Opéra (nom masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom masculin 

XVII e siècle. Emprunté, par l'intermédiaire de l'italien opera , « œuvre », puis « », du latin opera, pluriel de opus , « œuvre, travail ».
1. ?uvre musicale dramatique composée à partir d'un livret, comportant parfois des danses, destinée à être chantée avec un accompagnement d'orchestre et souvent une importante mise en scène. Par méton. Le genre dont relèvent ces ouvrages. L'ouverture, le finale d'un . Les récitatifs, les chœurs, les intermèdes, les interludes d'un . Les s de Mozart. Air d'opéra , fragment lyrique destiné à faire valoir la virtuosité des chanteurs. Opéra-ballet, où chaque acte (ou Entrée ), construit sur un sujet différent, comporte un divertissement de danse. L'opéra-ballet des « Indes galantes », de Rameau . Opéra sérieux (on emploie plus souvent la locution italienne Opera seria ), en faveur aux XVII e et XVIII e siècles, qui évoquait, dans un décor fastueux, des épisodes tirés de la mythologie ou de l'histoire antique. Opéra bouffe (de l'italien Opera buffa ), par opposition à l' opera seria , gai, léger, importé d'Italie en France au XVIII e siècle. L' bouffe dérive des intermèdes représentés durant l'entracte des s sérieux. « Le Barbier de Séville », de Rossini, est un bouffe. Opéra semi-seria , du XIX e siècle, dont l'argument est dramatique mais dont la fin est heureuse. « La Pie voleuse », de Rossini, « La Somnambule », de Bellini, sont des s semi-seria. Depuis la fin du XVIII e siècle, on oppose le Grand , construit sur un sujet dramatique, en quatre ou cinq actes, dans lequel le chœur occupe une place importante et qui comporte souvent un ballet, et l' Opéra-comique , dont l'intrigue et les personnages étaient, à l'origine, empruntés de la comédie, et dans lequel les scènes chantées alternent avec les parties dialoguées. Par méton. Le genre constitué par ces œuvres. Verdi s'est illustré dans le genre du grand . L'opéra-comique est un genre éminemment français . Sous l'influence du drame romantique, l'opéra-comique emprunte souvent la veine tragique du grand , comme dans la « Carmen » de Bizet. On emploie souvent, depuis la seconde moitié du XIX e siècle, les termes de Drame lyrique ou de Drame musical , de préférence à celui d' Opéra , pour désigner des œuvres dont l'unité résulte à la fois de la continuité de l'action dramatique et de celle de l'élément symphonique.
2. Théâtre où sont représentés des œuvres lyriques et des ballets. Aller à l'opéra. L' de Paris ou, absolt., l'Opéra, l'Académie nationale de musique et de danse. L'orchestre, le corps de ballet de l'Opéra. Les petits rats de l'Opéra , les jeunes filles élèves de l'école de danse de l' de Paris. L'Opéra-Comique de Paris , autrefois appelé Salle Favart .


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Composition dramatique, mise en musique pour être chantée avec accompagnement d'orchestre et souvent de danses et une importante mise en scène. "Le livret d'un . Les s de Rameau, de Rossini, de Gounod, de Wagner. Jouer, représenter un opéra."
Il se dit aussi, dans un sens général, de ce Genre de composition. L' est un genre qui date chez nous du XVIIe siècle.
Il se dit spécialement du Théâtre qui est destiné à sa représentation. "Aller à l'Opéra. L'orchestre, le corps de ballet de l'Opéra. Les choeurs de l'Opéra. Avoir une loge à l'Opéra."
"Opéra comique," Drame mixte qui tient de la comédie par l'intrigue, les personnages et le dialogue, et de l' par les parties de chant, l'accompagnement d'orchestre et les danses. Il se dit aussi du Genre de spectacle que constitue cette sorte de drame et du Théâtre où il se représente. ""La Dame Blanche", "Le Pré-aux-Clercs", "Les Noces de Jeannette" sont de charmants s-comiques. L'opéra-comique est un genre éminemment français. Aller à l'Opéra-comique. Une loge à l'Opéra-Comique."
"Opéra bouffe." Voyez BOUFFE.



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Poëme dramatique mis en musique, et, plus particulièrement, grand poëme lyrique composé de récitatif, de chant et de danse, sans discours ou dialogue parlé.
SÉV.: « J'honore tout ce qui est opéra, et, quoique je fasse l'entendue, je ne suis pas si habile que M. de Grignan, et je crois que j'y pleurerais comme à la comédie »
SÉV.: « Je m'en vais à un petit opéra de Mollier, beau-père d'ltier, qui se chante chez Pélissari ; c'est une musique très parfaite »
QUINAULT: « Ce n'est point l'opéra que je fais pour le roi Qui m'empêche d'être tranquille ; Tout ce qu'on fait pour lui paraît toujours facile »
BOILEAU: « On ne peut jamais faire un bon opéra, parce que la musique ne saurait narrer ; que les passions n'y peuvent être peintes dans toute l'étendue qu'elles demandent ; que d'ailleurs elle ne saurait souvent mettre en chant les expressions vraiment sublimes et courageuses »
LA BRUY.: « Il ne faut point de vols, ni de chars, ni de changements aux Bérénices et à Pénélope ; il en faut aux opéras, et le propre de ce spectacle est de tenir les esprits, les yeux et les oreilles dans un égal enchantement »
SAINT-FOIX: « C'est dans ce village [Issy], près de Vaugirard, que fut représenté le premier opéra français en 1659 »
VOLT.: « Le cardinal Mazarin, pour solenniser ce mariage [de Louis XIV], fit représenter au Louvre l'opéra italien intitulé Ercole amante ; il ne plut pas aux Français »
VOLT.: « Les charmants opéras de Quinault feront toujours les délices de quiconque est sensible à la douce harmonie de la poésie, au naturel et à la vérité de l'expression, aux grâces faciles du style, quoique ces mêmes opéras aient toujours été en butte aux satires de Boileau, son ennemi personnel »
GENLIS: « Ce fut là qu'ayant demandé à Mme de Maintenon quel était l'opéra qu'elle aimait le mieux, et Mme de Maintenon s'étant déclarée pour Atys, il [Louis XIV] répondit : Atys est trop heureux »

 2   En Italie, opéra sérieux, dit aussi grand opéra, opéra dont les personnages sont ceux de la tragédie (on dit aussi opera seria, quand on parle italien).
    Opéra bouffon, ou opéra bouffe, celui dont les personnages appartiennent à la comédie (on dit aussi opera buffa).

 3   En France, opéra comique, drame mixte qui tient de la comédie par le dialogue et de l'opéra par le chant.
VOLT.: « J'ai vu ce que je n'avais jamais vu, des opéras comiques »
VOLT.: « Joue-t-on encore Eponine ? l'opéra comique soutient-il toujours la gloire de la France ? »
VOLT.: « Je suis affligé de la Martinique [prise par les Anglais] et de mon roué [Calas] ; nous sommes bien sots et bien fanatiques ; mais l'opéra comique répare tout »
VOLT.: « Il ne fallait aux Romains que panem et circenses ; nous avons retranché panem, il nous suffit du circenses, c'est-à-dire de l'opéra comique »
MARMONTEL: « Je puis dire qu'en relevant le caractère de l'opéra comique, j'en créais un genre nouveau »
FÉTIS: « Dans sa nouveauté, l'opéra-comique, tel qu'il parut aux foires Saint-Laurent et Saint-Germain, n'était que ce qu'on nomme maintenant le vaudeville ; des couplets en faisaient tous les frais »

 4   Le genre de spectacle que constituent les poëmes dramatiques mis en musique. L'abbé Perrin obtint de Louis XIV, vers 1669, la permission d'établir un opéra dans Paris ; et la première représentation fut celle de Pomone, en 1672.
LA BRUY.: « L'on voit bien que l'opéra est l'ébauche d'un grand spectacle : il en donne l'idée »
LA BRUY.: « Je ne sais pas comment l'opéra, avec une musique si parfaite et une dépense toute royale, a pu réussir à m'ennuyer »
D'OLIVET: « Alors l'opéra ne faisait que de naître en France ; mais l'art incomparable de Lulli eut bientôt porté ce spectacle à une perfection où les Italiens eux-mêmes, qui en sont les inventeurs, ne l'ont jamais vu chez eux »
VOLT.: « Le marquis de Sourdiac, du nom de Rieux, à qui l'on dut depuis l'établissement de l'opéra en France, fit exécuter dans ce temps-là même [1660], à ses dépens, dans son château de Neubourg, la Toison d'or de Pierre Corneille, avec des machines »
J. J. ROUSS.: « Je ne connais plus d'autre musique que celle des rossignols, et les chouettes de la forêt m'ont dédommagé de l'opéra de Paris »
J. J. ROUSS.: « Je ne pouvais ni rire, ni bâiller à l'opéra français, puisque je n'y restais jamais, et qu'aussitôt que j'entendais commencer la lugubre psalmodie, je me sauvais dans les corridors »
J. J. ROUSS.: « L'opéra de Paris passe à Paris pour le plus pompeux, le plus voluptueux, le plus admirable qu'inventa jamais l'art humain »
ST-LAMB.: « L'opéra me paraît une belle fête, et telle qu'aucune autre nation n'en peut donner ; c'est l'amusement d'un peuple riche, éclairé, sensible et ami des voluptés de bon goût »
CAHUSAC: « L'opéra français, tel qu'on le forma dans sa nouveauté, fut reçu de la nation avec un applaudissement presque unanime »
FÉTIS: « L'opéra italien se divise en trois genres : l'opéra sérieux, le semi-sérieux et le bouffe ; l'opéra français est de deux genres : le grand opéra, chanté d'un bout à l'autre, et l'opéra comique, où les acteurs parlent et chantent tour à tour »

 5   Par extension, l'Opéra, dit aussi à diverses époques l'Académie royale ou impériale de musique, le théâtre où l'on joue le grand opéra ; l'Opéra-Comique, celui où l'on joue l'opéra comique (on met des majuscules). L'Opéra est le premier de nos théâtres lyriques ; il a été tantôt dans les attributions des menus plaisirs, de la liste civile du roi, de la maison de l'empereur ou du ministère d'État, tantôt en régie.
BOILEAU: « Par toi-même bientôt conduite à l'Opéra, De quel air penses-tu que ta sainte verra D'un spectacle enchanteur la pompe harmonieuse.... Entendra ces discours sur l'amour seul roulants, Ces doucereux Renauds, ces insensés Rolands... ? »
SAINT-FOIX: « La salle de l'Opéra et toutes les autres dépendances du Palais royal du côté de l'église de Saint-Honoré sont bâties sur les ruines de l'hôtel des comtes d'Armagnac »
J. B. ROUSS.: « Il y a déjà quelque temps que l'on m'a dit que M. Destouches avait une pension de 4000 livres sur l'Opéra, et une direction sur les auteurs et sur les musiciens »
VOLT.: « À Boutet, Soleure, le... Peut-on se réjouir à Paris dans ce malheur général [des guerres d'Allemagne] ? hélas ! il le faut bien ; et on tuerait cent mille hommes en Allemagne, que l'Opéra serait plein les vendredis »
VOLT.: « On va voir une tragédie pour être touché, on se rend à l'Opéra par désoeuvrement et pour digérer »
CAHUSAC: « Par une ordonnance du 11 décembre 1715, les bals publics furent permis trois fois la semaine dans la salle de l'Opéra ; les directeurs firent faire une machine avec laquelle on élevait le parterre et l'orchestre au niveau du théâtre »
SCRIBE et GERMAIN DELAVIGNE: « Abonnés de l'Opéra-Comique, Abonnés du sublime Opéra... Ah ! combien vous devez être riches, Si vraiment Le bien vient en dormant ! »
    Grand Opéra, se dit quelquefois pour Théâtre de l'Opéra, afin de le distinguer de celui de l'Opéra-Comique.

 6   Opéra ballet, genre d'opéra mêlé de danses, fort à la mode à la fin du XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe siècle. Le Dieu et la Bayadère de MM. Scribe et Auber est un opéra ballet.
ST.-ÉVREM.: « Le roi y a donné ordre, madame ; on peut être de l'opéra sans faire tort à sa noblesse ; les plus grands seigneurs du royaume y peuvent danser avec l'approbation de tout le monde »

 7   Bal de l'Opéra, bal que donne le grand Opéra pendant le carnaval. Le premier bal de l'Opéra fut donné le 5 janvier 1716 par autorisation du duc d'Orléans régent.

 8   Opéra spirituel, s'est dit quelquefois pour oratorio.

 9   Fig. S'est dit de tout ce qui semble difficile.
BOUHOURS: « C'est un opéra de lui parler »
BAYLE: « Ils sont en si grand nombre, que ce serait un opéra que d'en vouloir dresser un mémoire »
J. J. ROUSS.: « Mon opéra fait, il s'agit d'en tirer parti : c'était un autre opéra bien plus difficile »
    S'est dit aussi d'une chose excellente, d'un chef-d'oeuvre.
SCARR.: « Vos deux lettres sont des choses admirables, dignes d'être apprises par coeur, et, en un mot, ce qu'on appelle des opéra (sic) »
BUSSY-RABUTIN: « Mais à propos de couches, vous vous souvenez bien de la lettre que vous m'avez promise, dès que vous auriez appris que je serais grand-père ; je m'attends à un opéra »
MOL.: « Et, pour son opéra, une soupe à bouillon perlé, soutenue d'un jeune gros dindon »
    Faire opéra, au nain jaune, se défaire successivement de toutes ses cartes, sans en avoir été empêché par son adversaire ; se dit aussi au lansquenet, quand le banquier ou coupeur amène toutes les cartes retournées sur le tapis avant d'amener la sienne.

REMARQUE
    On a longtemps écrit au pluriel opéra sans s.
BOILEAU: « Bien que j'aie toujours entendu prononcer des opéras comme on dit des factums et des totons, je ne voudrais pas assurer qu'on le doive écrire, et je pourrais bien m'être trompé en l'écrivant de la sorte »
J. J. ROUSS.: « Les opéra de Rameau commençaient à faire du bruit, et relevèrent ses ouvrages théoriques, que leur obscurité laissait à la portée de peu de gens Mais, depuis l'édition de 1835, l'Académie met l's au pluriel ; auparavant, plusieurs la mettaient aussi. »
D'ALEMB.: « J'écris opéras au pluriel, malgré la décision contraire, parce qu'il me semble que la dernière syllabe de ce mot est longue au pluriel »

ÉTYMOLOGIE
    Ital. opera, oeuvre (voy. ce mot).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE OPÉRA.

 5   Ajoutez :
     Journ. offic. 19 fév. 1877, p. 1267, 1re col.: En 1716, Catherine Vanderberg, qui avait le privilége du théâtre de la foire Saint-Laurent, obtint la permission de représenter des pièces mêlées de chant, de danses et de symphonies ; ces sortes de vaudevilles prirent alors le nom d'opéras comiques, que Lesage avait donné à sa parodie de Télémaque


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Espèce de poëme dramatique, fait pour être mis en musique, et chanté sur le théâtre, avec des accompagnements, des danses et des changements de décorations. "Un nouvel . Un nouveau. Un bien exécuté. Composer la musique d'un . Les s de Quinault. Les s de Gluck, de Mozart. J'ai vu plusieurs s. Jouer, représenter un ."
Il se dit aussi Du genre de spectacle que constituent les poëmes dramatiques mis en musique, et Du théâtre qui est destiné à leur représentation. "L' est un genre qui n'est pas goûté de tout le monde. Le théâtre, la salle de l'Opéra. Un musicien, un chanteur, une chanteuse, un danseur, une danseuse de l'Opéra. Les choeurs de l'Opéra. Les ballets de l'Opéra. Le machiniste de l'Opéra. L'orchestre de l'Opéra. Aller à l'Opéra. Avoir une loge à l'Opéra. Il loge en face de l'Opéra."
En Italie, "Opéra sérieux," se dit d'Un dont les personnages sont ceux de la tragédie; par opposition à "Opéra bouffon," Celui dont les personnages appartiennent à la comédie.
En France, "Opéra-comique," Drame mixte qui tient de la comédie par l'intrigue et les personnages, et de l' par les paroles chantées qui entrecoupent le dialogue. Il se dit aussi Du genre de spectacle que constitue cette espèce de drame, et Du théâtre où il se représente. "Suivant beaucoup de personnes, l'opéra-comique est un genre faux. Aller à l'Opéra-Comique. Une loge à l'Opéra-Comique. Acteur de l'Opéra-Comique."
Fig. et fam., "C'est un ," se dit D'une affaire qui entraîne beaucoup d'embarras.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

[1re "é" fer. Il n'a point d'"s" au pluriel. On trouve dans de bons livres, des "opéras" comiques, des "opéras" à ariettes, des "opéras" en vaudevilles, etc. C'est peut-être la faûte des Imprimeurs.] Pièce de théâtre en musique, ordinairement acompagnée de machines et de danses. = C'est aussi le lieu, où l'on représente ordinairement ces sortes de pièces. = On dit, "proverbialement", d'une chôse dificile que, "c'est un ".
- Suivant "Bouhours", on le dit aussi d'un bel ouvrage d'esprit, du moins en badinant. On ne le dit plus en ce sens.




Emplacement dans le dictionnaire :

opale
opalescent
opalin
opalisé
opanki
opaque
ope
open
opera
opéra
opérable
opérande
opérant
opérateur
operateur
operation
opération
opérationnel
operatoire
opératoire
operculé


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