Fléchir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XII e siècle, flechier. Issu du latin populaire *flecticare, du latin classique flectere, « courber, ployer ».

I. V. tr.
1. Courber, faire ployer. Fléchir une tige de fer. Fléchir le bras, le plier. Le muscle qui fléchit la première phalange du petit doigt. Fléchir le genou devant quelqu'un, en témoignage de respect ou de soumission. Fléchir les genoux, en raison de son épuisement ou de son infériorité physique et, fig., s'avouer vaincu.
2. Fig. Faire céder, amener à compassion. Fléchir ses juges. Se laisser par les prières. Par méton. Litt. Fléchir la dureté, la cruauté d'un tyran.
3. Au participe passé, adjt. Forme fléchie, forme d'un thème nominal, pronominal ou verbal qui est modifiée pour indiquer le nombre, le genre, la personne, le temps, la fonction, etc. L'ensemble des formes fléchies constitue la flexion.

II. V. intr.
1. Ployer, se courber. Les branches fléchissent sous le poids de la neige. Cette poutre commence à . Sentir ses jambes . Fig. Se soumettre, s'abaisser. Tout le monde fléchissait devant lui. Tout doit sous les lois de la destinée. Litt. Fléchir sous le joug, s'y soumettre. Par anal. Faiblir, céder ; perdre de sa vigueur, de son intensité. L'aile droite de l'ennemi fléchissait. Ses forces fléchissent. Fléchir sous les difficultés.
2. Renoncer à une attitude de fermeté ou de dureté. Il commence à . Il ne sait ce que c'est que . Quoi qu'on fasse, je ne ai pas.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Faire ployer, courber. "Fléchir la tige d'un arbre. Fléchir quelque partie du corps. Le muscle qui fléchit la première phalange du petit doigt. Fléchir le genou, les genoux. Une baguette de fer fléchie et tordue."
Fig., "Fléchir le genou, les genoux devant quelqu'un," S'abaisser, s'humilier devant lui.
Il signifie figurément Amener à compassion, toucher de pitié, attendrir, adoucir. "Fléchir ses juges. Se laisser aux prières, par les prières. Il est inexorable, rien ne peut le . Son repentir devrait les coeurs les plus durs, les plus barbares. Fléchir la dureté, la cruauté d'un tyran, le courroux d'un maître."
Il s'emploie aussi intransitivement et signifie Plier, se courber. "Cette poutre commence à . Ce bois rompra plutôt que de ."
Fig., "L'aile droite de l'armée fléchissait," Elle ne pouvait plus garder sa ligne, sous la poussée de l'ennemi.
Il signifie figurément Se soumettre, s'abaisser. "Tout le monde fléchissait devant lui. Tout doit sous les lois de la destinée."
Fig., "Fléchir sous le joug," S'y soumettre.
Il signifie également Cesser de persister dans des sentiments de dureté ou de fermeté. "Quoi qu'on fasse, je ne ai pas. Il ne sait ce que c'est que . Il commence à ."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Donner une inflexion, ployer. Fléchir la tige d'un arbre.
BUFF.: « On ne doit pas être surpris que le cuivre jaune ou laiton soit quelquefois sensiblement attirable à l'aimant, surtout après avoir été frappé ou fléchi et tordu avec force »
    Donner une direction courbe.
BUFF.: « Ils [les canards sauvages] fléchissent leur vol, et se lancent obliquement sur la surface de l'eau, qu'ils effleurent et sillonnent »

 2   Il se dit de l'action des muscles qui font faire aux membres une inflexion, un angle. Les muscles qui fléchissent le pied sur la jambe, la jambe sur la cuisse.
    Fléchir le genou, s'agenouiller.
RAC.: « Il n'a devant Aman pu fléchir les genoux »
MASS.: « On vient fléchir le genou pour s'attirer les regards du prince »
    Fig. Fléchir le genou, se soumettre.
ROLLIN: « Tout fléchissait le genou et était rampant devant eux [Cambyse et Smerdis] »
    Fléchir les genoux devant les idoles, adorer les idoles.
    On dit en ce sens : Fléchir le genou devant Baal.

 3   Fig. Toucher, attendrir, faire céder.
CORN.: « Faites qu'à mes désirs je la puisse fléchir »
CORN.: « Il aura peu de peine à fléchir son dédain »
CORN.: « A-t-elle rien fléchir de son humeur altière ? »
LA FONT.: « L'argent sut donc fléchir ce coeur inexorable »
BOSSUET: « La grâce fléchit les coeurs les plus endurcis »
BOURDAL.: « Dieu veut être fléchi, et il nous en fournit lui-même le moyen le plus efficace »
RAC.: « Cette férocité que tu croyais fléchir, De tes faibles liens est prête à s'affranchir »
RAC.: « Je vous crains pour vous-même ; et je viens à genoux Vous prier, ma princesse, et vous fléchir pour vous »
RAC.: « Je fléchis mon orgueil, j'allai trouver Pallas »
MASS.: « Laissez-vous fléchir à mes voeux »
ROLLIN: « Dans la suite, ayant fléchi la colère de Dieu par un sincère et vif repentir, il obtint sa liberté et retourna à Jérusalem »
VOLT.: « Votre sagesse et votre autorité Ont d'Alzire en effet fléchi la volonté »

 4   V. n. Avoir une courbure.
BUFF.: « M. Edwards observe que le bec de cette barge fléchit en haut, comme celui de l'alouette, caractère dont la plupart des barges portent quelque légère trace »

 5   Plier, céder sous la charge. Cette poutre fléchit. Cette barre de fer rompra plutôt que de fléchir.
RAYNAL: « Les pièces de cette porcelaine ont toujours en dessous trois ou quatre traces de supports, qui ont été mis pour l'empêcher de fléchir dans la cuisson »
    Le genou fléchit, on s'agenouille ; et fig. on se soumet.
BOSSUET: « Tout genou fléchira devant lui [Jésus-Christ] »
RAC.: « Et fais à son aspect que tout genou fléchisse »

 6   Fig. Se soumettre, céder.
MALH.: « Tout a fléchi sous leur menace »
CORN.: « Tout fléchit sur la terre et tout tremble sur l'onde »
BOSSUET: « Tout fléchit sous un si grand capitaine »
BOILEAU: « [L'ode] Mène Achille sanglant au bord du Simoïs, Ou fait fléchir l'Escaut sous le joug de Louis »
BOILEAU: « Au joug de la raison sans peine elle [la rime] fléchit »
RAC.: « Tout l'univers fléchit à vos genoux »
VOLT.: « Fléchissons sous un dieu qui veut nous éprouver »
    Fléchir sous le joug, s'y soumettre.
RAC.: « J'aime, je l'avouerai, cet orgueil généreux Qui n'a jamais fléchi sous le joug amoureux »

 7   Se relâcher de sa sévérité ou de sa fermeté. C'est un homme doux et qui fléchit aisément.
PATRU: « S'il se voit en prison, il sera contraint de fléchir »
MOL.: « Il faut fléchir au temps sans obstination »
BOSSUET: « Le concile si ferme fléchit par violence »
RAC.: « Mais de faire fléchir un courage inflexible »

 8   Diminuer, devenir moindre.
MARMONTEL: « Depuis quarante ans qu'elle [une liaison] dure, je puis la citer pour exemple d'une amitié que ni les années ni les événements n'ont fait varier ni fléchir »

 9   Ne plus combattre avec la même vigueur, commencer à céder. L'aile droite commençait à fléchir.

 10   Se fléchir, v. réfl. Être ployé.
BOSSUET: « Tout genou se fléchit devant lui [Jésus-Christ] dans le ciel, sur la terre et dans les enfers »
    Fig.
PASC.: « Comme si c'était à la règle à se fléchir pour convenir au sujet »

 11   S'accommoder à, se prêter à.
BONNET: « D'autres fois, moins sublime, mais non moins estimable, l'homme s'occupe des arts qui peuvent pourvoir à ses besoins ou augmenter ses commodités ; sa raison se fléchit à tout »

 12   Être touché, apaisé.
BOILEAU: « Qui l'eût cru que pour moi le ciel dût se fléchir ? »

HISTORIQUE
    XIIème siècle
BENOÎT: « Cum l'eve [de la Seine] est bloie et arzillose, E pleinteïve et abundose, Cum ele est suvent flechisantz Que la terre en seit plus vaillantz »
     Th. le mart. 70: Li prelat sunt serf Deu, li reis les deit cherir ; E il sunt chief des reis, li reis lur deit flechir, Deus est chiés [chef] des prelaz
     ib. 143: Fait li dunc sainz Thumaz : tuz nus estuet murir, Ne pur mort de justise ne me verrez flechir ; E pur l'amur de Deu voil la mort sustenir
    XIIIème siècle
     Ren. 4798: Dist Renart : dont vos abessiez, Et vos agenoilliez ici : Puis ambedeus ses piez flechi, Et mist sor le piege sa main
    XIVème siècle
BERCHEURE: « Afin que par dons ne par prieres il ne se peust flechir de son propos »
     Ménagier, I, 8: Ainsi veez vous que le sage homme fleschi son courage pour saulver l'onneur de sa femme
     Guesclin. 15719: Devant le roi Henri le varlet se fleschi, Et puis le salua de Dieu qui mort soufri
    XVème siècle
FROISS.: « Guillaume de Fermiton flechit, et lui glissa un petit le pied »
     Perceforest, t. I, f° 110: Vous sçavez que d'armes et d'amours ne doit on pas flechir de dire verité ; or je vous demande, par la foy que vous devez à amors et à chevalerie, lequel des chevaliers de dedans doit avoir le prix
    XVIème siècle
J. MAROT: « Ce Genevois parlant au general, Genoux flescis troys fois baisa la terre »
MONT.: « Je sens mes facultez flechir soubs la charge »
ID.: « Il [l'idiome français] succombe ordinairement à une puissante conception ; si vous allez tendu, vous sentez souvent qu'il languit soubs vous et flechit »
PARÉ: « Les muscles qui flechissent et estendent le coulde »
PALSGR.: « On peult flechir une gaulle nouvellement cueillie »

ÉTYMOLOGIE
    Pic. flékir, provenç. flechir ; anc. ital. fiettere ; du latin flectere, d'après Diez, par le changement, rare en français, de ct en ch, et par le changement plus fréquent de la 3e conjugaison en 4e. Mais en même temps il faut admettre pour le français que flechissant (XIIème siècle), flechissable et flechissement (XIIIe et XIVème siècle) indiquent une dérivation non de la conjugaison latine en ire, car alors on aurait flechant, flechable, flechement, mais une forme allongée par iscere (flexisco, comme florisco, pour je fleuris, fleurissant, etc.). Il faut noter l'analogie de flectere avec falx, la faux.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Ployer, courber. "Fléchir quelque partie du corps. Le muscle qui fléchit la première phalange du petit doigt. Fléchir le genou, les genoux."
"Fléchir les genoux devant les idoles," Adorer les idoles. On dit aussi dans ce sens, "Fléchir le genou devant Baal."
Fig., "Fléchir le genou, les genoux devant quelqu'un," S'abaisser, s'humilier devant lui. "Cet homme est toujours prêt à les genoux devant le pouvoir."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi comme neutre. "Cette poutre commence à . Ce bois rompra plutôt que de . Il faut que tout genou fléchisse au nom de Jésus."
Fig., "Fléchir sous le joug," S'y soumettre. "Tout fut obligé de sous le joug."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit figurément, à l'actif, et signifie, Émouvoir à compassion, toucher de pitié, attendrir, adoucir. "Fléchir ses juges. Se laisser aux prières, par les prières. Il est inexorable, rien ne le fléchit, ne peut le . Cela est capable de les coeurs les plus durs, les plus barbares. Fléchir la dureté, la cruauté d'un tyran, le courroux d'un maître."
Il s'emploie de même figurément au neutre, et signifie, Se soumettre, s'abaisser. "Tout le monde fléchissait devant lui. Tout doit sous les lois de la destinée."
Il signifie également, Cesser de persister dans des sentiments de dureté ou de fermeté. "C'est un homme doux, qui fléchit aisément. Quoi qu'on fasse, je ne ai pas. Il est inébranlable, il ne fléchit point. Il ne sait ce que c'est que de . Il commence à ."
Il signifie quelquefois, Céder, ne plus résister, ne plus combattre avec la même vigueur. "L'aile droite de l'armée commençait à ."



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Ployer, courber. En ce sens il n'est guère d'usage à l'actif qu'en ces phrases": Fléchir le genou. Fléchir les genoux."
Il est aussi neutre; et l'on dit dans ce sens: "Cette poutre commence à . Ce fer rompra plutôt que de . Il faut que tout genou fléchisse au nom de "
On dit, "Fléchir sous le joug," et absolument "Fléchir", pour dire, Se soumettre, s'abaisser. "Tout fut obligé de sous le joug. Tout le monde fléchissoit devant lui. Tout fléchit sous les lois de la destinée."



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Fléchir, se dit encore frgurément à l'actif, pour dire, Émouvoir à compassion, toucher de pitié, adoucir, attendrir. "Fléchir ses Juges. Se laisser aux prières, par les prières. Il est inexorable, rien ne le fléchit. Cela est capable de les coeurs les plus durs, les plus barbares. Fléchir la dureté, la cruauté d'un tyran."
Il est aussi neutre, et signifie, Cesser de persister dans des sentimens de dureté ou de fermeté. "C'est un homme doux et qui fléchit aisément. Il est inébranlable, il ne fléchit point. Il ne sait ce que c'est que de . Il commence à ."



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Ployer, courber. En ce sens il n'a guère d'usage à l'actif qu'en ces phrases, "Fléchir le genou. Fléchir les genoux."
Il est aussi neutre; & l'on dit dans ce sens, "Il faut que tout genou fléchisse au nom de JESUS."
On dit, "Fléchir sous le joug," & absolument "Fléchir," pour dire, Se soumettre, s'abaisser. "Tout fut obligé de sous le joug. Tout le monde fléchissoit devant lui."



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



se dit encore figurément à l'actif, pour dire, Émouvoir à compassion toucher de pitié, adoucir, attendrir. "Fléchir ses Juges. Se laisser aux prières, par les prières. Il est inéxorable, rien ne le fléchit. Cela est capable de les coeurs les plus durs, les plus barbares. Fléchir la dureté, la cruauté d'un tyran."
Il est aussi neutre, & signifie, Cesser de persister dans des sentimens de dureté ou de fermeté. "C'est un homme doux & qui fléchit aisément. Il est inébranlable, il ne fléchit point. Il ne sait ce que c'est que de . Il commence à ."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

et neut. FLÉCHISSEMENT, s. m. ["Fléchi", "chiceman:" 1re "é" fer. 3e "e" muet.] "Fléchir", 1°. ployer, courber; " le" genou, ou "les" genoux.
- "V. n." 'Que tout genou "fléchisse" au nom de JÉSUS. '"Fléchir" sous le joug. 'Tout le monde "fléchissoit" devant lui.
- 2°. Adoucir, atendrir. 'Rien ne peut "le ". '"Se laisser aux" ou "par" les prières. '"Fléchir le" courroux, "le" dûreté d'un Tyran. = "V. neut." 3°. Cesser de persister, céder par complaisance ou par foiblesse. 'Il "fléchit" aisément. 'Il ne sait ce que c'est que de "fléchir". * Il se dit sans régime: "Molière" lui done celui de "céder". 'Il faut " au" temps.
   "Rem." 1°. Suivant le P. "Bouhours", ce verbe ne se dit point dans le propre tout pur. On dit bien, " un" homme; " la colère de" quelqu'un, mais on ne dit pas " un" arbre; " un" bâton. Et quand on dit " le genou", cela signifie adorer, et non pas simplement "plier le genou" devant l'idole. L' "Acad." dit pourtant " le genou", ou "les genoux". Il est vrai qu'elle avertit que ce verbe ne se dit que dans ces deux phrâses, mais elle ne dit pas si elles sont au "propre" ou au "figuré". L'autorité de l'"Acad." est très-grande; mais l'opinion du P. "Bouhours" me parait fondée... "Richelet" le dit neutralement au propre: Ce bois ne "fléchit" point. = M. "Pascal" a dit. 'Ce n'est pas à la règle à "se ", pour convenir au sujet. J'aimerais mieux dire, "à se plier".
   2°. Le P. "d'Orléans" emploie "faire " avec la prép. "à" et l'infinitif, dans le sens de "faire consentir", "déterminer". 'L'un et l'aûtre "firent " enfin le Roi de France "à négocier". Ni l'expression, ni le régime ne sont suivant l'usage.
   FLÉCHISSEMENT, action de . '"Le fléchissement des genoux" devant les idoles est un crime d'idolâtrie.
- Il ne se dit que dans cette ocasion, et pour l'action de les genoux.




Emplacement dans le dictionnaire :

flavert
flavescent
flavet
fléau
flèche
flécher
fléchette
fléchière
fléchille
fléchir
flechissement
fléchissement
fléchisseur
flégard
flegmasie
flegmatique
flegmatiquement
flegme
flemmard
flemmarder
flemmardise


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