Néant (nom masculin, subst. masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom masculin 

XI e siècle. D'origine incertaine.
1. État d'inexistence des êtres et des choses, état qui précède ou qui suit l'existence. Selon l'Écriture, Dieu a tiré toutes choses du , Dieu peut réduire les êtres au , les faire rentrer dans le . Retourner au . Fig. Tirer quelqu'un du , lui assurer une position sociale. Par opposition à l'être. La pensée du non-être, ou .
2. Couramment. Nulle chose, rien. Réduire à , annihiler, détruire, supprimer. Ses objections ont été réduites à . Spécialt. S'emploie dans des actes administratifs, des comptes rendus médicaux, etc. Signes particuliers : . Albumine, sucre : .


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

État d'inexistence des êtres et des choses. "Dieu a tiré toutes choses du . Dieu peut réduire les êtres au , les faire rentrer dans le d'où ils sont sortis."
Par analogie, "On l'a fait rentrer dans le d'où on l'avait tiré."
Il se dit, par exagération, de Ce qui, par soi- même, n'a aucune valeur réelle. "Le des grandeurs humaines."
Il peut avoir aussi le sens de Rien. "Réduire à ."
Il s'emploie spécialement dans des formules administratives ou médicales, dans des expressions elliptiques, telles que : "Signes particuliers : Néant. Albumine, Sucre : Néant."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Le non-être.
ROTR.: « C'est lui qui du néant a tiré l'univers »
PASC.: « Quelque mouvement, quelque nombre, quelque espace, quelque temps que ce soit, il y en a toujours un plus grand et un moindre ; de sorte qu'ils se soutiennent tous entre le néant et l'infini »
BOSSUET: « Le monde n'a d'autre cause que la seule volonté de Dieu, qui, ne trouvant hors de lui-même que le seul néant, n'y voit rien par conséquent qui l'attire à faire et ne fait rien que ce qu'il veut et parce qu'il veut »
BOSSUET: « Elle [l'âme] voit toujours au-dessous d'elle deux gouffres profonds, le néant d'où elle a été tirée, et un autre néant encore plus affreux, c'est le péché où elle peut tomber sans cesse »
BOSSUET: « L'impossible, qui, par manière de parler, a deux degrés de néant, puisque ni il n'est ni il ne peut être »
BOSSUET: « Que j'occupe peu d'espace dans cet abîme immense du temps ! je ne suis rien ; un si petit intervalle n'est pas capable de me distinguer du néant »
BAILLY: « Le néant absolu n'est pas plus aisé à concevoir que l'infini »
DU MARSAIS: « Quoique le néant ne soit rien en lui-même, cependant ce mot marque une affection réelle de l'esprit : c'est une idée abstraite que nous acquérons par l'usage de la vie, à l'occasion de l'absence des objets et de tant de privations qui nous font plaisir ou qui nous affligent »

 2   Destruction, anéantissement de l'être vivant.
PASC.: « Je sais seulement qu'en sortant de ce monde je tombe pour jamais ou dans le néant, ou dans les mains d'un Dieu irrité »
BOSSUET: « Enfin, après avoir fait, ainsi que des fleuves, un peu plus de bruit les uns que les autres, ils [les hommes] vont tous se confondre dans ce gouffre infini du néant, où l'on ne trouve plus ni rois, ni princes.... »
BOSSUET: « Les impies n'ont pas même de quoi établir le néant auquel ils espèrent »
FÉN.: « Le néant ne peut dormir, ni rêver, ni se tromper, ni ignorer, ni se douter, ni dire peut-être »
MASS.: « Quand tout finirait avec cette vie, ce serait là le seul secret de la passer heureuse et tranquille.... je n'y vois pas de plus grand malheur : il retombe dans le néant, et son erreur n'a point d'autre suite »
VOLT.: « Et plus que le néant ils craignent l'infamie »
VOLT.: « Du néant tout semble sortir, Dans le néant tout se replonge »
DELILLE: « Tous ces rois fainéants qui sous ces voûtes sombres Ont changé de sommeil et qu'a jetés le sort Du néant de leur vie au néant de la mort »
LAMART.: « Triste comme la mort ? et la mort souffre-t-elle ? Le néant se plaint-il à la nuit éternelle ? »

 3   Terme de palais. Mettre une appellation au néant, à néant, refuser de l'admettre.
VOLT.: « Sa Majesté leur a ordonné [aux gens du parlement] de mettre leur décret à néant, et leur a défendu de dénoncer des livres »
    Mettre l'appellation et ce dont est appel au néant, annuler et l'appel, et la sentence dont il a été appelé.
    Mettre néant sur une requête, sur un article de compte, mettre le mot néant au bas d'une requête, à côté d'un article de compte, pour marquer qu'on rejette cette demande, cet article.
SÉV.: « Ils veulent qu'on mette néant sur la requête, qu'on la mette au greffe, et que cela tienne lieu d'un arrêt qui décide tout »
    Cette locution vieillit, ainsi que l'usage auquel elle se rapporte.
    Fig. et familièrement. Mettre néant à la requête de quelqu'un, refuser ce qu'il demande.
    On dit dans un sens analogue : réduire à néant, annuler, compter pour rien.
JURIEU: « Cet argument [les variations des premiers siècles de l'Église] est un coup de foudre qui réduit à néant l'argument tiré contre nous [de nos variations] »
JURIEU: « Des sacrifices qui réduisent à néant celui de la croix »

 4   Par exagération, peu de valeur, infinie petitesse d'une chose.
SACI: « Épargnez-moi, Seigneur ; car mes jours ne sont qu'un néant »
PASC.: « Elle [l'âme convertie] commence à considérer comme un néant tout ce qui doit retourner dans le néant, le ciel, la terre, son esprit, son corps, ses parents, ses amis, ses ennemis.... »
PASC.: « Qu'est-ce que l'homme dans la nature ? un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant »
BOSSUET: « Comptons donc comme très court, chrétiens, ou plutôt comptons comme un pur néant tout ce qui finit »
FLÉCH.: « Au milieu des grandeurs humaines il en découvrit le néant »
RAC.: « Il [Dieu] voit comme un néant tout l'univers ensemble »
MASS.: « Les grandeurs de la terre ne lui paraissaient plus qu'un abîme et un néant »
VOLT.: « J'ai connu son néant [de ma religion], j'ai quitté ses chimères »
CHATEAUBR.: « Ces maux dont vous vous plaignez sont de purs néants »
    Il se dit aussi des personnes pour exprimer leur infinie petitesse à l'égard de Dieu.
BOSSUET: « Il [un pécheur] ne trouve aucune apparence qu'un Dieu si grand et si bon veuille tyranniser sa créature.... longtemps il s'est flatté de cette pensée qu'il n'était pas digne de Dieu de se tenir offensé de ce que faisait un néant, ni de s'élever contre un néant »
BOSSUET: « Ô vanité, ô néant, ô mortels ignorants de leurs destinées ! »
BOSSUET: « Je ne puis pas soutenir ces grandes paroles [la grandeur et la gloire] par lesquelles l'arrogance humaine tâche de s'étourdir elle-même, pour ne pas apercevoir son néant »
FLÉCH.: « Dans tout le cours de sa vie, elle a exprimé ce parfait original.... par la connaissance de son néant et de la grandeur de Dieu »
MASS.: « L'humilité ne voit que son propre néant »
VOLT.: « Je m'anéantis avec vous devant la Providence divine, sachant qu'on n'apporte devant Dieu que trois choses qui ne peuvent entrer dans son immensité, notre néant, nos fautes et notre repentir »
V. HUGO: « Voici Babel déserte et sombre, Du néant des mortels prodigieux témoin »

 5   Néant se dit aussi de l'état d'une âme vide de sentiments et d'affections.
LA FONT.: « Si l'état le pire Est le néant, je ne sais point De néant plus complet qu'un coeur froid à ce point »
PASC.: « Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passion, sans affaire.... il sent alors son néant.... son vide »
    Terme mystique. Sentiment de nullité, d'anéantissement qui s'empare de l'âme.
CORN.: « Ô néant, ô vrai rien, mais pesanteur extrême, Mais charge insupportable à qui veut s'élever, Mer sans rive où partout chacun se peut trouver, Mais sans trouver partout qu'un néant en soi-même »
BOSSUET: « On trouve à toutes les pages des livres de nos faux mystiques, que le néant ne pèche plus ; que qui n'a point de volonté ne pèche plus, et cent autres propositions de cette force »

 6   Nullité, obscurité d'une personne.
CORN.: « Ces destins merveilleux Qui tiraient du néant les héros fabuleux »
CORN.: « Retourne en ton néant, et rends-moi la toison »
BOSSUET: « Les apôtres et leurs disciples, le rebut du monde, et le néant même, à les regarder par les yeux humains, ont prévalu à tous les empereurs et à tout l'empire »
RAC.: « Rentre dans le néant d'où je t'ai fait sortir »
SAINT-SIMON: « Clérambault et Mme du Plessis vécurent dans une grande avarice et fort dans le néant »
SAINT-SIMON: « En précipitant de sa place un secrétaire d'État ou un autre ministre de la même espèce, il [Louis XIV] le replongeait lui et tous les siens dans la profondeur du néant d'où cette place l'avait tiré, sans que les richesses qui lui pourraient rester, le pussent relever de ce non-être »
SAINT-SIMON: « La souplesse, la bassesse, l'air admirant, dépendant, rampant, plus que tout, l'air de néant sinon par lui [Louis XIV], étaient les uniques voies de lui plaire »
SAINT-SIMON: « Un pays [l'Angleterre] où les bâtards du roi sont ce qu'ils ont été partout, c'est-à-dire des néants sans état et sans nom »
SAINT-SIMON: « Cet ex-bacha [Pontchartrain] si rude et si superbe occupe son néant à compter son argent »
VOLT.: « Colin sentit son néant et pleura »
P. L. COUR.: « Vos guerriers, leurs équipages, leur suite, leurs tambours, leurs trompettes font tout leur être, et, perdant cela, qu'ils vivent ou qu'ils meurent, les voilà néant »
    Homme de néant, et, plus rarement, homme du néant, homme obscur, qui n'est rien ni par sa position ni par sa fortune.
BOSSUET: « Quand vous entendez dire de quelqu'un que c'est un homme de néant, ne jugez-vous pas incontinent qu'on parle d'un pauvre ? »
MONTESQ.: « Louis le Débonnaire, ayant perdu toute sorte de confiance pour sa noblesse, éleva des gens de néant »
MONTESQ.: « Quand le peuple éleva aux honneurs quelque homme du néant, comme Varron et Marius »
DUCLOS: « On reproche à Louis XI d'avoir employé dans ses affaires des hommes de néant, préférablement à ceux que leur naissance semblait intéresser davantage au bien de l'État »

 7   Pour néant, loc. adv. Inutilement.
LA FONT.: « ....J'ai maints chapitres vus, Qui pour néant se sont ainsi tenus ; Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines, Voire chapitres de chanoines »
    Pour rien (vieilli en ce sens). On n'a pas mis cet homme en prison pour néant.

 8   Néant s'emploie familièrement dans un sens négatif pour exprimer que la chose dont on parle n'existe pas.
GRESSET: « Quant à l'esprit, néant ; il n'a pas pris la peine Jusqu'ici de paraître, et je doute qu'il vienne »
    Il se met aussi pour non.
DANCOURT: « Si c'est une vieille, néant ; je suis loué »
BÉRANG.: « Notre maire, un peu mécréant, à maint sermon répond : néant »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XXII: Et dit al comte : je ne vous aim nient
     ib. LXI: Ce dist li quens [le comte] : je n'en ferai nient
     ib. CXXXII: Guenes respont : de bataille est nient
    XIIème siècle
     Sax. XII: Encor ne savoit Karles du domage neant
     Couci, IV: [L'amour inconstant] Roi en fait [de celui qu'il trompe] et puis neant
     ib. XXII: Ne me vout [voulut] pas Diex pour neiant donner Tous les soulas qu'ai eüs en ma vie
ST BERN.: « Totes les richesses et tote li gloire del munde, et tot ceu [ce] c'un puet encuvir [souhaiter] el munde, est asi cum ung nianz envers ceste glore »
    XIIIème siècle
QUESNES: « Pour ce dis-je qu'amours ne vaut nient, De nient vient et à nient retourne »
     ib. 89: S'on prent, par droit, d'un larron la justice, Doit-on desplaire as loiaus, de neant ?
     Berte, XLVII: Bele, ce dist Simons, or ne pleurez noient
VILLEH.: « Et en la fin fu li paiemens neans »
BEAUMANOIR: « On doit uzer des cozes prestées selonc le [la] maniere qu'ele fu prestée, et nient autrement »
BEAUMANOIR: « Nule france [libre] personne n'est tenue à servir autre pour noient »
    XIVème siècle
     Guesclin. 15186: Or est venu de nient ; à nient l'en fault r'aler
    XVème siècle
FROISS.: « Tout ainsi l'avoient en leur imagination et propos jeté les Anglois ; mais tout tourna au neant »
FROISS.: « Combien qu'elle eust volontiers de cette mesprise excusé son frere le roi de France ; mais neant ; car le comte n'y vouloit rien entendre »
    XVIème siècle
MAROT: « Et jure comme un vieil sergent, Qu'on n'embrasse point son corps gent Pour neant »
LANOUE: « À ceste heure une parole de neant, ou dite en jeu, attirera un dementir »
D'AUB.: « Le prince eut bien de la peine pour les magasins de vivres, pour ce que les compagnies avoient mis le païs à neant »
MONT.: « Les escrivains indiscrets de nostre siecle.... parmy leurs ouvrages de neant »
COTGRAVE: « Pour neant demande conseil qui ne le veut croire »
COTGRAVE: « Pour neant recule qui malheur attend »
COTGRAVE: « Pour neant va au bois qui marrein ne cognoist »
ID.: « Qui voit enfant, il voit neant »
LA BOÉTIE: « À la verité, c'est bien pour neant de debatre si la liberté est naturelle, puisqu'on ne peut tenir aucun en servitude sans luy faire tort »
     Sat. Mén. Harangue de M. d'Aubray: Les petits enfants mourir à la mammelle de leurs meres allangouries, tirants pour neant, et ne trouvants que succer

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. nien, nein, nient ; ital. niente ; du lat. ne ou nec, et ens, entis, l'être (voy. ENTITÉ). Nient a été un monosyllabe au XIVe siècle.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Rien, ce qui n'est point, ce qui ne se conçoit que par une négation. "Dieu a tiré toutes choses du . Il peut les réduire au , les faire rentrer dans le d'où elles sont sorties. Le n'a point de propriété. Le chrétien voit comme un tous les honneurs de ce monde."
En termes de Palais, "Mettre une appellation au ," Déclarer que la partie qui a appelé d'une sentence, est déboutée de son appel. "Mettre l'appellation et ce dont est appel au ," Annuler et l'appel et la sentence dont il a été appelé.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit, par exagération, pour marquer, ou Le peu de valeur d'une chose, ou Le manque de naissance et de mérite dans une personne. "Le des grandeurs humaines. C'est un homme de . On l'a fait rentrer dans son , dans le d'où on l'avait tiré."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifiant, Rien, s'emploie quelquefois sans article, comme dans cette phrase: "On n'a pas mis cet homme en prison pour ." Il est vieux.
"Mettre sur une requête, sur un article de compte," Mettre le mot "Néant" au bas d'une requête, à côté d'un article de compte, pour marquer qu'on rejette cette demande, cet article. La locution et l'usage qu'elle indique ont vieilli.
Fig. et fam., "Mettre à la requête de quelqu'un," Refuser ce qu'il demande.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie familièrement dans le sens de Non. "Je vous accorde votre première demande; mais, quant à l'autre, ."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

["Néant": le "t" final ne se prononce pas: 1re "é" fer. 2e lon.] Rien: ce qui n'existe pas. 'Dieu a tiré toutes choses "du ": il peut les faire rentrer dans "le ". 'Le "néant" n'a point de propriété. = Il est beau au "figuré", dans le moral. '"Le du" monde. "Nicole". '"Le des" biens faux et trompeurs. "Mallebr." 'Le "néant" inévitable de toutes les grandeurs humaines. "Boss." Afaires "de ", méprisables. = Dans un st. plus simple: chôse "de "; homme "de ". 'On l'a fait rentrer "dans son ". = On dit au Palais: "mettre sur" la requête, "sur" un article de compte, refuser de l'admettre. En st. famil. "Néant à la requête": Je n'en ferai rien. = Mettre une apellation "au ", débouter de l'apel. = "Néant" est aussi une espèce d'interjection. 'S'il y avoit (chez nous) une fille, qui eût été femme-de-chambre d'un Monsieur, il faudroit qu'elle se contentât d'avoir un amant; mais pour de mari, "néant". Mariv. C. à. d. elle n'en aurait point.




Emplacement dans le dictionnaire :

naviguer
navire
navrant
navrer
nazi
naziréat
nazisme
nazoréens
néanmoins
néant
neant
nébuleuse
nebuleux
nébuleux
nec plus ultrà
nec plus ultra
necessaire
nécessaire
necessairement
nécessairement
nécessitant


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