Voler (verbe)
1ère signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Se soutenir, se mouvoir en l'air par le moyen des ailes, en parlant des Oiseaux et de certains animaux. "C'est le propre des oiseaux de voler. Un oiseau qui vole bas, qui vole haut. Cet oiseau vole à tire-d'aile, vole rapidement. Il y a des insectes, des poissons qui volent."
Fig., "Vouloir voler avant d'avoir des ailes," Faire de la dépense avant d'avoir de quoi la soutenir; Entreprendre quelque chose sans avoir les fonds et les moyens nécessaires pour y réussir.
Fig., "Voler de ses propres ailes," Agir par soi- même, sans le secours d'autrui.
VOLER se dit aussi des Appareils plus lourds que l'air qui servent à s'élever et à se mouvoir dans l'air, ainsi que de Ceux qui montent dans ces appareils. "Cet avion vole très bas. Les avions volent plus vite que les oiseaux. Cet aviateur a volé près de deux cents heures."
Il se dit également des Choses qui sont poussées dans l'air avec une grande vitesse. "Les flèches volaient. Le vent faisait voler les tuiles. La bourrasque faisait voler la poussière. Cette feuille disparue aura volé au vent."
Fig., "Faire voler la tête de quelqu'un," La lui abattre d'un seul coup.
VOLER signifie, par extension, Courir avec une grande vitesse. "Ce cheval vole. Il ne court pas, il vole. Voler au secours de son ami."
Il s'emploie figurément dans le même sens. "Tous les coeurs volaient au-devant de lui. Le temps vole."
Il se dit, particulièrement, des Bruits et de la renommée. "Le bruit de ses hauts faits vole par toute la terre. Sa renommée volait partout."
VOLER s'emploie comme verbe transitif en termes de Fauconnerie et signifie Poursuivre en volant; il se dit de Certains oiseaux de proie qui sont dressés à chasser, à poursuivre d'autres oiseaux ou quelque autre sorte de gibier. "Le faucon, l'autour, le lanier apprennent facilement à voler d'autres oiseaux. Cet oiseau vole la pie, vole le héron, vole la perdrix."
2ème signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
S'approprier par force ou par ruse le bien d'autrui. "Voler la bourse de quelqu'un. Voler de l'argent. Voler les deniers de l'État." Absolument, "Voler avec effraction. Voler sur les grands chemins."
"Voler un nom, un titre," S'attribuer un nom, un titre qui appartient à un autre, qu'on n'a pas le droit de porter.
Fig. et fam., "Il ne l'a pas volé" se dit de Quelqu'un à qui il est arrivé quelque chose de fâcheux et qui l'a bien mérité.
Prov., "Qui vole un oeuf vole un boeuf," Celui qui est capable de commettre un petit larcin peut aussi bien se rendre coupable d'un vol plus considérable.
VOLER se dit figurément de Ceux qui s'approprient les pensées et les expressions des autres, et qui s'en servent sans indiquer la source où ils ont puisé. "Il a volé cela dans tel livre. Non seulement il a volé les pensées de cet auteur, il a même volé jusqu'à ses expressions. Voler des phrases, des idées à un auteur."
VOLER signifie, par extension, Dépouiller quelqu'un de ce qui lui appartient. "Ce domestique a volé son maître. J'ai été volé cette nuit."
Fam., "Je suis volé," Je suis trompé dans mon attente.
Le VOLÉ s'emploie adjectivement. "Un objet volé."
Il s'emploie aussi substantivement. "Le voleur et le volé."
1ère définition d'Emile Littré
| Verbe |
1 Se soutenir, se mouvoir en l'air par le moyen des ailes.
RAC.: « Ô Dieu, que la gloire couronne, Dieu, que la lumière environne, Qui voles sur l'aile des vents, Et dont le trône est porté par les anges »
RICHELET: « Buratini, maître de la monnaie du roi de Pologne, apporta en France, dans le XVIIe siècle, le modèle d'une machine pour voler »
FONTEN.: « L'art de voler ne fait encore que de naître, il se perfectionne, et quelque jour on ira jusqu'à la lune »
BUFF.: « Les aigles, en général, volent beaucoup mieux que les vautours »
BUFF.: « Les oiseaux qui ne peuvent voler se réduisent à sept ou huit espèces ; les quadrupèdes qui volent, à cinq ou six »
BUFF.: « Il [le merle vert de la Caroline] vole les pieds étendus en arrière, comme font ceux de nos oiseaux qui ont la queue très courte »
CONDIL.: « Vers l'an 65, sous Néron, Simon, étant à Rome, entreprit de voler, et vola, dit-on, quelques moments ; mais, saint Pierre et saint Paul s'étant mis en prière, il fut précipité et mourut de sa chute ; ce fait est encore bien suspect »
Fig.
ROTR.: « [Toi] Qui par tant de succès viens de te signaler Jusqu'où notre aigle encor n'avait osé voler »
Tirer un oiseau en volant, le tirer pendant qu'il vole.
MOL.: « Ô Dieu ! la belle proie à tirer en volant !... »
Fig. Il le faut tirer en volant, se dit d'un homme à qui on ne peut parler qu'en passant, à la hâte.
Fig. Attraper en volant, saisir une chose, pendant qu'on ne fait qu'aller çà et là.
SÉV.: « C'était une folie de prétendre attraper vos lettres, en volant, par les villes où je ne suis qu'un moment »
Fig. Voler de ses propres ailes, agir sans le secours d'autrui.
Il ne faut pas voler avant d'avoir des ailes, il ne faut pas tenter quelque chose, avant d'avoir les moyens de réussir.
2 Il se dit de ce qui flotte et semble voler.
FÉN.: « Ce char semblait voler sur la face des eaux paisibles »
VOLT.: « L'appareil, inouï pour ces mortels nouveaux, De nos châteaux ailés qui volaient sur les eaux »
3 Il se dit des choses qui sont poussées dans l'air avec une grande vitesse comme les traits, les pierres, etc.
SCARR.: « Il mit l'épée à la main, et en moins de rien il fit voler à terre deux épées »
PASC.: « Quand la force attaque la grimace, quand un simple soldat prend le bonnet carré d'un premier président et le fait voler par la fenêtre »
BOILEAU: « Le plomb vole à l'instant, Et pleut de toutes parts sur l'escadron flottant »
RAC.: « L'intrépide Hippolyte Voit voler en éclats tout son char fracassé »
HAMILT.: « Le jeu devint orageux ; les cartes volèrent par la chambre »
Faire voler la tête de quelqu'un, l'abattre.
CORN.: « Et du haut d'un balcon, pour calmer la tempête, Sur ses nouveaux sujets faisons voler sa tête »
FÉN.: « Elle [Élisabeth d'Angleterre] savait se faire craindre et faire voler les têtes »
4 Courir avec une grande vitesse. Ce cheval vole.
CORN.: « Va, cours, vole et nous venge »
BOSSUET: « Le voyez-vous comme il vole ou à la victoire ou à la mort ? »
BOILEAU: « Marchez, courez, volez où l'honneur vous appelle »
RAC.: « On vous voit moins souvent.... Tantôt faire voler un char sur le rivage.... »
RAC.: « Le peuple cependant, que ce spectacle étonne, Vole de toutes parts, se presse, l'environne »
RAC.: « Seigneur, vous entendez : quelque prix qu'il en coûte, Il veut voler à Troie et poursuivre sa route »
MARIV.: « Cet ordre redoubla encore ma reconnaissance pour elle ; je n'allai pas, je volai »
Fig.
MASS.: « En vain les services d'un illustre frère, le mérite et le crédit d'un neveu, qui vole si rapidement à la gloire et aux honneurs, lui laissent entrevoir des espérances toujours fatales à l'honneur du sacerdoce »
Fig. et poétiquement. Faire voler le trépas, répandre au loin la mort.
LAMART.: « Ses anges devant lui font voler le trépas »
5 Fig. Changer souvent, rapidement, ne pas s'attacher.
LA FONT.: « Je suis chose légère et vole à tout sujet ; Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet »
VOLT.: « Il [un protégé du duc de Richelieu] vole d'objet en objet, sans s'arrêter à aucun »
6 Il se dit des bruits et de la renommée.
FÉN.: « La renommée la fait voler [cette nouvelle] de bouche en bouche dans toute la grande ville de Tyr »
VOLT.: « Du retour de son roi la nouvelle semée, Volant de bouche en bouche, a changé les esprits »
7 Fig. Il se dit des mouvements qui entraînent l'âme fortement et rapidement.
CORN.: « Et mon coeur tout entier vole à votre secours »
SÉV.: « J'écrirais jusqu'à demain ; mes pensées, ma plume, mon encre, tout vole »
RAC.: « Je vois voler partout les coeurs à mon passage »
RAC.: « Mon coeur pour le chercher volait loin devant moi »
MASS.: « Vous voyez déjà tous les coeurs voler après vous, Sire »
VOLT.: « Un vain peuple, qui vole après la nouveauté »
VOLT.: « Que notre âme épurée Vole à ces vérités dont elle est éclairée »
RICCOBONI: « Pouvez-vous former un désir qu'il soit en mon pouvoir de satisfaire, sans que mon coeur vole au-devant de vos voeux ? »
8 Passer rapidement, en parlant du temps.
RAC.: « Le temps vole, et bientôt amènera le jour Où le nom des Hébreux doit périr sans retour »
9 Fig. Il se dit de ce qu'on personnifie pour le représenter comme volant.
CORN.: « Les Parthes.... tantôt vainqueurs, tantôt presque enfoncés, Sur l'une et l'autre armée également heureuse, Virent longtemps voler la victoire douteuse »
FLÉCH.: « Si la victoire volait devant lui [le roi], les voeux de la reine avaient volé devant la victoire »
VOLT.: « Quelqu'un a dit que la gloire réside au haut d'une montagne ; les aigles y volent, et les reptiles s'y traînent »
10 Fig. S'élever dans l'ordre moral, intellectuel.
PASC.: « Miton voit bien que la nature est corrompue, et que les hommes sont contraires à l'honnêteté ; mais il ne sait pas pourquoi ils ne peuvent voler plus haut »
11 V. a. Terme de fauconnerie. Il se dit de certains oiseaux de proie qu'on dresse à poursuivre et à prendre d'autres oiseaux ou quelque autre sorte de gibier. Cet oiseau vole la perdrix.
Voler en long, voler en droite ligne.
Voler en coupant, couper le vent en le traversant.
Voler en pointe, s'élever rapidement ou descendre de même.
Voler pour bon, se dit des oiseaux de proie qui sont bien affaités.
Il se dit aussi des personnes qui se servent de ces oiseaux pour chasser. Voler la corneille, le héron.
SAINT-SIMON: « Les meutes et les chasses à courre sont inconnues en Espagne ; mais tirer, voler, et des battues aux grandes bêtes sont les chasses ordinaires »
LEGRAND D'AUSSY: « Sur une route, je rencontrai un de leurs chefs qui volait avec des faucons »
HISTORIQUE
Xème siècle
Eulalie: In figure de colomb volat [elle vole] à ciel
XIème siècle
Ch. de Rol. CXXI: Plus est isnels [rapide] que n'est oisel ki volet
ib. CCLXXXVI: Cuntre le ciel volet li fous [étincelle] touz clairs
XIIème siècle
Ronc. p. 88: Pierres et flors en volent [du casque] en sablon [sur le sable]
Sax. XI: Le primerain [il] fiert si de l'espée d'acier, La teste en fait voler à tout le henapier
Rois, p. 206: E nostre sires muntad sur cherubin et volad
XIIIème siècle
Lai de l'ombre: De grans festes dient pluseurs helas, Et des deliz de chacier ensement, Et de voler et de tournoiement
la Rose, 16 747: Mais parole une fois volée Ne puet [peut] plus estre rapelée
BEAUMANOIR: « On pot bien savoir que les denrées ne volerent pas d'un lieu en autre.... »
JOINV.: « Endementiers que [tandis que] il venoient, il sembloit que la galie volast par les nageurs qui la contreingnoient aus avirons »
JOINV.: « Une grant route [troupe] de Turs vint hurter à nous, et me porterent à terre, et alerent par desus moy, et volerent [firent voler] mon escu de mon col »
XIVème siècle
Liv. du bon Jeh. 667: Jehan le croit trop de legier ; Trop pou savoit du bas voler, Et par ce fut il habusé
Modus, f° XCIX, verso: Si, après le baing, tu trouves l'esprevier en bon coraige, tu en pues [peux] bien voler l'endemain au vespre
Ménagier, I, 6: Tu scez, sire, que les jours passent en volant sans jamais retourner
XVème siècle
FROISS.: « Le roi [anglais] issit de son vaissel, et du premier pied qu'il mit à terre, il chey si roidement que le sang lui vola hors du nez »
FROISS.: « Vous avez ouvré de votre volonté et cru cet evesque de Norduich qui cuidoit voler ainçois qu'il ait des ailes »
XVIème siècle
MAROT: « En y allant la corneille esvolée (Pour sçavoir tout) après luy est volée »
RAB.: « Les lances rumpues, meirent la main aux espées, et soy chamaillerent l'ung l'aultre, si brusquement que leurs espées volerent en pieces »
DU BELLAY: « Uses donques hardiment des verbes et participes, qui de leur nature n'ont point d'infinitifs après eux, avec des infinitifs, comme tremblant de mourir, et volant d'y aller, pour craignant de mourir, et se hastant d'y aller »
DU BELLAY: « Je vy l'oiseau, qui le soleil contemple, D'un faible vol au ciel s'avanturer.... Je le vy croistre, et d'un voler plus ample Des plus hauts monts la hauteur mesurer »
MONT.: « Les Gaulois haïssoient ces armes traistresses et volantes »
D'AUB.: « Ce prince faisoit voller des cailles à un emerillon dans sa chambre »
D'AUB.: « Leve plus haut ta veue, Je veux faire voler ton esprit sur la nue »
Sat. Mén. Disc. de d'Aubray: Et elle ne croyoit pas du commencement que vos desseins volassent si haut
YVER: « Ton ame, volée au troisieme ciel, puisse reluire entre les estoiles »
COTGRAVE: « Tel pense voler qui ne sauroit bouger »
ÉTYMOLOGIE
Wallon, volé ; provenç. et espagn. volar ; ital. volare ; du lat. volare.
2ème définition d'Emile Littré
| Verbe |
1 Prendre furtivement ou par force la chose d'autrui. Voler de l'argent, des hardes, les deniers de l'État.
MOL.: « Je ne veux point sans cesse devant moi un espion de mes affaires, un traître dont les yeux maudits assiégent toutes mes actions.... et furètent de tous côtés pour voir s'il n'y a rien à voler »
MOL.: « Je crois qu'ils se font signe l'un à l'autre de me voler ma bourse »
J. J. ROUSS.: « Il prit envie à M. Verrat [un des compagnons de Rousseau], qui n'avait pas beaucoup d'argent, de voler à sa mère des asperges dans leur primeur, et de les vendre pour faire quelques bons déjeunés »
Fig.
VOIT.: « Dès sa première enfance elle [une dame] vola la blancheur à la neige et à l'ivoire, et aux perles l'éclat et la netteté »
Absolument. On vole dans ce quartier. Voler sur les grands chemins.
Fig. Voler jusque sur l'autel, n'avoir rien de sacré.
MARMONTEL: « J'allai répandre mon chagrin dans le sein de Mme Harenc : ' Assurément, dit-elle, c'est bien là voler sur l'autel, ' »
Fig. et familièrement. Il ne l'a pas volé, il a bien mérité ce qui lui est arrivé.
2 Voler quelqu'un, lui prendre quelque chose qui lui appartient. On m'a volé au sortir du spectacle.
MOL.: « Ah ! qu'un homme comme cela mériterait bien ce qu'il craint ! et que j'aurais de joie à le voler ! »
J. J. ROUSS.: « Ce petit manége [voler des asperges pour le compte d'un autre] dura plusieurs jours, sans qu'il me vînt même à l'esprit de voler le voleur, et de dîmer sur M. Verrat le produit de ses asperges »
On dit de même : Voler la diligence.
REGNARD: « Le coquin dans le bois a volé quelque coche »
Fig.
CORN.: « De son astre opposé telle est la violence Qu'il [Sertorius] me vole partout, même sans qu'il y pense, Et que, toutes les fois qu'il m'enlève mon bien, Son nom fait tout pour lui, sans qu'il en sache rien »
3 Fig. S'emparer d'une façon quelconque d'un bien qui appartient à un autre.
CORN: « Suréna, de l'exil lui seul m'a rappelé, Il m'a rendu lui seul ce qu'on m'avait volé, Mon sceptre.... »
RAC.: « Et si quelque insolent lui volait sa conquête [Hélène] »
Voler un nom, un titre, s'attribuer un nom, un titre.
CORN.: « Mais conniver en lâche à ce nom qu'on me vole, Quand son père à mes yeux au lieu de moi l'immole ! »
RAC.: « C'est un titre qu'en vain il prétend me voler »
4 Fig. S'approprier les pensées et les expressions des autres. Voler des pensées à un auteur. Voler des phrases. Il a volé cela dans tel livre.
LA MOTHE LE VAYER: « Voler ceux [auteurs] de son siècle en s'appropriant leurs pensées et leurs productions, c'est tirer la laine au coin des rues, c'est voler les manteaux sur le Pont-Neuf »
VOLT.: « Je vous supplierai de me renvoyer votre dernière copie [de Tancrède] avec la première.... car il faut confronter ; quand il n'y aurait qu'un vers heureux à se voler à soi-même, il ne faut rien négliger »
5 Fig. Se réserver, comme par un vol, un moment.
VOLT.: « Je volais un moment à mes douleurs, pour tâcher d'être plaisant dans ce moment-là »
6 Se voler, v. réfl. Se voler soi-même.
MOL.: « Ciel ! à qui désormais se fier ! il ne faut plus jurer de rien ; et je crois, après cela, que je suis homme à me voler moi-même »
Se voler l'un l'autre. Ces deux coquins se sont volés.
HISTORIQUE
XVIème siècle
Trésor des mots françois, Rouen, 1597 (petit dictionnaire français-latin sans nom d'auteur): Voler, volare ; voler aucun, peculatum facere, expilare
ÉTYMOLOGIE
Mot récent pour lequel on disait embler, rober, larroner, et qui ne s'est introduit que vers la fin du XVIe siècle. D'après Diez, c'est une abréviation du lat. involare, voler, dérober, que les étymologistes latins, à tort ou à droit, expliquent, non, comme il dit, par volatu rapere, mais par vola, la paume de la main : mettre dans la paume de la main. Mais comment se fait-il que involare, qui a donné embler, ait donné aussi voler par aphérèse ; et surtout comment se fait-il que ce mot ne se trouve pas dans les anciens textes, quand ce n'est guère que dans l'antiquité que l'aphérèse a pu se faire ? Il n'y a pas lieu de sortir de la forme du mot : voler, au sens de dérober, est simplement une dérivation figurée de voler, chasser à l'oiseau ; on le dit à l'actif : voler une perdrix.
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Se soutenir, se mouvoir en l'air par le moyen des ailes. "C'est le propre des oiseaux de voler. Un oiseau qui vole bas, qui vole haut, qui vole sur l'eau. Un oiseau qui vole à tire-d'aile, qui vole roide, qui vole rapidement. Tirer un oiseau en volant. Il y a des insectes, des poissons, des serpents qui volent. Il s'est trouvé des hommes qui ont cherché l'art de voler, le secret de voler."
Fig., "Vouloir voler avant d'avoir des ailes," Faire de la dépense avant d'avoir de quoi la soutenir; entreprendre quelque chose sans avoir les fonds et les moyens nécessaires pour y réussir.
Fig., "Voler de ses propres ailes," Agir par soi-même, sans le secours d'autrui.
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie, par extension, Courir avec une grande vitesse. "Ce cheval vole. Il ne court pas, il vole. Voler au secours de son ami."
Il s'emploie figurément, dans le même sens. "Tous les coeurs volaient au-devant de lui. Le temps vole."
Il se dit, particulièrement, Des bruits et de la renommée. "Le bruit de ses hauts faits vole par toute la terre. Sa renommée volait partout."
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit également Des choses qui sont poussées dans l'air avec une grande vitesse, comme les traits, les pierres, etc. "Les flèches volaient. Le vent faisait voler les tuiles. Le vent faisait voler la poussière."
Fig., "Faire voler la tête de quelqu'un," La lui abattre d'un seul coup.
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
est aussi actif, et signifie, Chasser. Dans ce sens, il se dit De certains oiseaux de proie qui sont dressés à chasser, à poursuivre d'autres oiseaux ou quelque autre sorte de gibier. "Le faucon, l'autour, le lanier, apprennent facilement à voler d'autres oiseaux. Cet oiseau vole la pie, vole le héron, vole la perdrix."
Il se dit également Des personnes qui emploient ces oiseaux à la chasse. "Il se plaît à voler la corneille, à voler le héron. J'irai voler aujourd'hui. Je volerai la pie cette après-dînée."
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Prendre furtivement ou par force la chose d'autrui, pour se l'approprier. "Voler la bourse de quelqu'un. Voler de l'argent. Voler des hardes. Voler les deniers de l'État." On dit de même, "Voler un nom, un titre, etc.," S'attribuer un nom, un titre qui appartient à un autre, qu'on n'a pas droit de porter.
"Voler quelqu'un," Lui prendre quelque chose qui lui appartient. "Ce valet a volé son maître. J'ai été volé cette nuit."
Fig. et fam., "Il ne l'a pas volé," se dit De quelqu'un à qui il est arrivé quelque chose de fâcheux ou d'heureux, et qui l'a bien mérité.
6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
s'emploie quelquefois absolument. "Voler sur les grands chemins. Voler avec effraction. On vole dans ce quartier, depuis quelques jours. C'est un homme qui volerait jusque sur l'autel."
7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit figurément De ceux qui s'approprient les pensées et les expressions des autres, et qui s'en servent sans indiquer la source où ils ont puisé. "Il a volé cela de tel livre, dans tel livre. Non-seulement il a volé les pensées de cet auteur, il a même volé jusqu'à ses expressions. Voler des phrases, des pensées à un auteur."
1ère définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Verbe |
["Volé;" 2e"é" fer.] Se soutenir, se mouvoir en l'air par le moyen des ailes. 'Oiseau, qui "vole" bâs "ou" haut. = "Fig." et par exagération, courir avec grande vitesse. 'Il ne court pas, "il vole". 'Le tems "Vole": '"voler au" secours de.
Je cours, Seigneur, je "vole où" mes devoirs l'ordonent....
Je marche d'un pas ferme au signal de ta voix.
"Le Franc".
Le noir pressentiment, le repentir, l'éfroi,
Les présages fâcheux "volent" autour de moi.
"Piron".
Un peuple entier "voloit du" baptême "aux" tourmens.
"Id."
= Par extension, on dit, que les flèches "volent", que le vent fait "voler~" les tuiles, "la" poussière, "etc."
REM. "Voler en l'air" parait être un pléonasme; mais ce pléonasme est reçu. Voy. UNIR = Quelques Auteurs font régir à "voler" l'infinitif sans préposition, comme le régissent les verbes "aler", "venir", "courir", etc. 'Mon coeur "vole" trop tôt "habiter" ce hameau. J. J. "Rouss." 'Condé "vole reprendre" le Comandement. "Dict. Hist." '"Vole chercher" ton maître. "Narcisse". 'Il "vole s'instruire" des moyens d'arrêter le mal. "Ann. Litt." '"Volons exécuter" ses ordres immortels. "Vauvillier".
- Ce régime a encôre besoin du sceau de l'Usage.
2ème définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Verbe |
VOLABLE, adj. VOLERIE, s. f. VOLEUR, EûSE, s. m. et f. ["Volé", "lable", "leri-e", "leur", "leû-ze": 2e "é" fer. au 1er, "e" muet au 3e, lon. au dern.] "Voler", prendre furtivement "ou" par force ce qui apartient à un aûtre. '"Voler la" bourse de quelqu'un; "de l'"argent, "des" hardes.
- Il régit aussi les persones. 'Ce valet "a volé son" Maître; j' "ai été volé" cette nuit. = "Fig." 'Il "a volé les" pensées et jusqu'aux expressions de cet Auteur. = V. n. sans régime. '"Voler" sur les grands chemins. 'On "vole" par-tout à la campagne. 'Il "volerait" jusque sur l'Autel.
REM. "Brebeuf" done à "voler" les régimes de "Dérober", au "figure".
Ce qui "vole ta tête à" des coups légitimes.
= Cela ne se dit point aujourd'hui. = "Volable", qui peut être volé. Il ne se dit que dans le style plaisant et avec la négative":ce n'est pas" un homme "volable". = "Volerie", larcin, pillerie: c'est "une" vraie, "une" grande "volerie". st. famil. = "Voleur", "eûse", celui, celle, qui dérobe. '"Voleur de" grands chemins, "de" nuit. "Voleur" domestique. = Qui est sujet à dérober":" c'est "un voleur", "une voleûse". = Par exageration, qui exige plus qu'il ne lui apartient: ce Comis est "un voleur", "un" franc "voleur". = "La Fontaine" a dit "Volereau", petit voleur.
Mal prend aux "volereaux" de faire les voleurs.
= On dit burlesquement d'un habit usé, qu'il "fait peur aux voleurs", parce qu'il montre la corde: c'est une turlupinade. = "Au voleur", cri contre les voleurs pour apeler du secours. On le redouble ordinairement: "au voleur", "au voleur"!
"Rem." "Voleur" est un terme peu noble; et l' on ne s'en servirait pas aujourd'hui dans une Tragédie, comme l' a fait autrefois Corneille et plus d'une fois.
Allez perdre ce traitre et punir "ce voleur".
"Andromède".
Emplacement dans le dictionnaire :
| volant volatil volatile volatille volcan volcanique vole | volé volée voler volèt volet voleter voleur | volige volins ou volis volitif volition volontaire volontairement volontariat |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)...manières différentes et donner ainsi naissance à plusieurs règles sans se diversifier pour cela. Parce qu'il y a maintenant plus de manières d'acquérir la propriété, il y a aussi plus de manières de voler ; mais le sentiment du respect de la propriété d'autrui ne s'est pas multiplié pour autant. Parce que la personnalité individuelle s'est développée et comprend plus d'éléments, il y a plus...
Citation n°2 de Louis HÉMON (Maria Chapdelaine)
...d'abord une coche profonde dans le bois, frappant patiemment au même endroit pendant quelques secondes, puis la hache remonta brusquement, attaquant le tronc obliquement un pied plus haut et faisant voler à chaque coup un copeau épais comme la main et taillé dans le sens de la fibre. Quand leurs deux entailles étaient près de se rejoindre, l'un d'eux s'arrêtait et l'autre frappait plus lentement,...
Citation n°3 de Louis HÉMON (Maria Chapdelaine)
...grosse souche et abaissée, la souche attachée avec des chaînes passant sur une poulie, et à l'autre extrémité de la chaîne le cheval tirait brusquement, jetant tout son poids en avant et faisant voler les mottes de terre sous les crampons de ses sabots. C'était une courte charge désespérée, un élan de tempête que la résistance arrêtait souvent au bout de quelques pieds seulement comme la poigne...
Citation n°4 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)
...riait tout seul, en dedans, d'un rire silencieux qui creusait des rides dans ses joues, faisait trembler le bout de son nez rouge. à ces moments-là, on faisait silence autour de lui, et on entendait voler les mouches, car on comprenait qu'il allait en dire une bien bonne. Comme si l'ivresse eût délié sa langue, l'ivresse qui met dans la bouche des hommes un balbutiement pareil à la voix des bêtes,...
Citation n°5 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)
...attentivement les chalands qui remontaient la rivière. Ils se suivaient, nombreux, ce jour-là, ayant été arrêtés par les glaces. Les uns, vides, dressaient leur masse surélevée et semblaient voler sur les eaux, pareils à des tours. Les autres, lourdement chargés de charbon ou de gueuses de fonte, s'enfonçaient si profondément que le flot rasait leur bordage. Ils portaient à leur arrière une...
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