Emporter (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
X e siècle, en porter, « porter d'un lieu à un autre » ; XIII e siècle, « gagner, obtenir, conquérir ». Dérivé de porter avec en, pronom adverbial de lieu, du latin inde, « de là ».
I. V. tr.
A. Prendre avec soi en quittant le lieu où l'on se trouve.
1. Porter avec soi. Emporte ce livre, tu le liras en route. Emporter une valise. Emporter des vêtements, des provisions. L'ambulance emporta les blessés. Par anal. Litt. Adieu, vous emportez tous nos regrets ! Le vent emporte la voie, il empêche les chiens de sentir les odeurs du gibier.
2. Déplacer d'un lieu dans un autre. Emporter ce livre dans ta chambre. Il a fait emporter ce fauteuil chez un antiquaire.
3. Prendre ce qui appartient à autrui. Les cambrioleurs ont emporté l'argenterie. Il est parti en emportant la caisse.
B. Prendre de force dans un mouvement irrésistible.
1. Entraîner avec rapidité. Les courants emportèrent le canot vers la mer. Le train les emportait dans le Midi. Le cheval prit le mors aux dents et emporta son cavalier. Litt. La réalité a emporté leurs illusions. Par anal. Le temps nous emporte irrésistiblement. Par euphémisme. La peste emporta le malheureux en quelques jours. La mort l'a emporté. Fig. et litt. Entraîner par l'effet de la pensée, du sentiment. Ses rêves l'emportent loin d'ici. Calmez-vous, la passion vous emporte. Il se laisse emporter par son imagination, par la colère, par la haine.
2. Enlever de vive force ; arracher. La rivière en crue a emporté la passerelle. La tornade a tout emporté sur son passage. L'explosion lui a emporté la main.
3. Conquérir ; s'emparer d'une position militaire ennemie. Emporter une place forte. Ils ont emporté le bastion d'assaut. Litt. Emporter la victoire. Par anal. Enlever une récompense. Emporter le prix, le premier lot. Emporter la palme. Ellipt. L'emporter, avoir le dessus dans une compétition. L'emporter de haute lutte, l'emporter à la pointe de l'épée, triompher après un combat acharné. Que le meilleur l'emporte ! Après une discussion serrée, nous l'avons emporté. Je suis heureux que votre avis l'ait emporté, qu'il ait prévalu contre les autres. N'ayez crainte, le bon sens l'emportera. L'emporter en poids, être plus lourd. . La forme emporte le fond, elle prévaut sur le fond. Le fond emporte la forme.
4. Entraîner comme conséquence. Ce crime emportait autrefois la peine capitale. La vérité doit emporter la conviction.
C. Expr. Emporter son secret dans la tombe, mourir sans l'avoir révélé. Il ne l'emportera pas en paradis, il ne profitera pas longtemps de son succès, de son avantage. Vous ne l'emporterez pas avec vous ! à quoi sert d'accumuler tant d'argent, vous ne le conservez pas après la mort. Autant en emporte le vent, tout passe et s'oublie. Il promet monts et merveilles, autant en emporte le vent. Titre célèbre : Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell (1936). Expr. exclamatives marquant l'impatience, l'irritation, le dépit. Que le diable l'emporte ! Le diable vous emporte ! Fig. et fam. Emporter la bouche, avoir une saveur si piquante qu'elle donne une impression de brûlure dans la bouche. Cette moutarde emporte la bouche. Pop. Emporter le morceau, réussir, avoir gain de cause.
II. V. pron.
1. Class. Se laisser aller à des actes violents, à des mouvements passionnés. Le conquérant s'emporta jusqu'aux plus folles entreprises.
2. Perdre son sang-froid, se mettre en colère. Il s'emporte pour peu qu'on le contredise. S'emporter contre quelqu'un.
3. En parlant d'un cheval, d'un chien de chasse. Ne plus obéir. Les chevaux s'emportèrent et la voiture versa.
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Porter hors d'un lieu. "Il a fait emporter tous ses meubles de la maison. Emporter un malade, un homme blessé. La proie qu'un aigle emporte dans son aire. Emportez ce livre, vous le lirez à loisir. Emporter des provisions, des bagages. Il prit la fuite, en emportant les fonds qui lui avaient été confiés." Fig., "Je n'emporterai de ces lieux qu'un souvenir agréable. Le secret qu'il emporte avec lui dans la tombe. En nous quittant il a emporté tous nos voeux, il a emporté tous les coeurs."
Il signifie encore Entraîner, arracher, enlever, emmener avec effort, avec rapidité, avec violence. "Son cheval prit le mors aux dents et l'emporta à travers les champs," ou, absolument, "l'emporta. Les courants emportèrent le vaisseau. Le vent a emporté mon chapeau. Il eut le bras emporté par un obus. La rivière a emporté les ponts, les chaussées, etc."
Fig. et fam., "Emporter la pièce, le morceau," Railler, médire d'une manière cruelle.
Fig., "Autant en emporte le vent," se dit en parlant de Promesses auxquelles on n'ajoute pas foi, ou de Menaces dont les effets ne sont point à craindre. "Il me promet monts et merveilles, autant en emporte le vent."
Fam., "Que le diable vous emporte," se dit pour exprimer son dépit, sa mauvaise humeur, sa colère contre quelqu'un. Pour les autres locutions analogues, voyez DIABLE.
EMPORTER signifie aussi figurément Causer la mort rapidement, en parlant d'une Maladie. "Le choléra emporte les gens en peu de jours. Cette maladie l'emportera. La fièvre l'a emporté."
Il signifie également Détruire, faire disparaître. "Il ne retira de sa créance qu'un millier de francs, les frais emportèrent le reste." Il se dit surtout en parlant de Couleurs, de taches, etc. "Le jus de citron emporte les taches d'encre, emporte la couleur des étoffes sur lesquelles il tombe."
"Ce remède emporte la fièvre," Il la guérit.
Il se dit encore figurément des Passions et signifie Tirer l'âme de sa situation ordinaire, jeter dans quelque excès. "La colère l'emporta bien loin. Se laisser emporter à sa vengeance. La douleur l'a emporté jusqu'à dire, jusqu'à faire... La jeunesse se laisse emporter aux plaisirs."
S'EMPORTER signifie Se livrer à un excès d'orgueil, d'audace, et en général à un sentiment immodéré. "Ce conquérant s'emporta jusqu'aux plus folles entreprises."
Il se dit absolument pour signifier Se fâcher violemment, s'abandonner à la colère. "S'emporter contre quelqu'un. Il s'emporte pour rien. Il s'emporte pour peu qu'on le contredise."
Il signifie également Ne pouvoir être retenu par celui qui le monte ou qui le conduit, en parlant d'un Cheval. "Son cheval s'emporta. Les chevaux s'emportèrent et la voiture versa." On dit quelquefois, dans un sens analogue, qu'"Un chien de chasse s'emporte."
EMPORTER signifie figurément Gagner, obtenir. "Il emporta l'avantage sur tous ses rivaux. Dans son art il emporte le prix. Il emporta la gloire d'avoir triomphé de l'ennemi." Il s'y joint le plus souvent l'idée d'une sorte de violence. "Cet homme a tant de crédit qu'il emporte tout ce qu'il veut. Il emporta cette affaire à force de sollicitations."
Fig., "Emporter quelque chose de haute lutte," L'emporter malgré toute opposition.
"Emporter une place," S'en rendre maître en peu de temps. "Il emporta la place en quinze jours de tranchée ouverte. Emporter une place d'assaut, l'emporter d'emblée." On dit de même "Emporter un ouvrage l'épée à la main; emporter un retranchement; etc. Un bastion emporté par les assaillants."
Fig., "Emporter quelque chose à la pointe de l'épée," L'emporter avec une violence rapide.
Fig., "Emporter la balance," Déterminer la préférence. "Cette considération emporta la balance."
Il signifie aussi Entraîner par une suite nécessaire ou Comprendre, impliquer. "Dans quelques pays, la condamnation à mort emporte la confiscation des biens. La proposition générale emporta la proposition particulière. Le mot de" vertu "emporte l'idée d'effort fait sur soi-même."
En termes de Procédure, "La forme emporte le fond," se dit pour exprimer que, dans le jugement d'un procès, la forme prévaut sur le fond, c'est-à-dire qu'un simple défaut de forme peut faire échouer dans les prétentions les mieux fondées. On dit, dans le sens contraire, "Le fond emporte la forme," Le fond prévaut sur la forme.
L'EMPORTER signifie Avoir la supériorité, le dessus, prévaloir. "Ce vin l'emporte sur tous les autres vins. Le diamant l'emporte sur toutes les autres pierreries. Virgile et Horace l'emportent sur tous les poètes latins. Il l'a emporté sur ses concurrents. Cet avis l'emporta. Sa fierté l'emporta sur ses intérêts."
Il signifie aussi Peser davantage. "À volume égal, l'or l'emporte de beaucoup sur l'argent."
Dictionnaire d'Emile Littré
| Verbe |
1 Enlever d'un lieu pour porter dans un autre. Il a emporté tous ses livres.
VAUGEL.: « Il commanda qu'on fit emporter le corps »
CORN.: « Qu'on m'emporte d'ici, je me meurs »
RAC.: « Josabeth dans son sein l'emporta tout sanglant »
LA BRUY.: « La terre est emportée avec une rapidité inconcevable autour du soleil »
Fig. Vous ne l'emporterez pas en paradis, se dit par menace et pour signifier qu'on se vengera tôt ou tard.
Familièrement. Que le diable vous emporte, se dit pour exprimer le dépit, l'impatience contre quelqu'un.
Que le diable m'emporte si...., je veux que le diable m'emporte...., locution familière et hors du ton de la société, pour appuyer sur une chose, pour la nier ou l'affirmer, suivant qu'on ajoute ne ou qu'on ne l'ajoute pas. Que le diable m'emporte, si je fais cette visite.
PICARD: « Aussi, loin de contester ses vertus, je veux que le diable m'emporte.... - Plaît-il, monsieur ? »
On retranche aussi le que. Le diable vous emporte, m'emporte.
2 Enlever et porter avec soi. Il a emporté tout ce qu'il avait. Emportez ce livre, vous le lirez en route.
Fig.
CORN.: « Les Maures en fuyant ont emporté son crime »
CORN.: « La joie en est publique, et les princes tous deux Des Syriens ravis emportent tous les voeux »
CORN.: « N'est-il aucune voie Par où je puisse à Rome emporter quelque joie ? »
RAC.: « Je n'emporterai donc qu'une inutile rage ? »
RAC.: « Pallas n'emporte pas tout l'appui d'Agrippine »
RAC.: « Toi-même tu l'as vu courir dans les combats Emportant après lui tous les coeurs des soldats »
RAC.: « Le roi qui m'attendait au sein de ses États, Vit emporter ailleurs ses desseins et ses pas »
RAC.: « Ma mort n'emporte pas tout le fruit de vos feux »
Me DE GENLIS: « J'emporte de ce château et du philosophe qui l'habitait, un souvenir heureux qui ne s'effacera jamais de ma mémoire et de mon coeur »
L'aîné emporte les deux tiers du bien, les deux tiers du bien sont dévolus à l'aîné.
3 Il se dit aussi des choses qui entraînent, emmènent avec soi. L'inondation a emporté les ponts. La terre nous emporte dans son mouvement diurne et annuel.
LAMART.: « Il écrit, et les vents emportent sa pensée, Qui va dans tous les lieux vivre et s'entretenir »
Autant en emporte le vent, se dit de paroles, de menaces, de promesses qui ne se réalisent pas.
Me DE LA VIGNE: « Il en est à mines discrètes Et d'un entretien décevant ; Mais fiez-vous à leurs fleurettes ; Autant en emporte le vent »
LAMART.: « Je disais, et les vents emportaient ma prière »
Terme de chasse. Le vent emporte la voie, se dit quand le vent empêche les chiens de sentir la voie. Un chien emporte la voie lorsqu'il suit ou chasse sans difficulté.
4 Prendre, ravir. Les voleurs ont tout emporté.
CORN.: « Par force ou par amour il croit vous emporter »
DUCIS: « Ces drapeaux glorieux Que de ce bras vainqueur j'emportai sous vos yeux »
Terme de guerre. Emporter une place, s'en rendre maître de vive force.
D'ABLANCOURT: « On eût emporté la ville, si toute l'armée eût donné »
Emporter une place, un retranchement à la pointe de l'épée, l'emporter d'assaut ; et fig. emporter quelque chose à la pointe de l'épée, l'emporter avec de grands efforts.
5 Fig. Entraîner moralement.
RÉGNIER: « Je goûte le plaisir sans en être emporté »
BALZ.: « Il faut se laisser emporter à la foule »
CORN.: « Quoi ! l'amour qu'en ton coeur j'ai fait naître aujourd'hui T'emporte-t-il déjà jusqu'à mourir pour lui ? »
CORN.: « Les sentiments de douleur qu'il en peut légitimement concevoir devraient du moins l'emporter à faire quelques reproches à celle dont il se croit trahi, et lui donner par là l'occasion de le désabuser »
CORN.: « Le souvenir des siens, l'orgueil de sa naissance L'emporte à tous moments à braver ma puissance »
CORN.: « Et vous devez dompter l'ardeur qui vous emporte »
CORN.: « Ce que demande Horace au poëte qu'il instruit, quand il veut qu'il possède tellement ses sujets qu'il en demeure le maître et les asservisse à soi-même, sans se laisser emporter par eux »
SÉV.: « C'est un homme qui emporte le coeur »
SÉV.: « Je me suis laissé emporter au plaisir de.... »
BOSSUET: « Ne vous fiez pas à votre puissance, et qu'elle ne vous emporte pas à des moqueries insolentes »
BOSSUET: « [Antiochus] exerce des cruautés inouïes : son orgueil l'emporte aux derniers excès »
BOSSUET: « Depuis ce temps, l'esprit de séduction règne tellement parmi eux qu'ils sont prêts encore à chaque moment à s'y laisser emporter »
RAC.: « La fureur m'emportait, et je venais peut-être Menacer à la fois l'ingrate et son amant »
RAC.: « À quel excès de rage La vengeance d'Hélène emporta mon courage ! »
MALFIL.: « À ce plaisir se laissant emporter, Il pourrait bien, moins discret et moins sage, De l'avenir entr'ouvrir le nuage »
Il se dit aussi des animaux.
RAC.: « La frayeur les emporte [les chevaux] »
6 Faire aller au delà de ce que l'on voudrait.
MOL.: « Monsieur, cette dernière [abomination] m'emporte, et je ne puis m'empêcher de parler »
MOL.: « Oh ! ciel, je me serai trahi moi-même, la chaleur m'aura emporté »
7 Causer la mort. Autrefois les famines emportaient des générations entières. Cette maladie l'emportera.
ROTR.: « Cette raison du moins en mon mal me conforte, Que, s'il n'est supportable, il faudra qu'il m'emporte »
LESAGE: « La fatigue et la blessure lui causèrent une fièvre avec un transport au cerveau qui pensa l'emporter »
8 Détruire, faire cesser, faire disparaître. Le jus de citron emporte les taches d'encre. Une douleur que le temps emporte. Ce remède emporte la fièvre.
CORN.: « Les faveurs du tyran emportent tes promesses ; Tes feux et tes serments cèdent à ses caresses »
RAYNAL: « Le gouvernement ne retire que 5 481 250 livres ; l'achat des matières, les frais de fabrication, les bénéfices du fermier emportent le reste »
9 Couper, retrancher. Le boulet lui emporta un bras.
VOIT.: « On en donne ici pour trois écus [de jeunes lions] qui sont les plus jolis du monde ; en se jouant, ils emportent un bras ou une main à une personne »
Par exagération. Le chat lui a emporté la main, lui a fait de très fortes égratignures.
Fig. Emporter la pièce, railler d'une manière très mordante.
LESAGE: « Il avait l'esprit enjoué, un peu railleur ; mais il raillait agréablement, sans emporter la pièce »
10 Obtenir, avec une idée d'effort, de force, de violence.
MALH.: « Quand le monstre infâme d'Envie.... Jette les yeux dessus ta vie, Et te voit emporter le prix Des grands coeurs et des beaux esprits »
CORN.: « Ce que je méritais, vous l'avez emporté »
CORN.: « Il suit toujours son but jusqu'à ce qu'il l'emporte »
CORN.: « En vérité, monsieur, quelque approbation qu'ait emportée votre nouvelle Jocaste »
CORN.: « Ces grands rois qu'en tous lieux a suivis la victoire, Lui voyant emporter sur eux le premier rang »
CORN.: « J'apprends plus contre vous par mes désavantages Que les plus beaux succès qu'ailleurs j'aie emportés Ne m'ont encore appris par mes prospérités »
CORN.: « Vous seule d'un coup d'oeil emportâtes la gloire D'en faire évanouir.... »
MAIR.: « Oui, le destin de Rome emporte l'avantage »
LA FONT.: « Celui-ci sur son concurrent Voulait emporter l'avantage »
LA FONT.: « Et si de t'agréer je n'emporte le prix, J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris »
BOSSUET: « Il n'est pas possible que de telles extravagances où l'impiété et l'absurdité combattent ensemble à qui emportera le dessus.... »
MASCARON: « Il faut que la force, la magnanimité, la prudence et cent autres vertus soient le principe de ces victoires qu'on veut emporter sur les hommes »
MASS.: « Fidèles qui jouissez dans le ciel d'un royaume que vous n'avez emporté que par la violence »
VERTOT: « D'anciens tribuns du peuple et les principaux plébéiens se flattant d'emporter ces dignités parurent dans la place »
J. J. ROUSS.: « Ne soyez pas surprise si, bien que votre âme soit la plus sensible, la mienne sait le mieux aimer, et si, vous cédant en tant de choses, j'emporte au moins le prix de l'amour »
Absolument. Obtenir à force d'instances, faire prévaloir une opinion dans un conseil.
SAINT-SIMON: « Le célèbre Vauban emporta que la ville [de Namur] serait attaquée séparément du château, contre le baron de Bressé qui voulait qu'on fît le siége de tous les deux à la fois »
Emporter un choix, le décider.
CORN.: « Et l'offre pour Othon de lui donner ma voix Soudain en ma faveur emportera son choix »
CORN.: « Que votre seul mérite emporte ce grand choix, Sans que votre présence ait mendié des voix »
Emporter la balance, déterminer la préférence.
CORN.: « Ta beauté sans doute emportait la balance »
RAC.: « Enfin votre rigueur emporta la balance »
Emporter quelque chose de haute lutte, l'obtenir, s'en emparer rapidement et malgré toute opposition.
L'emporter, être plus pesant. à volume égal, l'or l'emporte de beaucoup sur l'argent. Fig. L'emporter, prévaloir.
VAUGEL.: « Je ne craignais pas que la cruauté des ennemis l'emportât sur votre clémence »
CORN.: « Enfin vous l'emportez, et la faveur du roi Vous élève en un rang qui n'était dû qu'à moi »
PASC.: « Vous le direz [le mot de prochain], ou vous serez hérétique, et M. Arnauld aussi, car nous sommes le plus grand nombre ; et, s'il est besoin, nous ferons venir tant de cordeliers que nous l'emporterons »
RAC.: « Sur l'intérêt des Grecs vous l'aviez emporté »
RAC.: « Votre frère l'emporte et Phèdre a le dessus »
RAC.: « D'Esther, d'Aman, qui le doit emporter ? »
RAC.: « Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi »
RAC.: « Dieu des Juifs, tu l'emportes »
L'emporter, se dit aussi des choses.
PASC.: « Il est juste que nous soyons affligés et consolés comme chrétiens, et que la consolation de la grâce l'emporte par-dessus les sentiments de la nature »
LESAGE: « Sa table l'emporte sur celle d'un ministre pour la délicatesse et l'abondance »
VOLT.: « Et l'intérêt commun l'emporta dans mon coeur »
11 Avoir pour conséquence. Ce crime emporte la peine capitale.
SÉV.: « La ruine de Rennes emporte celle de la province »
BOSSUET: « Un oui affirmatif qui emporte l'acquiescement »
BOSSUET: « Cette foi n'emporte-t-elle pas nécessairement une adoration ? »
BOSSUET: « Le mariage avec Perci emportait la nullité de celui.... »
FÉN.: « Notre succession de pasteurs est fondée sur une notoriété universelle qui emporte l'aveu même de nos adversaires »
BONNET: « Avoir du plaisir ou de la douleur n'emporte point en soi la capacité de rechercher l'un et de fuir l'autre »
MONTESQ.: « Le droit de la défense naturelle n'emporte point avec lui la nécessité de l'attaque »
CHATEAUBR.: « L'une et l'autre [l'erreur et la vérité], poussées au dernier degré, emportent conviction »
Terme de procédure. La forme emporte le fond, elle prévaut sur le fond, et un simple défaut de forme peut faire perdre la meilleure cause. Dans le sens contraire, le fond emporte la forme, il prévaut sur la forme.
Comporter.
BOSSUET: « Ils sentent bien qu'en disant que ces mots emportent la propre substance du corps et du sang, c'est faire clairement paraître que le dessein de Notre-Seigneur a été d'exprimer le corps et le sang »
CHATEAUBR.: « Les piliers de ces arches [d'un aqueduc près de Carthage] emportent seize pieds sur chaque face »
12 S'emporter, v. réfl. Être emporté, ôté. Ces meubles s'emportent aisément.
13 Se lancer.
LA FONT.: « Un limier le fait partir, Il tâche à se garantir, Dans les forêts il s'emporte »
Ne plus obéir, en parlant d'un cheval, d'un chien de chasse.
Terme de jardinier. On dit qu'un arbre s'emporte quand il pousse en hauteur sans se garnir du bas, ou qu'une de ses branches se développe plus que les autres.
14 Se laisser aller à des mouvements, à des paroles, à des actes violents, passionnés.
VAUGEL.: « Il est difficile à un misérable de parler avec modération et de ne se pas emporter »
TRISTAN: « Il s'emportait parfois d'une noble insolence »
CORN.: « Mon père, retenez des femmes qui s'emportent »
CORN.: « Je veux, je ne veux pas, je m'emporte et je n'ose »
CORN.: « Ah ! c'en est trop, et vous vous emportez »
CORN.: « .... Je m'emporte, et mes sens interdits Impriment leur désordre en tout ce que je dis »
CORN.: « Trop chaud ami qu'il est, il s'emporte à tous coups Pour un fourbe insolent qui se moque de nous »
CORN.: « Faute de me connaître, il s'emporte, il s'égare »
CORN.: « [Il] s'emportera sans doute et bravera son père »
CORN.: « Mais, seigneur, je m'emporte, et l'excès d'un tel heur Me fait vous en parler avec trop de chaleur »
CORN.: « Tel contre vous et moi s'osera révolter, Qui contre un si grand corps craindrait de s'emporter »
BOSSUET: « Le prince a dû recevoir une puissance indépendante de toute autre puissance qui soit sur la terre ; mais il ne faut pas pour cela qu'il s'oublie, ni qu'il s'emporte, puisque moins il a de compte à rendre aux hommes, plus il a de compte à rendre à Dieu »
RAC.: « Rien ne peut m'ébranler ; Jugez-en, puisqu'ainsi je vous ose parler, Et m'emporte au delà de cette modestie, Dont, jusqu'à ce moment, je n'étais point sortie »
RAC.: « Et d'un trône si saint la moitié n'est fondée Que sur la foi promise et rarement gardée ; Je m'emporte, seigneur »
S'emporter à, jusqu'à.
CORN.: « Permettez que je me laisse emporter au ravissement que me donne cette pensée »
CORN.: « Mais tous deux s'emportant à plus d'irrévérence »
BOSSUET: « Les gens de guerre connaissent qu'ils sont maîtres de donner l'empire ; ils s'emportent jusqu'à le vendre publiquement au plus offrant »
BOSSUET: « Il n'y a certes qu'une extrême préoccupation qui puisse s'emporter à un tel reproche »
HAMILT.: « S'étant emporté mal à propos à quelques discours »
FÉN.: « Télémaque s'emporta jusqu'à menacer Phalante »
S'emporter dans, en.
CORN.: « J'ai suivi tes conseils ; mais plus je l'ai flattée, Et plus dans l'insolence elle s'est emportée ; Si bien qu'enfin outré de tant d'indignités, Je m'allais emporter dans les extrémités »
VOLT.: « Hélas ! que je m'emporte en regrets superflus ! »
VOLT.: « Je ne m'emporte plus en d'inutiles plaintes »
S'emporter de colère, de chaleur, se laisser emporter par la colère, par la chaleur.
CORN.: « S'il est bien amoureux, il peut s'emporter de colère et tuer dans un premier mouvement »
RETZ: « M. de la Rochefoucauld, qui avait plus de coeur que d'expérience, s'emporta de chaleur ; il n'en demeura pas à son ordre, il sortit de son poste et chargea les ennemis »
Ellipse de se, avec le verbe laisser.
VAUVENARGUES.: « Laissant emporter son esprit, qui manque naturellement un peu d'assiette, aux impressions précipitées de la surprise »
Se fâcher violemment, s'abandonner à la colère. Il s'emporte pour rien. Il s'est emporté contre ses enfants.
MOL.: « Ah ! vous êtes dévot, et vous vous emportez ! »
MOL.: « Mon Dieu ! tout doux ; vous allez d'abord aux invectives ; est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter ? »
BOILEAU: « Doucement, diras-tu, que sert de s'emporter ? »
RAC.: « Ah ! sans vous emporter, Souffrez que mes efforts tâchent de l'arrêter »
HAMILT.: « Elle, aussi fière que celles qui ont le plus d'innocence, et aussi prompte que celles qui en ont le moins, s'emporta sur un soupçon qui lui donnait plus de chagrin que de confusion »
Dans le style très familier. S'emporter comme une soupe au lait, se livrer subitement à un mouvement de colère qui ne dure pas longtemps. Cette comparaison est fondée sur ce que, quand le lait bout, il vient un moment où les bouillons s'élèvent tout à coup au-dessus de la casserole et se répandent si l'on ne la retire aussitôt. Cette locution offre l'exemple curieux et assez commun chez nous d'une affection morale assimilée à un fait purement physique.
PROVERBE
REMARQUE
' On emporte une place, dit Voltaire, on remporte un avantage, on a un succès, on n'emporte point un succès ; c'est un barbarisme. ' Il n'y a point de barbarisme ; les meilleurs auteurs au XVIe et au XVIIe siècle ont parlé ainsi ; et il n'y a aucune raison pour ne pas parler comme eux.
SYNONYME
EMPORTER LE PRIX, REMPORTER LE PRIX. La particule réduplicative re a tellement perdu ici son sens propre, que l'usage seul a établi quelque différence, non dans le sens, mais dans l'emploi. On dit remporter un prix quand il s'agit des distributions de prix, des concours ; en ce cas, emporter ne s'emploie pas. Mais, quand il ne s'agit pas de ces distributions, et surtout dans le style élevé, emporter est de mise. Emporter se prend surtout dans le sens superlatif, c'est-à-dire avec l'article le qui donne à prix le sens général : il emporte le prix. Mais, s'il s'agit de prix particuliers, on dira : il remporte un prix, des prix.
HISTORIQUE
XIème siècle
Ch. de Rol. LXXIII: Se truis [si je trouve] Rolant, [il] n'enportera la teste [ne s'en ira avec la tête sur ses épaules]
XIIème siècle
Ronc. p. 31: De Saragoce les cles [clefs] enporterez
ib. p. 83: Et je meïsme n'enporterai la vie [ne reviendrai vivant]
ib. p. 164: Si m'emporta en som [au sommet d'] un pui mout grant
HUES D'OISI: « Il peut sa crois garder et estoier [ficher], Qu'encor l'a-il tele qu'il l'emporta [à la croisade] »
XIIIème siècle
Berte, I: Tant que la vraie histoire [j'] emportai avec mi
Chr. de Rains, 80: Si comenda que ses cuers fust enfouis à Roem, et ses cors fust emportés à Londres et enfouis en la mere eglise
BEAUMANOIR: « Et aucune fois ele [une société commerciale] se fet en tele maniere que li un emporte part au gaaing s'il y est ; et se perte torne, il n'emporte point de perte »
BEAUMANOIR: « Combien que il y ait de mariages et filles de cascun [chaque] mariage, et du deerain mariage fust uns hoirs malles [mâle], si emporteroit il l'ainsneece contre se [sa] sereur »
BEAUMANOIR: « Comment que uns autres enport les fruis d'un fief duquel je sui hoirs, je sui tenus à obeir »
XVème siècle
FROISS.: « Et laira-t-on les Anglois convenir et les Portingalois aller et venir parmi le pays de Castille ; ils n'emporteront pas le pays, quand ils s'en iront, avecques eux »
JEHAN DE TROYES: « Le quel Charolois rendit responce, en disant que diable peust emporter ceulx qui faisoient tel, et qu'ils faisoient plus que on ne leur commandoit »
Recueil de farces, p. 381: S'il en a fait occision, Autant en emporte le vent ; Gens pleins de dissolucion, On les doit corriger souvent
XVIème siècle
MAROT: « Amy Gavan, on t'a fait le rapport Depuis un peu que j'estois trespassé : Je prie à Dieu que le deable m'emport S'il en est rien, ne si j'y ai pensé »
CALV.: « Les mots de Moyse n'emportent sinon qu'il a imposé nom à l'autel »
MONT.: « L'un et l'aultre de ces deux moyens m'emporteroit aysement »
MONT.: « Il se laisse emporter à ce dernier accident »
MONT.: « Ainsin emporte les bestes leur rage à s'attaquer à.... »
MONT.: « S'ils emportent la victoire sur eulx »
MONT.: « Si tu ne portes la douleur, elle t'emportera »
MONT.: « Je n'estime point qu'en suffisance et en grace à cheval nulle nation nous emporte »
MONT.: « Capoue feut emportée le lendemain »
MONT.: « Un chien luy emporta le gras de la jambe »
MONT.: « On disait à Socrates que quelqu'un ne s'estoit aulcunement amendé en son voyage : Je crois bien, dict-il ; il s'estoit emporté avecques soy »
AMYOT: « Emporter le prix »
AMYOT: « Le sort la [Hélène] donna à Theseus, qui l'emporta en la ville de Aphidnes »
AMYOT: « Leur risée emportoit tousjours, quand et elle, un doulx admonestement »
AMYOT: « Il y eut grande contention et grande contrariété d'opinions, toutefois à la fin la plus doulce l'emporta »
AMYOT: « La peste, oultre une multitude innumerable de peuple, emporta encore plusieurs magistrats »
AMYOT: « Demosthenes, l'ayant souspesée, s'esmerveilla du poids qui estoit grand, et demanda combien de poids elle emportoit ; et Harpalus en se riant lui respondit : Elle t'emportera vingt talents ; et sitost que la nuict fut venue, luy envoya la couppe avec les vingt talents »
PARÉ: « Ceux à qui un gros boulet aura emporté un membre »
PASQUIER: « Philippe, pour la grandeur de ses mérites, emporta, par la voix des doctes, le surnom d'Auguste »
ÉTYMOLOGIE
En 2, et porter ; bourguig. empôtai ; provenç. emportar. Emporter, c'est porter de là : lat. inde portare.
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Enlever, ôter d'un lieu. "Il a fait emporter tous ses meubles de la maison. Emporter un malade, un homme blessé."
Il signifie particulièrement, Prendre une chose en un lieu, et la porter, l'avoir avec soi. "La proie qu'un aigle emporte dans son aire. Emportez ce livre, vous le lirez à loisir. Emportez-le chez vous. Emporter des provisions. Je n'emporterai, pour mon voyage, que très-peu de hardes. Il prit la fuite, en emportant les fonds qui lui avaient été confiés." On a dit figurément, sous la législation qui reconnaissait le droit d'aînesse, "L'aîné emporte les deux tiers du bien," Les deux tiers du bien sont dévolus à l'aîné.
Il se dit quelquefois, figurément, en parlant Des choses morales. "Je n'emporterai de ces lieux qu'un souvenir agréable. Le secret qu'il emporte avec lui dans la tombe."
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie encore, Entraîner, arracher, enlever, emmener avec effort, avec rapidité, avec violence. "Son cheval prit le mors aux dents, et l'emporta à travers les champs," ou absolument, "l'emporta. Les courants emportèrent le vaisseau. Le vent a emporté mon chapeau. Le carrosse entra si vite, qu'il faillit emporter la borne. Ce coup de canon lui a emporté une jambe. La rivière a emporté les ponts, les chaussées, etc. Un coup de fouet qui emporte la pièce."
Fig. et fam., "Emporter la pièce," Railler, médire d'une manière cruelle. "C'est un homme qui emporte la pièce."
Prov. et fig., "Autant en emporte le vent," se dit en parlant De promesses auxquelles on n'ajoute pas foi, ou De menaces dont les effets ne sont point à craindre. "Il me promet monts et merveilles, autant en emporte le vent. Ne vous alarmez pas de ses menaces, autant en emporte le vent."
Fam., "Que le diable vous emporte," se dit Pour exprimer son dépit, sa mauvaise humeur, sa colère contre quelqu'un. Pour les autres locutions analogues, voyez DIABLE.
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit aussi, figurément, D'une maladie qui cause la mort. "La peste emporte les gens en peu de jours. Cette maladie l'emportera. La fièvre l'a emporté."
Il signifie également, surtout en parlant De couleurs, de taches, etc., Détruire, faire disparaître. "Le jus de citron emporte les taches d'encre, emporte la couleur des étoffes sur lesquelles il tombe."
"Ce remède emporte la fièvre," Il la guérit.
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit encore figurément Des passions, et signifie, Tirer l'âme de sa situation ordinaire, jeter dans quelque excès blâmable. "La colère l'emporta bien loin. Se laisser emporter à sa vengeance. La douleur l'a emporté jusqu'à dire, jusqu'à faire... La jeunesse se laisse emporter aux plaisirs."
Il s'emploie aussi avec le pronom personnel, et signifie alors, Se fâcher violemment, S'abandonner à la colère. "S'emporter contre quelqu'un. Il s'emporte pour rien. Il s'emporte pour peu qu'on le contredise."
Il se dit également, D'un cheval qui se livre à sa vivacité, à sa fougue, et qui ne peut être retenu par celui qui le monte ou qui le conduit. "Son cheval s'emporta. Les chevaux s'emportèrent, et la voiture versa." On dit quelquefois, dans un sens analogue, qu'"Un chien de chasse s'emporte."
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi figurément, Gagner, obtenir, mais avec l'idée d'une sorte de violence. "Cet homme a tant de crédit, qu'il emporte tout ce qu'il veut. Il emporta cette affaire à force de sollicitations."
Prov. et fig., "Emporter quelque chose de haute lutte," L'emporter rapidement, malgré toute opposition.
"Emporter une place," S'en rendre maître en peu de temps. "Il emporta la place en quinze jours de tranchée ouverte. Emporter une place d'assaut, l'emporter d'emblée." On dit de même, "Emporter un ouvrage l'épée à la main; emporter un retranchement; etc."
Prov. et fig., "Emporter quelque chose à la pointe de l'épée," L'emporter avec de grands efforts.
6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie encore, Avoir la supériorité, le dessus, prévaloir; et alors il se joint avec le pronom "le. Ce vin l'emporte sur tous les autres vins. Le diamant l'emporte sur toutes les autres pierreries. Virgile et Horace l'emportent sur tous les poëtes latins. Il l'a emporté sur ses concurrents. L'amour l'emporte quelquefois sur la raison. Cet avis l'emporta. Sa fierté l'emporta sur ses intérêts."
7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
joint au même pronom, signifie aussi, Peser davantage. "À volume égal, l'or l'emporte de beaucoup sur l'argent."
Fig., "Emporter la balance," Déterminer la préférence. "Cette considération emporta la balance."
8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Entraîner par une suite nécessaire; Comprendre, impliquer. "Dans quelques pays, la condamnation à mort emporte la confiscation des biens. La proposition générale emporta la proposition particulière. Le mot de" vertu "emporte presque toujours l'idée d'effort fait sur soi-même."
En termes de Procédure, "La forme emporte le fond," se dit Pour exprimer que, dans le jugement d'un procès, la forme prévaut sur le fond, c'est-à-dire, qu'un simple défaut de forme peut faire échouer dans les prétentions les mieux fondées. On dit, dans le sens contraire, "Le fond emporte la forme," Le fond prévaut sur la forme.
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Verbe |
["Anporté"] 1°. Enlever, ôter d'un lieu. Porter dehors. 'Il a fait "emporter ses" meubles. '"Emportez ce" livre.
- 2°. Entraîner, arracher. * Les courans "emportèrent le" vaisseau. 'Le cârrosse "emporta la" borne. 'Le vent "a emporté" mon chapeau. 'La rivière "a emporté les" ponts, "les" chaussées.
- 3°. Ôter. 'Remède qui "emporte la" fièvre. 'Le jus de citron "emporte les" taches.
- 4°. "Fig.", en parlant des "passions", jeter dans quelque excès blâmable. 'La colère, la douleur "l'a emporté aux" plus horribles excès. '"Se laisser emporter à la" vengeance, "à l'"amour du plaisir.
- "S'emporter", se fâcher violemment. 'Il "s'emporte" pour rien. 'Il "s'est emporté contre" moi, je ne sais pas pourquoi.
- 5°. Gâgner, obtenir. 'Il a tant de crédit, qu'il "emporte" tout "ce" qu'il veut.
- 6°. Avoir le dessus. 'Virgile et Horace "l'emportent sur" tous les Poètes Latins.
- 7°. "Emporter", entraîner par une suite nécessaire. 'Ce principe avoué "emporte une" telle conséquence. 'Souvent "la forme emporte le fond". 'Cette espèce de société "n' emportoit point d'"engagement durable. "Rayn."
- 8°. "Emporter la balance", prévaloir.
- "Emporter une place", s'en rendre maître en peu de temps.
- On dit d'une râillerie atroce, qu' "elle emporte la pièce":
- On dit aussi des promesses et des menaces frivoles, "autant en emporte le vent".
REM. 1°. "Emporter", "Remporter", "Raporter" (syn.) On dit toujours, "remporter la victoire", et non pas "emporter": mais on dit, au contraire, "emporter", et non pas "remporter le butin". Mén. Bouh. Corn.
- Selon l'"Acad." dans la dern. édition de son Dict., on disait également "raporter", ou "remporter" de la gloire, de l'honeur, du profit de quelque chôse. ("Remporter" paraissait meilleur à "La Touche"). Dans les autres éditions, au mot "Raporter", elle ne done que ces deux exemples. 'Il "en a raporté" beaucoup de gloire: il "n' en a raporté" que de la honte. Au mot "Prix", elle ne dit que "remporter", et ne parle point d'"emporter".
2°. EMPORTER se dit, dans le propre et dans le fig. 'Il "a emporté cette" caisse. 'La colère "l' a emporté"; la fureur "l'emportoit" au delà des bornes. La diférence qu'il y a dans ces deux sens, c'est que dans le "propre", la persone est le sujet, (le nominatif) et la chôse, le régime (le cas); c'est tout le contraire dans le "figuré".
3°. On dit, "l'emporter sur", ou "l'emporter" tout seul et sans régime. Dans cette expression, le pronom indéclinable "l' "est nécessaire, comme dans "le céder", et on ne doit pas le retrancher. '"Vous l'emportez sur" moi, je l'avoue sans peine. 'Le plaisir de lui être utile "l'emporta sur" la douleur de le quiter. "Volt."
- "Fontenelle" dit, "l'emporter par-dessus", ce qui n'est pas si bien. 'On me met, dit "Séneque", avec un Poète badin: cela veut dire que le Poète "l'emporte" bien "par dessus" moi.
- 'Le plus habile "l'emporte" à la longue.
Enfin vous "l'emportez", et la faveur du Roi
Vous élève en un rang qui n'étoit dû qu'à moi.
"Le Cid".
4°. "S'emporter", se mettre en colère, régit la prép. "contre", des persones, et quelquefois la prép. "à" des chôses. 'Il "s'emporta contre" ce Prince "aux" plus grossières injures. "Prévot". Ce dernier régime est peu usité. = * "Bossuet" se sert de "s'emporter", pour signifier autre chôse que la colère. 'Les gens de guerre "s'emportent jusqu'à vendre" l'Empire au plus ofrant.
- Ce verbe n'est pas d'usage en ce sens. "S'emporter" et "emportement", quand ils sont seuls et employés absolument, ne se disent que de la colère.
5°. "Être emporté" régit la prép. "par". M. "Thomas", usant des privilèges des Poètes, y substitue la prép. "de".
Ne crains pas qu'"emporté d'un" zèle téméraire,
Le mensonge flateur profane mes accens.
En prôse, on dirait, "emporté par" un zèle téméraire.
6°. "Se laisser emporter" régit la prép. "à" plutot que "par". "Se laisser emporter à la" colère, est mieux que "par la colère".
Emplacement dans le dictionnaire :
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)...que je n'entendrai plus, en t'écoutant, le bruit que fait mon coeur sur cette terre, ne te contente pas, océan, de jeter sur mon visage un peu d'écume : d'un coup de lame alors il te faut m'emporter pour dormir dans ton amertume. 6e LIVRE (i) Belle source, je veux me rappeler sans cesse qu'un jour, guidé par l'amitié, ravi, j'ai contemplé ton visage, ô déesse, perdu sous la mousse à moitié. Que...
Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)
...pour être mon gabier de hamac . Pour un midship, le gabier de hamac, c'est le matelot chargé de lui accrocher tous les soirs son petit lit suspendu et de le lui décrocher tous les matins. Avant d'emporter le hamac, il faut naturellement réveiller le dormeur qui est dedans et le prier de descendre ; cela se fait, en général, en lui disant : -il est branle-bas, capitaine. On répète plusieurs fois cette...
Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)
...Mon dieu, rien autre chose que ce qui en a été ce jour-là ; dans l'avenir, rien de moins, rien de plus. Ces départs, ces emballages puérils de mille objets sans valeur appréciable, ce besoin de tout emporter, de se faire suivre d'un monde de souvenirs, -et surtout ces adieux à des petites créatures sauvages, aimées peut-être précisément parce qu'elles étaient ainsi, -ça représente toute ma vie, cela......
Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)
...Et comme on était bien là, pour flâner dans une sécurité absolue : à travers les treillages et les branches vertes, sans être vu, on voyait de si loin venir les dangers... j'avais toujours soin d'emporter avec moi, dans cette retraite, une provision de cerises, ou de raisins, suivant la saison, et vraiment j'aurais passé là des heures de rêverie tout à fait délicieuse, -sans ces remords obstinés qui...
Citation n°5 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)
...flottait toute seule au large ; pas moyen de la ramener, elle était trop grosse ; alors ils l'avaient crevée en mer, remplissant tout ce qu'il y avait à bord de pots et de moques. Impossible de tout emporter. On avait fait des signes aux autres pilotes, aux autres pêcheurs ; toutes les voiles en vue s'étaient rassemblées autour de la trouvaille. -et j'en connais plus d'un qui était soûl, en rentrant le...
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