Gémir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XII e siècle. Emprunté du latin gemere, « se plaindre, ».
1. Exprimer sa souffrance d'une voix plaintive, par des sons inarticulés. Le blessé a gémi toute la nuit. Il ne cesse de . Gémir de douleur. Par ext. Gémir de plaisir. Fig. et litt. Se plaindre sous l'accablement d'une peine morale. Gémir sous la tyrannie, sous le joug. Gémir dans l'oppression, dans l'esclavage, dans les fers.
2. Par anal. Faire entendre un son qui ressemble à une plainte. Le vent gémit dans la forêt. Les essieux gémissaient sous la charge.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Exprimer sa souffrance d'une voix plaintive et non articulée. "Je l'entendis toute la nuit. Gémir de douleur."
Il se dit figurément des Plaintes qu'excitent la tyrannie, l'injustice, le malheur, etc. "Gémir sous le joug. Gémir dans l'oppression, dans l'esclavage, dans les fers. La nation avait longtemps gémi sous le poids des impôts. Gémir sous le" "poids des afflictions. Il gémissait de voir triompher l'injustice."
Il se dit aussi pour exprimer le Cri languissant et plaintif de certains oiseaux. "La colombe gémit. La tourterelle gémit."
Il se dit quelquefois figurément, surtout en poésie, des Choses inanimées, lorsqu'elles font entendre quelque bruit, quelque murmure. "Le vent gémit dans les forêts."
Il se dit, particulièrement, des Choses qui s'affaissent sous le poids, sous la pression d'une autre, ou que l'on suppose ne pouvoir la soutenir qu'avec effort. "Il fait les coussins, les coussins gémissent sous le poids de son corps. La terre gémit sous ses pas."
Fig. et par plaisanterie, "Faire la presse," Faire beaucoup imprimer. Il se dit surtout des Écrivains qui sont plus remarquables par leur fécondité que par leur talent.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Exhaler sa souffrance, sa peine, d'une voix plaintive et inarticulée.
BOSSUET: « Mais et les princes et les peuples gémissaient en vain ; en vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements.... la mort plus puissante nous l'enlevait entre ces royales mains »
BOSSUET: « Vous l'avez vue si souvent gémir devant les autels de son unique protecteur »
RAC.: « Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime, De l'entendre gémir, de l'affliger soi-même ! »
RAC.: « Pleurons et gémissons, mes fidèles compagnes »
VOLT.: « Mon frère, ayez pitié d'une soeur égarée Qui brûle, qui gémit, qui meurt désespérée »
VOLT.: « Je pleure mon destin, je gémis sur mon père »
    Activement et poétiquement.
LAMART.: « Voilà ce qui fait honte ou ce qui fait frémir ; Gémissement que Job oublia de gémir »

 2   Par extension, se plaindre sous un poids qui accable.
RAC.: « D'un peuple sans vigueur et presque inanimé Qui gémissait sous l'or dont il était armé »
M. J. CHÉN.: « Déjà la pythonisse, errante, échevelée, Sous le pouvoir du dieu gémissait accablée »
    Fig.
BOSSUET: « L'Italie gémissait sous les armes des Lombards »
RAC.: « Mais je laissais gémir la vertu soupçonnée »
RAC.: « J'ai fait taire les lois et gémir l'innocence »
FÉN.: « Le royaume gémissait sous la tyrannie »
MASS.: « Le juste gémit dans l'indigence »
MASS.: « Des pécheurs qui gémissent sous le poids de leurs chaînes »
VOLT.: « J'ai fait, jusqu'au moment qui me plonge au cercueil, Gémir l'humanité du poids de mon orgueil »

 3   Être péniblement ou désagréablement affecté de quelque chose.
BOILEAU: « Evrard a beau gémir du repas déserté »
RAC.: « Alexandre le sait, Taxile en a gémi »
FÉN.: « Il y a vingt ans qu'ils font gémir tous les gens de bien »
VOLT.: « Mais ne crois pas non plus que le mien [coeur] s'avilisse à souffrir des rigueurs, à gémir d'un caprice »
VOLT.: « Il craint de lui parler, il gémit de se taire »
RAYNAL: « Il gémissait d'être obligé d'acheter sa sûreté par des soumissions »
D'ALEMBERT: « Il faut gémir sur le sort de l'humanité, qui ne permet pas qu'un seul homme ait à la fois tous les talents et toutes les vertus »

 4   Il se dit du cri de certains oiseaux. La colombe gémit. La tourterelle gémit.
SACI: « Je criais vers vous comme le petit de l'hirondelle, je gémissais comme la colombe »
    Activement et poétiquement.
LAMART.: « L'oreille n'entend rien qu'une vague plaintive, Ou la voix des zéphirs, Ou les sons cadencés que gémit Philomèle »

 5   Par analogie, il se dit des choses qui font entendre une sorte de murmure.
RAC.: « On se menace, on court, l'air gémit, le fer brille »
RAC.: « La rive au loin gémit blanchissante d'écume »
FÉN.: « Les marteaux faisaient gémir les cavernes de la terre »
FÉN.: « Quand l'aquilon fait gémir les troncs des vieux arbres »
VOLT.: « La terre au loin gémit, le jour fuit, le ciel gronde »
LEMERC.: « Eh ! seigneur, est-ce vous dont la voix lamentable A fait gémir ces murs d'accents si douloureux ? »

 6   S'affaisser, en parlant des choses qui reçoivent un poids, une pression considérable.
SCARRON: « La frêle nacelle gémit, Quand Aenéas dedans s'y mit »
BOILEAU: « Et son corps, ramassé dans sa courte grosseur, Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur »
FÉN.: « L'enclume qui gémissait sous les coups redoublés »
MASS.: « La mer gémissait sous le nombre et sous la grandeur énorme de nos navires »
    Fig. et familièrement. Faire gémir la presse, faire beaucoup imprimer ; locution métaphorique tirée de l'ancienne presse à bras qui faisait entendre une espèce de gémissement quand on tirait le barreau.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Job, p. 476: Rapelat il à la remembrance ceaz [ceux] d'Epheson, cant il, ploranz et gemanz, les comandat à Deu
    XIIIème siècle
RUTEB.: « Enfer tressue, enfer fremit, Enfer dolose, enfer gemit, Quant perdu a la grant goulée Qu'avoit jà prise et engoulée »
    XIVème siècle
     dans BURGUY, Gramm. t. II, p. 261: Et mon pechié cy gemirai Amerement
    XVIème siècle
MAROT: « La tourterelle en gemit et en mene Semblable dueil : et j'accorde à leurs chants »
DU BELLAY: « Ayant tant de malheurs gemy profondement »
YVER: « Comme pigeons, qui bec à bec gemissent leur amour »
PARÉ: « Ils hurlent comme les loups, ils gemissent comme les ours, ils rugissent comme lions »

ÉTYMOLOGIE
    Berry, gemer ; provenç. gemir : portug. gemer ; ital. gemere ; du latin gemere ( le 2nd e prend un accent bref). La formation régulière est geindre (voy. ce mot) ou l'italien gémere. Gémir, remontant aux premiers temps de la langue, suppose un changement de conjugaison, de la 3e en 4e. La très ancienne langue ne le conjuguait pas comme les verbes en iscere, témoin gemant de gementem ; mais dès le XIIIe siècle il était conjugué comme un verbe en iscere.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Exprimer sa peine, sa douleur, d'une voix plaintive et non articulée. "Je l'entendis toute la nuit. Gémir de douleur."
Il se dit figurément Des plaintes qu'excitent la tyrannie, l'injustice, le malheur, etc. "Gémir sous la tyrannie, sous le joug. Gémir dans l'oppression, dans l'esclavage, dans les fers. La nation avait longtemps gémi sous le poids des impôts. Gémir sous le poids du malheur, des afflictions."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Être péniblement affecté d'une chose, en éprouver une vive et profonde peine. "Il gémissait de voir triompher l'injustice. Il a causé des malheurs dont il a longtemps. Je gémis de votre erreur. Il en gémit au fond du coeur. Gémir de ses péchés devant Dieu. Gémir sur les pécheurs."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi pour exprimer Le cri languissant et plaintif de certains oiseaux. "La colombe gémit. La tourterelle gémit."
Il se dit quelquefois figurément, surtout en poésie, Des choses inanimées, lorsqu'elles font entendre quelque bruit, quelque murmure. "L'enclume gémit sous le marteau. Le vent gémit dans les forêts."
Il se dit, particulièrement, Des choses qui s'affaissent sous le poids, sous la pression d'une autre, ou que l'on suppose ne pouvoir la soutenir qu'avec effort. "Il fait les coussins, les coussins gémissent sous le poids de son corps. La terre gémit sous ses pas."
Fig. et par plaisanterie, "Faire la presse," Faire beaucoup imprimer. Il se dit surtout Des écrivains qui sont plus remarquables par leur fécondité que par leur talent.



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Exprimer sa peine, sa douleur, d'une voix plaintive et non articulée. "Gémir de douleur. Gémir sous le poids du malheur, des afflictions."
On dit figurément: "Gémir sous le joug. Gémir sous la tyrannie."
On dit, "Gémir de ses péchés devant Dieu," pour dire, Avoir une vive douleur de ses péchés. "Gémir sur les péchés du peuple. Gémir sur les pécheurs."



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Gémir, se dit aussi pour exprimer le cri de certains oiseaux. "La colombe gémit. La tourterelle gémit."



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Exprimer sa peine, sa douleur, d'une voix plaintive & non articulée. "Gémir sous un fardeau. Gémir de douleur. Gémir sous le faix."
On dit figurément, "Gémir sous le joug. Gémir sous la tyrannie."
On dit, "Gémir de ses péchés devant Dieu," pour dire, Avoir une vive douleur de ses péchés. "Gémir sur les péchés du peuple. Gémir sur les pécheurs."



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



se dit aussi pour Exprimer le cri de certains oiseaux, comme la Colombe, la Tourterelle. "La Colombe gémit. La Tourterelle gémit." On s'en sert ordinairement dans le langage de l'Écriture.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

GÉMISSANT, ANTE, adj. GÉMISSEMENT, s. m. ["Gémi", "san", "sante", "ceman": 1re "é" fer. 3e lon. au 2d et au 3e, "e" muet au dern.] "Gémir" a diférens sens, suivant les prépositions qu'il régit. "Gémir de" ou "sur", c'est pleurer, se plaindre: " de" ses péchés devant Dieu. "Gémir sur" les pécheurs, "sur" les désordres, etc. = "Gémir sous", c'est être acablé, succomber. * Madame de B... a mis l'un pour l'aûtre. 'L'opression "dont" les Provinces "gémissaient". Hist. d'Angl. Il falait dire, "sous laquelle", etc. = "Gémir", se dit de certains animaux, de la colombe, de la tourterelle. Les Poètes font même "gémir" les chôses inanimées. 'Les terribles marteaux, qui, frapant l'enclume, "faisaient " les profondes cavernes de la terre. "Télém." 'L'enclume "gémissait" sous les coups redoublés. "Ib."
   GÉMISSANT, ANTE, qui gémit. Le "masc." suit toujours le "subst." le "fém." peut quelquefois le précéder.
   Que de son peuple "gémissant".
   Sa main soulage les misères.
       "Rouss."
Colombe "gémissante", ou "gémissante" colombe.
  Entends ma "gémissante" voix.
      "Hipp." et "Aricie".
GÉMISSEMENT, plainte douloureûse. '"Le gémissement des" blessés, "des" mourans, "de la" colombe.




Emplacement dans le dictionnaire :

gélif
geline
gélinotte
gélivure
gélule
gémeau
gémelle
géminé
géminer
gémir
gémissant
gémissement
gemmation
gemme
gemmé
gemmer
gémonies
gênant
génant
gencive
gendarme




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...ignoré ? Pour tromper ma misère, devant tous sans rougir j'aurais du moins pleuré. Il me faut respecter ma naissance et mon titre, et l'honneur rigoureux de ma vie est l'arbitre. Un peuple sans gémir se soumet à ma loi ; je fais peser le joug, mais c'est surtout sur moi. Lorsqu'une extrémité qui tout courage dompte me vient ainsi presser, si je verse des pleurs, ce serait à ma honte, ce le...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...enfin, dans les bois, frais asiles, et sur les calmes bords d'un lac plein de clarté ! Mais plutôt, je voudrais songer sur tes rivages, mer, de mes premiers jours berceau délicieux. J'écouterai gémir tes mouettes sauvages, l'écume de tes flots rafraîchira mes yeux. Ah, le précoce hiver a-t-il rien qui m'étonne ? Tous les présents d'avril, je les ai dissipés, et je n'ai pas cueilli la grappe de...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...ignores... - en effet, il est dans la langue maorie beaucoup de mots et d'images qui ne deviennent intelligibles qu'à la longue, quand on a vécu avec les indigènes, la nuit dans les bois, écoutant gémir le vent et la mer, -l'oreille tendue à tous les bruits mystérieux de la nature. 1ère PARTIE, XLIV ... on n'entend aucun chant d'oiseaux dans les bois tahitiens ; les oreilles des maoris ignorent...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...tomber, elle s'agenouilla pour prier devant des saints et des saintes énormes, entourés de fleurs grossières, et qui touchaient la voûte avec leur tête. Dehors, le vent qui se levait commençait à gémir, comme rapportant au pays breton la plainte des jeunes hommes morts. Le soir approchait ; il fallait pourtant bien se décider à faire sa visite et s'acquitter de sa commission. Elle reprit sa route...


Citation n°5 de Louis HÉMON (Maria Chapdelaine)

...des prières la marche incompréhensible du mal, et chaque fois qu'elle s'approchait du lit c'était avec l'espoir confus qu'un miracle s'était produit et que la malade allait présentement cesser de gémir, s'assoupir quelques heures et se réveiller guérie. Il n'en fut rien : les plaintes continuaient, et vers le soir elles se muèrent en une sorte de soupir profond, répété sans cesse, qui semblait...


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