Rebuter (verbe)
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Rejeter, repousser avec dureté, avec rudesse. "Quand je lui parlai de cette affaire, il me rebuta. Rien ne lui plaît, il rebute tout. Rebuter une proposition."
Il signifie encore Décourager, dégoûter par des obstacles, par des difficultés, etc. "La moindre chose le rebute. Il a été rebuté par les mauvais procédés dont on a usé envers lui. Il ne faut pas se rebuter si vite. Prenez garde que ce cheval ne se rebute."
Il signifie aussi Choquer, déplaire. "C'est un air, une mine qui rebute. Cet homme a des manières qui rebutent tous ceux qui ont affaire à lui."
Dictionnaire d'Emile Littré
| Verbe |
1 Rejeter avec dureté.
PASC.: « Je lui demandai s'ils ne décideraient pas formellement que la grâce est donnée à tous, afin qu'on n'agitât plus ce doute ; mais il me rebuta rudement, et me dit que ce n'était pas là le point »
ROLLIN: « Diogène, étant connu à Athènes, alla trouver Antisthène, qui le rebuta fort.... »
MASS.: « Les prétextes dont vous vous servez tous les jours pour rebuter ces pauvres errants.... »
VOLT.: « Pascal, abusant de ce principe [qu'il ne faut aimer que Dieu], traitait sa soeur avec dureté et rebutait ses services, de peur de paraître aimer une créature »
2 Il se dit des choses qu'on repousse.
TRISTAN: « Vous rebutiez toujours nos fidèles avis »
MOL.: « Vous rebutez mes voeux et me poussez à bout »
MASS.: « Qu'ils [vos confrères] vous deviennent plus chers à mesure que vous voyez qu'ils s'égarent ; ne vous rebutez pas, quoiqu'ils paraissent rebuter eux-mêmes vos douces remontrances »
VOLT.: « Pourrait-il rebuter les pleurs des malheureux ? »
3 Écarter.
J. J. ROUSS.: « On rebute ceux qui ne sont bons que pour eux »
Il se dit des femmes qui refusent l'hommage d'un amant.
QUIN.: « Mais Alphée aujourd'hui n'est pas tant rebuté ; Vous ne fuyez plus sa présence »
HAMILT.: « Assez coquette pour ne rebuter personne »
D'ALLAINVAL: « J'ai rebuté Damis : quelle honte de retourner à lui ! »
4 Il signifie quelquefois simplement refuser. Rebuter une pièce de monnaie qui est de mauvais aloi.
Ne pas vouloir d'une chose.
BOILEAU: « Avant qu'un peu de terre obtenu par prière Pour jamais sous la tombe eût enfermé Molière, Mille de ses beaux traits aujourd'hui si vantés Furent des sots esprits à nos yeux rebutés »
BUFF.: « Il [l'oiseau royal] rebute celui [riz] qui n'est pas de bonne qualité »
BUFF.: « Si la fonte ne pesait pas au moins cinq cent vingt livres le pied cube, on rebuterait la pièce comme non recevable »
5 Décourager, dégoûter par les difficultés, par les obstacles.
ROTR.: « Si cette cruauté ne rebute un amant, Il a beaucoup d'ardeur ou peu de sentiment »
LA FONT.: « Il est vrai, son humeur a rebuté la mienne »
FLÉCH.: « Ce qui rebute les mauvais chrétiens de la pratique de la vertu.... »
REGNARD: « Le péril ne vous rebute point : cela est fier, cela est héroïque »
DUMARS.: « L'opération de ranger les mots dans leur ordre naturel au milieu des inversions latines demande une contention d'esprit qui fait une véritable peine à leur cerveau [des enfants], et par conséquent qui les rebute »
J. J. ROUSS.: « J'étais facile à rebuter »
Il se dit avec de et un infinitif.
J. J. ROUSS.: « On la rebute de venir voir son nourrisson »
Absolument.
CORN.: « Ce n'est point un honneur qui rebute en deux jours ; Et qui règne un moment aime à régner toujours »
Il se dit de soldats qui refusent de continuer le combat.
BOSSUET: « Nos troupes semblent rebutées autant par la résistance des ennemis que par l'effroyable disposition des lieux »
FLÉCH.: « Ils vinrent plusieurs fois à la charge ; mais ils perdirent tant de monde, qu'ils furent enfin rebutés »
RAC.: « M. de Luxembourg était, dit-on, quelque chose de plus qu'humain, volant partout, et même s'opiniâtrant à continuer les attaques dans le temps que les plus braves étaient rebutés »
ROLLIN: « Les Abydéniens se défendirent quelque temps avec beaucoup de courage, et ils ne désespéraient pas même de rebuter les ennemis »
Terme de manége. Rebuter un cheval, exiger de lui plus qu'il ne peut faire, et finir par le rendre insensible aux aides et au châtiment.
6 Choquer, déplaire, dégoûter par la répugnance. Cet homme a des manières qui rebutent ceux qui ont affaire à lui.
BOILEAU: « Rien ne le rebuta, ni sa vue éraillée [de la femme qu'il voulait épouser], Ni sa masse de chair bizarrement taillée »
MARMONTEL: « Des moeurs grossières peuvent être comiques ; mais c'est un comique local, dont la peinture ne peut amuser que le peuple à qui elle ressemble, et qui rebutera un siècle plus poli, une nation plus cultivée »
Absolument.
VOLT.: « Les vers les mieux pensés et les plus exacts rebutent quelquefois ; on en ignore la raison ; elle vient du défaut d'harmonie »
7 Se rebuter, v. réfl. Se décourager.
MOL.: « Vous ne vous rebutez point, et, pied à pied, vous gagnez mes résolutions »
TH. CORN.: « Voyez, parlez, pressez ; pourquoi vous rebuter ? »
BOSSUET: « Je suis éloigné de me rebuter de vos faiblesses »
HAMILT.: « Il n'était pas homme à se rebuter pour un refus »
VOLT.: « Il [Voltaire] fut occupé huit années entières à leur faire rendre justice [aux Sirven], et ne se rebuta jamais ; il en vint à bout »
BUFF.: « Plus sensible au souvenir des bienfaits qu'à celui des outrages, il [le chien] ne se rebute pas par les mauvais traitements »
J. J. ROUSS.: « Généralement les hommes sont moins constants que les femmes, et se rebutent plutôt qu'elles de l'amour heureux »
Se rebuter de, avec un infinitif.
J. J. ROUSS.: « Celle [la profession] de perruquier, qui n'est jamais nécessaire, et qui peut devenir inutile d'un jour à l'autre, tant que la nature ne se rebutera pas de nous donner des cheveux »
HISTORIQUE
XIIIème siècle
Fl. et Bl. 2978: Blanceflor saut, avant s'est mise ; Et Floires la reboute arriere
BEAUMANOIR: « Et ce ne pot fere cil qui ne pot parler, et por ce doit il estre reboutés de estre arbitres »
XVème siècle
FROISS.: « Quand messire Hue de Cavrelée se vit ainsi rebouté de cel evesque qui estoit de grand lignage »
E. DESCH.: « D'entour lui [il] doit touz menteurs rebouter »
Perceforest, t. V, f° 60: Seigneurs, ce present ne fait pas à rebouter, puisque c'est envoy de pucelle
LOUIS XI: « Il n'est homme qui n'en fust rompu et rebuté [d'éternels pâtés d'anguille] »
XVIème siècle
AMYOT: « Peu de temps après, il vint à demander le consulat, et fleschissoit desja la commune à sa requeste, ayant aucunement honte de rebuter et esconduire un tel personnage »
AMYOT: « Il attenta par deux et trois fois de surprendre ce port de Piroee, ne se rebutant point pour avoir failly une fois »
MONT.: « Les appetits charnels, rebutez et endormis »
MONT.: « La priere me gaigne, la menace me rebute »
ÉTYMOLOGIE
Rebuter est le même que rebouter, de re..., et bouter : bouter arrière, repousser.
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Rejeter avec dureté, avec rudesse. "Il voulait entrer, mais on le rebuta à la porte. Quand je lui parlai de cette affaire, il me rebuta. Rien ne lui plaît, il rebute tout. Rebuter une proposition."
Il signifie quelquefois simplement, Refuser. "De cinquante pièces de monnaie, il en rebuta dix qui étaient de mauvais aloi."
Il signifie encore, Décourager, dégoûter par des obstacles, par des difficultés, etc. "Le grand travail le rebute. La moindre chose le rebute. Il est rebuté de la guerre. Les troupes étaient rebutées. Prenez garde de ne pas trop gourmander ce cheval, vous le rebuterez."
Il s'emploie, en ce sens, avec le pronom personnel. "Il ne faut pas se rebuter aisément. Prenez garde que ce cheval ne se rebute."
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Choquer, déplaire. "C'est un air, une mine qui rebute. Cet homme a une mine qui rebute, des manières qui rebutent tous ceux qui ont affaire à lui."
Ancienne définition de 1798 (Académie Française)
| Verbe |
Rejeter avec dureté, avec rudesse. "Il vouloit entrer, mais on le rebuta à la porte. Quand je lui parlai de cette affaire, il me rebuta. Rebuter une proposition. Rien ne lui plaît, il rebute tout".
Il signifie quelquefois simplement, Réfuser. "De cinquante pièces de monnoie, il en rebuta dix qui étoient de mauvais aloi".
Il signifie encore, Décourager, dégoûter par des obstacles, par des difficultés, etc. "Le grand travail le rebute. La moindre chose le rebute. Il est rebuté de la guerre. Prenez garde de ne pas trop gourmander ce cheval, vous le rebuterez".
Il signifie aussi, Choquer, déplaire. "C'est un air, une mine qui rebute. Cet homme-là a une mine qui rebute, des manières qui rebutent tous ceux qui ont affaire à lui".
Il s'emploic aussi avec le pronom personnel, et signifie, Se décourager, se dégoûter. "Il ne faut pas se rebuter aisément. Prenez garde que ce cheval ne se rebute".
Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
| Verbe |
Rejeter avec dureté, avec rudesse. "Il vouloit entrer, mais on le rebuta à la porte. Quand je lui parlai de cette affaire, il me rebuta. Rebuter une proposition. Rien ne lui plaît, il rebute tout."
Il signifie quelquefois simplement Refuser. "De cinquante pistoles il en rebuta dix qui étoient légères."
Il signifie encore, Décourager, dégoûter par des obstacles, par des difficultés, &c. "Le grand travail le rebute. La moindre chose le rebute. Il est rebuté de la guerre. Prenez garde de ne pas trop gourmander ce cheval, vous le rebuterez."
Il signifie aussi, Choquer, déplaire. "C'est un air, une mine qui rebute. Cet homme-là a une mine qui rebute, des manières qui rebutent tous ceux qui ont affaire à lui."
Il est aussi réciproque, & signifie, Se décourager, se dégoûter. "Il ne faut pas se rebuter aisément. Prenez garde que ce cheval ne se rebute."
Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)
| Verbe |
Rejetter avec dureté, avec rudesse. "Il vouloit entrer, mais on le rebuta à la porte. quand je luy parlay de cette affaire, il me rebuta. rebuter une proposition. rien ne luy plaist, il rebute tout".
Il sign. quelquefois simplement, Refuser. "De cinquante pistoles, il en rebuta dix qui estoient legeres".
Il signifie aussi, Décourager, dégouster par des obstacles, par des difficultez, &c. "Le grand travail le rebutte. la moindre chose le rebutte. il est rebutté de la guerre. prenez garde de ne pas trop gourmander ce cheval, vous le rebuterez".
Il est aussi en ce dernier sens n. p: "Il ne faut pas se rebuter aisément. prenez garde que ce cheval ne se rebute".
Emplacement dans le dictionnaire :
| rebrousse-poil rebrousser rebuffade rebus rébus rebut rebutant | rebute rebuté rebuter recacher recacheter récalcitrant récalcitrer | recale recaler recamionnage recap récapitulatif récapitulation recapitulation |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Jules MICHELET (L'Oiseau)...là, voir lui-même, observer, décrire, peindre. Il se souvint alors d'une chose : c'est qu'il ne savait ni dessiner, ni peindre, ni écrire. Voilà cet homme fort, patient et que rien ne pouvait rebuter, qui apprend à écrire, très-bien, très-vite. Bon écrivain, artiste infiniment exact, main fine et sûre, il parut, sous sa mère et maîtresse la nature, moins apprendre que se souvenir. Armé ainsi, il...
Citation n°2 de Jules MICHELET (L'Oiseau)
...creusets de flamme vivante où la nature fait passer tout ce qui corromprait la vie supérieure. Elle leur a fait dans ce but un appareil admirable qui reçoit, détruit, transforme, sans se rebuter, se lasser, ni même se satisfaire. Ils mangent un hippopotame, et ils restent affamés. Ils dévorent un éléphant, et ils restent affamés. Aux mouettes (les vautours de mer), une baleine semble un...
Citation n°3 de Joseph JOUBERT (Pensées, essais, maximes et correspondance)
...profit des conversations et des livres. Quand il y a, dans un ouvrage dogmatique, des clartés qui pourront nous plaire, il importe de souffrir les obscurités préliminaires qui pourraient nous rebuter. Il faut se faire un lointain, se créer une perspective, se choisir un point de vue, quand on veut juger d'un ouvrage, même d'un ouvrage d'esprit, d'un mot, d'un livre, d'un discours. En...
Citation n°4 de Jacques DELILLE (L'Homme des champs ou les Géorgiques françaises)
...l'ame, accoutumée aux impressions immodérées, ne sait plus s'arrêter, et ne connoît plus que les excès pour échapper à l'ennui ! Il est donc utile d'encourager d'autres genres de poësie, de ne pas rebuter par un dédain injuste ceux qui, sans cet appareil et tous ces mouvemens passionnés, tâchent d'embellir des couleurs poëtiques les objets de la nature et les procédés des arts, les préceptes de la...
Citation n°5 de Mme COTTIN (Claire d'Albe)
...vertus exercées ; un coeur aimant est tout ce que vous devez chercher ; un penchant au bien, tout ce que vous devez vouloir : quand même il seroit obscurci par de légers travers, faudroit-il donc se rebuter ? De même qu'il est peu de matins sans nuages, on ne voit guère d'adolescence sans défaut ; mais elle s'en dégage tous les jours, surtout quand elle est guidée par une main aimée. C'est à vous...
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