Glaive (nom masculin, subst. masculin)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Nom masculin |
XII e siècle. Issu du latin gladius, « épée, glaive ». Sorte d'épée courte et plate, à deux tranchants, en usage dans l'antiquité romaine. Par ext. Litt. Épée. Tirer le glaive. Remettre le glaive dans le fourreau. Pris comme symbole de la force, de l'autorité. Le glaive et la balance sont les attributs de la justice. Le glaive de Dieu. Conquérir par le glaive. . Tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive, paroles du Christ à Gethsémani, devenues expression proverbiale.
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Nom masculin |
Épée tranchante. Il n'est guère usité qu'en poésie et dans le style soutenu. "Il lui plongea son glaive dans le sein. Tirer le glaive. Remettre le glaive dans le fourreau." Fig., "Le glaive de la justice."
En termes d'Écriture, "Celui qui frappera par le glaive périra par le glaive."
Dictionnaire d'Emile Littré
| Subst. masculin |
1 Épée tranchante (usité surtout en poésie et dans le style soutenu).
RAC.: « J'ignore si de Dieu l'ange se dévoilant Est venu lui montrer un glaive étincelant »
VOLT.: « Quand l'arrêt du destin eut, durant quelques jours, à tant de cruautés permis un libre cours, Et que des assassins, fatigués de leurs crimes, Les glaives émoussés manquèrent de victimes »
Dans l'Écriture, celui qui frappera du glaive périra par le glaive.
Fig.
CORN.: « Il étale à son tour des revers équitables Par qui les grands sont confondus ; Et les glaives qu'il tient pendus Sur les plus fortunés coupables, Sont d'autant plus inévitables Que leurs coups sont moins attendus »
BOSSUET: « Glaive du Seigneur, quel coup vous venez de frapper [la mort de la reine] ! toute la terre en est étonnée »
BOSSUET: « Le glaive qui a tranché les jours de la reine est encore levé sur nos têtes ; nos péchés en ont affilé le tranchant fatal : le glaive que je tiens en main, dit le Seigneur notre Dieu, est aiguisé et poli ; il est aiguisé afin qu'il perce ; il est poli et limé afin qu'il brille »
BOURDAL.: « En acceptant le glaive de douleur, dont Siméon lui prédit que son âme sera percée »
MASS.: « De quel glaive de douleur son âme ne fut-elle pas percée ? »
2 La guerre, les combats. Le glaive peut seul décider entre ces deux rivaux.
3 Le droit de vie et de mort. Le souverain a la puissance du glaive. Le glaive des lois. Le glaive de la vengeance. Le glaive temporel, la justice séculière.
PATRU: « Contre qui s'armer, contre qui tirer le glaive de la justice ? »
BOSSUET: « Puisqu'il permet l'exercice de la puissance du glaive dans les matières de la religion et de la conscience »
RAC.: « Qu'à la fureur du glaive on le livre avec elle »
VOLT.: « Le meurtre de Calas, commis dans Toulouse avec le glaive de la justice le 9 mars 1762, est un des plus singuliers événements qui méritent l'attention de notre âge et de la postérité »
Anciennement. Droit de glaive, droit de connaître des crimes qui méritent la peine de mort, ou une autre peine afflictive.
4 Le glaive spirituel, la juridiction de l'Église, le pouvoir qu'a l'Église d'excommunier.
BOSSUET: « Qu'elle est forte cette Église, et que redoutable est le glaive que le Fils de Dieu lui a mis dans la main ! mais c'est un glaive spirituel dont les superbes et les incrédules ne ressentent pas le double tranchant »
En un autre sens.
BOSSUET: « Le feu est allumé, l'encens est prêt, le glaive est tiré ; le glaive est la parole qui sépare l'âme d'avec elle-même, pour l'attacher uniquement à son Dieu »
5 Le glaive de la parole, le pouvoir de l'éloquence.
VILLEMAIN, Littér. fr. 18ème siècle 2e partie, 2e leçon.: Ce n'est pas ma faute si sa parole [de J. J. Rousseau], puissante comme le glaive et comme le feu, agitait les âmes de ses contemporains
LAMART.: « D'un autre Sinaï fais flamboyer la cime, Retrempe au feu du ciel la parole sublime, Ce glaive de l'esprit émoussé par le temps »
6 Terme d'antiquité romaine. La profession de gladiateur. Condamner au glaive.
7 Terme du moyen âge. Lance.
Glaive courtois, lance sans fer tranchant.
DU CANGE: « Le traité des chevaliers de la Table ronde dit que les chevaliers ne portaient nulles épées, fors glaives courtois, qui étaient de sapin ou d'if, avec courts fers, sans être tranchants ni émoulus »
8 L'espadon, poisson.
HISTORIQUE
XIIème siècle
BENOÎT: « De cest glaive, de cest esfrei Parla chascuns mult endreit sei »
BENOÎT: « Kar reis Aigrouz od ses Daneis A fait cest gleive [carnage] de Franceis »
XIIIème siècle
BRUN. LATINI: « Tous ces que tu ne conois, soupeçonne que il soient ti ennemi.... se il porte glaive [lance], va à sa destre, et se il porte espée, va à senestre »
H. DE VALENC.: « Et portoient un glaive vert à un long fier [fer] de Bohaigne »
Ch. d'Ant. VIII, 233: Outre le pont de fer s'est li bers arestus, Dist à ses compaignons : de Dieu aiés vertus ; Ancui ferons grans glaives des cuivers mescreüs, Nous lor torrons [enlèverons] les testes aus brans d'acier molus
JOINV.: « Là fu navré [blessé] mons Hugue d'Escos de trois glaives [lances] au visage, et monseigneur Raoul et monseigneur Ferri de Loupey d'un glaive parmi les espaules »
XIVème siècle
Modus, ms. f° 299, dans LACURNE: Quant il orent emploié leurs glaives, il sachierent leurs espées et commencerent à ferir à destre et à senestre
XVème siècle
FROISS.: « .... Et se consuivirent sur les heaumes et se donnerent grands horions ; et passerent outre et porterent leurs glaives toutes droites »
XVIème siècle
LEROUX DE LINCY: « Un glaive, comme l'on dist, ou couteau Fait tenir l'autre en son fourreau »
ÉTYMOLOGIE
Provenç. glai, glay, glavi, glazi ; portug. glavio ; ital. gladio ; du latin gladius. Glaive avait généralement le sens de lance, comme étant l'arme par excellence des chevaliers, et, figurément, le sens de carnage.
Ancienne définition de 1798 (Académie Française)
Coutelas, épée tranchante. Il n'est guère d'usage que dans le style soutenu et dans les phrases suivantes: "Le Souverain a la puissance du glaive," pour dire, qu'Il a le pouvoir de vie et de mort. "Dieu lui a mis le glaive entre les mains. Le glaive de la Justice. Le glaive vengeur." Il est dit dans l'Ecriture, que "Celui qui frappera du glaive, périra par le glaive."
On appelle "Glaive spirituel," La Juridiction de l'Église, le pouvoir que l'Eglise a d'excommunier.
Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
Coutelas, épée tranchante. Il n'a guère d'usage que dans le style soutenu & dans les phrases suivantes. "Le Souverain a la puissance du glaive," pour dire, qu'Il a le pouvoir de vie & de mort. "Dieu lui a mis le glaive entre les mains. Le glaive de la Justice. La glaive vengeur." Il est dit dans l'Écriture, que "Celui qui frappera du glaive, périra par le glaive."
On appelle "Glaive spirituel," La Juridiction de l'Église, le pouvoir que l'Église a de retrancher de la Communion des Fidelles.
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Subst. masculin |
["Glève": 1re "è" moy. et long. 2e "e" muet.] Épée tranchante. Il ne se dit point dans le discours ordinaire, si ce n'est en badinant; mais il est fort beau dans la prose et la poésie relevées. 'Contre qui tirer "le glaive" de la justice, dit "Patru".
D'avoir reçu la mort par "un glaive" barbare.
"Malherbe".
L'"Acad." n'en distinguait pas l'usage: dans la dern. édit. Elle dit qu'il n'est guère usité que dans le discours soutenu, et dans les phrâses suivantes: le Souverain a "la puissance du glaive", le pouvoir de vie et de mort; le "glaive de" la justice; "le glaive" vengeur, "le glaive spirituel", le pouvoir qu'a l'Église de retrancher de la Comunion des Fidèles. = Il me semble que c'est trop borner l'emploi de ce mot. = Du temps de "Ménage", quelques-uns trouvaient "glaive" trop vieux, et faisaient dificulté de s'en servir. Il pense que "Desmarets" avait raison de les blâmer, et de trouver ce mot fort beau et fort poétique.
- "Le Dict. de Trév.", (1704) le traite aussi de vieux mot. On ne se douterait pas aujourd'hui qu'il ait jamais pu paraître suranné.
Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)
| Subst. masculin |
Coutelas, espée trenchante. Il est vieux, & on ne s'en sert guere qu'en ces phrases. "Qui frappe de glaive, de glaive mourra".
On dit, "Le Souverain a la puissance du glaive," pour dire, qu'Il a le pouvoir de vie & de mort. "Dieu luy a mis le glaive entre les mains".
On dit, En termes de l'Escriture sainte, "La parole de Dieu est un glaive tranchant des deux costez".
On appelle, "Glaive spirituel," La Jurisdiction de l'Eglise, le pouvoir qu'elle a de retrancher de la communion des fidelles.
Emplacement dans le dictionnaire :
| glaire glairer glaireux glairure glais glaise glaiser | glaiseux glaisière glaive glanage gland glande glandé | glandée glander glander glander (se) glandulaire glandulaire glandule |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Émile VERHAEREN (La Multiple splendeur)...sur des glaives que l'on voit luire ? -ce fut l'heure du monde où trônèrent les rois, où la force des bras soumise à leur pensée fut peu à peu, mais âprement organisée ; le casque épais et dur, le glaive court et droit couvrait ou défendait les corps fermes et rapides. Muscles ligneux, torses massifs, fronts intrépides ! La cruauté naïve incendiait les coeurs : mordre et tuer valait autant qu'être...
Citation n°2 de Jules LEMAÎTRE (Les Contemporains : première série)
...de sentiments, sinon le sentiment de joie, d'allégresse, de vie divine qui répond à la perception abondante et aisée des belles lignes et des belles couleurs. j'ai tenu bien haut dans ma main le glaive éclatant de la rime... et j'ai trouvé des mots vermeils pour peindre la couleur des roses. c'est fort bien dit ; et c'est parce qu'il n'a jamais aspiré à peindre autre chose qu'il a été l'esclave...
Citation n°3 de François COPPÉE (La Bonne souffrance)
...qui lui promet, pour demain, la fin de ses misères, un député brandissant son chèque, un anarchiste avec sa bombe sous sa blouse-et même un académicien en habit brodé de palmes vertes, armé de son glaive inoffensif et portant sous son bras ses oeuvres complètes en plusieurs tomes ? Mais j'ai tort de plaisanter, en ce jour qui nous invite aux pensées sévères ; et, d'ailleurs, mieux que l'épouvantail...
Citation n°4 de Théodore de BANVILLE (Gringoire)
...plaintes si faibles, tous ces sanglots qu'on ne pouvait pas entendre passent dans sa voix, se mêlent à son chant, et une fois que ce chant ailé, palpitant, s'est échappé de son coeur, il n'y a ni glaive ni supplice qui puisse l'arrêter ; il voltige au loin, sans relâche, à jamais, dans l'air et sur les bouches des hommes. Il entre dans le château, dans le palais, il éclate au milieu du festin...
Citation n°5 de François PONSARD (Lucrèce)
...mon gosier aride. J'essayais de bouger, et je ne pouvais pas ; j'étais fixe d'horreur. Comme un immense bras, le monstre cependant m'enveloppe, puis lève sa tête d'où sortait un dard fait comme un glaive. Il fixe sur mes yeux ses yeux, ardents flambeaux ; il me souffle au visage une odeur de tombeaux ; et son dard, savourant l'espoir de la blessure, sur mon corps qu'il parcourt, médite sa morsure....
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