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...qui se superposaient. Donc, j'étais seul et pour de longs moments, assuré de ne voir paraître personne avant une heure ou deux ; libre d'errer au milieu de ce dédale, maître dans ce haut et triste domaine. Oh ! Les moments de rêve que j'y ai passés ! ... d'abord je faisais le tour des terrasses, surplombant l'abîme des bois vus par en dessus ; des étendues infinies se déroulaient de tous côtés ; des...


Citation n°3 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...et citadin étaient des termes synonymes, et, d'un autre côté, nous savons que les villes allemandes se sont formées autour de marchés permanents, ouverts par un seigneur sur un point de son domaine. La population qui venait se grouper autour de ces marchés, et qui devint la population urbaine, était donc presque exclusivement faite d'artisans et de marchands. Aussi les mots de forenses ou de...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...; elle répond à des besoins, mais ces besoins ne sont pas moraux. à plus forte raison en est-il ainsi de l'art, qui est absolument réfractaire à tout ce qui ressemble à une obligation, car il est le domaine de la liberté. C'est un luxe et une parure qu'il est peut-être beau d'avoir, mais que l'on ne peut pas être tenu d'acquérir : ce qui est superflu ne s'impose pas. Au contraire, la morale c'est le...


Citation n°5 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...quelque prix, tout ce qui est l'objet d'aspirations un peu élevées, et c'est grâce à cette extension excessive du mot que l'on a fait rentrer la civilisation dans la morale. Mais il s'en faut que le domaine de l'éthique soit aussi indéterminé ; il comprend toutes les règles d'action qui s'imposent impérativement à la conduite et auxquelles est attachée une sanction, mais ne va pas plus loin. Par...


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