Posséder (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Céder ). XII e siècle, pursedeir ; XIII e siècle, possider ; XIV e siècle, posséder . Issu, avec influence de possesseur, du latin possidere, « être possesseur », lui-même composé à partir de potis, « qui peut, puissant », et sedere, « être assis, demeurer ».
1. Détenir un bien, l'avoir à soi et pouvoir en jouir. Posséder une terre, des vignes, un fonds de commerce. Posséder un immeuble par indivis. Posséder des capitaux. Ce berger possède un troupeau de cent bêtes. Il a vendu le peu qu'il possédait . Ce musée possède une remarquable collection de gravures flamandes . S'emploie parfois absolument, surtout en droit. Posséder de bonne foi, légitimement. Reconnaître quelqu'un apte à . Posséder pour autrui, détenir précairement un bien dont on n'est pas le propriétaire, par opposition à Posséder pour soi . Fig. Posséder le cœur, les pensées de quelqu'un , en être aimé. La dame qui possède le cœur d'un chevalier . Il n'est pas digne de son cœur, ses pensées ou, simplement, de la . Vieilli. Posséder quelqu'un , l'accueillir chez soi, jouir de sa présence. Les bienheureux possèdent Dieu, possèdent la gloire éternelle, jouissent de la vue de Dieu, de la gloire éternelle. Par ext. Disposer de. Les pays qui possèdent la bombe atomique. La police possède des renseignements sur cette affaire. Posséder un secret . Spécialt. Être titulaire, détenteur d'un titre, d'une charge, d'un droit, etc. Posséder un diplôme, un emploi. Posséder la nationalité française, allemande. Posséder un titre de séjour. À Rome, les tribuns de la plèbe possédaient un droit de veto. En France, avant 1944, les femmes ne possédaient pas le droit de vote. Posséder le pouvoir de décision .
2. Avoir, être doté de, pourvu de. Cet homme possède une belle voix. L'écureuil possède une queue en panache. Posséder une bonne mémoire. Il possède de nombreux atouts pour réussir. Une plante qui possède des vertus médicinales. Le curare possède des propriétés paralysantes. L'atome d'hydrogène ne possède qu'un électron. Une maison possédant une cave et un jardin. Le grec ancien possède un temps appelé aoriste .
3. Savoir bien une chose, en avoir une parfaite connaissance. Posséder les diverses techniques de la gravure. Un artisan qui possède son métier. Posséder la maîtrise de l'italien, de l'espagnol. Il ne possède plus que quelques notions de latin. Posséder son sujet , être capable de le traiter avec une parfaite maîtrise.
4. Dominer ; s'emparer, être maître de. En parlant de sentiments, de passions. L'amour, la colère le possède. Quelle rage, quelle fureur vous possède ? Il est possédé d'un fol orgueil, possédé par une idée fixe. Un homme possédé par le jeu. Pron. Sous l'effet de la colère, il ne se possédait plus. Il ne se possède pas de joie, il est transporté de joie. En parlant d'une puissance divine ou démoniaque, dont l'emprise entraîne une aliénation de la volonté. Les bacchantes, possédées par Dionysos, déchirèrent le roi Penthée. Un esprit malin le possédait. Être possédé du démon . Par anal. En parlant d'une personne. Cette femme possède entièrement l'esprit de son mari , elle le gouverne.
5. Avoir des rapports sexuels avec quelqu'un, jouir de ses faveurs. Don Juan posséda mille et trois femmes . Les incubes, selon certaines croyances, prennent forme humaine pour les femmes pendant leur sommeil . Argot. Abuser, tromper. Se faire au jeu .


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(La syllabe "sé" prend un accent grave quand la syllabe qui suit est muette, excepté au futur et au conditionnel. "Je possède. Je ai. Je ais.") Avoir à soi, en son pouvoir. "Posséder justement. Posséder injustement. Posséder à bon titre, à juste titre. Posséder de bonne foi. Posséder légitimement. Posséder de grands biens. Posséder une terre, une maison, un héritage".
Il se dit, par extension, des Emplois, des honneurs, des qualités. "Posséder un emploi, une charge. Posséder des honneurs, des dignités. Les vertus, les qualités, les talents qu'il possède."
Dans le langage religieux, "Les bienheureux possèdent la gloire éternelle, possèdent Dieu", Ils jouissent de la gloire éternelle, ils jouissent de la vue de Dieu.
Fam., "Posséder quelqu'un", L'avoir chez soi, dans sa maison, jouir de sa présence. "Nous serions charmés de vous pendant quelques jours. Nous ne l'avons possédé que peu d'instants."
Fig., "Posséder l'esprit de quelqu'un", En être maître, le gouverner à son gré. "Cette femme possède entièrement l'esprit de son mari".
"Posséder les bonnes grâces d'une personne", En être favorisé. "Posséder le coeur d'une personne," En être aimé.
"Posséder une femme", Jouir de ses faveurs.
POSSÉDER s'emploie figurément et signifie Savoir bien une chose, en avoir une parfaite connaissance. "Posséder les sciences, les belles- lettres, les arts libéraux. Posséder la philosophie, les mathématiques. Posséder la musique. Posséder le grec, le latin, l'anglais, l'espagnol. C'est un homme qui possède bien sa langue. Cet enfant possède bien les matières de l'examen".
"Posséder son sujet", Le connaître à fond et de manière à le traiter dans toute son étendue. "Il ne faut prendre la plume que lorsqu'on possède entièrement son sujet".
POSSÉDER se dit aussi des Passions, des sentiments qui maîtrisent l'âme, qui l'agitent et l'égarent. "La passion possède cet homme. Il est possédé d'un fol orgueil, d'une ambition démesurée. Quelle rage, quelle fureur vous possède?"
Fig., "Être possédé du démon de l'orgueil, de l'avarice, du jeu", Porter à l'excès l'orgueil, l'avarice, la passion du jeu.
Dans le langage religieux, "Le démon le possède," Le démon s'est emparé de son corps.
Fig. et pop., "Le diable le possède, il est possédé du diable", se dit d'un Homme emporté et qui ne veut point entendre raison.
SE POSSÉDER signifie Être maître de son esprit, de ses passions, de ses mouvements, ne pas se laisser troubler par les circonstances fâcheuses. "C'est un homme froid et sage qui se possède toujours. Il ne se possède pas, il est toujours hors de lui-même. C'est un orateur qui se possède et ne se trouble pas."
Fam., "Il ne se possède pas de joie", Il est transporté de joie, une joie excessive le met hors de lui-même.
Le POSSÉDÉ s'emploie comme nom et signifie Démoniaque, homme dont le démon s'est emparé. "Exorciser les possédés."
Fig. et fam., "Il se démène comme un possédé", se dit d'un Homme inquiet, qui se tourmente, qui s'agite beaucoup.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Avoir comme propriété, tenir en son pouvoir.
PASC.: « C'est une chose horrible de sentir s'écouler tout ce qu'on possède »
BOSSUET: « On [dans les cloîtres] est sensible aux moindres commodités qui manquent ; on ne veut rien posséder, mais on veut tout avoir »
BOILEAU: « Qui vit content de rien possède toute chose »
VOLT.: « Sur ces biens, sur leur usage Ton vrai bonheur est fondé ; Qu'ils soient possédés du sage, Sans qu'il en soit possédé »
D. STERN: « Avoir, ce n'est pas posséder ; pour posséder les choses, il faut une certaine vigueur d'âme ; pour les avoir, il suffit d'être riche »
    Absolument.
CORN.: « Cependant je possède, et leur droit incertain [de mes enfants] Me laisse avec leur sort leur sceptre dans la main »
BEAUMARCH.: « En toute espèce de biens, posséder est peu de chose ; c'est jouir qui rend heureux »
    Il se dit, en un sens analogue, des emplois, des charges, des dignités.
CORN.: « Possédez-les [les grandeurs], seigneur, sans qu'elles vous possèdent »
    Posséder peut avoir un nom de chose pour sujet, et signifie alors contenir, renfermer, avoir. Ce pays possède des mines de fer.
STAËL: « Cette ville possède un charme pour ainsi dire individuel »

 2   Posséder, en style juridique, signifie, au sens strict, avoir en son pouvoir, exercer les faits qui, lorsque le droit s'y joint, constituent la propriété, mais sans impliquer la question de savoir si le droit s'y joint. Posséder de bonne foi.
    Au sens plus large, il signifie être propriétaire de.
    Terme d'ancienne jurisprudence. Posséder en roture, tenir à titre de cens ; posséder en fief, tenir à titre de foi et hommage.

 3   Fig. Il se dit des choses morales que l'on possède.
CORN.: « Mais enfin je renonce à la vertu romaine, Si, pour la posséder, je dois être inhumaine »
BOSSUET: « Elle possédait l'affection de son époux »
    Dans le langage religieux, les bienheureux possèdent la gloire éternelle, possèdent Dieu, ils jouissent de la gloire éternelle, de la vue de Dieu.
    Posséder Dieu, se dit aussi de la connaissance de la vraie religion.
PASC.: « Si cette religion se vantait d'avoir une vue claire de Dieu, et de le posséder à découvert et sans voile »
BOSSUET: « Si l'orgueil des platoniciens ne pouvait pas se rabaisser jusqu'aux humiliations du Verbe fait chair, ne devaient-ils pas du moins comprendre que l'homme, pour être un peu au-dessous des anges, ne laissait pas d'être comme eux capable de posséder Dieu ? »
    Posséder le secret de quelqu'un, le connaître et pouvoir en user à son gré.
GENLIS: « Je possédais son secret, elle me craignait, elle était forcée de m'obéir »
    Posséder l'esprit de quelqu'un, le gouverner à son gré.
    On dit de même : posséder l'oreille de quelqu'un.
RAC.: « Ne possédez-vous pas son oreille et son coeur ? »
    Posséder l'âme, le coeur d'une personne, en être aimé.
CORN.: « Il possédait ton âme, il vivait sous tes lois »
CORN.: « Il possédait mon coeur, mes désirs, ma pensée »
    Posséder les bonnes grâces de quelqu'un, en être aimé, en être favorisé.

 4   Posséder quelqu'un, jouir de la présence d'une personne dont la vie se prolonge.
BOSSUET: « Toutes deux [les reines Anne et Marie-Thérèse] d'une si heureuse constitution, qu'elles semblaient nous promettre le bonheur de les posséder un siècle entier »
    Posséder quelqu'un, l'avoir chez soi, jouir de sa présence, de sa conversation.
VOLT.: « Ne pourrai-je point avoir la consolation de vous posséder quelques jours dans ma retraite ? »

 5   Être l'époux d'une femme.
CORN.: « Et, ne pouvant quitter ni posséder Chimène, Le trépas que je cherche est ma plus douce peine »
FÉN.: « Si un autre la devait posséder, je passerais le reste de mes jours avec tristesse et amertume »
    Il se dit aussi d'une femme à l'égard d'un homme.
LA FONT.: « J'ai quelque beauté, je suis jeune ; il n'y a qu'un moment que je possédais le plus agréable de tous les dieux, et je vas mourir ! »
    Posséder une femme, jouir de ses faveurs.
LA FONT.: « Un Gascon pour s'être vanté De posséder certaine belle »
J. J. ROUSS.: « Je l'aimais trop pour vouloir la posséder »
    Absolument.
J. J. ROUSS.: « Ô bon Émile, aime, et sois aimé ! jouis longtemps avant que de posséder ; jouis à la fois de l'amour et de l'innocence »
MARMONTEL: « Aimez sans inquiétude ; possédez sans dégoût ; désirez pour jouir ; faites des jaloux, et ne le soyez jamais »

 6   Fig. Connaître parfaitement, savoir bien. Ceux qui possèdent Aristote et Horace voient d'abord.
MOL.: « ....que cette comédie pèche contre toutes les règles de l'art »
BUFF.: « Pour bien écrire, il faut posséder pleinement son sujet »
VOLT.: « Tout homme qui n'est pas né Français, ou habitué depuis longtemps à Paris, ne saurait posséder la langue au degré de perfection si nécessaire pour faire de bons vers ou de la prose élégante »
J. J. ROUSS.: « Quand on trouvera que l'écolier possède assez bien son clavier naturel, on commencera alors à le lui faire transposer sur d'autres clefs »

 7   Fig. Maîtriser, contenir.
SÉV.: « C'est une pitié que d'être si vive ; il faut tâcher de calmer et de posséder un peu son âme »
MASS.: « Les justes ont possédé leur âme dans la patience »
MASS.: « Avez-vous toujours possédé le vase de votre corps dans l'honneur et dans la sainteté ? »
MARIV.: « Ce sont des mouvements inconnus qui l'enveloppent, qui disposent d'elle, qu'elle ne possède point, qui la possèdent »
    Posséder son âme en paix, jouir d'une tranquillité d'esprit constante, due à une bonne conscience.
FLÉCH.: « Dans leurs tribulations ils possédaient leurs âmes en paix et en patience »

 8   Il se dit des objets qui nous dominent moralement.
RÉGNIER: « Mais ne peut-on savoir le mal qui te possède ? »
DESC.: « Les grandes prospérités éblouissent et enivrent souvent de telle sorte qu'elles possèdent plutôt ceux qui les ont, qu'elles ne sont possédées par eux »
CORN.: « Mon coeur.... N'ose déplaire aux yeux dont il est possédé »
LA FONT.: « Ne possédait pas l'or ; mais l'or le possédait »
SÉV.: « Il [le cardinal de Retz] est possédé de l'envie de payer ses dettes, et de n'en pas faire de nouvelles »
BOSSUET: « Comme il [Cromwell] eut aperçu que.... le plaisir de dogmatiser.... était le charme qui possédait les esprits »
BOSSUET: « Toute la terre était possédée de la même erreur »
BOSSUET: « Qui voit Aristote louer ces heureux moments où l'âme n'est possédée que de l'intelligence de la vérité... »
ROLLIN: « Comme on le raillait [Aristippe] sur le commerce qu'il avait avec la courtisane Laïs : il est vrai, dit-il, je possède Laïs, mais Laïs ne me possède pas »
MASS.: « Dieu permet que le monde nous possède un certain temps »
VOLT.: « Trop de prévention peut-être me possède »
DELAV.: « D'un fanatisme ardent le peuple est possédé »

 9   Terme de liturgie catholique. S'emparer du corps d'un homme, en parlant du démon. Le démon le possède.
    Être possédé, être tourmenté par l'esprit malin.
    Fig.
MASS.: « Jérusalem était possédée d'un démon, lorsque autrefois elle imitait toutes les impiétés des nations »
    Fig. Être possédé du démon de l'avarice, être extrêmement avare.
    Fig. Le diable le possède, il est possédé du diable, c'est un homme emporté et qui n'écoute rien.
VOLT.: « Il me dit qu'il était possédé du diable, que plusieurs personnes de sa connaissance en avaient été possédées aussi ; qu'ils avaient mis sur le théâtre les Américains, les Chinois, les Scythes, les Illinois, les Suisses, et qu'il y voulait mettre les Guèbres »

 10   Se posséder, v. réfl. Être possédé, tenu comme propriété.
LAMOTHE LE VAYER: « Ce qui est présent ne se possède jamais sans crainte, pouvant être à tous moments altéré »
    Fig. Se posséder, être maître de soi, se contenir.
CORN.: « Et l'on sait qu'un grand coeur se possède en tout temps »
SÉV.: « Quand vous vous possédez, vos paroles ont une force extrême »
BOSSUET: « La haine nous transporte, et nous ne nous possédons plus »
FÉN.: « Celui qui ne se possède point dans les dangers.... »
LESAGE: « Je ne me possède plus, je suis au désespoir »
VOLT.: « Ces paroles percèrent le coeur de l'ingénu ; mais il avait déjà appris à se posséder »
BOISSY: « Ah ! déjà trop longtemps je me suis possédé, Il me vient dans les doigts une pressante envie.... »
    Il ne se possède pas de joie, il est transporté de joie.

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
DU CANGE: « Porsooir »
    XIVème siècle
DU CANGE: « Possuire »
ORESME: « Ses propres possessions lesquelles il possiet non pas pour elles meisme ne comme bien final.... »
ORESME: « Les biens humains que nous posseions ou aquerons »
BERCHEURE: « Et les estranges terres possider et conquerre »
BERCHEURE: « Lequel champ il disoit estre non deuement possidez par aucuns »
    XVIème siècle
MONT.: « Se contenter d'aspirer à la vertu, sans la posseder »
MONT.: « Cette amitié qui possede l'ame et la regente en toute souveraineté »
MONT.: « C'est le jouir, non le posseder, qui nous rend heureux »
AMYOT: « Possedé de maling esprit »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. possedir, possezir, possider ; cat. posseir ; espagn. posseer ; port. possuir ; ital. possedere ; du lat. possidere, qui vient de pos (voy. POLLUER), et sedere, seoir : être assis sur ; comparez l'allem. besitzen. L'ancienne langue disait posseoir ; c'est au XIVe siècle que la forme latine s'établit : possider, puis posséder.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Avoir entre ses mains, en son pouvoir. "Posséder justement. Posséder injustement. Posséder à bon titre, à juste titre. Posséder de bonne foi. Posséder légitimement. Posséder de grands biens. Posséder une terre, une maison, un héritage."
Il se dit, par extension, Des emplois, des honneurs, des bonnes qualités. "Posséder un emploi, une charge. Posséder des honneurs, des dignités. Les vertus, les qualités, les talents qu'il possède."
En langage religieux, "Les bienheureux possèdent la gloire éternelle, possèdent Dieu," Ils jouissent de la gloire éternelle, ils jouissent de la vue de Dieu.
Fam., "Posséder quelqu'un," L'avoir chez soi, dans sa maison, jouir de sa présence. "Nous serions charmés de vous pendant quelques jours. Nous ne l'avons possédé que peu d'instants."
Fig., "Posséder l'esprit de quelqu'un," En être maître, le gouverner à son gré. "Cette femme possède entièrement l'esprit de son mari."
"Posséder les bonnes grâces d'une personne," En être favorisé, en être aimé. "Posséder le coeur d'une personne," En être fort aimé. "Posséder une femme," Jouir de ses faveurs.
"Posséder son âme en paix," Avoir constamment une tranquillité d'esprit due à une bonne conscience.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie figurément, et signifie, Savoir bien une chose, en avoir une parfaite connaissance. "Posséder les sciences, les belles-lettres, les arts libéraux. Posséder la philosophie, les mathématiques. Posséder la musique. Posséder le grec, le latin. Posséder les langues étrangères. C'est un homme qui possède bien sa langue. Cet homme possède bien ce qu'il sait. Cet avocat possède bien votre affaire. Il possède bien les poëtes. Il possède bien Horace. Il possède parfaitement bien Virgile. Il possède bien son Homère."
"Posséder son sujet," Le connaître à fond et de manière à le traiter dans toute son étendue. "Pour bien écrire, il faut pleinement son sujet."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Des passions, des sentiments qui maîtrisent l'âme, qui l'agitent et l'égarent. "L'ambition, l'avarice, la colère, etc., possèdent cet homme. Quand la passion le possède, il n'est pas traitable. Il est incapable de rien écouter, dans la douleur qui le possède. La rage le possède. Quelle rage, quelle fureur vous possède? L'esprit de discorde et de faction possédait ce malheureux peuple."
En termes de Liturgie cathol., "Le démon le possède," Le démon s'est emparé de son corps.
Prov., fig. et pop., "Le diable le possède, il est possédé du diable," se dit D'un homme emporté, et qui ne veut point entendre raison.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie, Être maître de son esprit, de ses passions, de ses mouvements, ne point se laisser troubler par les circonstances fâcheuses. "C'est un homme froid et sage qui se possède toujours. Il ne se possède point, il est toujours hors de lui-même. Possédez-vous. Ce général, cet homme de guerre se possède dans le combat, dans l'action. C'est un orateur qui se possède et ne se trouble point. C'est un joueur qui se possède également dans la perte et dans le gain."
Fam., "Il ne se possède pas de joie," Il est transporté de joie, une joie excessive le met hors de lui-même.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

POSSESSEUR, s. m. POSSESSION, s. f. POSSESSOIRE, s. m. ["Po-cédé", "cé-ceur", "cé-cion", "cé-soâ-re": 2e "é" fer. 3e lon. au dern. Devant l' "e" muet, la 2de se change en "è" moy. Il "possède", "possèdera", etc.] "Posséder", c'est 1°. Avoir à soi, en son pouvoir. "Posséder de" grands biens, "une" terre, "une" maison, "un" héritage, "un" ofice, "un" bénéfice, "une" charge. = "V. n." '"Posséder" justement "ou" injustement; de bone foi; à bon titre, à juste titre; légitimement. Voyez AVOIR.
- Les Bienheureux "possèdent" Dieu: ils "possèdent la" gloire éternelle.
- "Posséder les" bones grâces de; " l'esprit de" quelqu'un, avoir du pouvoir sur lui; " son coeur", en être extrêmement aimé.
- 2°. En parlant du démon, s'être emparé de... 'Le démon "le possède": il "est possédé du" Démon. On le dit "figurément", st. famil. d' un homme emporté, qui ne veut pas entendre raison. = On dit aussi, dans le même sens: l'ambition, l'avarice, la colère "le possède"; et par exagération, "la rage le possède": il "est possédé d'"ambition, "d'"avarice.
- 3°. "Se " a un beau sens: c'est être maître de soi et de ses passions, sur-tout de la colère, de la vivacité naturelle. 'Je "me possède" et je suis sûr de moi. "Mariv." Langage ordinaire de la présomption, et qui est souvent confondu. 'Il ne "se possède" point. 'Un général qui "se possède", dans le combat, a un grand avantage sur l'énemi. 'Orateur, Prédicateur, qui "se possède", qui ne se trouble point. Joueur, qui "se possède" également "dans" la perte et "dans" le gain. = "Ne pas se de joie" (st. famil.) en être transporté. = "Posséder son âme en paix", expression tirée de l'Écritûre: elle est du style simple, comme du style soutenu. "Posséder son âme" ne se dit que dans la traduction de ce passage. "In patientiâ vestrâ possidebitis animas vestras".
- 4°. "Figurément", avoir une parfaite conaissance de... "Posséder les" sciences, "les" belles lettres, "les" mathématiques, "le" latin, "le" grec, "la" musique, etc. 'Cet homme "possède" bien "sa" langue, et "les" langues étrangères.
- "Posséder les Auteurs". 'Il "possède" parfaitement Horace, Virgile, "les" poètes, etc.
   POSSÉDÉ, adj. et subst. (n°. 2°.) Homme "possédé du" démon: exorciser "les possédés". "Proverbialement", il "se démène comme un possédé".
   "Rem." Ce verbe ne régit pas les persones, excepté dans le sens marqué n°. 2°. "Posséder" quelqu'un, c. à. d. l'avoir chez soi ou en jouïr, le voir à son aise, est une expression qui ne plaisait pas à Mde "de Sévigné". 'Que ne peut-on, dit-elle à sa fille, courir~ à Grignan pour vous embrasser et "vous " un peu, comme on le dit en ce pays (en Bretagne).
- L'Ab. "Des Fontaines" s'en sert dans une lettre à M. "Swift", qui devait venir à Paris. 'On se flate, Monsieur, qu'on aura bientôt l'honeur de "vous " ici.
- On lit aussi dans le "Journ. de Brux." 'On se flate de "posséder" ici "leurs Altesses" pendant un mois. = Cette façon de parler a un sens peu honête, quand on parle d'une femme, ou qu'on lui écrit; et c'est une inatention dans "Fénélon" de s'en être servi en parlant de "Pénélope" et de ses Amans. 'Ne cherchez plus, ni votre Père, qui doit être péri... ni votre Mère, "que" ses amans "possèdent" depuis votre départ. Télém. Il dit mieux âilleurs: 'quelqu'un d'entr'eux "aura épousé" votre mère.
- L' "Acad." ne dit pas "posséder" dans ce sens. = * L'Auteur anonyme de quelques notes assez plates sur "Télémaque", dit, "être possédé", pour, "être gouverné". 'Louis XIV ne s'ouvroit pas, même à ses Maîtresses: il eut la gloire de "n'en être pas possédé". "Gouverné" eut mieux valu. On dit bien qu'on possède l'esprit de quelqu'un ou son coeur; mais on ne dit pas qu'il "est possédé de nous", qu'il "en est possédé". = "Posséder" se dit ordinairement des persones, relativement aux chôses; mais quelquefois aussi il se dit des chôses, relativement aux persones. '"Cet esprit" de discorde et de faction "possédoit" toutes les Comunautés du Royaume. "Voltaire". Voy. n°. 2°.
   POSSESSEUR, celui qui possède quelque bien fonds, quelque héritage. 'Légitime, paisible "possesseur": un "possesseur" de bone foi, de longue main. 'Depuis la mort "du" dernier "possesseur".
- En parlant de maisons, on dit plutôt "propriétaire", du moins dans le langage comun.
   POSSESSION est 1°. jouïssance d'un héritage, d'un bénéfice, d'une charge, etc. '"Possession" légitime ou injuste, immémoriale, non interrompue, triennale, etc. = Avec les verbes "être", "prendre", "entrer", "se mettre", etc. il régit la prép. "de": 'Il "est en possession de" ce fief: il les envoya "prendre possession des" terreins concédés. "Charlev." Il "est entré en possession de" cette terre depuis long-tems. 'Il s'est mis "en possession des" meubles, etc. 'Il est troublé dans "la possession de" ce bénéfice. = "Être en possession" régit de plus cette prép. "de" devant l'infinitif des verbes: 'Il "est en possession de dire", "de faire" tout ce qu'il lui plait. = 2°. "Possession" se dit aussi de toutes les chôses que les Hommes recherchent avec ardeur. 'Les plus grandes passions diminuent par "la possession".
- 3°. L'état d'un homme possédé par le démon. '"La possession" difère de l'"obsession", en ce que dans celle-là le diable agit au dedans, et qu'il agit au dehors dans celle-ci.
   *POSSESSIONÉ, employé par M. "Mallet du Pan". 'Les invalides non "possessionés", (qui n'ont point de possession) pourront être obligés à faire des corvées seigneuriales. "Journ. Polit. de Gén." Traduct. d'un rescrit de l'Empereur.
   POSSESSOIRE ne se dit qu'au "Palais". Le droit de . En matière de bénéfice, on dit plutôt "récréance". 'Contester, plaider, juger, gâgner "le possessoire".




Emplacement dans le dictionnaire :

positiveté
positivité
positron
posologie
possédable
possédant
possédé
possedé
posseder
posséder
possesseur
possessif
possession
possessionné
posset
possibilité
possible
possiblement
post
postal
postdater


Autres Recherches
Synonymes
Conjugaisons
Synonymes : cliquez ici
Conjugaison du verbe : cliquez ici


Accès direct à ptidico.com: cliquez ici...