Sourd (adjectif, subst. masculin)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Adjectif 

Qui est privé du sens de l'ouïe ou qui entend très difficilement. "Il est devenu sourd. Cette maladie l'a rendu sourd d'une oreille. Sourd de naissance. Il est complètement sourd."
Fam., "Sourd comme un pot," Extrêmement sourd.
"Sourd-muet." Voyez ce mot à son rang alphabétique.
SOURD signifie, au figuré, Qui refuse d'entendre. "Il fut sourd à toutes mes propositions."
"Faire la sourde oreille," Faire semblant de ne pas entendre ce qu'on dit et n'y avoir point d'égard. "Quand on lui parle raison, il fait la sourde oreille." On dit aussi substantivement : "Faire le sourd."
Fig., "Être sourd aux prières, aux cris, aux raisons, aux remontrances," Être insensible aux prières, aux cris, etc.
SOURD se dit aussi de Certaines choses et signifie qui est peu sonore, qui rend un son étouffé. "Cette salle est sourde. Un piano sourd. Une voix sourde. Un bruit sourd. De sourdes rumeurs. De sourds gémissements."
"Lime sourde," Lime qui ne fait pas de bruit quand on l'emploie.
SOURD se dit, en termes de Phonétique, d'un Son du langage qui ne fait pas vibrer les cordes vocales. T, P, K "sont des consonnes sourdes." Substantivement, "Ce sont des sourdes."
SOURD signifie figurément Qui est peu sensible, qui se perçoit peu. "Une inquiétude sourde. Un sourd travail de l'organisme, de la pensée."
"Douleur sourde," Douleur interne qui n'est pas aiguë.
"Lanterne sourde," Lanterne faite de telle façon que celui qui la porte voit sans être vu et qu'il en cache entièrement la lumière quand il veut.
En termes de Peinture, "Tons sourds," Tons qui manquent d'éclat.
SOURD se dit, au figuré, de Certaines choses qui se font secrètement, sans bruit, sans éclat, et, dans ce sens, il se prend toujours en mauvaise part. "De sourdes pratiques. De sourdes menées. Une guerre sourde."
SOURD s'emploie aussi substantivement. "Un sourd, une sourde."
Fam., "Crier, frapper comme un sourd," Crier, frapper très fort.
"Autant vaudrait parler à un sourd," C'est peine perdue de chercher à lui faire entendre raison.
Prov., "Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre" se dit en parlant de Quelqu'un qui fait semblant de ne pas entendre une proposition, une question qu'il entend fort bien, mais à laquelle il ne veut pas répondre.



1ère définition d'Emile Littré

Adjectif 



 1   Qui ne peut entendre par suite de quelque vice ou obstruction de l'organe de l'ouïe.
LA FONT.: « Mes enfants, approchez, Approchez ; je suis sourd, les ans en sont la cause »
LA FONT.: « C'était une clameur à rendre les gens sourds »
BRISSON: « Un trop grand bruit fatigue l'oreille, et va quelquefois jusqu'à rendre sourdes pour un temps, ou même pour toujours, les personnes qui y ont été exposées »
PIR.: « La Condamine est aujourd'hui Reçu dans la troupe immortelle [l'Académie française] ; Il est bien sourd, tant mieux pour lui, Mais non muet, tant pis pour elle »
DIDER.: « M. Le Sage était devenu si sourd dans sa vieillesse, qu'il fallait, pour s'en faire entendre, mettre la bouche sur son cornet, et crier de toute sa force »
    Fig.
BUFF.: « Vous savez que le siècle où l'on vit est sourd, que la voix du compatriote est faible »
    Familièrement. Sourd comme un pot, très sourd.
VOLT.: « Dites donc comment vont vos yeux ; je perds les miens, et je deviens sourd comme un pot »
    On dit dans le même sens : Sourd à n'entendre pas Dieu tonner.

 2   Qui, sans être sourd, n'entend pas pour une raison quelconque.
LA FONT.: « De ces dieux qui sont sourds bien qu'ayant des oreilles »
RAC.: « La frayeur les emporte [les chevaux], et, sourds à cette fois, Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix »
    Êtes-vous sourd ? se dit à une personne qui, sans être sourde, n'entend pas ou n'écoute pas.
MARIV.: « êtes-vous sourd, monsieur Blaise ? elle vous dit que non »
    Faire la sourde oreille, faire le sourd, ne pas vouloir entendre à quelque proposition, écouter une prière, une remontrance.
LA FONT.: « Le roussin d'Arcadie Craignit qu'en perdant un moment Il ne perdît un coup de dent ; Il fit longtemps la sourde oreille ; Enfin il répondit »
VILLEMAIN: « Il [Napoléon en 1815] temporisait, ménageait même les traîtres, détournait volontairement la vue, faisait sourde oreille et attendait le canon »

 3   Fig. Inexorable, inflexible, insensible.
CORN.: « Ô colère, ô pitié, sourdes à mes désirs ! »
LA FONT.: « Il [le ciel] devrait être sourd aux aveugles souhaits »
BOSSUET: « Nous sommes sourds à tous les sages avertissements, aveugles aux voies du salut qui nous sont montrées.... »
BOILEAU: « Pour lui [un mauvais poëte] Phébus est sourd et Pégase est rétif »
RAC.: « Je fus sourde à la brigue et crus la renommée »
RAC.: « Les dieux depuis longtemps me sont cruels et sourds »
RAC.: « Rebelle à tous nos soins, sourde à tous mes discours, Voulez-vous, sans pitié, laisser finir vos jours ? »
FÉN.: « Les rochers de Thrace et de Thessalie ne sont pas plus sourds ni plus insensibles aux plaintes des amants désespérés que Télémaque ne l'était à ces offres »
DORAT: « La beauté bien souvent, Attentive à l'hommage, est sourde au sentiment »

 4   Qui est peu sonore, peu retentissant. Ce violon est sourd. Une voix sourde.
BOILEAU: « Mais sans examiner si, vers les antres sourds, L'ours a peur du passant ou le passant de l'ours »
CUVIER et BRONGNIART: « Si la pierre [meulière] est sonore, elle est bonne, et fait espérer de grandes meules ; si elle est sourde, c'est signe qu'elle se divisera dans l'extraction »
    Un appartement sourd, appartement où la voix, la musique, etc. manquent de sonorité, et aussi appartement d'où le bruit intérieur ne s'entend pas au dehors.
SÉV.: « Cette petite chambre est sourde »
    Consonnes sourdes, consonnes telles qu'on les fait entendre en parlant bas et avec la glotte ouverte ; ce sont k, l, p, t, f, s.

 5   Qui se fait peu entendre. De sourdes rumeurs. Un bruit sourd.
SÉV.: « Nous écoutâmes, le maréchal [de Bellefonds] et moi, cette tragédie [Esther], avec une attention qui fut remarquée, et certaines louanges sourdes et bien placées qui n'étaient peut-être pas sous les fontanges de toutes les dames »
FÉN.: « Je n'entendrai plus le bruit sourd des vagues de cette mer »
J. J. ROUSS.: « Il y a des gens qui ne savent être émus que par des cris et des pleurs ; les longs et sourds gémissements d'un coeur serré de détresse ne leur ont jamais arraché des soupirs »
    Fig. Bruit sourd, nouvelle qui n'est ni publique, ni certaine.
RAC.: « Cependant un bruit sourd veut que le roi respire »
RAC.: « Songez-y ; vos refus pourraient me confirmer Un bruit sourd que déjà l'on commence à semer »
    Lime sourde, voy. LIME 1, au propre et au fig.
    Fig.
MONTESQ.: « La politique est une lime sourde qui use et qui parvient lentement à sa fin »

 6   Fig. Qui jette peu d'éclat.
    Terme de peinture. Teintes sourdes ou tons sourds, couleurs mates, vagues et sans éclat.
DIDER.: « Ce tableau est sombre, il est terne, il est sourd »
    Terme de joaillier. Pierre sourde, pierre qui a quelque chose d'obscur, de brouillé.
    Lanterne sourde, voy. LANTERNE.

 7   Fig. Vague, mal caractérisé.
J. J. ROUSS.: « Je ne savais pas même lui cacher ce pressentiment sourd qui m'inquiétait et ne me rendait que plus maussade »
    Au physique. Douleur sourde, douleur qui ne se fait pas sentir d'une manière aiguë.

 8   Fig. Qui ne se manifeste pas, qui est sans bruit, qui ne fait pas d'éclat.
CORN.: « Il est des moyens sourds pour lever un obstacle »
RETZ: « Nous découvrîmes quelque temps après un obstacle plus sourd, mais aussi plus dangereux »
SÉV.: « Il est certain que M. de Turenne est mal avec M. de Louvois ; mais cela n'éclate point ; et, tant qu'il sera bien avec M. Colbert, ce sera une affaire sourde »
MONTESQ.: « Il avait agi d'une manière sourde et insensible »
VOLT.: « Il y eut toujours une guerre sourde entre l'empire et le sacerdoce »
DIDER.: « Si tout ce que l'auteur a écrit eût été entassé comme pêle-mêle, qu'il n'y eût eu que dans l'esprit de l'auteur un ordre sourd, son livre eût été.... plus agréable.... »
DIDER.: « La sagacité des hommes a donné au temps une voix qui les avertit de sa fuite sourde et légère ; mais à quoi bon l'heure sonne-t-elle ? »
CONDIL.: « Le brigandage des gouverneurs, qui commandaient dans les provinces, n'avait ni le fracas, ni la rapidité de ces dévastations ; il était sourd et lent, mais il était continu »
DUCIS: « De ses sourdes douleurs j'ai vu la violence »
    En mauvaise part.
PATRU: « Il y eut dans la maison de sourdes pratiques »
TH. CORN.: « On veut que vos amis, par de sourdes intrigues, Se soient mêlés pour vous de cabales, de ligues »
ROLLIN: « Quelque sourdes que fussent ces menées, Darius en fut averti »
VOLT.: « Leur sourde ambition n'ignore point les brigues »

 9   Ancien terme de mathématiques. Nombres sourds, nombres irrationnels. Racines sourdes, racines carrées ou cubiques des nombres qui ne sont ni des carrés ni des cubes.
CONDILL.: « Quand nous n'avons pas pour une quantité une expression exacte, nous la nommons sourde, parce qu'alors elle échappe comme un bruit sourd qu'on distingue mal »

 10   Terme de marine. Lame sourde, lame qui se porte sur un point où l'on ne ressent pas le vent qui l'a soulevée.

 11   Terme de corroyeur. Couteau sourd, sorte de plane peu tranchante, qui sert à préparer les cuirs.

 12   Substantivement. Un sourd, une sourde.
SCARR.: « Je sais que je parle à des sourds : Mais ma raison est envolée »
BUFF.: « Un sourd de naissance est nécessairement muet »
    Fig.
BOSSUET: « Ces sourds spirituels à qui Jésus-Christ n'a pas encore ouvert l'oreille »
    Frapper comme un sourd, faire beaucoup de bruit en frappant, parce qu'un sourd ne se rend pas compte du bruit qu'il fait ?
RÉGNIER: « Que diable ! à si bonne heure Vous frappez comme un sourd »
    Frapper comme un sourd, signifie aussi frapper quelqu'un sans ménagement ni pitié, parce qu'un sourd, n'entendant pas les cris de sa victime, ne se rend pas compte du mal qu'il fait.
SCARR.: « Ses gens frappent comme des sourds »
    Fig.
SÉV.: « Nous entendîmes, après dîner, le sermon du P. Bourdaloue, qui frappe toujours comme un sourd, disant des vérités à bride abattue, parlant contre l'adultère à tort et à travers [en présence des adultères du roi Louis XIV] »
    Crier comme un sourd, crier très haut (à cause que les sourds, qui ne s'entendent pas eux-mêmes, élèvent d'ordinaire beaucoup la voix).

 13   Sourd-muet, sourde-muette, celui, celle qui est privée de la faculté d'expression orale par la surdité de naissance due à un vice du développement de l'oreille interne.
BUFF.: « M. Rodrigue Pereire, Portugais, ayant cherché les moyens les plus faciles pour faire parler les sourds et muets de naissance, s'est exercé assez longtemps dans cet art singulier pour le porter à un grand point de perfection »
SICARD: « Quand on n'a pas vécu avec les sourds-muets, il est trop difficile de se faire une juste idée de leur triste existence »
     Code civ. art. 936: Le sourd-muet qui saura écrire, pourra accepter lui-même ou par un fondé de pouvoir ; s'il ne sait pas écrire, l'acceptation doit être faite par un curateur nommé à cet effet
    L'institution des Sourds-muets (avec une S majuscule).
    Il est aussi adjectif. Il est sourd-muet.

PROVERBES
    Il n'est pire sourd, il n'est point de pire sourd que celui qui ne veut point entendre, se dit d'un homme qui entend très bien ce qu'on lui dit, mais qui, ne voulant pas répondre, fait semblant de ne pas entendre.
MOL.: « On dit bien vrai, qu'il n'y a pas de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre »
    Autant vaudrait parler à un sourd, se dit de celui qui ne veut rien faire de ce qu'on lui propose.

SYNONYME
    SOURD ET MUET, SOURD-MUET. La première expression désigne un individu muet en même temps qu'il est sourd, mais chez lequel le mutisme est indépendant de la surdité ; la seconde indique qu'il est muet parce qu'il est sourd de naissance. Voilà pourquoi on doit dire : l'Institution des Sourds-muets, et non l'Institution des sourds et muets. Du temps de Buffon, on ne faisait pas cette distinction.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Sax. XXVII: Il parla hautement que l'oï li plus sours
    XIIIème siècle
     la Rose, 12483: Or n'aiés mie oreilles sordes, Et ge vous pruef [prouve] que ce sunt bordes
BEAUMAN.: « Cil qui est si sours qu'il n'ot goute »
RUTEB.: « Savez que fet li damoisiaus ; En terre rouge se toueille, Le mort fet et la sourde oreille »
    XIVème siècle
H. DE MONDEVILLE: « Les tenailles sourdes sont celles qui n'ont pas concavité »
     Beaud. de Seb. x, 364: Il n'est si mavais sours que chuis ch'oïr ne voeilt
    XVème siècle
     Mistere d'Orleans, p. 384: Elle [Jeanne d'Arc] est venue à Baudricourt, Capitaine de Vaucouleur, Et plusieurs fois lui fist le sourt, Cuidant lui oster son erreur
E. DESCH.: « Es grans cours fault souvent faire le sourt, Qu'om ne voitrien et qu'om ne scet parler »
COMM.: « Et jà, comme j'ay dit, là estoient sours ennemys de tous costez »
     Bibl. des chartes, 4e série, t. I, p. 267: Il failloit avoir des lymes sourdes pour lymer cinq ou six barreaulx du treilliz de fer
     Perceforest, t. III, f° 158: Toutes fois à cause de cette jouste la feste en fut plus sourde, et y eut depuis peu de prouesses monstrées
     Intern. consol. II, 44: Il fault que tu faces en plusieurs choses la sourde oreille
    XVIème siècle
DESPORTES: « Il n'y a rocher si sauvage, Bois si dur, ne si sourd rivage, Qui n'ait pitié de ma langueur »
AMYOT: « Et courut incontinent un bruit sourd parmy le peuple, que ce signe celeste signifioit l'eclipse du roy »
O. DE SERRES: « Les hemorrhoïdes sont ou sourdes non fluantes, ou ouvertes et coulantes »
LEROUX DE LINCY: « En aoust les gelines sont sourdes [cela signifie que la ménagère appelle en vain ses poules quand elles trouvent à manger partout, et fig. que les gens sont sourds aux conseils jusqu'à ce qu'ils soient sans ressources] »

ÉTYMOLOGIE
    Berry, sord, sorde ; prov. sord, sort ; esp. et ital. sordo ; portug. surdo ; du lat. surdus.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    1. SOURD. Ajoutez : - REM. On a dit que la locution sourd comme un pot pouvait s'expliquer ainsi : sourd comme un pot qui a des oreilles et n'entend pas ; on disait les oreilles d'une écuelle, d'un pot. Mais voy. au Supplément au mot POT une meilleure explication.


2ème définition d'Emile Littré

Subst. masculin 


Nom donné à la salamandre dans quelques provinces.

ÉTYMOLOGIE
    Origine inconnue.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE 2. SOURD. - ÉTYM. Le sourd est dit ainsi parce que, en Normandie, la salamandre terrestre, ou mouron, passe pour sourde.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Adjectif 


Qui ne peut entendre, par le vice, le défaut, l'obstruction de l'organe de l'ouïe. "Il est devenu sourd. Cette maladie l'a rendu sourd d'une oreille. Sourd de nature. Il est sourd et muet. Sourd-muet de naissance. Il est complétement sourd."
Fam., "Sourd comme un pot," Extrêmement sourd. On dit, dans le même sens, "Sourd à n'entendre pas Dieu tonner."
Fig., "Être sourd aux prières, aux cris, aux raisons, aux remontrances," Être inexorable, insensible, inflexible aux prières, aux cris, etc.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi substantivement. "Un sourd. Une sourde. Un sourd-muet. L'institution des Sourds-muets."
Fam., "Frapper comme un sourd," Frapper sans mesure et sans pitié.
Prov., "Il n'est pire sourd, il n'est point de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre," se dit en parlant D'un homme qui fait semblant de ne pas entendre une proposition, une demande qu'il entend très-bien, mais à laquelle il ne veut pas répondre.
Prov., "Faire le sourd, faire la sourde oreille," Faire semblant de ne pas entendre ce qu'on nous dit, et n'y avoir point d'égard. "Quand on lui parle raison, il fait la sourde oreille."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit au figuré De certaines choses qui se font secrètement, sans bruit, sans éclat; et, dans ce sens, il se prend toujours en mauvaise part. "Des menées, des pratiques sourdes. De sourdes pratiques. De sourdes menées. Une guerre sourde. Une sourde tyrannie."
En Mathém., "Quantités sourdes," Les quantités incommensurables, c'est-à-dire, Celles qui ne peuvent être exprimées exactement, ni par des nombres entiers, ni par des fractions. "La racine carrée de deux est une quantité sourde."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Nom donné à la salamandre, dans quelques provinces.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


SOURDE, adj. et subst. SOURDAUD, AUDE, adj. SOURDEMENT, adv. SOURDINE, s. f. ["Sour": le "d" ne se prononce jamais: "sourde"; "dô", "dôde", "deman", "dine": 2e "e" muet au 2d et au 5e, lon. au 3e et au 4e.] "Sourd", 1°. au "propre", qui ne peut ouir, par l'obstruction naturelle ou accidentelle de l'organe de l'ouïe. 'Il est "sourd" et muet; il est devenu "sourd". '"Les sourds" de naissance sont toujours muets. = "Subst." On dit, proverbialement, crier, fraper "comme un sourd". 'Nous entendîmes aprês diné le Sermon de "Bourdaloue", qui "frape" toujours "comme un sourd;" disant des vérités à bride abatue: parlant à tort et à travers contre l'adultère: sauve qui peut: il va toujours son chemin. "Sév." = "Faire le sourd", ou "la sourde oreille": ne vouloir pas écouter, ou faire ce qu'on demande. = "Autant vaudrait parler à un sourd", se dit aussi de celui qui ne veut rien faire de ce qu'on lui propôse. Voyez ENTENDRE, à la fin.
- 2°. Au "figuré", inflexible. Il régit le datif. 'Il est "sourd aux" prières, "aux" remontrances, "à~" la voix du sang.
- 3°. En parlant de certaines chôses; qui ne rend pas un son aussi fort qu'il devrait le rendre. 'Voix "sourde;" violon "sourd;" Église "sourde". = Bruit "sourd", au "propre", qui n'est pas éclatant; au "figuré", nouvelle qui se répand sourdement, qui n'est encôre ni publique, ni certaine. "Douleur sourde", interne et qui n'est pas aigûe. "Lime sourde", qui lime sans faire beaucoup de bruit. "Fig." persone qui parle peu, et qui cache quelque malignité dans l'âme. = "Menées" ou "pratiques sourdes;" cachées, secrètes. 'Persécutions tantôt "sourdes", tantôt déclarées.
   SOURDAUD ne se dit qu'au "propre" et dans le st. famil. Qui est un peu sourd. = "Sourdement", d'une manière sourde. 'Le tonerre grondait "sourdement". = D'une manière secrète. Il a fait cela "sourdement": négocier, traiter une afaire "sourdement". = "Sourdine" ne se dit qu'adverbialement; au "figuré"; avec peu de bruit, secrètement. "St. famil." 'Il est venu "à la sourdine:" les énemis ont delogé "à la sourdine". Cette expression est tirée de la guerre. Lorsqu'on veut déloger sans bruit, on met dans le pavillon de la trompette, un morceau de bois qu'on apèle "sourdine", qui en amortit le son trop éclatant. L. T. = "Sourdine" se dit d'aûtres instrumens que la trompette. Il y a des airs qu'on fait jouer aux violons avec "des sourdines". = C'est aussi, dans les montres à répétition, un ressort, qui, étant poussé, retient le marteau et l'empêche de fraper sur le timbre, ou sur la boîte de la montre.




Emplacement dans le dictionnaire :

souquer
source
sourcer
sourcier
sourcil
sourcilier
sourcille
sourciller
sourcilleux
sourd
sourd-muet
sourde
sourdement
sourdière
sourdine
sourdre
souriant
souricier
souriciere
souricière
souriquois




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...bas leur frayeur, de courir ainsi par mauvais temps dans l'obscurité. La pirogue, en effet, toucha plusieurs fois sur le corail. -les redoutables rameaux blancs écorchèrent sa quille avec un bruit sourd, - mais ils se brisèrent, et nous passâmes. Au large, la brise tomba ; -subitement le calme se fit. Ballottés par une houle énorme, dans une nuit profonde, nous n'avancions plus ; il fallut pagayer....


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...: les mouvements étaient plus allongés, plus réguliers, plus semblables à des balancements de houle. La mer était moins dure, et on n'entendait plus tant de ces grands chocs au bruit profond et sourd. Et puis le jour arrivait, -un vilain jour, il est vrai, une étrange lividité jaune, mais enfin c'était le jour, moins sinistre que la nuit. ... notre heure n'était pas venue sans doute ; car, le...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...le voir, les yeux s'efforçaient à percer les impalpables mousselines blanches qui restaient tendues partout dans l'air. Puis il s'éloignait, les beuglements de sa trompe mouraient dans le lointain sourd ; alors on se retrouvait seul dans le silence, au milieu de cet infini de vapeurs immobiles. Tout était imprégné d'eau ; tout était ruisselant de sel et de saumure. Le froid devenait plus pénétrant...


Citation n°4 de Louis HÉMON (Maria Chapdelaine)

...au bout de quelques pieds seulement comme la poigne d'une main brutale ; alors les épaisses lames d'acier des haches montaient de nouveau, jetaient un éclair au soleil, retombaient avec un bruit sourd sur les grosses racines, pendant que le cheval soufflait quelques instants, les yeux fous, avant l'ordre bref qui le jetterait en avant de nouveau. Et après cela, il restait encore à traîner et...


Citation n°5 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)

...poudreuse et toute blanche. Le crépuscule tombait. Maintenant qu'ils approchaient du gîte, ils entendaient mieux les bruits étranges et profonds dont la campagne était vibrante. Le choc sourd des marteaux-pilons, revenant par intervalles, ébranlait les monts dans leurs assises lointaines. Des halètements de machines, pareils à la respiration d'une bête géante, mettaient autour d'eux une...


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