Remède (nom masculin, subst. masculin)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Ce qui sert à guérir quelque mal, quelque maladie, ce qu'on emploie à cet effet. "Remède doux, violent. Remède topique, spécifique, palliatif. Remède efficace, souverain. Remède éprouvé. Remède héroïque. Il n'y a pas de universel. Remède contre le mal de dents. Appliquer un . User d'un . Le que le médecin lui a ordonné. Prendre un . Recourir aux s. Ne faites pas telle chose, cela empêcherait l'effet du . Les s ne font qu'irriter son mal. On a eu recours aux derniers s. C'est un homme qui a des s pour toutes sortes de maux. La diète, l'exercice, le bon air sont d'excellents s."
Fig. et prov., "Il y a à tout."
Prov., "Aux grands maux les grands s." Il se dit au propre et au figuré.
Prov., "Le est pire que le mal" se dit d'un Remède qui est très désagréable, ou dangereux, ou nuisible. Il se dit aussi au figuré.
Ironiquement, "C'est un à tous maux," se dit d'un Remède dont on ne fait point de cas.
"Remède de bonne femme," Remède simple et populaire. "C'est un de bonne femme qui m'a guéri."
REMÈDE se dit particulièrement d'un Lavement. "Prendre un . Garder longtemps un remède. Rendre un ."
REMÈDE se dit figurément de Ce qui sert à guérir les maladies de l'âme. "Se créer une occupation est un grand contre l'ennui. La connaissance de soi-même est un contre l'orgueil."
Fig. et fam., "C'est un d'amour, contre l'amour" se dit d'une Femme vieille ou laide.
REMÈDE se dit aussi figurément de Tout ce qui sert à prévenir, à surmonter, à faire cesser quelque malheur, quelque inconvénient, quelque disgrâce. "La sagesse est un contre les accidents de la vie. Il n'est pas impossible de trouver quelque au malheur dont vous êtes menacé. Son malheur est sans . Voyons s'il n'y a pas quelque à la perte de votre procès. On ne saurait apporter du à tous les maux. Le mal est fait, il n'y a plus de ."
"Porter à," Combattre efficacement un mal.



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Tout ce qui peut déterminer un changement salutaire dans l'économie en général et dans un organe en particulier, que ces moyens soient hygiéniques, chirurgicaux ou pharmaceutiques.
MOL.: « Il [mon médecin] m'ordonne des remèdes, je ne les fais pas, et je guéris »
MOL.: « Argan : Tant pis pour lui [Molière], s'il n'a point recours aux remèdes. - Béralde : Il a ses raisons pour n'en point vouloir, et il soutient que cela n'est permis qu'aux gens vigoureux et robustes, et qui ont des forces de reste pour porter les remèdes avec la maladie »
SÉV.: « Tout le monde conte qu'on s'est tiré de toutes sortes de maux par des remèdes, et vous affectez de n'en prendre aucun ; ma très chère, ils sont pourtant nécessaires, et je m'en suis bien trouvée aux Rochers »
SÉV.: « C'est dommage que Molière soit mort ; il ferait une scène merveilleuse de Daquin [premier médecin du roi], qui est enragé de n'avoir point le bon remède, et de tous les autres médecins, qui sont accablés par les expériences, par les succès et par les prophéties comme divines de ce petit homme [l'Anglais Talbot qui donnait le quinquina] »
SÉV.: « Il [Ch. de Sévigné] est malade des remèdes.... il en a fait dont il n'avait pas besoin »
BOSSUET: « Si vous trouvez que ces connaissances [de la médecine] vont lentement, et qu'on n'invente pas assez de remèdes pour vaincre tous les maux, il s'en faut prendre au fonds inépuisable d'infirmité qui est en nous »
BOSSUET: « La mort se déclare ; on ne tente plus de remède contre ses funestes attaques »
BOSSUET: « Pouvons-nous n'apercevoir pas ce que nous perdons sans cesse avec les années ? le repos et la nourriture ne sont-ils pas de faibles remèdes de la continuelle maladie qui nous travaille ? »
FLÉCH.: « Les maladies de langueur sont d'autant plus rudes, que l'on n'en prévoit pas la fin ; il faut supporter et les maux et les remèdes aussi fâcheux que les maux mêmes »
MAINTENON: « Beaucoup de soins, point de remèdes, voilà ma recette »
LA BRUY.: « Un bon médecin est celui qui a des remèdes spécifiques »
FÉN.: « On le voyait aller dans les tentes secourir lui-même les malades et les mourants ; il leur donnait de l'argent et des remèdes »
FÉN.: « Tantôt il donnait des remèdes qui faisaient suer »
FÉN.: « Les remèdes sont eux-mêmes de véritables maux qui usent la nature, et dont il ne faut se servir que dans les pressants besoins »
FONTEN.: « L'amas immense des remèdes ou simples ou composés contenus dans la pharmacopée, ou dans le traité des drogues, semblerait promettre l'immortalité ou du moins une sûre guérison de chaque maladie ; mais il en est comme de la société où l'on reçoit quantité d'offres de services et peu de services »
    Être dans les remèdes, se mettre dans les remèdes, faire des remèdes, se soumettre à un traitement.
SÉV.: « Il fait des remèdes ; il faut qu'il se trouve fort incommodé, puisqu'il s'y résout »
SÉV.: « Votre médecin, qui dit que mon mal sont des vapeurs, et vous.... n'êtes pas les premiers qui m'avez conseillé de me mettre dans les remèdes spécifiques »
MAINTENON: « Madame la duchesse de Bourgogne fait beaucoup de remèdes, et n'en est pas mieux »
    Faire des remèdes, se dit aussi du médecin qui prescrit des remèdes.
SÉV.: « Parlons de votre pauvre frère ; un coquin de chirurgien de Paris, après lui avoir fait bien des remèdes, l'assure qu'il est guéri »
    Remède secret, préparation dont la formule n'est pas inscrite au codex, ou qui n'a pas été composée par un pharmacien, pour un cas particulier, sur l'ordonnance d'un médecin ; ou dont la formule n'a pas été publiée par le gouvernement, conformément au décret de 1810 [aujourd'hui modifié par le décret du 3 mai 1850], Cour de cassation.
    Dans le langage vulgaire, le grand remède, les grands remèdes, le mercure que l'on administre dans les maladies syphilitiques.
VOLT.: « S'il est vrai que ce témoin ait passé cette journée dans la maison où il subissait le grand remède, tout sera bientôt mis au grand jour »
    Familièrement. Remède de bonne femme, remède simple et populaire, et qui ne produit aucun effet.
    C'est un remède à tous maux, se dit d'un remède auquel on ne croit aucune efficacité.

 2   Nom donné à certains médicaments plus ou moins composés dont les auteurs avaient d'abord gardé le secret. Le remède de Pradier (contre la goutte).

 3   Par euphémisme, lavement.
SÉV.: « On le prie de venir voir donner un remède à cinq heures à M. le maréchal de Grammont »
BOILEAU: « Un escadron coiffé d'abord court à son aide, L'une chauffe un bouillon, l'autre apprête un remède »
DANCOURT: « J'ai bu mes eaux, pris mon bouillon, rendu mon remède, et mangé ma petite soupe »
REGNARD: « Un remède par moi lui vient d'être donné Tel que l'apothicaire en avait ordonné »

 4   Fig. Ce qui sert à guérir les vices de l'âme, à calmer les souffrances morales.
CORN.: « Beaucoup par un long âge ont appris comme vous Que le malheur succède au bonheur le plus doux ; Peu savent comme vous s'appliquer ce remède »
PASC.: « C'est en vain, ô hommes, que vous cherchez dans vous-mêmes le remède à vos misères »
PASC.: « Il faut qu'elle [la véritable religion] nous rende raison de ces oppositions que nous avons à Dieu et à notre propre bien ; il faut qu'elle nous enseigne les remèdes à ces impuissances, et les moyens d'obtenir ces remèdes »
SÉV.: « Ce qui embarrasse fort mon abbé, la Mousse et mes gens, c'est qu'il n'y a point de remède à mon chagrin »
BOSSUET: « Un homme [Jésus] qui, joignant la force d'un Dieu à notre nature infirme, nous fit un remède de notre faiblesse »
BOSSUET: « Vous croyez donc.... qu'un royaume est un remède universel à tous les maux, un baume qui les adoucit, un charme qui les enchante ? »
MASS.: « Elle [la passion de l'avarice] se nourrit et s'enflamme par les remèdes mêmes qui guérissent et éteignent toutes les autres »
C. DELAV.: « Quel remède essayer contre un mal qu'on ignore ? »
    Remède de l'âme, Voy. RÉDEMPTION.
    Fig. et familièrement. C'est un remède d'amour, se dit d'une personne vieille ou laide.
DANCOURT: « Je suis bon médecin, et je t'offre mon aide. - Lisette : Oui, vous êtes d'amour, je pense, un vrai remède »

 5   Fig. Tout ce qui sert à prévenir, à faire cesser un malheur, une disgrâce.
BALZ.: « Ne touchez pas à des maux qui découvriront l'impuissance des remèdes »
CORN.: « Mais, puisque c'en est fait, le coup est sans remède »
SÉV.: « Ayant donné remède à ce mal [une chicane], je vous écrivis une grande lettre »
BOSSUET: « Les malheurs de l'Espagne dont on sait qu'elle [la reine Isabelle, fille de Henri IV] trouva le remède par un zèle et par des conseils qui ranimèrent les grands et les peuples, et, si on le peut dire, le roi même »
BOSSUET: « Amalasonte.... est empêchée par les Goths de faire instruire le jeune prince comme méritait sa naissance, et, contrainte de l'abandonner aux gens de son âge, elle voit qu'il se perd, sans pouvoir y apporter de remède »
BOSSUET: « Contre ces dissensions domestiques [à Rome] le sénat ne trouvait point de meilleur remède que de faire naître continuellement des occasions de guerres étrangères »
BOSSUET: « La monarchie ébranlée jusqu'aux fondements, la guerre civile, la guerre étrangère, les remèdes de tous côtés plus dangereux que les maux, les princes [Condé et Conti] arrêtés avec grand péril et délivrés avec un péril encore plus grand »
VOLT.: « Dieu a envoyé M. de Silhouette à notre secours [en finances] ; s'il y a quelque bon remède, il le trouvera »
VOLT.: « Dans le péril qui croît et nous obsède, Vous montrez tous nos maux : montrez-vous le remède ? »

 6   En termes de monnayage, remède se disait autrefois pour ce qu'on nomme aujourd'hui tolérance ; ainsi la tolérance du titre était appelée remède de loi, et la tolérance de poids était nommée remède de poids.

PROVERBES
    Il y a remède à tout, fors à la mort.
    Le remède est pire que le mal, se dit d'un remède dangereux, d'une résolution très hasardeuse.
VOIT.: « J'ai peur que je ne vous épouvante trop, et que le remède dont je veux guérir votre ennui, ne soit plus violent que le mal »
    Aux grands maux les grands remèdes.

SYNONYME
    REMÈDE, MÉDICAMENT. Remède a un sens plus étendu que médicament. Le remède comprend tout ce qui est employé pour la cure d'une maladie ; le médicament est toujours une matière simple ou composée que l'on administre soit à l'intérieur soit à l'extérieur. L'exercice peut être un remède, mais n'est jamais un médicament. Le sulfate de quinine est un remède ou un médicament.

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
BEAUMANOIR: « Nepourquant nous y veons aucunne remede comme il poent [peuvent] avoir fief »
    XIVème siècle
BERCHEURE: « Se le dictateur romain n'i eust mis remede »
    XVème siècle
FROISS.: « Et se le roy l'eust tenu en son ire, il l'eust fait mourir sans remede »
O. DE LA MARCHE: « Madame Jehanne veint au lieu de Digeon, à secours et à remede, devers le duc de Bourgongne, son parent, luy remontrant comme les Luxembourgeois l'avoyent dechassée de son heritage »
COMM.: « Et n'y avoit nul remede [à Fornoue] de passer que par combaître »
    XVIème siècle
     Ordonn. tireurs et batteurs d'or, 1386: L'or à 24 carats, à 1/4 de carat de remede.... sur peine de la refonte des ouvrages qui seront trouvez defectueux au dessous desdits remedes

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. remedi, remezi ; espag. et ital. remedio, du lat. remedium, de re, et mederi, guérir (voy. MÉDECIN). Remède, dans l'acception de lavement, s'est introduit du temps de Louis XIV, pour dissimuler ce que lavement paraissait avoir de grossier.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Ce qui sert à guérir quelque mal, quelque maladie, ce qu'on emploie dans ce dessein. "Remède doux, violent, innocent, bénin. Remède topique, chimique, spécifique, anodin, palliatif. Remède souverain, efficace, infaillible. Remède éprouvé. Remède héroïque. Remède souverain. Il n'y a point de universel. Les s secrets ne peuvent être distribués sans autorisation. Remède pour la fièvre quarte, pour le mal de dents. Appliquer un . User d'un . Le que le médecin lui a ordonné. Prendre un , des s. Recourir aux s. Ne faites pas telle chose, cela empêcherait l'effet du . Un médecin qui a d'excellents s. Il a quitté les s. Les s ne font qu'irriter son mal. Son mal s'obstine, tient contre les s. On a eu recours aux derniers s. C'est un homme qui a des s pour toutes sortes de maux. La diète, l'exercice, le bon air, la gaieté, sont d'excellents s."
Prov., "Il y a à tout, fors à la mort."
Prov., "Le est pire que le mal," se dit D'un qui paraît très-désagréable, on dangereux, ou nuisible. Il se dit aussi au figuré.
Ironiq., "C'est un à tous maux," se dit D'un dont on ne fait point de cas.
"Remède de bonne femme," Remède simple et populaire. "C'est un de bonne femme qui m'a guéri."
"Être dans les s, se mettre dans les s," Prendre des s, commencer à prendre des s.
"Le grand ," Le mercure qui se donne pour la guérison des maux vénériens. "Il a passé par le grand , par les grands s."
Prov., "Aux grands maux les grands s." On le dit au propre et au figuré.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie particulièrement, Un lavement. "Prendre un . Garder long-temps un . Rendre un ."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit figurément de Ce qui sert à guérir les maladies de l'âme. "Se faire une occupation, est un grand contre l'ennui. La connaissance de soi-même est un contre l'orgueil."
Prov., "C'est un d'amour," se dit D'une femme vieille ou laide.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi figurément de Tout ce qui sert à prévenir, à surmonter, à faire cesser quelque malheur, quelque inconvénient, quelque disgrâce. "La sagesse est un contre les accidents de la vie. Il n'est pas impossible de trouver quelque au malheur dont vous êtes menacé. Son malheur est sans . Voyous s'il n'y a point quelque à la perte de votre procès. On ne saurait apporter , apporter du à tous les inconvénients. Le mal est fait, il n'y a point de ."
En termes de Monnayage, "Remède de loi," La quantité d'alliage dont la loi tolère l'emploi dans la fabrication des espèces d'or et d'argent au delà de ce qu'elle a réglé; et, "Remède de poids," La quantité de poids dont la loi permet aux monnayeurs de faire les espèces plus légères qu'elle ne l'a prescrit. "Cet édit accordait tant de grains de de loi, et tant de grains de de poids, dans la fabrication des nouvelles espèces." Ces expressions ont vieilli: on dit aujourd'hui, "Tolérance."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

[1re et dern. "e" muet; 2e "è" moy.] 1°. Ce qui sert à guérir, ou qu'on emploie à ce dessein. 'Apliquer "un ": user "d'un ". 'Cet homme a "des s" pour toute sorte de maux. Être ou se mettre "dans les s".
- 2°. Depuis quelque tems, il signifie particulièrement "un lavement".
- 3°. "Fig." Ce qui sert à guérir les maux de l'âme. 'La conaissance de soi-même est "un" grand " contre" l'orgueuil.
- 4°. Ce qui sert à prévenir ou à faire cesser quelque malheur. 'Son malheur est sans "remède". 'Aporter "remède", ou "du " aux inconvéniens. 'Le Saint fit tout son possible pour "aporter à" de si grand maux. "P. Grifet". 'Je comence à être las des "remèdes" violens, et je veux en essayer de plus doux. "Cic." à "Atticus"; MONGAULT.
   On dit, "proverbialement", d'un , dont on ne fait point de câs, que "c'est un à tous maux". * "Bossuet" dit dans l'Or. Fun. de "Marie Thérèse": 'Croyez-vous qu'un Royaume est (soit) "un universel à tous les maux". Dabord il y a du pléonasme, et cet illustre Orateur aurait dû se contenter de dire, " universel", ou " à tous les maux". Ensuite cette expression n'est-elle pas trop familière pour un discours d'aparat?
- Quand un est trop dégoutant, ou dangereux, on dit que: "le est pire que le mal"; ce qui se dit au propre et au figuré. "Corneille" ennoblit ce proverbe, en changeant la construction.
   Ah! "le mal est" encor "plus doux que le ".
       Attila.
= "Il y a du à tout, hors à la" mort. = On dit d'une femme vieille ou laide, que c'est "un d'amour".




Emplacement dans le dictionnaire :

rembourré
rembourrement
remboûrrement
rembourrer
remboursable
remboursé
remboursement
rembourser
remede
remède
remédiable
remedier
remédier
remêleuse
remémoration
rememorer
remémorer
remenacer
remenée
remercié
remerciement


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